‹ Histoire des papesChapitre 27 sur 37 · FELIX V · texte numérisé non relu

FELIX V

nu'ine les graves araliassadeiirs, et bipnlùt le réfectoire présenta une des scènes les jilus bouiïonnes qui se puisse imaginer.

" Quoiqu'il fût dans un état complet d'ivresse, dit la chronique, on le revêtit des ornements pontilicaux ; un des cardinaux le bénit, lui plaça au doigt l'anneau du pêcheur, et deux moines soutinrent ses pas chancelants jusqu'à l'église du monastère, où il lut soumis aux épreuves de la chaise percée, et intronisé avec les cérémonies habituelles sous le nom de Féhx V. »

Dès qu'P]ugène eut été informé de l'élection du duc de Savoie, il fulmina contre lui les plus terribles anathèmes, conlirma les précédentes excommunications lancées conire les Pères du concile de Bàle, maudit individuellement chacun des électeurs de Félix V, et particulièrement le cardinal d'Arles ; il déclara ce prélat dépouillé de toutes ses charges, dignités et bénéfices, et nomma pour le remplacer à son siège archiépiscopal, Roger, évèque d'Aix en Provence. Enfin il adressa à tous les princes de l'Europe la circulaire suivante : « Les sots, les insensés, les enragés, les barbares qui se sont ameutés dans la ville de Bàle pour adorer cet ivrogne , ce sodoraite, ce cerbère, ce veau d"or, ce Mahomet, cet Antéchrist, qu'on appelle le duc de Savoie, sont tous foudroyés par nous ; et nous vous commandons de les exterminer comme des animaux féroces, f[ui dans leur insatiable fureur déchirent les entrailles de leur mère, et renouvellent le schisme dans l'Eglise. Poursuivez sans relâche l'infâme débauché de Ripaille, qui s'est fait nommer pape pour continuer ses saturnales en toute sécurité. Malédiction sur le monstre qui a soulevé la lie des prêtres contre le légitime chef de l'Église ! Malédiction sur ce pourceau immonde qui nourrit ses prêtres avec de l'or et de l'argent ! Malédiction sur le Satan qui se fait adorer dans le temple du Christ! Malédiction, mort et damnation sur l'infàme Amédée, duc de Savoie ! »

La haine du pontife pour son compétiteur était si violente, qu'elle le porta à faire massacrer son légat \'itteleschi , un des plus vénérables prélats de l'Italie, parce qu'il avait été assez hardi que de proposer à Sa Sainteté d'entrer en accommodement avec Félix V. Ce vénérable prélat, qui lui avait rendu de si grands services dans sa légation à Naples , fut arrêté par les gardes du pape, traîné dans un cachot, torturé impitoyablement et décapité.

Il ne suflisail pas au concile de Bàle d'avoir conféré la papauté à Félix, il fallait encore lui donner les moyens de soutenir sa dignité; et comme d'ordinaii'e ceux qui disposent de la fortune des peuples s'en montrent très-prodigues, s'il doit leur en revenir quelques parcelles, les cardinaux autorisèrent le nouveau pontife à prélever, pendant cinf[ ans, la dîme sur les revenus des terres, et sur les bénéfices ecclésiastiques séculiers et réguliers. Ce décret rencontra une vive opposition dans les Etats d'.Vragon, dans .ceux de Hongrie , d'.Vutiiclu! et de Bavière ; dans la Savoie, dans j)lusieurs villes d'.\lleniague, et dans les universités de Paris, de Vienne, d'Eifurt, de Cologne et de Cracovie; cependant il fut mis à exécution , grâces à l'appui des souverains de ces pays, qui avaient reconnu Félix légitime chef de l'Eglise.

