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IIISTOIUK DES TAl'KS
lui-même prisonnier, el le renrermèreni dans une 1 la milice céleste, nous pourrons défier les princes et forteresse. Mallieu'vnseniont la ieune Hlle d'i'n des I les seii'nrurs. et faire trionn>l'er noire si'iut'^ ci'isn >> geôliers eut pitié d
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les lignes de vos soldats, et nous sommes arrivé sain que nous espérions de cette détermination ne s est
et sauf à Château-Raynard, où nous espérons qu'avec pas réalisé ; nous pensions que l'intrus Boniface se-
l'aide de Dieu, des anges, des archanges et de toute rait abandonné par ses sectateurs; et au contraire,
BONMFACK IX
il s'est .iffcrmi de plus en plus dans son olistiu;aion. Cet antipape s'est constamment refusé à descendre du saint-siège, quoique Benoît ait ofl'ert authentiquemcnt de se soumeltre à une réélection. D'ailleurs les cardinaux, juges absolus dans l'apidicalion des remèdes ([u'il convient d'employer pour éteindre un schisme, après avoir fait scission avec le saint-père, étant revenus à son autorité, nous ne pouvons rester plus longtemps en dehors de son obédience.
» Par tontes ces considérations, de l'avis de nos oncles les ducs de Berry et de Bourgogne, do l'avis de notre frère le duc d'Orléans, de l'avis de nos jirincipaux seigneurs, de l'avis des prélats et des universités de Paris, d'Orléans, de Toulouse, d'Angers et de Montpellier, nous déclarons que dès à présent la soustraction a cessé ; nous restituons à Benoit XII 1 une entière obéissance pour nous et pour notre royaume, commandant d'une manière expresse à nos justiciers de faire publier ce décret, et de punir avec toute la rigueur des lois les contrevenants à nos présentes volontés. »
Aussitôt que Benoît eut appris le résultat favorable des négociations de ses légats, il sortit triomphant de Chàteau-Raynard et revint dans son palais d'Avignon. Tant qu'il avait été prisonnier, le saintpère avait fait les plus magnifiques promesses, et s'était engagé à maintenir dans leurs offices les ecclésiastiques qui en avaient été pourvus pendant la soustraction ; mais dès qu'il se vit libre et puissant, il refusa de conlirmer les différentes promotions qui avaient été faites, et exigea que les évoques lui payassent un droit énoi'me d'investiture; il anathéraatisa les seigneurs qui s'étaient déclarés contre lui; il mit l'interdit sur les couvents et sur les villes de leur juridiction, et les taxa aune forte amende pour racheter leur absolution. Enfin, lorsque par ses manœuvres il eut rempli son épargne, il recommença les hostilités contre son compétiteur avec plus de fureur et d'acharnement que jamais. Malheureusement pour lui, l'autorité de Bonifacc était atïerniie sur des bases solides en Italie et en Allemagne; et il trouva que celui-ci avait mis le temps et les circonstances à profit. En effet, à la mort de Galéas, tyran de ^lilan, le pape s'était emparé des villes de Bologne, de Pérouse et de Modène , avait fait main basse sur ses trésors, et s'était créé avec ces ressources un parti puissant dans Rome, où il régnait en maître absolu. Pour le moment il était occupé à placer Ladislas sur le trône de Hongrie, afin de soumettre ce royaume à son autorité en renversant Sigisraond, frère de Wenceslas, son ennemi personnel. A son instigation, les Hongrois s'étaient révoltés, avaient battu les troupes de Sigismond, avaient fait le roi prisonnier, l'avaient plongé dans les cachots d'un donjon, et avaient proclamé pour souverain Ladislas, le plus proche héritier de la reine Marie, dont ils vém'Maient la mémoire.
Ce prince vint aussitôt à W'arasdin, et se fit couronner par le cardinal légat Ange Acciajoh. Son règne fut de courte durée : Ladislas ayant voulu établir de nouveaux impôts sur les peu|)les, ])our payer au saint-père les arrérages du cens qui étaient dus depuis plus de trois ans, les villes et les provinces entrèrent en pleine révolte; Sigismond fut enlevé
de sa prison ; une armée de paysans se rassembla autour de lui, et marcha contre Ladislas. Celui-ci prit la fuite à l'approche de son ennemi, s'embarqua sur les côtes de la Dalmatic et revint à Naples.
Une seconde l'ois maître absolu de la Hongrie, le cruel Sigismond usa de représailles, et se vengea de ceux (|ui s'étaient déclarés pour son compétiteur; il brùki des villes entières, détruisit de fond en comble des églises et des monastères, et fit passer au fil de l'épée les seigneurs et les ecclésiasticiues attachés à Boniface. Tels furent pour la Hongrie les tristes résultats de ses alliances avec le pape.
Benoît voulut profiter de cet échec pour faire une dernière tentative auprès de son rival; et comme il connaissait son amour immodéré de l'argent, il espéra qu'en lui offrant une grosse somme, il pourrait le déterminer à vendre sa part de papauté. Si la proposition n'était point agréée, cette démarche n'était pas sans quelque danger avec un ennemi habile, et ne pouvait être confiée surtout à des agents secrets, que son compétiteur aurait pu faire arrêter et appliquer à la torture pour en obtenir des révélations. Il fit partir pour Rome une ambassade solennelle chargée en apparence de travailler à la réunion de l'Eglise, et d'offrir à Boniface de faire une cession mutuelle et de se soumettre tous deux cà une réélection; mais le véritable objet de la mission était de conclure un marché avec son rival. Il eut soin de choisir pour cette négociation des hommes sûrs, habiles et remplis de prudence.
Dès que les ambassadeurs furent à Rome, le saintpère leur envoya de riches présents et les fit inviter à des fêtes brillantes par ses cardinaux, refusant toutefois de les voir et de leur accorder audience avant qu'ils eussent consenti à lui rendre publiquement les honneurs qui étaient dus à sa dignité. Ceux-ci, après en avoir délibéré, passèrent sur cet incident, qui était sans importance, et parurent céder de bonne grâce sur la question du cérémonial. Ghai'mé de cette niar([ue de condescendance, le pape conçut l'espoir de les mettre dans ses intérêts, et consentit à les recevoir en audience secrète ; mais lorsqu'il vit que loin de se ranger à son parti, ils venaient au contraire pour l'engager à vendre la tiare à son ennemi, il changea de tactique, dissimula habilement la colère et le dépit que lui faisait éprouver une semblable ouverture, et les congédia en leur disant qu'il avait besoin de réfféchir à leur proposition. Deux jours après, il convoqua secrètement en concile les ambassadeurs d'.Vngleterre, de Naples, les magistrats de Rome, les évêipies, les cardinaux et tous les officiers de sa cour ; puis il fit prévenir les envoyés de Benoît qu'il les attendait pour discuter leurs propositions et en terminer avec eux. Les prélats français accourui'ent au Vatican; et sans lem- donner le temps tle se concerter, on les introduisit dans le consistoire.
Alors Boniface se tourna vers eux : « J'accuse, dit-il d'une voix tonnante, Pierre de Luna, l'.Vragonais, l'antipape qui se fait appeler Benoît XIII, de m'avoir proposé un marché infâme, de m'avoir offert dix millions de llorins d'or pour la papauté! Je somme ses agents de confirmer par leur témoignage la vérité de mes accusations! » Et se plaçant sur
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Funérailles de Benoit Xlll.
son trône avec toute la majesté d'un tiiomphateur. il attendit leur réponse.
Tout avait été prévu par le rusé Benoît : les ambassadeurs savancèrent au milieu de l'assemblée, et après avoir joué la surprise et l'indignation, ils déclarèrent avec serment ipie ce n'était point leur maître, mais Boniface lui-même qui avait proposé ce marché criminel. Une telle audace transporta de lureurle saintpère; il ordonna cju'on leur lit suliir immédiatement la question ordiuaire et extraordinaire, en plein consistoire, pour leur arracher l'aveu de leur félonie.
Sans paraître épouvantés de la colère qu'ils avaient excitée, ceux-ci répondirent qu'ils étaient prêts à souffrir tous les supplices et même la mort pour défendre la réputation du pontife d'Avignon ; qu'en cette circonstance néanmoins la vérité était trop palpable pour qu'il fût nécessaire d'en venir à une semblable preuve ; qu'en conséquence , ils invoquaient le droit d'inviolabilité attaché à leur carac-
tère d'ambassadeurs et garanti par un sauf-conduit signé de la main de Boniface.
'• Celte repartie, dit Théodoric deNicm, augmenta tellement la colère du pape, qu'il en éprouva une syncope, et qu'on fut obligé de l'emporter dans son appartement; trois jours après, son règne était terminé. Il fut enterré sans pompe dans l'Église de Saint-Pierre, le 2 octobre 1404, en présence des ambassadeurs de Benoît .\III. »
L'iiistorien Antoine de Florence raconte différemment la mort de Boniface ; il affirme que le pontife était depuis longtemps attaqué de la pierre, et que cette maladie le tourmentait si cruellement, qu'il avait été obligé, pour calmer la violence de ses douleurs, d'après les conseils des médecins, d'entretenir des relations charnelles avec une femme. Mais un jour, ajoute le pieux historien, il usa de l'ordonnance avec si peu de ménagements, qu'il fut pris d'une hémorrhagie violente, et qu'il perdit tout son sang par l'urètre ! »
Andronic II, empereur d'Orient. — Les grands conspirent contre son autorité. — Sa cruauté envers les conjurés. — Il fait enfermer son Irère dans une cage de fer. — Andronic associe son fils Michel à l'empire. — Il fait t'i^'orger Roger de Flor. — Il est détrôné par Andronic le .Jeune. — Débauches, captivité et mort d'Andronic II. — Règne d'Aiidronic III. — Jean Paléologue parvient à l'empire à l'âge de neuf ans. — Régence de l'impératrice Anne de Savoie et de Jean Cantacuzcne. — Débauches de l'impératrice. — Le régent se fait proclamer empereur. — L'impératrice conspire contre Cantacuzène. — Son favori Apocaupe veut s'emparer de la couronne. — Il assassine la mère de Jean Cantacuzène dans un cachot. — Il est assommé lui-même à coups de chaînes par des prisonniers. — L'impératrice venge la mort de son favori. — Révolution à Constantinople. — Retour de Cantacuzène. — Mort de l'impératrice Aune de Savoie. — Cantacuzène renonce à l'empire et s'enferme dans un couvent avec son fils. — Jean Paléologue empereur. — Il vient en Occident pour demander des secours contre les Turcs. — Il conclut un traité de paix avec le sultan Amurath. — Il fait crever les yeux à son fils. — Débauches de l'empereur. — La guerre éclate entre les Grecs et les Turcs. — Paléologue est obligé de détruire les murailles de Constantinople. — Mort de Jean Paléologue-
— Événements politiques en Franc?. — Louis X surnommé le Hutin. — Misère publiiiue sous ce règne. — Le roi fait pendre Enguerrand de Mjrigny. — Orgies à la lourde Nesle. — Horrible supplies infligé aux amants de la reine Marguerite de Bourgogne et de Jeanne sa belle-sœur. — Mort de Louis le Hutin. — Régence de Philippe le Long et mort de Jean son pupille. — Le régent s'empare du Irone et proclame la loi salique. — 11 meurt après son usurpation. — Tableau des misères du peuple. — Charles IV succède à son frère. — Exécution de Girard de la Guette. — Désordres de la reine d'Angleterre. — Elle fait assassiner son mari. — Mort singulière de ce prince et de son mignon. — Mort de Charles le Bel. — Philippe de Valois parvient à la couronne. — Il crée les gabelles. — Siige de Cassel. — Cartel de défi du roi Edouard III à Philippe de Valois. — Guerres entre la France et l'Angleterre. — Mort de Phili[ipe. — Jean monte sur le trône. — Sa trahison envers le roi de Navarre. — Bataille de Poitiers. — Régence du prince Charles. — Le peuple se révolte. — Le prévôt Etienne Marcel est assassiné par Jean Maillard. — Ivrognerie du roi Jean. — Il achète sa liberté en donnant aux Anglais les plus belles provinces du royaume. — Il vend sa fille à Galéas Sforce, tyran de Milan. — .Mort de Jean. — Son fils Charles V lui succède. — Ses cruautés à MontpelUer.
