‹ Histoire des papesChapitre 23 sur 37 · BONIFACE IX · texte numérisé non relu

BONIFACE IX

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Les orgies de Wenceslas.

Pendant que l'Église d'Occident était déchirée par un schisme déplorable, l'Église d'Orient avait à lutter contre la nouvelle religion de Mahomet, dont les redoutables kalif'es avaient déjà soumis au Korau le nord de rAi'iii(ue et une partie de l'Asie. Jusque-là Conslantinople avait résisté aux etlorts des inlidèlcs; cependant les conquêtes de BajazeL faisaient pressentir que les musulmans songeaient à faire passer l'empire grec sous leur domination; et Manuid Paléologue, qui régnait alors, prévoyant qu'il ne pourrait résister à ses terribles adversaires, ai)an donna sa capitale, qui composait pour ainsi dire tout son empire, et vint en France pour demander des secours à Charles VI. Il passa deux années entières au château du Louvre, au milieu des fêtes et des plaisirs : ses négociations, soit avec la France, soit avec l'Angleterre ou l'Allemagne, n'aboutirent à rien; et on le laissa retourner en Orient presque seul, tant le schisme avait épuisé l'Europe d'hommes et d'argent.

Ce voyage de Manuel fut néanmoins très-favorable à l'Italie et à la France ; car les savants qu'il avait amenés avec lui firent connaître ces immortels chefsd'(L'uvre de l'antiquité que la politicpie des prêtres latins avait proscrits de la Gaule, de la Germanie et de la péninsule romaine, et préparèrent cette ère de régénération qu'on a appelée Renaissance.

Une révolution remarquable eut lieu pendant cette dernière année du quatorzième siècle : les Allemands renversèrent du trône Wenceslas, (ils aîné de Charles IV, monstre d'impudicité, d'ivrognerie et de cruauté, qui faisait peser sur les peuples la plus exécrable tyrannie. On raconte qu'il ne sortait jamais qu'accompagné d'une escorte de bourreaux qu'il appelait ses compères, et qui égorgeaient les malheureux que le hasard plaçait sur son chemin lors- (|u'il était ivre. Ses crimes lassèrent enfin le peuple; de généreux citoyens se mirent à la tète d'une conspiration, attaquèrent le palais do Wenceslas, le firent

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lui-même prisonnier, et le renrornièront dans une forteresse. Malheureusement la jeune lille il'uu tles geôliers eut pitié du roi détrôné et lo lit échapper de sa prison par une issue secrète.

Aussitôt que les électeurs furent instruits de son évasion, ils se hâtèrent de prononcer sa dëcliéancede l'empire, et proclamèrent Rohert 111, duc de Bavièri', roi d'Italie et de Germanie. Le )iape de Rome ayant approuvé cette élection, Benoît Xltl embrassa naturellement le parti de Wenceslas, qui conservait encore de puissants amis en Bohème, en Allemagne et nifme en Italie. Ainsi les deux jiapcs, en soutenant chacun l'un des empereurs, rallumèrent la guerre civile, et reculèrent indélinimenl la réunion du concile qui devait prononcer leur déposition.

La France se trouvait également dans une agitalion extrême relativement à la question de l'obédience; les ducs de Berry, de Bourgogne, la jilus grande partie du clergé et l'Université de Paris, soutenaient qu'on devait exiger du pape d'Avignon sa renonciation au trône apostolique ; mais la maison d'Orléans faisant cause commune avec les ambassadeurs du roi d'Aragon, avec l'université de Toulouse et plusieurs chefs d'ordres ainsi que certains ecclésiastiques influents cjui avaient été gagnés par l'or de Benoit, mettaient tout en œuvre pour faire délivrer le pape et pour lui rendre l'obédience.

De violentes discussions avaient lieu à ce sujet entre les princes; et le peuple prenant le parti des uns ou des autres, se battit, selon la coutume, pour le pape, pour le roi et pour les princes. Enlia le parti des d'Orléans triompha; un gentilhomme normand appelé Robert de Braquemond, gouverneur d'une des villes voisines d'Avignon, se laissa corrompre, et consentit à favoriser la fuile du pape. Comme son grade lui permettait d'entrer en pourparlers avec Benoît sans éveiller les soupçons, il en profita pour concerter avec lui un projet d'évasion.

Voici de quelle manière ils l'exécutèrent : après une conférence qui avait duré jusqu'à la nuit, le saint-père s'enveloppa dans le manteau d'un des domestiques de Braquemond, sortit de la forteresse, et traversa les lignes ennemies à la suite du capitaine ; une fois hors des murs d'enceinte de la ville, Benoit trouva une escorte de cinq cents hommes qui l'accompagna jusqu'à Cliâteau-Raynard, place réputée imprenable.