Eugène, à l'irallation Je son compétiteur, ne né-

gligea rien pour grossir ses trésors; il rançonna l'Italie supérieure, la cour de France, l'Angleterre, l'Espagne ; il fit des promotions de cardinaux, et vendit à ses créatures les sièges des évêques excommuniés. -Aussi se trouva-t-il bientôt en état de lutter contre son adversaire, qui ne songeait rien moins qu'à traiter avec le duc de Milan et le roi d'.\ragon, pour leur acheter la ville de Rome et les autres places du saint-siége. Dès qu'il fut instruit des menées de son concurrent, le pontife romain rechercha immédiatement l'alliance de ces monarques; il leur envoya de riches présents et abandonna mêmele parti de René, duc d'Anjou, pour ]ilairc à Alphonse d'Aragon. Kn même temps il adressa des ambassadeurs à l'empereur Frédéric III, afin de le détourner du projet(ju'il avait formé de convoquer un concile général, pour décider la querelle des deux papes; Eugène lui fit présenter des observations captieuses sur ce grave sujet, lui objecta que cette mesure était inopportune, puis([u'il avait convoqué à Florence un synode œcuménique et apostolique, où il avait pris des décisions qu'on ne pouvait casser, sans être coupable d'hérésie et de rébellion envers Dieu. Tous ses raisonnements n'ayant pu changer la détermination de l'empereur, Eugène prit un terme moyen pour ne pas se créer un nouvel ennemi; il s'engagea à convoquer un concile universel au palais de Latran, et à le placer sous la protection de Frédéric; il publia même à cette occasion une bulle qui déclarait le concile de Florence dissous et le transférait à Rome. De leur côté, les Pères qui siégeaient à Bàle terminèrent leurs sessions, et convoquèrent une réunion générale pour l'année suivante dans la ville de Lyon.

Telle fut la conclusion de ces deux conciles, qui se séparèrent de guerre lasse et trouvèrent le moyen de cesser leurs débats sans fau'e ni paix ni accommodement, et sans qu'aucun des deux partis pût sérieusement se llatter d'avoir remporté la victoire. Eugène retourna à Rome, dont il était absent depuis huit années ; et pour faire oublier au peuple les malheurs qu'il avait attirés sur la ville sainte, il abolit les octrois, réi'orma quelques abus et licencia son armée.

Doux années entières s'écoulèrent au milieu d'une paix profonde, Sa Sainteté n'ayant d'autre souci que de régler la marche des solennités religieuses, ou de s'occuper du soin de varier ses orgies et d'inventer de nouvelles fêtes ; elle était en cela merveilleusement secondée par une famille espagnole qu'on nommait la famille des Borgia,et dont tous les membres, hommes ou femmes, se faisaient un titre d'honneur de leur infamie. Un d'eux, Alphonse Borgia, qu'il avait fait cardinal et qui plus tard devint pape, était même cité publi({uement comme son mignon.

Pendant cette péiiode de paix et de trancjuillité il se passa un fait assez important, la sentence de déposition que renditle pape contre Théodoric de Meurs et contre Jacques Sotie, métropolitains de Cologne et de Trêves, et tous deux électeurs de l'empire. Cette nouvelle marcpie d'audace souleva l'indignation des autres électeurs, c[ui tinrent une diète à Francfort pour s'opposer aux empiétements de la cour de Rome, et décidèrent que si Eugène refusait de révo([uer immédiatement ses décrets de déposition, d'abolir les taxes dont il écrasait la nation allemande, et de re-

HlSTOllli: DKS PAPES

Les récréations des bons moines au saint monaslùie de Ripaille

connaître la supériorité des conciles sur le saintsiége, comme elle avait été déclarée à l'assemblée de Constance, ils se retireraient de son obédience et se rangeraient au parti de Félix V.

Cetarrêtfut signifié à Sa Sainteté par ^Enéas Sjlvius en personne, le secrétaire de l'assemblée. Le pape se soumit aux injonctions de la diète et révoqua ses sentences de déposition ; mais à l'égard des autres propositions des électeurs, il demanda qu'on lui permît de les soumettre au concile œcuménique, avant de prendre des conclusions définitives. Comme les archevêques de Cologne et de Trêves se trouvaient réinstallés dans leurs sièges, les Allemands se contentèrent de ses promesses relativement aux questions en litige, et le reconnurent provisoirement seul pontife légitime.

Eugènen'eut pas la satisfaction de jouir longtemps de ce triomphe ; peu de jours après il tomba gravement malade et se mit au lit pour ne plus se relever. Sa maladie empira chaque jour, et les secours de l'art ayant été jugés inutiles, ses camériers songèrent à lui faire administrer prestement selon le rite catholique les derniers sacrements.

Lorsque le métropolitain .de Florence se présenta

avec l'huile sainte pour lui donner l'extrême-onction, le moribond, qui cherchait à se faire illusion sur son état et à se rattacher à la vie, se leva sur son séant, renversa le calice, et proféra d'horribles blasphèmes en ordonnant qu'on chassât l'archevêque de sa présence.