— 11 fixe la majorité des rois à quatorze ans. — ,Mort d» Charles V. — Son fils CInrIes VI lui succéda sous la tutelle d'un conseil de régence. — Sacre du roi. — 11 fait massicrer quarante mille Flamands à la journée de Rosebecq. — Les .MuiUotins. — Massacres dans Paris. — Mariage du roi avec Isalieau de Bavière. — Saturnales de la cour. — Amours incestueux du duc d'Orléans et disabeau. — Démence de Charles VI. — Naissance de Charles VII. — Tyrannie et débauches d'isabeau de Bavière. — Assassinat du duc de Bourgogne. — As.-assinat du duc d'Orlé uis. — Les Baurguignons et les Armagnacs- — La reine fait empoisonner deux de ses fils. — Cliarles VII, son bâtard, est obligé de fuir pour éviter le sort de ses frères, — Exécution de Bois- Bourdon, amant de la reine. — Isabeau seligu^ avec le duc de Bourgogne. — Nouvcau.\ massacres dans Paris. — Entrée delà reine dans la capitale. — Peste engendrée par la corruption des cadavres. — Les Anglais viennent en France, appelés far le duc de Bourgogne. — Le dauphin le fait traîireuseuient assassiner. — Isabeau vend la France au roi d'Angleterre. — Le parlement ratifie le marche. — Mort de Charles VII. — Mort de l'inlùme Itabeau de Bavière.
Pendant le cours de ce siècle, les princes grecs se montrèrent les dignes successeurs de Constantin, et continuèrent à siéger dans le palais de lilaijuernes, entouré.^ de courtisanes et de mignons.
Après la mort de ]\Iicliel, son fils Andronic II resta seul maître de l'empire ; le premier usage (|u'il fit de son autorité fut de révoquer les décrets rendus par son père pour la réunion des Eglises grecque et latine ; il assembla en concile tous les prélats
de son royaume, et leur demanda humblement pardon d'avoir coopéré à l'alliance impie qui avait élé conclue par son père avec les hérétiques latins. Cette assemblée s'occupa ensuite de plusieurs questions théologi([ues (|ui se décidèrent d'une manière fort singulière. Lorsque les Pères étaient emliarrassés pour se prononcer entre deux évèques sur un point de controverse, ils ordonnaient I épreuve appelée ordalie ou jugement du Feu. Ceux qui devaient su' t
répreuvo s'y pn'-paraient par trois jours do jeûne, par ilfS prièros l'I ilos niaci'rations; ensuite on leur enveloppait la main droite d"iin sachet de cuir cachelfe du sceau impérial, et on les gardait à vue pour qu'ils ne lissent point usage de frictions qui pussent amortir l'action du feu. Le quatrième jour, on les conduisait en grande cérémonie à l'église cathédrale; on célébrait la messe en leur honneur, après quoi on enlevait les sachets de cuir, et ils devaient prendre un globe de fer rougi au feu, qu'on appelait le saint, et le porter depuis l'autel jusqu'à la balustrade qui fermait le sanctuaire. Celui qui refusait l'épreuve perdait sa cause.
Pendant (pi'.Vndronic Paléologue discutait sur les dogmes et sur les mystères de la religion, une tlotle formitliible commandée par Charles d'Anjou, roi de Kaples, prenait la route de Gonstantinople afin d'en faire le siège ; heureusement pour l'empereur , une tempête assaillit les vaisseaux ennemis au moment où ils entraient dans le détroit, et contribua plus que son courage à éloigner le danger. Enfin les Grecs se lassèrent eux-mêmes d'obéir à un prince tout à la fois bigot et luxurieux ; plusieurs villes se mutinèrent ; un guerrier déjà redoutable, Philanthropène, leva l'étendard de la révolte, et marclia sur Constantinople à la tète de l'armée qu'il commandait.
Trop lâche pour défendre sa couronne avec son épée, Andronic Paléologue eut recours à la trahison et gagna quelques officiers de Philanthropène, qui le lui livrèrent garrotté. Ce malheureux fut condamné à avoir les yeux arrachés et à être décapité, (jonstantin Porphyrogénète, frère du monarque, fut enveloppé dans la proscription, sous prétexte qu'il entretenait des relations criminelles avec les révoltés ; ses biens furent confisqués, et l'infortuné fut condamné à passer le reste de ses jours dans une cage de fer.
^lalgré ces terribles exemples de sévérité, les conjurations se multiplièrent sous le règne d' Andronic et le déterminèrent à associer à l'empire son fils Michel. Ce jeune prince, qui n'afait pas encore été perverti par la jouissance du pouvoir suprême, rendit •de sages ordonnances et améliora le sort de ses sujets ; mais il ne put défendre les provinces contre les ennemis du dehors ; les pirates continuèrent à ravager les côtes de l'Hellespont ; les Vénitiens firent •des descentes jusque sur la plage de Constantinople; les Serviens envahirent les provinces du Nord; les Turcs et les Perses achevèrent la confpiète des provinces du Midi.
Dans cette extrémité, Andronic appela à son aide un célèbre aventurier catalan, nommé Roger de Flor, chef des écumeurs de mer. Ces nouveaux alliés lui rendirent d'abord quelques services; ensuite ils devinrent plus incommodes que les Larbares ; ils pillèrent les églises, forcèrent les monastères de religieu- •ses et rançonnèrent les villes. Pour mettre un terme •■ à leurs déprédations, Andronic Paléologue fit assassiner Roger de Flor; cette fois le moyen ne lui réussit pas; car, sous prétexte de venger la mort de leur chef, •ces bandits parcoururent toutes les provinces et commirent des atrocités épouvantables d'un bout de l'empire à Ijiutre, jusqu'à la mort de Michel.
Le fils de Michel, nommé Andronic, voulut lui succéder et partager avec son grand-père la suprême puis-
sance ; le vieil empereur, qui redoutait l'ambition de ce jeune prince, relusa de l'associer au gouvernement, et l'éloignade Constaulinojile. Celui-ci se jeta dans le parti de la révolution, se mit à la tète des mécontents et l'obligea à le nommer césar, ensuite despote, puis associé à l'empire ; et enfin dans une seconde révolte il se fit proclamer seul empereuri Le vieil Andronic, relégué dans sou palais, se consola de la perte du trône avec des mignons et des courtisanes; mais son ])etitfils étant tombé dangereusement malade, les grands, qui craignaient de lui voir reprendre les rênes de l'empire, le contraignirent à se revêtir de l'habit religieux et à se renfermer dans un monastère, où il mourut deux années après, le 13 i'évrici' 1332.
Andronic 111, surnommé le Jeune, se montra digne de l'amour des peuples par ses grandes qualités et ses vertus civiques; il supprima plusieurs des impôts qui avaient été établis par son grand-père, réforma sa cour, s'entoura de savants, de philosophes, et retarda pour un instant la ruine de l'empire grec. Il mourut en 1341 , après avoir régné seize ans.
Son fils, Jean Paléologue, lui succéda à l'âge de neuf ans, sous la tutelle de l'impératrice Anne de Savoie, sa mère, et de Jean Cantacuzène, premier domestique du palais. Une funeste mésintelligence ne tarda pas à éclater entre le régent et l'impératrice mère. Celle-ci résolut de se débarrasser d'un censeur incommode, qui osait blâmer le scandale de ses amours avec le protovestiaire Apocaupe ; et à la faveur d'une révolution de palais, elle fit chasser Cantacuzène de Constantinople, et le déclara déchu de la régence. Le peuple ne ratifia point la condamnation; une émeute éclata, et l'impératrice mère fut obligée de rappeler son ennemi à la cour et de le rétablir dans ses dignités.
Une seconde tentative de la même nature n'eut pas un meilleur résultat. Anne de Savoie ayant voulu profiter de l'absence du régent pour prononcer sa déchéance, le peuple, l'armée et même quelques-uns des seigneurs de la cour prirent parti pour Cantacuzène et le proclamèrent empereur. L'or, les intrigues, la calomnie, tous les genres de corruption furent employés inutilement par l'impératrice pour ruiner le parti de son ennemi. Comme rien ne lui réussissait, elle soudoya des assassins; le complot échoua encore par un hasard fort singulier : au moment où l'un des conjurés entrait dans la tente du régent pour le frapper, une jeune esclave qui était couchée à ses pieds se réveilla, et voyant un homme armé, elle appela au secours; Jean Cantacuzène sauta aussitôt sur son épée, se mit en défense, et donna le temps à ses gardes d'accourir à son aide.
Cette conspiration avait été si bien organisée, que l'impératrice mère et son amant en regardaient le succès comme infaillible. En conséquence , ils avaient fait tous leurs préparatifs pour s'emparer de la suprême puissance dès que la mort de leur ennemi serait connue à Constantinople ; la vieille mère de Cantacuzène avait été arrêtée et plongée dans un cachot, ainsi qu'un grand nombre de ses partisans; le jeune empereur avait été lui-même relégué dans un château nommé Épibate, où il était gardé à vue.
Au jour fixé pour l'exécution du meurtre, les deux coupables convoquèrent en assemblée les principaux
IIDIS, REINES, EMPEREURS
citoyens, les officiers du palais et tiuelques-unes de leurs créatures. Apocaupe prit la parole, rappelajnsolemraent les services qu'il avait rendus à l'État pendant l'absence du régent, et finit par leur annoncer ({u'ayant appris la nouvelle de la niorl de Gantacuzène, il demandait à le remplacer dans ses importantes fonctions.