Le fugitif, de cette retraite, écrivit au roi : « Notre cher et bien-aimé fds, nous avons été assiégé pendant plus de trois ans dans le palais de notre ville d'Avignon, et notre personne sacrée a été exposée aux plus grands dangers pour la défense des libertés de l'Église. Cependant nous avons pu reconnaître dans notre captivité, que notre constance à supporter les iniquités des hommes n'avait point touché vos erprits grossiers, et que notre courageuse résignation était regardée comme une preuve de faiblesse. Nous avons donc pris la résolution d'agir autrement, et après avoir humblement recommandé notre personne à la miséricorde divine, nous sommes sorti sans crainte du palais et de la ville ; nous avons traversé les lignes de vos soldats, et nous sommes arrivé sain et sauf à Château-Raynard, où nous espérons qu'avec l'aide de Dicu; des anges, des archanges et de toute

1,1 milice céleste, nous pourrons défier les princes et les seigneurs, t't faire triompher notre sainte cause. »

En elïet, Benoît s'occupa de pourvoir cotte place d'une nombreuse garnison ; et quand il se vit à l'abri de tout danger, il fulmina contre les cardinaux une bulle de dégradation, a(in de les rendre incapaliles d'élire un autre pa]ie ; il envoya cnsuile des ambassadeurs auprès des rois d'Aragon cl d'Espagne pour les instruire du changement de sa position.

Ces souverains voyant que le parli du saint-père reprenait le dessus, craignirent de s'exposer à sa vengeance, et lui jurèrent obéissance et soumission. Les envoyés d(' Hongrie imitèrent cet exemple, ainsi (]u"un grand nombre d'ecclésiastiques et j)hisieurs seigneurs français; les cardinaux eux-mêmes suivirent l'impulsion qui était donnée, et lui adressèrent une supplique pour obtenir d'être reçus à sa communion. En bon maître, le pontife relira la bulle lancée contre eux, et les invita à un grand festin en signe de réconciliation. « Mais, dit le moine de Saint-Denis, ils se fussent bien passés d'un pareil honneur, car ils payèrent chèrement leur écot par Ja grande peur qu'il leur fit. Dès qu'ils furent à table, à un signal donné , des gens de guerre envahirent la salle du banquet, l'épée nue à la main, et paraissant n'attendre qu'un ordre pour les massacrer. Le saint-père s'amusa pendant quelques instants de l'expression de terreur qui se répandit sur leurs visages ; ensuite il renvoya ses gardes, et se contenta de faire signer aux cardinaux un traité par lequel ils s'engageaient à une entière et une aveugle obéissance envers lui, et promenaient de travailler de tout leur pouvoir à lui soumettre la France. »

Par suite de cette amnistie, les choses furent rétablies comme elles l'étaient avant la soustraction; néanmoins Benoît ne voulut pardonner à la ville d'Avignon qu'à la condition ([ue les citoyens répareraient à leurs frais les fortifications du palais pontifical, et lui payeraient une forte somme comme indemnité de guerre. Ces préliminaires achevés, il donna ses pleins pouvoirs aux cardinaux de Poitiers et de Saluce pour négocier la paix avec Charles VI, et pourobicnir qu'on rétablit son obédience dans le royaume. Un grand nombre de villes n'attendirent même pas le décret du roi pour reconnaître le pape, tant on était fatigué de ces querelles ; à Paris, dans plusieurs églises, les ecclésiastiques, en signe de soumission, attachèrent immédiatement à un cierge pascal le nom du pontife et la date de son avènement au trône apostolique.

Charles VI reçut les légats avec distinction, et s'engagea par serment à reconnaître désormais Benoît comme légitime chef de l'Église. Voici l'édit qu'il publia à ce sujet : « Près de cinq années se sont écoulées depuis le jour où le clergé et les seigneurs de notre royaume, s'étant formés en assemblée, ont déclaré que pour faire cesser le schisme, il fallait contraindre les deux papes à descendre de la chaire de saint Pierre. En conséquence de cette décision, notre royaume s'était soustrait à l'obédience de Benoît XIII ; malheureusement le succès que nous espérions de cette détermination ne s'est pas réalisé ; nous pensions que l'intrus Boniface serait abandonné par ses sectateurs ; et au contraire,

BONIFAGE IX

il s'est affermi de plus en plus dans son obstination.

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