Cet accès de colère acheva d'épuiser ses forces, et le lendemain il sentit que le terme fatal approchait; alors il fit appeler les cardinaux et leur adressa cette singulière allocution : v Dieu veuille me pardonner les fautes que j'ai commises sur le trône apostolique,, où je me suis fait élever en cédant à de coupables sentiments d'orgueil et d'avarice. Je reconnais avoir commis de grands crimes pendant mon pontificat; et à cette heure dernière ils m'apparaissent comme, les sombres lueurs qui annoncent les abîmes de la géhenne. Que cet exemple vous instruise, et, aprèsmoi, élevez sur le siège de l'Apôtre un saint prêtre qui possède la charité et l'humilité ; qui fasse régner la probité au lieu du vol et du meurtre, qui depuis tant de siècles ont établi leurcour dans le Vatican....» Il n'en put dire davantage; les forces lui manquèrent, et il rendit le dernier soupir.

Sa mort eut lieu le 23 février 1447.

NICOLAS V

f:leclion de Nicolas V. — Son histoire avant sou avènement au trône pontifical. — Négociations du saint-père pour obtenir la renonciation de Félix à la papauté. — Nicolas est reconnu en France, en .\llemagne, en Angleterre et en Espagne. — Fin dj schisme. — Mort de Foliî. — Jubilé à Rome. — Les Grecs offrent Je se réunir à l'Église latine. — Couronnement de Frédoric III, empereur d'Allemagne. — Ligue contre ce prince. — Prise de Constantinople par .Mohammed II. — Conjuration contre le pape. — Nouveau projet de croisade contre les Turcs. — Mort de Nicolas. — Jugement des historiens sur ce pontife.

Pendant les neuf jours des funérailles d'Eugène, les di.\-luiit cardinaux f[ui se trouvaient alors à Rome assistèrent régulièrement aux cérémonies religieuses ; après l'inhumation, les trois chefs d'ordre du sacré collège posèrent des gardes aux avenues du château Saint-Ange, et invitèrent leurs collègues à se réunir dans la salle où se tenaient d'ordinaire les séances; mais le gouverneur de Rome ayant refusé d'en faire murer la porte, les cardinaux se décidèrent à former lu conclave dans le dortoir du chapitre de la Minerve ; les clés de la porte d'entrée furent confiées aux métropolitains de Ravcnne, d'Aquilée, de Sermonette, et à l'évèque d'Aucune. Ces premières dispositions prises, on lit prêter serment aux officiers du saintsiége; et les membres du sacré collège prirent possession des cellules qui leur étaient destinées; les unes tendues ds serge verte, les autres de serge violette, et seulement une de serge blanche, celle du cardinal de Bologne, (jui voulait indiquer par là combien sa conscience était pure.

Plusieurs jours se passèrent en intrigues et en cabales; enfin, à la huitième séance, Prosper Colonna ayant obtenu dix voLx, le cardinal Firmano s'écria : « Pourquoi, mes frères, perdons-nous un temps précieux en contestations inutiles? OubUez-vous que Rome est divisée en deux factions; que le roi d'Ara-

gon tient la mer avec uue flotte puissante, et que le pape Félix peut dissoudre notre collège d'un moment à l'autre? Qu'attendons-nous donc pour terminer le conclave, et pour donner enfin un chef à l'Église? Le cardinal Prosper Colonna a déjà dix voix; qu'un de vous se lève, un autre le suivra bientôt, et nous aurons un pontife dont la douceur, le mérite et la fermeté pourront seuls rendre la paix à l'Italie. »

Malgré l'apostrophe de Firmano, tous les prélats restèrent immobiles. Alors le cardinal de Bologne, impatienté de la longueur de ces débats, qui menaçaient d'être interminables, se leva pour voter ; mais le cardinal de Trente, le tirant par sa robe, le força à se rasseoir, lui observant' « qu'il ne fallait pas élire un pape par un moment de mauvaise humeur, et qu'il devait apporter dans ce choix toute la prudence de son esprit, attendu qu'il s'agissait de conférer à un homme la plus haute dignité qui existât dans l'univers, celle de vicaire du Christ sur la terre! — Tout ce que tu fais et tout ce que lu dis, répartit le cardinal de Bologne, n'est que pour empêcher l'élection de Prosper; donne ta voix à qui tu voudras, et laissemoi voter pour Colonna. — Eh bien! s'écria le cardinal de Saint-Sixte, par Mahomel ! je jure qu'il ne sera pas pape, et je vote pour Thomas de Sarzane. >>

Celte exclamation lit subitement tourner la chance;

la majorité reporta ses voix sur Thomas, qui fut uonimé pape, et iutronisé sous le nom de Nicolas V.