Son empressement lui devint fatal ; à peine la séance était-elle levée, qu'on vint avertir Apocaupe que la mère de son ennemi avait reçu uri message secret dans sa prison, et qu'elle avait déjà raconté les détails du complot auquel son fils venait d'échapper. Aussitôt il se rendit auprès de cette femme vénérable pour lui arracher la lettre de son fils, et sur son refus de lu lui donner, ce monstre l'étrangla de ses mains. Aux cris de la victime, les prisonniers des cachots voisins Lrisèreut les portes, entourèrent le meurtrier, et, faute d'armes, l'assommèrent à coups de chaînes.
L'impératrice , qui accourait pour rejoindre son amant, ne trouva qu'un cadavre en entrant dans la prison; rendue, furieuse par cette vue et par le triomphe de son rival, elle fit aussitôt avancer de farouches soldats, et après les avoir gorgés de viandes et de liqueurs enivrantes , elle les lâcha comme des bêtes fauves sur les malheureux prisonniers, et en fit faire un massacre effroyable. Ces atrocités exaspérèrent les esprits ; le peuple courut aux armes, chassa les soldats, et ouvrit les portes de Gonstantinople à Gantacuzène, qui venait, mais trop tard, pour sauver sa vieille mère.
Anne de Savoie , forcée d'abandonner la direction de l'empire, sans espoir de jamais la recouvrer, se jeta dans les débauches et dans les querelles théologiques jusqu'au moment de sa mort, qui eut lieu peu de temps après, par suite d'une hémorrhagie utérine.
Gantacuzène mit tous ses soins à soulager les malheurs des peujdes ; simple et modeste, il ne se laissa pas éblouir par les grandeurs; il rendit de sages ordonnances, diminua les impôts ; et, sans nul doute, il eût sauvé l'empire, si déjà les crimes de ses prédécesseurs n'avaient rendu cette tâche impossible. Les peuples, plongés dans la plus profonde misère par les exactions de leurs princes, étaient sans force et sans énergie pour repousser les redoutables adversaires qui envahissaient leurs frontières. Attaqué à la fois par les Génois, par les Serviens, par les Turcs et les Perses, Gantacuzène eut encore à lutter contre la peste, qui fit de l'empire un vaste champ de mort. Néanmoins il était parvenu, par son extrême sagesse et par son activité inconcevable, à faire face à tous ses ennemis, lorsque éclata une guerre civile qui devait lui porter le dernier coup. G'était le jeune Paléologue, son élève, qui payait son dévouement par la plus noire ingratitude, et qui, par le conseil de ses courtisans, venait à la tète d'une arniée revendiquer la possession exclusive du trône.
Ge jeune présomptueux, battu sur terre et sur mer, fut bientôt obligé de chercher un asile dans l'île do Ténédos. Quoique vain([ueur, Gantacuzène, dégoûté des hommes et fatigué des grandeurs, résolut d'abdiquer : il rassembla les grands de l'empire, et leur proposa d'associer au jeune Paléologue, son fils aîné, Matthieu Gantacuzène.
Cette proposition fut accueillie avec d'autant plus d'empressement que ce prince s'était déjà fait remar(]uer par une extrême prudence et par un grand amour de la justice. L'empereur remit solennellement le sceptre aux mains de son fils, et se retira, en 1355, dans le monastère de Maugane, où il prit l'habit religieux sous le nom de frère Josuaphus Gliristodolus. Il employa le reste de sa vie à composer de nombreux écrits sur l'histoire de son temps, qui malheureusement ont été anéantis dans l'incendie de la bibliothèque de Gonstantinople.
Peu de jours ajwès l'abdication de Gantacuzène, le jeune Paléologue quitta l'île de Ténédos et revint dans sa capitale ; d'abord il jura une amitié inviolable à Matthieu , qu'il apiielait son frère ; ensuite l'ambition l'emporta, de nouvelles divisions éclatèrent entre les deux empereurs, et la guerre civile recommença avec plus de fureur qu'auparavant.
Du fond de son monastère, le vertueux Gantacuzène fit appel à la raison de son fils, et lui conseilla d'imiter son exemple, de sortir du tourbillon des grandeurs et de se vouer comme lui au culte de la sagesse dans le silence du cloître. Matthieu écouta les avis de son père, descendit du trône, et laissa l'ambitieux Paléologue maître de l'empire. Le jeune imprudent, qui avait hâte d'exercer l'autorité souveraine, déclara la guerre aux Bulgares et marcha coritre eux; cette invasion en Bulgarie lui devint fatale, car pendant qu'il était occupé à ruiner ce pays, les Turcs envahirent ses plus belles provinces. Alors il s'adressa aux princes chrétiens pour en obtenir des secours ; il vint même à Rome et jura obéissance au pape, sans en obtenir autre chose que de stériles promesses. Bien plus, comme il avait été forcé d'emprunter des sommes considérables aux Vénitiens pour faire des présents au saint-père, il se vit arrêté et mis en prison jusqu'à ce qu'il eût remboursé à la Sérénissime République l'argent qu'elle lui avait avancé. Manuel, le second de ses fils, fut obligé de vendre les diamants de la couronne, les meubles des palais et même ses domaines, pour rembourser les dettes de son père.
Pendant l'absence de Paléologue, le sultan Araurat avait poursuivi ses succès, et l'empire se trouvait réduit aux villes de Gonstantinople, de Thessalonique, de Sparte, et à quelques îles sur la mer Egée. Pour conserver cette ombre d'autorité, Paléologue demanda la paix au sultan, et lui offrit de lui céder en toute propriété les provinces qu'il lui avait enlevées. Ce honteux traité obtenu, il ne songea jilus qu'à ses plaisirs, et devint bientôt le jilus débauché de son royaume, comme il s'en était montré le plus lâche. Andronic, son fils aîné, indigné de l'état d'abjection dans lequel son père plongeait l'empire, se mit à la tête d'une conjuration; malheureusement des traîtres le vendirent au moment où elle allait éclater. Le jeune prince fut arrêté, condamné à avoir les yeux brûlés avec un fer ardent, et enfin à être renfermé dans la tour d'.\rséna pour le reste de ses jours. Son second fds, qu'il soupçonnait d'avoir participé au complot, é])rouva le même châtiment que son frère , et tous deux furent déclarés inhabiles à posséder la couronne. Son plus jeune fils , nommé Slanuel, fut immédiatement associé à l'empire.
Une émeute à Constanlinople
ROIS, REINES, EMPEREURS
Bataille île Pùiliers
Dans rintervallo, Ainurat avail élt' poignardé par le Servien Miloscli Koliilowitcli. et avait laissé ses immenses États à son fils Bajazel, surnommé lu Foudre. Dès son avènement au trônç, le nouveau sultan voulut profiter de la terreur qu'il inspirait, pour oblij^er l'empereur à lui payer des tributs énormes, et même à lui donner son (ils INIanuel en otai^e. Néanmoins, si grande que fût la làclielé de l'empereur, les exigences de Bajazct devinrent telles qucPaléoloLiue, poussé par le désespoir, résolut de s'affraiicbir du
juug lionleux auipiel smi allié l'aviiil asservi, et S(» détermina à relever les forlifications de sa rapitalc ]iour ri'sister aux aimes de-; Turcs. I! n'eut jias le temps d'exécuter ce jiiojel. car à la première nouvelle qui en jiarvinl à Bajazet, celui-ci marciia sur Constanlinople, et menaça l'empereur de faire brûler les yeux à son fils Ma.nuel, d'extei-miner tous les (îrccs et d'anéantir l'empire, si les nouveaux ouvrages n'étaient détruits immédiatement.
Paléologue ne survécut pus longtemps à cette der-
nière liumiliation ; il nioiinit en 1391, iiso île dt'liaiiclies, raéprisi' dos i'tranj;ers et exécré de ses sujets. Son fils. Manuel Paléologue, lui succéda et continua la politique de son père, dont nous verrons les résultats dans le siècle suivant.
Pendant que l'empire grec, fondé par Constantin, s'écroulait sous les coups des sectileurs de Mahomet, la France restait écrasée sous la double tyrannie des rois et des prêtres ; en aucun temps, les désordres, la cupidité et l'insolence de ces ennemis de l'humanité n'avaient été poussé? à un plus haut point.
A P!iilip]ie le liel avait succédé son (iU Louis X, surnommé le llutin ou 1> mutin* le querelleur; aussi avide, aussi fourbe, aussi cruel que son père, il était parvenu à réunir sur sa tète la double couronne de France et de Navarre. Jamais les malheurs du peuple navaieat été plus grands (|ue sous ce règne; les impôts étaient excessifs, et l'ait ''ration de« monnaies avait peidi liuit le crédit de la France; enfin la pénurie était telle, que le roi fut obligé de retarder son sacre pendant près d'une année, faute d'argent pour paver les frais de la cérémonie.
Son oncle, Charles de Valois, pour le tirer d'embarras, lui conseilla d'accuser Enguerrand de RJarigny, ministre de son père, de malversation dans l'administration des finances, et de confisquer tous ses biens à son profit. Ce seigneur lut mis en état d'arrestation ; mais comme il parvint à se justifier du crime de concussion, on se rejeta sur une vague accusation de sorcellerie, et on le condamna à êlre pendu aux fourches patdjulaires de^Ionlfaueon, jiour avoir attenté à la vie du roi par maléfices et enchantements ! Le cadavre fut cloué à une croix sur le point culminant du charnier, et resta exposé huit jours entiers aux insultes de la soldatesque.
Plus tard on réhabilita la mémoire de cet homme intègre, on déclara les accusations fausses et calomnieuses, et ses juges furent chargés de malédictions! Qu'importait ii Louis le Hutin le jugement de la postérité, il héritait de son ministre! Cette confiscation se trouvant insuffisante pour remplir ses trésors, il prépara une nouvelle lâcheté dontlesjuifs devaient être les victimes; il rendit un décret qui autorisait leur rentrée dans le royaume pour douze années, moyennant le payement d'un droit énorme; il leur vendit en outre l'autorisation d'acheter des rotures, c'est-à-d re des terres et des maisons, et encouragea même leur conversion au christianisme.
Ces malheureux, trompés par son hypocrisie, abjurèrent en grand nombre et achetèrent des maisons et des terres ; lorsqu'il supposa les choses arrivées au point oii il les voulait, il changea de tactique et de langage, et prétendit que ces conversions étaient préjudiciables aux intérêts des seigneurs et de leurs familles, attendu qu'elles affranchissaient les Israélites et diminuaient le nombre des serfs des domaines féodaux ; conséquemment, il déclara nulles toutes les conversions, confisqua au profit de la couronne les biens do ceux qui avaient abjuré, et remit leurs personnes sous la juridiction des nobles. Les infortunés qui se trouvèrent ainsi dépouillés de leurs biens par l'insigne mauvaise foi du prince, retournèrent au judaïsme et abandonnèrent une terre ingrate, qu'ils enrichissaient de leur travail et de leur industrie.
