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Histoire il'AmcJcc, duc de Sa\oie. — Difficultés qui s'élevèrent dans le concile au sujet de sa promotion au pontificat. — Amédée accepte la l'are. — Il est excommunié par Eugène. — Mort trafique de Vitteleschi. — Position difficile des deux papes. — Le roi d'Aragon se déclare p)ur Félix. — Fin des conciles de Bile et de Florence. — Retour d'Eugène à Rome. — Conduite de l'empereur Frédéric III envers les deux papes. — Eugène dépose les électeurs de Cologne. — Bulle relative à la diète de Francfort. — Mort d'Eugène.
Amédée, duc de Savoie, avait gouverné ses Etats avec assez de prudence pendant quarante années , lorsqu'il lui prit la singulière fantaisie de se faire ermite. Il abandonna son duché à ses deux fils, et se retira dans l'agréable séjour de Ripaille, sur les bords du lac de Genève, avec plusieurs de ses pages, une vingtaine de domestiques et plusieurs seigneurs de sa cour. La nouvelle congrégation se rangea sous la règle de l'ordre de Saint-Maurice.
On a parlé différemment du genre de vie (jue suivaient les Frères ; plusieurs auteurs affirment que les règlements étaient d'une rigidité extrême; d'autres «crivains établissent, par des documents authentiques, que les pieux anachorètes buvaient des vms «xquis au lieu d'eau , et remplaçaient les racines par les mets les plus délicats; ils disent même que. par mortification , les Frères doublaient le nombre des repas aux jours de jeijne, et commettaient l'acte de fornication ou de sodomie aux heures des prières, le matin, à midi et le soir.
Enfin, Daniel Desmarets assure que l'ermitage de Ripaille était devenu un antre d'abominations, le réceptacle de tous les vices, et que c'était chose si connue de son temps, que l'adage populaire « faire ripaille » signifiait une joyeuse orgie faite avec de bons compagnons et des filles d'amour.
Dès que cette élection fut connue, il s'éleva de tous côtés de violentes réclamations; un grand nombre d'ecclésiastiques alléguaient les désordres de la ■vie d' Amédée de Savoie comme motif d'exclusion;
d'autres arguaient de son état de laïque et de sa paternité pour le repousser; d'autres encore réclamaient contre sa nomination, parce qu'il n'était pas docteur en théologie, et qu'il se trouvait conséquemment étranger à toutes les matières qui concernaient le gouvernement de l'Éghse. Malgré cette opposition formidable, les électeurs qui l'avaient nommé pape tinrent bon et firent taire tous les scrupules. Si notre pape n'est pas docteur, disaient-ils, vous ne nierez point qu'il ne soit très-versé dans les connaissances profanes ; et, pour ce qui est du sacré, le Saint-Esprit qui n'est pas un âne y pourvoira, puisque son emploi est de l'inspirer. Il a été marié, sans doute, ajoutaient-ils ; mais les Pères et les conciles n'ont pas exclu du sacerdoce ceux qui ont épousé une seule femme , et son état de la'ique cessera dès qu'il aura reçu les ordres sacrés. Enfin, quant aux désordres que vous lui reprochez, quel est celui d'entre nous qui puisse se dire exempt des mêmes péchés?
Dès ce moment toute opposition cessa, et des ambassadeurs furent envoyés à Ripaille pour offrir la tiare au duc de Savoie. Le joyeux abbé était à table avec ses moines lorsqu'on vint lui annoncer que les Pères du concile l'avaient nommé pape. D'abord il refusa d'ajouter foi à ce qu'on lui disait; ensuite lorsqu'il eut compris, par les protestations des députés, que sa nomination était sérieuse, il entra dans un accès de gaieté tel qu'il éclata en rires bruyants; son hilarité se communiqua aux convives , gagna