Prosper Colouna, qui était le premier diacre, ouvrit aussitôt la fenêtre de la salle des conférences pour annoncer au peuple l'élection qui venait d'être accomplie; mais comme la fenêtre était très-élevée, la foule n'entendit pas distinctement le nom du nouveau pontife; et plusieurs personnes ayant reconnu Prosper Colonna, crièrent qu'il était pape. Cette erreur fut cause que le peuple alla piller son palais, ce qui ne garantit pas celui de Thomas Sarzane de dévastation lorsque la vérité fut connue.

Platine aflirme que le mérite du nouveau iiontife était tiès-médiocre, et qu'il avait dû son élévation au cardinalat à la faveur plutôt qu'à des services réels rendus à l'Église. Du reste, les commencements de son pontificat furent signalés par un événement heureux pour l'Italie, la mort du plus ambitieux et du plus fourbe dfs princes de l'époque, l'hilippe-Marie Visconti, duc de Milan, celui qui depuis trente-cinq ans cherchait à asservir les Républiques de ^'enise et de Florence.

Profitant de cette circonstance, qui privait le roi d'Aragon de son plus puissant aUié, le saint-père conclut un traité de paix avec Alphonse, et obtint de lui d'être reconnu légitime chef de l'Église dans tous ses Etats. Nicolas fit également notifier son élection à Frédéric III par son légat le cardinal Jean Carvajal, qui sut si bien conduire sa négociation, qu'il détermma l'empereur à confirmer la nomination du saint-père, sans l'obliger préalablement à donner son approbation aux actes du concile de Bàle.

Frédéric dépassa même les espérances du légat, car il fit rendre un édit qui ordonnait à tous les sujets de l'empire de se ranger sous l'obédience de Nicolas, sans nulle restriction, condamnant formellement les décisions prises par le concile de Bàle, et rejetant le pape Félix V comme intrus et scliismatique. Cette condescendance du souverain n'était à la vérité que le résultat de concessions faites par le saint-siège, qui avait relevé l'Allemagne de la sujétion des investitures; cependant l'exemple du prince influa sur les autres monarques et entraîna dans le parti de Nicolas presque tous les royaumes chrétiens, excepté toutefois la Suisse et la Savoie ; ces deux États continuèrent à reconnaître FéUx, qui habitait toujours la ville de Lausanne, oii il exerçait son métier comme un larron, suivant l'expression de Pogge, secrétaire de Nicolas, qui lui écrivait ainsi au nom de son maître :

« Vous donnez des chapeaux rouges à vos créatures, et vous les travestissez en masques ridicules; vous envoyez des ambassadeurs aux princes de l'Europe pour leur faire adorer votre statue et pour encenser Moloch, en leur proposant de suivre votre infecte hérésie. Heureusement vos délégués ont été hués et repoussés de toutes les cours avec horreur, et le mal ne s'est pas accompli.... » Cette missive se terminait par des menaces furibondes contre Amédée s'il continuait la lutte avec Nicolas, et par des promesses magnifiques s'il consentait à faire sa soumission au pontife romain.

Félix, fatigué de cette vie agitée, prit le pafti d'abdiquer, ainsi que l'atteste une bulle datée de Rome

du 18 janvier 1448, décrétant une amnistie générale et une abolition entière de toutes censures, excommunications, peines, privations, dommages ou anatiièmes prononcés contre Félix V, contre le concile de Râle ou contre tous leurs adhérents.

Dès qu'oneut connaissance de cette bulle à la cour de France, le roi Giiarlos ^'II tint une assemblée générale de ses prélats dans la ville de Lyon, où il fut arrêté qu'on enverrait des députés au duc Amédée, qui se trouvait alors à Genève, pour traiter définitivement de sa cession. Le saint-père se montratrèsdocile, et ne stipula pour lui d'autre condition que celle d'êlre remis en possession de son cher couvent de Ripaille, et de pouvoir y reprendre son train de vie accoutumé. Il n'en fut pas de même de ses cardinaux et des officiei's de sa cour; ceux-ci exigèrent que leurs honneurs, dignités et émoluments leur fussent maintenus; que les provisions données par Félix et par le concile général de Bàle fussent approuvées par Nicolas, et que celui-ci prît en outre l'engagement de pourvoir à l'état de son compétiteur d'une manière honorable.