Toutes ces exactions no rapportant pas encore assez d'argent pour subvenir aux dépenses de la cour, le roi mit en vente les offices de judicature, leva de nouveaux décimes sur le clergé, et écrasa le peuple de tailles et de corvées. La tyrannie de Louis le llutin le rendit odieux à ses sujets, qui le méprisaient déjà à cause des honteuses débauches de sa femme, Marguerite de Bourgogne. Les chroniqueurs contemporains racontent que cette reine impudique se réunissait le soir dans la fameuse tour de Nesle avec ses belles- sœurs, Jeanne et Blanche de Bourgogne, mariées chacune à l'un des fils de Philippe le Bel, et que là se passaient des orgies dégoûtantes, dignes des temps de Sardanapale. Ils ajoutent que souvent, le lendemain de ces saturnales, on retrouvait sur la berge les cadavres des jeunes filles et des inl'orlunés qui avaient servi aux rnfàmes volu]ités de ces princesses. Enfin la fiéquence de leurs débauches, le scandale de leur conduite fut poussé si loin, qu'un acte de justice devenait nécessaire.
Pendant une nuit, des gardes cernèrent la tour de Nesle, et arrêtèrent par ordre du roi to"S ceux qui s'y trouvèrent. Les trois princesses fiu-ent mises en jugement, et comme l'adultère avait été flagrant, elles furent condamnées à mort avec leurs amants, par arrêt du Parlement. Blanche parvint à se soustraire au supplice en évoquant la cause devant la juridiction ecclésiastique, et en faisant déclarer son mariage nul pour cause de parenté ; Jeanne, femme de Philippe le Long, fut plus heureuse encore; elle sut convaincre son mari de S'in innocence, malgré les preuves écrasantes qui la condamnaient, et elle revint à la cour; quant à Louis le Hutin, il fut inflexible : la reine fut d'abord renfermée dans le château de Gaillard, et ensuite étranglée par son ordre. Gauthier et Philippe d'.\ulnay ou Delaunay,les amants de Marguerite et de Jeanne, furent mutilés des parties qui avaient péché, ensuite écorchés vifs et attachés à la queue d'un cheval, qui fit trois fois le tour de la prairie de Mauliuisson en les traînant sur l'herbe nouvellement fauc'iée ; apr'.-s le SU) p'ice on leur trancha la tète, et leurs corps furent pendus au giliet par-dessous les aisse'les.
Quelque temps après , Louis X contracta un second mariage avec Clémence de Hongrie. Pendant le cours de son règne, il avait tellement exaspéré les esprits par sa tyrannie, qu'il n'osait plus paraître en public, et qu'il se décida même à cjuittiT l'ancien palais des rois, dans la crainte que la haine qu'il inspirait venant à faire exj)losion, il ne lui fût irapossible de se défendre contre les insurgés. Ilclioisit pour sa résidence le château du Louvre, dont la situation et les ouvrages fortifiés présentaient plus de moyens de ré^islance. Plus tard, co ume il ne s'y trouvait pas encore en sûreté, il se retira au donjon d; Vincennes, qui était réputé imprenable. Malgré toutes ses précautions, le tyran ne put échapper à la puissance occulte qui se joue des rois et de leurs calculs; la mort, la terrible mort vint frapper Louis le Hutin sur son tr^me. QueLpies historiens disent qu'il mourut des suites d'un refroidissement, pour avoir bu un verre d'eau à la glace; d'autres prétendent cpi'il avait été empoisonné' à l'instigation de son successeur, par un de ses officiers de bouche. Il fut enterré à Saint-Denis, dans les premiers jours de juin 1316.
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Pliilippe V, surnommé le Long, à cause de sa grande échine, se trouvait à Lyon, occupé de l'élection d'un pape, lorsqu'il reçut l'heureuse nouvelle de la mort de son frère ; il se rendit eu grande hâte à Paris, et convoqua immédiatement le Parlement jiour se faire reconnaître gardien de l'Etat et curateur au ventre de la reine, qui se trouvait malencontreusement enceinte La jeune veuve mit au monde un enfant mâle, appelé Jean, qui mourut empoisonné, huit jours après sa naissance. Débarrassé de son pupille, le régent n'hésita point à se déclarer roi par le droit de la nation, malgré la vive opposition de Eudes IV, duc de Bourgogne, qui revendiquait la couronne pour sa nièce Jeanne, lille de Louis le Mutin et de Âlarguerite, soutenant que par le droit naturel comme par le droit civil, elle devait succéder à Jean, son frère, ainsi qu'il arrivait des grands fiefs, qui tombaient presque tous de lance en quenouille.
Pour ré.-ister au parti puissant qui s'était formé contre lui, et dans lequel on comptait plus de trente princes du sang, Philippe se fit sans délai sacrer à Reims, eu présence de quelipies grands du royaume et notamment de la comtesse INIathilde, souveraine de l'Artois, qui assistait à la cérémonie en qualité de pairesse de France. Immédiatement après, il convoqua une assemblée de seigneurs, de prélats, de notables et de docteurs ou maîtres de l'Université, et fit décréter la loi salique, qui rendait les femmes inhabiles à succéder au trône. Son usurpation se trouvant ainsi légitimée, Philippe se fit prêter serment de fidélité par les grands dignitaires de sa faction, sans s'inquiéter des réclamations de la noblesse et des grands feudataires. Du reste, il se trouva vigoureusement soutenu par Jean XXII, qui fulmina des anathèmes terribles contre ses ennemis.
Alors i! put s'occuper de la réalisation du projet de ses prédécesseurs, qui était l'aU'ermissement de l'autorité royale sur la ruine du système féodal ; comme cette œuvre était entreprise dans un intérêt de dynastie, les peuples, loin d'en éprouver quel([ue soulagement, se trouvèrent écrasés de nouveaux impôts, et obligés de vendre jusqu'à leurs derniers haillons pour remplir les coffres du roi, et pour subvenir au.\ dépenses d'une croisade en terre sainte, qui avait pour but d'éloigner de France les seigneuis qui s'opposaient à son ambition. Heureusement, au moment du départ, il fut pris d'un mal subit qui l'enleva en quelques jours; il mourut le 3 février 132-2, à l'âge de viugt-liuit ans; les historiens laissent supposer que son frère l'avait fait empoisonner.
« Sous ce règne éphémère, dit le moine de Saint- Denis dans son langage naïf, eurent lieu, à défaut de grandes choses, deux événements qui méritent d'être cités : l'apparition d'une comète et l'émeute des Pastoureaux ou pâtres. Dieu avait envoyé la comète, le pape avait excité l'émeute ; voici à quelle occasion : Jean XXII fit prêcher par ses moines que la conquête de la terre sainte se ferait par des bergers. Aussitôt les gardeurs de troupeaux abandonnèrent leurs moutons, leurs bœufs et leurs porcs, se réunirent par troupes, et parcoururent les provinces, ravageant les campagnes, pillant les châteaux, les abbayes, et rançonnant les villes pour se procurer les moyens de passer en Asie. Les Juifs surtout
avaient à redouter leur passage, car lorsqu'ils tombaient au pouvoir de ces fanatiques ils étaient impitoyablement massacrés. On raconte qu'une fois les Pastoureaux, après avoir saisi dans une seule ville plus de cinq cents de ces infortunés, les renfermèrent dans une grande tourà laquelle ils mirent le feu 1
« Ils traversèrent ainsi la France , semblables à des trombes furieuses, et vinrent s'abattre sur Garcassone : là, ils trouvèrent des Yaudois, qui, au lieu de leur permettre le pillage, les reçurent à main armée et les traitèrent comme des brigands, les pendant ici par bandes de cinquante, là par centaines, et ainsi partout, jusqu'à ce qu'il n'en resta plus un seul de vivant.
« La persécution contre les Israélites n'en fut pas ralentie pour cela; la cour de France ayant besoin de leurs biens, on les accusa d'avoir donné de l'argent à des méseaux ou lépreux pour faire empoisonner les eaux des rivières ; on produisit de faux témoins, qui assuraient sous serment avoir reçu d'eux plusieurs sachets renfermant du sang d'homme, de l'urine, des hosties et différentes herbes; et le bon roi Louis X ne se fit pas faute de les torturer pour leur faire avouer des crimes qui entraînaient la confiscation; aussi un très-grand nombre de ces infortunés s'entre-tuèrent pour éviter le supplice du feu et la torture de l'écorchement.... »
Charles IV, surnommé le Bel, le dernier des fils de Philippe le Bel, succéda à son frère Philippe le Long. ?on~)iremier acte d'autorité fut de faire arrêter Girard de la Guette, ministre des finances, pour s'emparer de ses richesses, ainsi qu'avait fait Louis le Hutin envers Enguerrand de Marigny. La seule différence qui eut lieu entre ces deux victimes de l'avarice, c'est que Girard évita le gibet en mourant pendant qu'on lui faisait subir la question. On mutila •néanmoins son cadavre ; on confisqua ses biens, et sa famille fut bannie du royaume. .\près cette exécution, le roi mit en jugement tous les agents du fisc apjielés lombards , et les livra à la vengeance du peuple. Cette mesure de sévérité, en môme temps qu'elle remplissait les coffres de Charles IV des dépouilles de ses serviteurs, voilait, sous les apparences de l'amour du bien public, les vols et les déprédations du spoliateur.
Dans l'intervalle, Isabelle, sœur de Charles le Bel, et femme d'Edouard II, roi d'Angleterre, vint se réfugier à la cour de France, pour échapper, disait-elle, à la tyrannie insupportable de Hug Spencer, le mignon de son mari. Comme à cette époque les peuples épousaient les querelles des rois, si honteuses qu'elles fussent, la guerre fut déclarée entre les deux pays afin de venger Isabelle. Avec l'appui de son frère, cette reine infâme assembla une armée, repassa le détroit, débarqua à Londres, repoussa les troupes royales, et lit.prisonniers son mari et le jeune Spencer. Sa vengeance ne s'arrêta pas à une si légère punition; pendant une nuit, des assassins pénétrèrent dans le château de Berkley, où était gardé le malheureux Edouard; il fut arraché de son lit, étendu sur un matelas, la face tournée vers le sol; un des bourreaux étouifa ses Ci'is en lui pressant la tête sous un oreiller, les autres lui écartèrent les jambes, lui introduisirent dans l'anus une corne de bœuf percée
ses
HISTOIHK ]>i:s l'Al'KS
aux deux extiéinitcs; et à travers la corne, ils plongèrent dans ses entrailles une broche de fer rougie au feu ; de sorte que la victime fut assassinée sans qu'on pût voir sur son corps aucune trace de violence, ni blessure, ni brûlure !