Tel était chez le pontife romain le désir de posséder seul l'exercice du pouvoir suprême, qu'il en passa par tout ce qu'on voulut. Il assigna à son compétiteur une pension considérable sur les revenus de la chambre apostolique; il lui conféra les titres de cardinal, d'évêque, de légat et de vicaire perpétuel du saint-siége dans toutes les terres du duché de Savoie, et lui assigna le premier rang dans l'Eglise après celui de souverain pontife; il spécifia même que s'il plaisait à Félix de paraître à la cour de Rome, il se lèverait de son siège pour le recevoir, lui donnerait le baiser de paix sur la bouche, sans exiger aucune marque particulière de soumission ni de respect ; il consentit également à lui permettre de porter les ornements pontificaux, excepté l'anneau du pêcheur et la croix sur la chaussure; enfin, il déclara par un bref que Félix conserverait le titre et les droits de légat, même s'il venait à quitter les États de Savoie et que, dans aucun cas, il ne serait justiciable de la cour de Rome, ni des conciles.

De son côté, Félix se mit en devoir de remplir les obligations du traité, et convoqua les évêques de son parti à Lausanne, pour se démettre de ses fonctions: néanmoins, avant de prononcer la formule de son abdication, il fit un dernier acte d'autorité, et publia trois bulles qui cassaient les décrets rendus par Eugène IV et par Nicolas contre les Pères du concile de Bàle.

Par la cession de Félix, le schisme se trouva terminé, et Nicolas V fut reconnu seul chef de l'Église. Mais Amédée de Savoie ne jouit pas longtemps de sa délicieuse retraite de Ripaille; moins d'une année après ces événements, il mourut des suites d'une indigestion, le 28 février 1450.

Cette même année était celle que la constitution de Clément VI indiquait pour la célébration du jubilé, la plus belle opération financière qu'aient inventée les papes. Sa Sainteté n'avait rien négligé pour augmenter la solennité des fêtes et pour attirer les fidèles. à Rome; et à cet effet, elle avait envoyé des circulaires dans tous les royaumes chrétiens, promettant force indulgences aux pèlerins ijui vien-

NICOLAS V

Un pape gros, gras el bfite

draient offiir des présents à Saint-Pierre et réciter des oraisons dans les trois principales églises de la cité apostolique.

Parmi les seigneurs que la superstition du temps conduisit à Rome, on remarqua un vieillard de quatre-vingt-dix ans nommé le comte de Cilley. " Il avait grand besoin d'indulgences, dit .Enéas Sylvius, car sa longue carrière était remplie de crimes et d'infamies; il avait étranglé de ses mains sa propre femme, parce qu'elle refusait de se livrer à d'horribles jeux avec une de ses maîtresses; il avait enlevé un nombre prodigieux de femmes, de jeunes filles et d'adolescents qu'il tenait renfermés dans son sérail: en outre, il s'était fait le chef d'une bande de voleurs et de faux-monnayeurs. Quoicju'il semblât qu'il eût fait ce voyage jiour se convertir, ajoute riiistorien, il n'en revint pas meilleur; et un jour que son évèque lui demandait pour quel motif il avait entrepris un pèlerinage, puisqu'il n'avait pas l'intention de changer de conduite, il lui répondit : « Je « fais comme mon cordonnier; il est allé à Rome, et « à son retour il s'est remis à faire des bottes ! »

Ce jubilé, commencé sous d'heureux auspices, se termina bien tristement. Un soir, à la sortie des fidèles qui avaient assisté dans l'église de Saint-Pierre à la bénédiction du pape, plusieurs arches du pont

Saint-Ange s'enfoncèrent subitement, et un nombre considérable devictimes furent englouties ou écrasées.

Au commencement de l'année suivante, Constantin Paléologue envoya des ambassadeurs à Rome, pour renouveler la proposition que les Grecs avaient faite tant de fois de se réunir à l'Église latine, sous la condition que Sa Sainteté armerait contre les Turcs et ferait lever le siège de Constantinople, qui était bloquée par les infidèles.

Nicolas, au rapport du P. Maimbourg, accueillit les envoyés de l'empereur avec une grande hauleur, et leur fit cette réponse : « Allez dire à votre prince que les Grecs se sont jouf's assez longtemps de la patience de Dieu et des hommes, en cherchant à surprendre par des promesses mensongères la religion des pontifes. Nous vous connaissons trop ])ien pour que vous puissiez nous tromper aujourd'hui : néanmoins nouS' ne serons pas plus sévère que le Christ, et, selon la parole de l'Evangile, nous attendrons trois années encore pour reconnaître si le liguier que les papes ont cultivé ne portera pas enlin ((uelques fruits; après ce dernier délai, l'arbre sera coupé à la racine, ou plutôt la nation grecque sera entièrement dispersée par les exécuteurs de l'arrêt de la justice divine. >•

Les Grecs protestèrent de leurs bonnes intentions,

mais ce fut inutiliMiient, et ils furent encore oliliu'és de re!ourner dans leur pays, sans aulre secours ([ue des vanix stériles.