Hug Spencer eut une fin encore plus cruelle que celle de son maître ; sous les yeux mêmes de la reine il fut affreusement torturé, et on lui arracha les parties naturelles pour le punir, disait Tarrèt, de ce (pi'il eu avait fait un coupable usage avec le monarque ; ensuite il fut pendu. Ce qu'il y eut de plus scandaleux, ajoute la chronique anglaise, c'est qu'Isabelle assista à l'exécution, ayant à ses côtés le beau ÏNIortiiner, son amant, qui plus tard fut également pendu par les ordres d'Edouard III.
Cliarles le Bel ne survécut pas longtemps au triomphe de sa sœur; il mourut à \'incennes, le i" février 1328, ne laissant que des filles pour héritières, et la reine Jeanne enceinte de sept mois. Les barons du royaume se réunirent aufs'.tôt en assemblée, et donnèrent la régence à Phihppe de \'alois, oncle du roi défunt et frère de Philippe le Bel. Deux mois après, la princesse étant accouchée d'une fille, Philippe de \'alois prit le titre de roi. Alors se renouvelèrent les disputes qui avaient eu lieu sous le règne de Philippe le Long, au sujet de l'exclusion des femmes à la couronna: Edouard III, roi d'Angleterre, fils d'Isabelle, sœur de Charles le Bel, voulut élever des prétentions à la couronne de France ; mais il fut éconduit par les états-généraux du royaume, qui ratifièrent l'avènement des Valois au trône.
Philippe, dont la passion était l'amour de l'argent, essaya pour s'en procurer d'une nouvelle mesure financière qu'il appela la gabelle, et qui faillit amenei' une terrible révolution et son expulsion du trône en soulevant contre lui l'indignation générale.
Pour faire diversion à la haine dont il était l'objet, le roi de France déclara la guerre aux Flamands, et marcha au secours du comte de Cressy, que ses sujets avaient enfermé dans le château de Cassel. L'armée française qu'il conduisit contre les insurgés était forte de trente mille hommes, et n'avait à combattre que de pauvres cultivateurs et des artisans au nombre de douze mille au plus, et commandés par un homme du peuple, un marchand de poissons, nommé Zannec ou Zanne(juin. Il est vrai que les Flamands étaient animés par l'amour de la liberté, et que ce sentiment sublime exaltait leur courage et suppléait au nombre.
Après plusieurs assauts infructueux, le roi fut obligé de se retirer à quelques lieues de Cassel, et forma un camp pour intercepter les communications du dehors avec la ville, afin de la prendre par famine. Le général ennemi ne fut point dupe de cette lactique ; il sortit de la place, vint poser son camp vis à-vis celui des Français, et pour narguer Philippe, il fit élever un poteau, surmonté d'un coq de bois, avec ces deux vers :
Quand ce coq chanté aura, Le roi Cassel conquêtera.
D'après ce que racontent les historiens flamands, le rusé Zannec, qu'ils appellent le général Cliasse- Marée, poussait l'audace jusqu'à venir lui-même dans
le camp des Français, sous ses habits de marchand, et vendait du poisson à bon marché, afin d'être bien accueilli des soldats, et de faire ses observations sans exciter de défiance. Ayant donc remarqué que les officiers restaient longtemps à table, mangeaient fort et buvaient sec, et qu'à leur exemple les soldats dormaient après le dîner, son plan d'attaque fut bientôt conçu, et il ne forma rien moins que le projet de surprendre le roi dans sa tente.
Un jour de grande chaleur, au moment oîi chacun dormait dans le camp, il fit avancer ses troupes en silence, et passa les lignes ennemies avec quelques gens déterminés et déguisés comme lui en marchands de poissons. Par malheur, au moment où il franchissait l'enceinte de la tente royale, il fut reconnu par un moine, qui cria « aux armes. «
Philippe, réveillé en sursaut, se jeta sur son épée et se mit en défense ; les Français tombèrent sur la petite troupe qui était engagée dans le camp, et massacièrent jusqu'au dernier homme; le brave Zannequin se défendit avec le plus grand courage, et fut tué un des derniers. Le roi fit ensuite attaquer les Flamands, qui furent mis en déroute après une vigoureuse résistance. Ainsi se termina cette funeste journée, qu'on nomma la journée de Cassel : la ville se rendit; le seigneur de Cressy fut rétabli dans son comté, et put assouvir sa vengeance sur ceu.x qu'il nommait ses sujets rebelles.
De retour dans sa bonne ville de Paris, le roi trouva un cartel de défi du jeune roi Edouard III, qui l'appelait en champ clos pour lui disputer la couronne de France. Mais le lâche Philippe préférait voir les peuples s'eutr'égorger pour ses querelles plutôt que d'exposer sa personne aux chances d'un combat singulier ; et il entama ces guerres effroyables qui devaient couvrir la France et l'Angleterre de désastres, de massacres et d'embrasements pendant plusieurs siècles.
« Ce sont les commencements des douleurs de notre pauvre Fiance, qui fut tant ravagée par l'Anglais, » disent les chroniqueurs; en effet, les journées fatales de Crécy et de l'Écluse, la prise de Calais, vinrent porter un coup -terrible à notre marine et à nos finances. Aux calamités qui signalèrent l'avéuement de la maison de Valois sur le trône, se joignirent la peste et la famine, qui exercèrent leurs ravages sur les populations des villes et des campagues. Enfin, après un règne de vingt-deux ans, Philippe mourut à Nogent-le-Rotrou, le 12 aoiit 1350, et le royaume s'en trouva délivré.
Jean, son fils aîné, lui succéda à l'âge de quarante ans; ce prince était d'un naturel emporté, d'un esprit étroit, et capable tout au plus de commander à des moines; il se trouva néanmoins par le hasard de sa naissance, et par le fait de la loi d'hérédité, appelé à gouverner un grand peuple. Son règne commença par des exécutions; le connétable Raoul, comte d'Eu et de Guines, fut décapité par ses ordres, sans avoir été mis en jugement ; les deux frères d'Harcourt, seigneurs de Maubrée et de Colinet, eurent le même sort; enfin, unissant la perfidie à la férocité, il invita le roi de Navarre à une fête, fit traîtreusement massacrer sa suite, et lit son hôte prisonnier contre le droit des gens.
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Charles V consulte les ilevins
Cette dernière làclipté suscita au roi Jean des ennemis puissants ; le frère, les parents et les amis du loi de Navarre prirent les armes pour le venger, et la guerre éclata dans le midi do la France.
A la faveur de nos discordes civiles, les Anglais étendaient im])unénieiit leurs conquêtes dans les provinces; et déjà Edouard, prince de Galles, surnommé le prince Noir, après avoir mis à feu et à sang l'Auvergne et la province du Limousin, avait pousséjus- ([u'en Poitou, lors([ue enlin l'imminence du danger obligea le roi à suspendie la guerre contre la Navarre, j)Our défendre ses propres domaines. Une armée de quatre-vingt mille hommes fut levée à la liàte; Jean en prit le commandement, marcha contre les Anglais, qu'il atteignit à deux lieues de Poitiers, dans une vaste plaine pl.-intée de vignes. Edouard n'avait alors avec lui que huit mille soldats, qui se
trouvaient serrés de tous côtés par l'armée française; comme il ne lui restait pas même l'espoir d'échapper à ses ennemis par une retraite, il envoya ottrir au roi de France de lui rendre toutes les places et les châteaux qui étaient en son pouvoir, de signer une tiève de sept ans, et de l'ayer les frais de guerre ; ne demandant en échange que la jiermission de se retirer avec armes et bagages.
Jean, dans l'enivremenl d'un triomphe qu'il regardait comme assuré, refusa ces conditions, et répondit (pi'il voulait avoir l'Iioniieur de vaincre celui (jui passait pour le plus habile capitaine de son temps. La bataille eut lieu entre les Français et les Anglais; et les désastres de cette journée, après cin([ siècles écoulés, sont restés dans l'histoire comme un monument de honte que la royauté a légué à la France I Quatre-vingt mille Français furent taillés
en piôces jwr huit mille Anglais! Jean lui-même et Philippe, son ipiatrième lils, furent pris par le vainqueur et conJuits à Londres.
Cette captivité du ixii et la régence de Charles, son liis aine, occupent une grande place dans nos chronii(ues par le récit des calamités ipii en lurent les tristes conséquences. Le roi de Navarre parvint à sortir de prison, ralluma la guerre civile, et voulut même disputer la couronne de France au régent. Celui-ci, obligé de tenir constamment une armée sur pied pour résister à ses ennemis, épuisa bientôt les ressources de la nation; et lorsqu'en outre de ces dépenses extraordinaires il eut encore à satisfaire aux exigences de son père, qui semait Tor-à pleines mains dans les fêtes qu'il donnait à Londres, à la comtesse de Salislnn y, sa maîtresse, il se trouva dans la nécessité de doubler les tailles et les gabelles. Cette augmentation d'impôts provoqua un soulèvement jusqu'alors sans exemple; l'autorité du régent lut méconnue; les états-généraux furent même impuissants pour arrêter le mouvement populaire; c'était la lutte qui commençait entre la démocratie et la royauté, lutlc qui ne prendia lin ipi'avec l'abolition des monarchies !
Voici comment en parle la chronique de Saint-Denis : « Le lundi, vingt-huitième jour de mai 1357, les gens de labour s'émurent dans le pays de Beauvoisin, et coururent sus aux gentilshommes, sous la conduite de Guillaume Caillot, leur capitaine; ils brûlèrent les cljàteaux forts, et égorgèrent les seigneurs, leurs femmes et leur lignée, aux cris de : Vive la liberté! vive la jacquerie! Un grand nombre de villes du royaume imitèrent leur exemple. A Paris, un moine, nommé Charles Consac, prêcha pu!jlii|ueraent contre le roi, contre le régent et.- contre la reine, qu'il accusait des maliieurs de l'Etat; les bourgeois prirent les armes et chassèrent les troupes royales.
« Pour un moment, la cause du peuple triompha; Etienne Marcel, prévôt des marchands, fut investi dune espèce de dictature ([u'il e.verça avec une fermeté très-remarquable. Le régent fut obligé de se parer des couleurs adoptées par la nation; et son autorité lut impuissante pour protéger Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et Jean de Conllans, maréchal de Champagne, ses partisans, qui avaient refusé de prendre les mêmes emblèmes. Ces deux seigneurs furent pendus sous les yeux du prince.