Sa Sainteté montra de meilleures dispositions pour le jeune duc de Savoie, iils d'Amédée; et en reconnaissance de ce que son père lui avait cédé la tiare, elle publia la bulle suivante : >• Nous accordons au duc de Savoie, aussi longtemps que ses Etats persévéi-eront dans l'obédience du saint-siége, le droit de désigner les sujets qu'il voudra élever aux fonctions d'abbé, de métropolitain ou d'évèque, ou même aux dignités inférieures, aiin qu'aucune promotion faite dans le gouvernement île l'Eglise ou des monastères ne puisse troubler la paix de ses Etats » Celte bulle a été, pendant des siècles, un sujet de discordes continuelles entre la Savoie et l'Eglise romaine.

Vers la lin de l'année 1451, Erédéric informa le saint-père que, selon leurs conventions secrètes, il se disposait à passer en Italie, pour recevoir la couronne cans la basilique de l'Apôtre. En effet, il se fit immédiatement précéder par Albert, duc d'Autriche, commandant un corps considérable de cavalerie, et lui-même franchit les monts avec toute la noblesse d'Allemagne et de Bohême. Son cortège était si nombreu.x, que les Italiens disaient hautement que l'empereur s'avançait dans leurs provinces plutôt en ennemi qui veut les asservir que comme un prince qui va humblement demander une couronne. On prévint Nicolas (ju'il devait redouter les conséquences de l'entrée en Italie d'un souverain puissant, hardi et ambitieux ; on lut même en plein consistoire des prophéties qui annonçaient que dans l'année 1452 un tyran de la race germanique s'emparerait de Rome et ferait décapiter le pape sur le parvis de Saint- Pierre; ce qui l'effraya tellement, qu'il expédia l'ordre à ses légats d'Allemagne d'empêcher le voyage de Frédéric par tous les moyens possibles ; il écrivit de sa main à l'empereur pour l'engager à remettre son voyage après l'hiver, afin qu'il eût le temps de rassembler des provisions pour son escorte, et de faire les préparatifs des fêtes de son sacre. Le pape manda en même temps à ^Enéas Sylvius, qui était alors à Sienne, qu'il eût à se rendre immédiatement à Rome, pour conférer avec lui relativement au couronnement de Frédéric; mais celui-ci, qui s'était toujours montré en opposition avec le saint-siége, refusa d'obéir; il lit répondre à Nicolas qu'il avait reçu l'ordre d'attendre l'impératrice au port de Talamone, dans la Tofcane, pour l'accompagner à Rome, et qu'il ne devait pas songer à retarder, par des lenteurs, le couronnement de Frédéric, s'il ne voulait s'exposer au danger de perdre sa tiare.

Sans avoir égard aux lettres du saint-père, Frédéric continua ha marche et se dirigea sur Florence; cinq évêques et deux archevêques vinrent le recevoir aux portes de la ville et l'accompagnèrent jusqu'à Sienne, où se trouvait l'impératrice Eléonore.

Nicolas reçut l'empereur avec le cérémonial usité dans ces occasions; il l'installa lui-même dans un palais magnifique, et pour lui faire plus d'honneur, il différa son couronnement afin d'attendre l'anniversaire de son exaltation, et faire de leurs deux sacres une fête solennelle.

Dans l'intervalle, Frédéric sollicita du pape une

bulle d'auathème contre les Autrichiens. .Enéas Sylvius ra]iporte fort au long les raisons qu'il lit valoir auprès de Sa Sainteté pour obtenir une sentence d'excommunication contre ses ennemis. c> C'était, dit riiistorien, une coutume ancienne delà maison d'Autriche, dont Frédéric et le prince Ladislas étaient issus, lors dc-la mort des emjiereuis, de coulier aux aînés de la famille la garde des enfants jusqu'à leur majorité. D'après cet usage, Frédéric avait pris les rênes du gouvernement à la mort d'Albert, son oncle, ([ui laissait sa femme enceinte.

« De toutes manières, le prince espérait ne plus se dessaisir du i>ouvoir suprême ; si l'impératrice accouchait d'une lille, le sceptre passait entre ses mains ; si elle mettait au monde un enfant mâle, il était de droit son tuteur. Or, on sait qu'il en coûte peu à un régent j)0ur taire disparaître un pupille. La princesse, arrivée au terme de sa grossesse, accoucha d'un garçon, qu'on nomma Ladislas, et qu'elle fut obligée de coniier à Frédéric.

« Depuis ce moment, Frédéric prétendait avoir eu pour son pupille les soins d'un père; il affirmait qu'il avait donné des fiefs aux nobles, seulement parce qu'ils avaient bien mérité de la patrie ; qu'il avait établi dans les villes des magistrats intègres et vigilants ; qu'il avait fait élever des forts imprenables ; qu'il avait chassé les ennemis des Etats du jeune Ladislas, et qu'il avait même payé sur son trésor soixante -dix mille écus d'or dus aux soldats.

« Aujourd'hui, ajoutait l'empereur, les peuples ingrats se révoltent contre mon autorité, sous prétexte qu'ils ne me doivent plus obéissance, attendu que mon pupille entre dans sa majorité ; ils m'accusent d'avoir emmené Ladislas en Italie pour le faire périr plus sûrement ; et ce sont ces mêmes Hongrois habitués à tuer leurs rois, hommes et enfants, qui jugent de mes sentiments par les leurs. Depuis douze années entières que Ladislas est sous ma garde, n'auraisje donc pu trouver une occasion favorable pour m'en défaire, si sa mort eût été nécessaire à mon ambition? Au contraire, je lui ai toujours souhaité une longue vie, et jamais je n'ai songé à lui ravir son héritage.

« Si j'ai emmené mon pupille en Italie, c'est pour lui montrer Rome, pour lui faire connaître les mœurs d'un peujile qui n'est pas le sien; c'est pour qu'il s'instruise en écoutant Votre Sainteté et les hommes savants de votre sacré sénat; j'ai voulu qu'il apprît de vous la manière de gouverner les peuples, et qu'il reçût votre bénédiction. Vous voyez, saint-père, que ma vénération pour votre personne est la princiy)ale cause de la révolte des Autrichiens ; unissons donc nos armes contre les rebelles, et frappons-les à la fois du glaive spirituel et du glaive temporel. »

Nicolas, flatté qu'un si grand prince professât tant de respect pour le saint-siége, lui promit d'envoyer immédiatement des légats en Autriche, de menacer les peuples des anathèmes les plus terribles, et de mettre les provinces en interdit, si dans un délai de quarante jours les seigneurs et les peu))les n'étaient pas tous rentrés sous la domination de Frédéric. Cette mesure ne remplissait pas les vues du tyran ; car il ajimtâ : « Sainl-père, pensez-vous que des gens qui ne croient pas eu Dieu redouteront vos censures? On baptise les Autrichiens lorsqu'ils sont jeunes, et

Vf-

NICOLAS V

dès qu'ils sont hommes, ils se moquent cliibaplêine. D'ailleurs, il est inutile de dissimuler j)lus longtemps ; je vous demande une Ijulle d'excommunication pour avoir un prétexte de les exterminer, et je m'engage à partjiger avec vous les dépouilles de ces hérétiques. » Sa Sainteté n'eut plus d'objection à faire, et elle s'empressa de fulminer une bulle d'analhème contre les Autrichiens, les Moraves et les Hongrois. Ceuxci de leur côté ne restèrent pas dans l'inaction ; ils formèrent une ligue puissante contre l'empereur et se préparèrent à la guerre; les décrets de la cour de Rome furent brûlés pubHijucment dans les villes de Saltzbourg, de Vienne, de Passaw et d'Olmutz ; les prêtres eux-mêmes prêchèrent une croisade contre le pape et contre l'empereur. Les choses en étaient là, lorsque eut lieu un événement qui, par son importance , tint en suspens tous les esprits et arrêta un instant les luttes acharnées des différents partis ; le boulevard de la chrétienté, la rivale de Rome, Constantinople venait de tomber au pouvoir des musulmans, et Mohammed II mettait lin à l'empire grec !

Ce kalife était iils d'Arauruth II , que les musulmans comptent pour le huitième depuis le prophète, et gouvernait le puissant empire des Ottomans depuis l'année 1451. A la mort de son père, Mohammed II vivait dans la meilleure intelligence avec l'empereur grec Constantin Paléologue ; il lui avait même confié la garde de son oncle Orcan; mais son inexactitude à payer la pension qu'il avait promise pour l'entretien de son oncle, excita des réclamations un peu vives de la part de Paléologue, qui eut l'imprudence de menacer le jeune sultan de renvoyer son prisonnier.