« Tout cela eut malheureusement une courte durée, car le régent, étant parvenu à s échapper de Paris, soudoya des Landes de gens sans aveu, dont il donna le commandement à un misérable, nommé Jean Maillard. Ceux-ci se présentèrent un matin à la porte Saint- Antoine, agitant une bannière du roi de France, et criant : Mont-Joye! Saint-Denis! au roi! au duc ! et sans qu'on eîit le temps de fermer less portes de la ville, ils se jetèrent sur les gardes, les égorgèrent, et Jean Maillard assomma lui-même par derrière d'un coiqj de hache le couraireux Marcel. Le cadavre de cedéfenseurdcslib3rlés|iub'.Li[ues et ceux des autres citoyens tués dans la mêlée furent traînés dans les rues et jetés au charnier de Montfaucon. Le même soir, le régent lit son entrée dans sa bonne ville de Paris 1 »
Pendant qu'on égorgeait ses sujets, le roi Jean continuait à courir les tavernes de Londres, et cher-
chait à mériter le titre de roi des ivrognes, qui lui avait été donné par les insulaires; enlin il se fatigua de la prison, et se racheta moyennant e nurançon et un Ir.iité ipii transmettait à Edouard 111, en pleine souveraineté, le Poitou, les iiefs de Thouars et de Belle A'iile; les provinces de la Gascogne, de l'Agenoisrdu Périgord, du Limousin; les pajs de Gahors, de Tarbes, de Bigorre, de Rou(r;ue, de l'Angoumois, ainsi que les villes de Monlreuil-sur-Mer, de Pontliien, de Calais, de Guines, de Méry,ile Sangite, de Boulogne, de Humes, de Yales et d'Onin; il s'engageait en outre à payer au monarque anglais trois millions d'écus d'or.
Malgré l'épuisement où se tiouvaient les finances du royaume, les étals de la noblesse témoijinèrent leur joie du retoiu' de Jean, en lui offrant un buffet ciselé en vermeil, qui avait coûté plus d'un million cinq cent mille livres! Comme d'ordinaire, ce fut le peuple qui paya. Pour tout remeichuent, le roi Jean doubla les impôts; ensuite il mit sa propre chair à l'encan, et vendit sa fille Isabelle à Galéas, tyran de Milan, pour six cent mille florins, qu'il vint dépenser à Londres avec la comtesse de Salislniry. Du reste, ce fut son dernier voyage ; à la suite d'un 9 excès de table, il eut une violente indigestion, dont il mourut le 8 avril 1364. Son corps fut rapporté à Paiis, en grande pompe, et déposé à l'abbaye de Saint-Denis, celte redoutable et dernière demeure des rois de France, véritable charnier royal.
Charles V, fi Is aîné de Jean, lui suoda, et se ofit décerner en montant sur le trône, le surnom de Sage, que les chroniqueurs du temps lui ont conservé, « parce que, disent-ils, ce ])rince avait moult prudence, et ne paraissait jamais à la tête de ses armées pour ne pas tomber au pouvoir des ennemis, et afin d'éviter le sort de son père. » Ce titre de sage ne pouvait pas en effet lui être donné à cause de ses grands talents dans l'administration du royaume, car, sous sa régence, les provinces avaient été ravagées par des bandes de pillards, appelées Compagnies franches, sans qu'il songeât même à les détruire ; ce n'était pas à cause de sa grande loyauté, car, dès qu'il fut roi, il rompit sans motif les traités faits avec les Anglais, et recommença la guerre pour reconquérir les places cpii leur avaient été abandonnées; il ne mérita pas davantage le titre de sage par ses lumières et par la force de son esprit, car il était plus ignorant et plus superstitieux qu'aucun de ses sujets. Sans cesse entouré de magiciens, d'astrologues ou de sorcières, Charles V ne faisait pas un traité ni la plus simple démarche qu'il n'eût auparavant consulté ses devins pour connaître les arrêls du ciel : son seul mérite est d'avoir laissé le commandement de ses armées au connétable du Guesclin et à l'amiral Jean de Vienne, dont les exploits illustièrent son règne et firent oublier la lâcheté du monarque.
A la couardise, Charles V joignait la cruauté, ainsi qu'il paraît par le récit des atrocités (pii furent commises dans la ville de Montpellier, cité jusiju'alors indépendante et qui avait eu le malheur de passer sous sa domination. Comme le peuple s'était soulsvé contre les agents du fisc, et refusait de payer les im- ))ôts qui avaient été doublés, le bon roi s'en émut et chargea le duc de Beiry, son frère, et une armée
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coraposi'e de compagniesî franches, de mettre ses sujets àl:i raison. A l'approclic de ces bandes de pillards, les niallic'uveux insurgés l'urent saisis de torretir, ils dt'posi'renl immédiatement les armes, et envoyèrent les clés de la ville au prince avec une députation des principaux habitants, la corde au cou et pieds nus, les vêtements déchirés, la tète couverte de cendres, et accompaf^nés des gens d'église portant les bannières et la croix. Le frère du roi reçut les clés, poursuivit sa route et fit son entrée dans Montpellier ; les rues étaient bordées des deux côtés par une haie de vieillards, de femmes et d'enfants à 'genoux, poussant des gémissements et criant miséricorde! mais ce tii,M'e à face hnniaine, inaccessible à la ])iété, fit immédialenient saisir six cents de ces infortunés, et au nom du très-haut, très-puissant et très-miséricordieux Charles V, roi de France, deux cents furent pendus, deux cents furent décapités, et deux cents briîlés vifs; leurs biens furent confisqués au profit de la couronne, et leurs enfants déclarés infâmes. On fit grâce au reste de la po|)idation, à la condition toutefois que la ville payerait à son gracieux monarque cent vingt mille livres d'or !
Quelpie temps après cette sanglante exécution, Charles le Sage mourut, léguant à la nation, comme dernier monument de sa sagesse, l'ordonnance qui remettait en vigueur le décret de Philippe le Hardi, et qui fixait la majorité des rois à quatorze ans ! Il appuyait son opini m de raisonnements et de citations puisés dans la Biljle et dans l'Art d'aimer d'Ovide, et qui prouvaient, suivant lui, que les rois étaient plus précoces que les autres hommes. Gomme son fils n'avait pas encore atteint sa treizième année, on fut néanmoins obligé de lui donner des tuteurs et de former un conseil de régence composé des ducs de Berry, d'.\njou, de Bourgogne et de Bourbon.
Charles V mort, le royaume fut encore bouleversé par les intrîgues des princes, qui se disputaient la présidence du conseil de régence ; après plusieurs mois de luttes sanglantes et acharnées, ils finirent par s'entendre, et déférèrent au duc d'Anjou l'exercice de l'autorité souveraine, sous la condition qu'il abandonnerait à ses frères les trésors du roi défunt sans en rien réserver. Pour compenser le sacrifice qu'il était obligé de faire, le régent augmenta les impôts, et commit de si nombreuses exactions, que les habitants de Paris, de Rouen et d'Amiens se fatiguèrent de payer les officiers du fisc.
Lors(pie le jeune Charles eut atteint sa majorité, il se rendit à Reims, accompagné de ses oncles et des seigneurs de la cour, et reçut l'huile sacrée et la couronne des mains de l'archevêque Richard Picpus. Dans son impatience d'exercer par lui-même l'autorité royale, cet enfant de quatorze ans leva une armée et marcha au secours du comte de Flandre, que ses sujets avaient détrôné, parce que, dit Juvénal . des Ursins, « ce seigneur voulait faire de grandes exactions, tailler, piller, égorger, ainsi que faisaient les rois de France ! »
Cet exécrable rejeton de Charles V eut la gloire de faire massacrer quarante mille citoyens, commandés par le célèbre Philippe Artevelle. Néanmoins la nouvelle de celte victoire remportée sur un peuple ami, exaspéra les esprits en France; '^s Parisiens se sou-
levèrent, et coururent à l'hôtel de ville, en brisèrent les portes, s'emparèrent des armes qu'ils y trouvèrent, ainsi que d'un grand nombre de maillets de plomb, ce qui fit donner aux insurgés le nom de maillotins; ensuite ils se ruèrent dans les rues, assommèrent les soldats, les fermiers des aides et tous les suppôts de la tyrannie; ils délivrèrent les prisonniers, bridèrent les hôtels des princes, et se déclarèrent libres et afl'ranchis de toutes sujétions royales ou princières.
Mal en prit aux courageux bourgeois de s'être révoltés, car Charles, le jour de son entrée dans Paris, en fit brûler plus de cinq cents; pendant plus de trois mois il en fit constamment torturer et pendre jusqu'à trente et quarante chaque jour, donnant tant de liesogne aux bourreaux, que ceux-ci imaginèrent de lier les condamnés dans un sac et de les jeter à la Seine, pour alléger leur travail.
Enfin, lorsque le jeune roi fut rassasié de sang, il fit publier à son de trompe que le peuple eût à se rassembler sur la place du Palais; et là, assis sur un trône étincelant d'or et de pierreries, il fit lire par son chancelier, Pierre d'Orgemont, le discours suivant : « Manants et bourgeois de Paris' vous avez mérité mille morts pour avoir massacré les maltôtiers au lieu de payer vos impôts ! Ne savez-vous donc pas que les rois ont reçu de Dieu le pouvoir de prendre vos biens, vos femmes et vos enfants, et même votre vie, sans que vous ayez le droit de faire entendre un murmure? Ainsi, vous qui avez eu l'audace de vous révolter, tremblez sur'' la punition de vos crimes, car Charles le Bien-aimé est juste, et il vous fera une justice terrible! »
Pendant cette allocution, le peuple attendait à genoux la sentence royale ; alors les oncles de Charles feignant d'être attendris, se jetèrent aux pieds du roi, en le suppliant de faire grâce; « les dames et les demoiselles de la cour, rapporte la chronique, agenouillées et pleurant, crièrent miséricorde ! mais il pnraissait toujours inflexible. Enfin les pauvres citadins, femmes, enfants, vieillards, à genoux, têtes nues, baisant la terre, commencèrent à crier miséricorde ! Charles, a qui on avait fait la leçon, leur accorda la vie sauve, et les condamna seulement à lui donner I5 moitié de leurs biens. Lorsque ses collecteurs eurent fait main basse sur tout ce qu'ils trouvèrent dans les maisons , le miséricordieux prince abandonna la ville au pillage de ses chefs militaires et de leurs gens d'armes ! »
Rouen, Orléans, et un grand nombre d'autres villes, qui avaient suivi l'exemple de Paris, furent le théâtre d'atrocités plus effroyables encore; et cependant ce n'étaient que les préludes des calamités que réservait à la France cet abominable règne. Isabeau de Bavière devait bientôt faire oublier les crimes de Charles VI, et consommer la ruine du royaume en le vendant aux Anglais.
Cette princesse avait à peine quatorze ans lorsqu'elle vint en France pour la )iremière fois; le roi la vit dans une ci-rémonie religieuse , en devint éperduraent amoureux, et l'épousa. Isabeau n'apporta à son mari qu'un cœur corrompu et déjà initié à la débauche ; leur union fut célébrée à Amiens le lejuillet 1385.
iiisnniii: hes papes
Arr i"le.
lie passe pas outre, car lu es iralii
Malgré rcxtrême misère où se trouvait réduite la France, il fallut trouver néanmoins des sommes énormes pour payer les fètcs de la cour; elle pauvre peuple fut de nouveau pressuié. On est tenté de révoquer en doute l'exactitude de nos anciennes chroniques, en lisant les détails des magnificences qui furent déjiloyées lors de l'entrée de la reine dans Paris; et l'on se demande lequel est le plus extraordinaire, ou de l'insolence du roi et de ses ministres, qui venaient insulter à la misère pnlilifpie, ou de la
longanimité du pinqile, qui ne balayait pas sur son cliemin celte poignée dr. courtisans et de valets.
Toutes les rues étaient tendues de riches étoffes de velours et de brocart; le pont que devait traverser le cortège avait été entièrement recouvert d'un drap de soie bleu brodé de fleurs de lis d'or. Dans chaque carrefour, des fontaines artificielles versaient les unes du lait, les autres du vin ou des liqueurs parfumées. L'église de Notre-Dame avait été richement pavoisée de drapeaux de soie bleu et or; et lors((ue
ROIS, liKIXES. EMPEUETHS
Assassinat de Jean Sans-peur sur le pont de Montereau
la reine arriva sur le parvis, un jeune adolescent descendit comme un archange, du sommet de la ba- . silique, déposa une magnifique couronne sur le front d'Isabeau de Bavière, et s'éleva en agitant ses ailes comme s'il fût remonté au ciel.
Sur la place du grand Cliàtelet on avait élevé un trône d'azur et d'or, en forme de lit de justice, entouré d'un immense hémicycle de gradins recouverts de riches tentures de soie; au milieu de la place était un cerf de bois doré de dimension extraordinaire,
portant des cornes en or massif et au cou duquel était appendu-un collier enrichi d'escarboudes, figurant dans SCS contours les armes de la France ; cette machine renfermait dans ses flancs plusieurs hommes, qui, au moyen de ressorts cachés, la poussèrent sur le passage de la reine, afin de lui présenter un glaive étincelant de pierreries.
Arrivés au Louvre, les deux époux se récréèrent par le spectacle d'un magnifique carrousel ; le soir, il y eut festin, danses et bal masnié. ^ Cette iiuil-
là, dit la chronique du moine de Saint-Denis, la p*^dour ne fut non plus nu'najiée, que le bien des pauvres n'avait été épargné dans la journée; toute la cour, hommes et femmes, ivres de vin et de li([ueurs, s'abandonaèreut, à la faveur du masque, à de taraudes débauches. Madame la reine se livra incestucusement au duc d'Orléans, frère du roi, et la femme de ce prince s'abandonna pareillement au jeune monarque. Ce sont là jeux de prince. »
A partir de ce jour les maux de la France, qui étaient déjà bien grands, s'accrurent d'une manière etïrayante. Les tailles, les aides et les gabelles furent perçues jusqu'à cinq fois dans la même année ; les monnaies furent encore altérées , et, pour comble de malheur, le roi tomba en démence par suite d'un événement qui fut attribué à une machination infernale concertée entre la reine Isabeau et son amant, le duc d'Orléans.
Fn traversant une forêt voisine du Mans, pendant les grandes chaleurs du mois d'août, au moment où Charles VI était seul en avant de sa suite, un homme L'igantesque, couvert de haillons, s'élança à la bride de son cheval et lui cria : « .\rrête, roi, ne passe pas outre, car tu es trahi; tes ennemis vont te massacrer ! > Tremblant, éperdu, à cette brusque appalition, Charles pique des deux et lance son cheval dans la forêt ; l'animal s'embarrasse dans des ronces et tombe avec son cavalier; celui-ci se croit attaqué I ar des assassins, son imagination s'égare, il se relève, tire son épée, court sur* ses gardes, les frappe, en blesse quelques-uns, en tue d'aulres, et se défend . avec acharnement contre ceux qui venaient à son secours. Ou fut obligé de le rapporter au Mans, lié sur un chariot : le roi était fou !
Néanmoins sa démence lui laissait quelques intervalles de lucidité, qui firent concevoir aux médecins l'espoir de le guérir. Ce n'était point le compte du duc d'Orléans et de l'înfàme Isabeau, qui voulaient s'emparer du suprême pouvoir. Alors, dit-on, ils formèrent le projet de se défaire du roi, et voici dequeUe manière : Sousprétextededistraire le pauvre insensé, ils organisèrent une fête de nuit, le déguisèrent en esclave sauvage, et le couvrirent d'étoupes attachées à son corps avec de la poix-résine; le prince fil son entrée dans le bal avec quatre jeunes seigneurs vêtus du même costume, et attachés les mis aux autres avec une chaîne de fer. Mais à peine s'étaientils mêlés à un quadrille, qu'un autre masque, le duc d'Orléans, s'approcha des sauvages avec une torche enflammée dont il les toucha comme par mégarde. En un instant le feu se communiqua aux étoupes imprégnées de poix, et les quatre infortunés furent brûlés vifs sans qu'il fût possible de leur porter secours; le roi seul fut sauvé, grâce à la présence d'esprit de la duchesse de Berry, qui l'enveloppa de son manteau et étouffa le feu.
Cette déplorable scène rendit incurable la maladie de Charles VI, et les médecins durent renoncer à l'espérance de jamais rétablir sa santé ; la folie augmenta de jour en jour, et bientôt on fut obligé de l'amuser comme un enfant avec des cartes, avec des oiseaux ou avec des singes. Dans certains moments la démence du roi devenait furieuse, et on ne pouvait en calmer les accès qu'en lui livrant des femmes
qu'on renfermait dans sa chambre. Isabeau qui s'était faite la pourvoyeuse de son mari, trouva une belle jeune fille, appelée Odette de Cliampdivers, qui avait une grande ressemblance avec elle ; et moyennant un prix convenu, ses parents consentirent à la livrer aux caresses révoltantes du roi Charles VI. De ce commerce monstrueux naquit une fille, nommée Marguerite de Valois, qui fut légitimée plus lard par Charles VII, et mariée au soigneur de Belleville.
Les états-généraux se rassemblèrent pour nommer un régent pendant la maladie du roi; la garde de sa personne fut confiée à Isabeau, et le gouvernement de la France fut donné au duc de Bourgogne.- Son compétiteur le duc d'Orléans réclama contre cette disposition, et avec l'aide de la reine, il obligea le régent à quitter la cour et à lui céder momentanément la direction des alïaires. Alors commença entre ces princes une lutte acharnée, qui pendant des années couvrit la France de désastres. Leduc de Bourgogne marcha sur Paris à la tète d'une armée formidable, et chassa à son tour de la capitale son ennemi et sa maîtresse l'iufàme Isabeau, qui vint accoucher à Melun d'un bâtard, qui dans la suite monta sur le trône sous le nom de Charles \ll.
La reine profita de cette circonstance pour rétablir les affaires du duc d'Orléans, en faisant signer à Charles VI un testament qui déclarait, s'il venait à mourir, son fils aîné habile à porter la couronne. En conséquence la régence fut abolie ; et les états-généraux n'ayant plus le droit d'intervenir dans l'administration du royaume, le duc de Bourgogne perdit la position qui lui avait été donnée par cette assemblée, et dut résigner le pouvoir.
Isabeau, comme mère des princes, conserva toute autorité sur la France, et elle exerça sa tyrannie avec une telle rigueur, que les provinces écrasées d'impôts, accablées de misères, essayèrent de se révolter. Efforts impuissants ! les soldats de cette Messaline eurent bientôt mis à la raison des infortunés hâves de faim, qui n'avaient pas même la force de porter des armes. Néanmoins, pour plus de sûreté, la reine défendit par ordonnance publique, sous peine de mort, aux citoyens d'avoir des épées, des dagues, ou seulement des couteaux. Après quoi elle résolut d'en finir avec la faction ennemie en faisant poignarder le terrible duc de Bourgogne par les gens du duc d'Orléans.
Elle s'était trompée dans son calcul, car ce crime ne resta pas impuni; Jean Sans-peur, fils du duc de Bourgogne et son successeur, se trouvait alors obligé de venger et la mort de son père et son propre honneur, fort endommagé par l'arrogance du duc d'Orléans, qui s'était vanté d'avoir déllôré sa jeune épouse. La haine qu'il portait à l'amant de la reine poussa Jean Sans-peur dans le parti du peuple; il s'opposa aux exactions d'Isabeau, censura sa conduite, et signala à la vindicte publique l'hôtel de la rue Barbette, où le duc d'Orléans et sa royale maîtresse se réunissaient chaque nuit avec des mignons et des femmes perdues.
Devenu l'idole de la nation, et certain d'être soutenu par le peuple, toujours facile à s'enthousiasmer pour ceux qui paraissent soutenir ses intérêts, le duc de Bourgogne ne voulut pas retarder plus longtemps
ROIS, REINES, EMPEREURS
sa vengoance. Un soir, il fit apostcr au ik'loiir de la rue Barbette une troupe d'assassins, coiumanLli's par un capitaine appelé Raoul, qui avait été déshonoré de la même manit-re par le duc d'Orléans ; et lorsque ce prince sortit do la maison de débauche, ils se précipitèrent sur lui, le renversèrent de cheval, lui fendirent la tète à coups de hache et lui coupèrent le poinf;. Cet assassinat plongea la cour dans la consternation ; Isabeau s"eni'uit de Paris avec toute la cour, et emmena le roi et les princes, qu'elle mit sons la fiarde du duc de Brelatrne.
Aussiiôt la guerre civile éclata et les Français se partagèrent en deux factions; les uns, appelés les Armagnacs, se rangèrent sous les ordres du connétable d'Armagnac et de Charles, fils aîné du duc d'Orléans, et adojitèrent, comme signe de ralliement, une bande blanche cousue à leurs vêtements ; les autres, et ils étaient en plus grand nombre que les premiers, suivirent la fortune de Jean ifans-peur, et attachèrent une bande rouge sur leurs habits. Pendant plusieurs années, les deux partis se disputèrent tour à tour la capitale, le glaive à la main, et remplirent le royaume d'incendies, de jiillages et de massacres. A chaque revers, la faction vaincue implorait l'appui des Anglais contre le parti triomphant, et ouvrait a'insi l'entrée de la France aux étrangers.
Pendant que les peuples s'entr'égorgeaient pour les querelles des d'Orléans, la prostituée royale continuait le cours de ses débauches, et ne changeait rien à ses habitudes crapuleuses. Enfin, le dauphin Louis, qui était alors âgé de seize ans, forma avec son frère Jean le projet de s'empirer du pouvoir, pour sauver sa couronne, qu'il voyait compromise par l'inconduite de sa mère. Malheureusement pour lui Isabeau fut informée de la conspiration, et le jeune prince fut empoisonné. Jean voulut poursuivre les projets de son frère, et comme lui, il mourut empoisonné.
Ciiarles, le bâtard de la reine, le dernier de ses lils, échappa à cette mégère par une ruse qui montre à quel degré de corruption était déjà parvenu cet enfant de treize ans. Profitant d un des intervalles de raison dont le roi jouissait encore au milieu de sa folie, le jeune Charles l'instruisit des adultères de sa mère avec un seigneur de la cour, nommé Bois- Bourdon, et offrit de le conduire au château de ^'incennes,qui avait été transformé en lieu de débauches depuis l'assassinat de la rue Barbette, Charles VI, dont la jalousie s'était réveillée par ces horribles confidences, partit aussitôt pour Yincennes avec le jeune prince, et surprit l'impudique Isabeau sans vêtements et renfermée dans une même chambre avec son nouvel amant.
Des bras de la reine, l'infortuné Bjis Bourdon passa entre les mains du bourreau; et après avoir subi la torture, il fut traîné à la Seine, lié dans un sac de cuir sur lequel on avait écrit ces mots: «Laissez passer la justice du roi. )i Isabeau fut reléguée à Tours, dans l'abljaye de Noirmoutiers ; et le comte d'Armagnac ainsi que le dauphin restèrent maîtres de l'autorité souveraine.
De là na([uit une haine implacable entic la mère et le fils; la reine, ne respirant ([uc vengeance, songea à Jean Sans-peui-, qui était seul capable de la seconder dans ses projets contie le daupiiin et contre
le connétable ; elle (it taire ses anciennes inimitiés, se réconcilia avec le meurtrier de son amant, et lui envoya des émissaires pour lui offrir de réunir leurs iiaines communes et d'associer leurs ambitions. Le duc de Bourgogne consentit à cette exécrable alliance; il marcha sur l'abbaye de Noirmoutiors avec huit cents chevaux, délivra Isabeau de Bavière, et fit sur l'heure même sa maîtresse de celle qui avait fait assassiner son père et dont il avait fait massacrer l'amant !
Ensuite ils se rendirent à Chartres, où la reine publia les premières ordonnances émanées d'une autorité qu'elle s'attribuait elle-même, en créant un parlement et eu faisant graver un sceau qui représentait la France agenouillée, les bras étendus, et implorant Isabeau comme sa divinité tutélaire. Dans les différents actes de cette époque qui furent expédiés en son nom, elle s'intitulait : « Par la grâce de Dieu, reine de France, ayant pour monseigneur le roi, le gouvernement et l'administration du ro)-aume!»
Fatigués de voir leur autorité circonscrite à quelques villes ou villages des environs de Chartres, Jean Sans-peur et la reine résolurent de rentrer à Paris; l'or, la corruption et les promesses leur amenèrent des partisans; ils excitèrent une sédition violente dans la capitale, et après cinq jours de luttes et de combats leur parti triompha. Tanneguy du Châtel, prévôt des marchands, eut la plus grande peine à soustraire le dauphin aux Bourguignons; le connétable tomba en leur pouvoir et fut plongé dans les cachots de la Bastille, avec les officiers et les citoyens qui avaient suivi son parti. En signe de victoire, ils arborèrent leur drapeau sur le Louvre, sur la tour Saint-Jacques, sur celle de Notre-Dame ; puis les massacres et le pillage recommencèrent dans les rues de Paris. Les partisans dlsabeau et du duc de Bourgogne, gorgés de vin, tournèrent leur fureur contre les malheureux habitants, et commirent de si grandes atrocités, qu'il a fallu une Saint-Barthélemi pour en affaiblir le souvenir. Des troupes d'égoigeurs, conduits par les nobles, par les Luxembourg, les d'Hapcourt, les Chevreuse, les Chatelux, par ces descendants de l'antique chevalerie, coururent aux prisons du Palais, à celles du grand Châtelet, du petit Châtelct,à celles de Saint-Martin des Champs, de Sainl- Magloire, en arrachèrent les prisonniers, les précipitèrent des fenêtres sur les piques des soldats, déchirèrent leurs cadavres par lambeaux, et firent ainsi périr plus de trois mille victimes.
Cette horrible boucherie n'était elle-même que le prélude de nouvelles atrocités ; ces cannibales en vinrent à forcer les maisons et les églises, tuant impitoyablement tous ceux qu'ils rencontraient, hommes, femmes, enfants, vieillards; et joignant l'ironie à la férocité, les soldats, après avoir violé les femmes enceintes, leur ouvraient le ventre, et plongeaient les mains dans ll's entrailles de leurs victimes « pour en arracher, disaient-ils, les petits chiens et les petites chiennes qui remuaient. »
Un incendie effroyable vint mettre un terme au carnage; il était temps, déjà dix mille cadavres encombraient les rues de Paris. Le lendemain, la reine Isabeau fit son entrée dans la capitale, couronnée de myrte, dans un magnifique costume, et traînée sur
iiisTuiuK i)\:s i'Ari:s
uu char i espleniliss.int il'or et di- pievrerii'S ; sou amant, Jcau Sans pour, l'cscoitail avec ilouze cents hommes d'armes. Sur leur passage, les soldats criaient Noël, aj^itaient leurs banderoles, et jetaient des fleurs et des palmes aliu de caclier les cadavres ([ue les roues du char broyaient sur la roule. Charles VI reçut la reine avec les manjues de teutlresse ([uil eût prodiguées à une épouse chérie, et il accueillit le duc de Bourgogne comme uu frère bien-aimé. Le malheureux était fou!
Jean Sans-peur et Isabeau, terribles dans leurs vengeances, s'acharnèrent contre les partisans des Arniaiînacs et du dau| hin. Aux massacres succédèrent les assassinats juridiques ; chat|ue jour on voyait de lugubres cortèges de tombereaux qui charriaient les cadavres des suppliciés, et les déposaient à la voirie hors des murs de la ville, comme indignes d'une sépulture chrétienne. De ce foyer d'infection s'exhalèrent bientôt des miasmes pestilentiels qui couvrirent la capitale, et emportèrent, dans l'intervalle d'une fête de la Vierge à l'autre, plus de cent mille habitants.
Enfln, pour mettre le comble aux désastres de ce règne, une armée anglaise, commandée par Henri V, lit une descente dans lus provinces du Nord, les mit à feu et à sang, et s'avança vers Paris. Dans cette extrémité, le dauphin chercha à sauver sa couronne, et fit proposer au duc de Bourgogne un traité d'alliance par lequelJean Sans- peur serait maintenu dans ses emplois et dignités, et recevrait en toute souveraineté de nouvelles provinces qu'il adjoindrait à son duché. Les propositions du prince furent acceptées ; on signa même une convention où il était question de réunir toutes les forces de l'État pour repousser les Anglais ; et une entrevue fut indiquée sur le pont de ^lontereau pour ratilier les engagements.
Au jour marqué, le dauphin, armé de pied en cap, vint avec une suite nombreuse au lieu du rendezvous ; mais il n'y trouva pas le duc de Bourgogne, qui s'était arrêté à Brai-sur-Seine, et qui montrait quelque répugnance à se rendre à la conférence de Montereau. Lharles lui dépêcha inutilement courrier sur courrier pour presser son départ. Tanneguy du Ghàtel accourut lui-même deux fois pour le déterminer à venir auprès du dauphin, sans pouvoir vaincre son obstination. Alors les agents de Charles corrompirent à pri.x d'or la dame du Giac, maîtresse du duc de Bourgogne, et Jossequin, son mignon, qui avaient une grande influence sur lui ; et avec leur appui, ils he décidèrent à venir à Montereau. Jean Sans-peur se mit en route accompagné seulement de dix chevaliers, et arriva sur le pont fatal le 10 septembre au matin; dès qu'il aperçut le dauphin, il mit pied à terre, s'avança en saluant respectueusement, et quand il fut assez proche du prince, il se baissa pour lui baiser la main. Au même instant une hache d'armes s'abattit sur l'infortuné duc! On croit que ce fut Charles VII lui-même qui porta le premier coup ! Tanneguy du Ghàtel le renversa d'un deuxième
coup, et un écuyer l'acheva en le traversant avec son épée depuis le bas ventre jusqu'à la gorge. Après cet assassinat, le dauphin et ses complices coururent à Brai-sur-Seine, et s'emparèrent des é([uipages df Jean Sans-peur.
Cet acte de félonie et de lâcheté jeta la France dans une horrible confusion; la reine, ([ui, pour la deuxième fois, voyait ses amants assassinés par son lils, entra dans une rage telle, qu'elle ressemblait à une furie plutôt qu'à une femme. Étouffant alors la voix de la nature, et abjurant tous ses sentiments de mère, elle envoya dans les dilTérenles villes du royaume un manifeste contre son iils, qu'elle ajipclait bâtard et meurtrier, adjurant les citoyens de se réunir au jeune duc Philippe le Bon, lils de la victime, pour tirer une vengeance terrible de l'assassin. Elle se rendit ensuite àTroyes, traita de la vente du royaume avec le roi d'Angleterre, et lui donna en mariage sa fille Catherine. L'indigne parlement ayant ratitic le marché, Henri \' fut déclaré roi de France, et vint" s'installer dans le palais du Louvre avec sa jeune épouse, la reine Isabeauet le jeune duc de Bourgogne.
Pour célébrer cet événement, Isabeau dépensa une grande partie des richesses qu'elle avait amassées dans les dernières proscriptions; il est vrai qu'elle espérait par cet étalage de luxe frapper "l'esprit de son gendre et régner en son nom; mais elle fut cruellement trompée dans son attente. Henri V, après avoir rançonné la France, retourna en Angleterre avec sa femme, et remit au duc d'Exeter ses pleins pouvoirs pour la direction et le gouvernement de son nouveau royaume.
Isabeau fut reléguée dans l'hôtel Saint-Pol avec Charles VI, et obligée de vivre avec un mari insensé. Devenue pour les Français un objet d'horreur, abandonnée par le jeune duc de Bourgogne, insultée par les Anglais, la reine commença à sentir le poids des remords. Pour surcroît d'infortune, la mort frappa presque en même temps Henri V et Charles VI, et vint la priver de son dernier protecteur et du seul lien qui la rattachât encore à la France. Depuis ce moment elle fut délaissée par tous les partis, et traîna sa misérable existence dans l'abjection.
« Si bien, dit Mézeray, que la reine ne pouvait plus paraître dans les rues sans être montrée au doigt et assaillie à coups de pierres. Ses larmes, ses prières, sa vieillesse n'excitaient que la risée de la foule, et non la pitié ! »
Isabeau vécut encore dix ans dans cet état de dégradation, manquant quelquefois des choses nécessaires à la vie; châtiment sévère pour une princesse habituée aux adulations des courtisans, et cependant châtiment trop léger pour une reine qui avait accablé la nation de si grands maux.
Enfin elle mourut le 30 septembre 1435, à l'hôtel de Sainl-Pol. Son corps fut transporté à Saint-Denis, par eau, sans aucune pompe, dans un petit batelet, et ayant pour toute escorte deux rameurs et un prêtre; on l'enterra près du cercueil de Charles VI!