Mohammed II, loin de donner satisfaction à l'empereur, se déclara grièvement offensé par ses procédés ; et pour venger son insulte, il marcha sur Constantinople avec une armée nombreuse, qu'il installa dans une bourgade à deux lieues de la ville ; son camp s'étendait sur toute la rive septentrionale du Bosphore et était en outre défendu par une redoutable artillerie, dont faisait partie une fameuse pièce de siège qui lançait des boulets de six cents livres à plus de mille toises. De cette manière, l'entrée de la mer Noire se trouva entièrement fermée, et toutes les communications de Constantinnple avec le dehors interceptées. Pour enlever aux Cirées jusqu'à leur dernière ressource, le sultan fit investir les places qu'ils possédaient sur les bords de la mer Noire, sur les rivages de la Propontide ou dans la Thrace. En même temps il lit alta(iuer les villes qui leur restaient dans le Péloponnèse, et s'en empara sans coup férir; Sparte seule, qui était défendue par de bonnes murailles, résista aux Turcs, et ne se rendit qu'après dix mois de siège. Enfin, la troisième année du règne Je Mohammed II, Constantinnple, assiégée j)ar une armée de terre de tiois cent mille hommes, composée de Turcs, d'Allemands, de Grecs, de Hongrois, de Polonais et , de Latins, bloquée du côté de la mer par une flotte de cent vingt voiles, fut emportée d'assaut après un bombardement de cinquante-cinq jours, le 29 mai 1453.

Ainsi finit remjiiro fondé par Gonslantin, après onze siècles et demi d'existence. L'implacable politique des papes triomphait ; la rivale de Rome n'exis-

tait plus; qu'ifmportait à Nicolas d'avoir sacrifié à l'intérêt de sa domination le sang même du Christ!

Toutefois, la religion grecque ne fut pas anéantie, Mohammed II laissa aux vaincus le libre exercice de leur religion; il leur céda la moitié des églises, et donna l'investiture solennelle au patriarche GennaJe, suivant la coutume des empereurs grecs, qui consistait à présenter au titulaire un bonnet à voile, le manteau à bandes , un magnifique coiu'sier arabe et le bâton pastoral. Le kalife lui abandonna la liasili((ue des Apôtres pour cathédrale, et lui ])ermit de transformer le riche monastère de la ^'ierge de Summacariste en palais patriarcal.

La prise de Constantinople fut un coup d'autant plus terrible pour Frédéric, qu'elle lui donnait pour voisin le redoutable Mohammed II ; aussi s'empressat-il de suspendre sa guerre contre les Hongrois et d'entamer des négociations avec la cour de Rome, pour obtenir que le pape et le sacré collège lissent prêcher une croisade contre les musulmans.

]\Iais Sa Sainteté était elle-même trop occupée dans ses États pour songera secourir efficacement ses alliés. Un chevalier romain, appelé Etienne Porcario, parcourait les principales villes du patrimoine de Saint li 'ire, en appelant les peuples aux armes et en les excitant à secouer le joug du pape. A l'instigation de ce courageux tribun, une vaste conjuration s'était organisée ; le jour avait été fixé, les rôles distribués, et les conjurés devaient s'emparer de la personne du pontife et de ses cardinaux le jour de l'Epiphanie, au moment où Nicolas célébrerait le service divin dans la basihque de Saint-Paul, lorsque malheureusement, la veille de l'exécution, un traître découvrit le complot. Des soldats furent envoyés contre les conjurés, et investirent la maison ou ils étaient réunis. Un combat sanglant s'engagea; Porcario fut arrêté après avoir reçu sept coups d'épée; ses compagnons toinbèient au pouvoir du saint-siége, Baptiste Sciécra seul parvint à s"éc!iap[ier. Onze des conjurés eurent la tête tranchée; vingt furent pendus aux portes de la ville; quinze autres furent brûlés vifs; quant à Porcario, il fut cloué en croix sur les murailles du château Saint-Ange.

Ces sanglantes exécutions terminées, la tranquilhté se rétablit à Rome, et le pape put s'occuper de l'organisation d'une croisade générale contre les Turcs. Comme il jugeait le roi d'Aragon seul capable de conduire cette ex])édition, il lui envoya le cardinal Dominique Capranico, l'un des prélats les plus distingués de la coin' de Rome, ])nur lui ollrir le titre de généralissime des armées confédérées. En même temps le saint-père convoqua un congrès à Francfort, afin que tous les princes du nord arrêtassent le contingent des troujies que chaque Etat devait fournir.

Cette assemblée s'occupait activement des préparatifs de guerre contre lesTuic , lorsque dans la nuitdu 24 mars 1455, le pape Nicolas mourut presque subitement, étouffé par la goutte. Le pontife fut enterré dans la basilique de Saint-Pieire

Plusieurs auteurs ecclésiastiques exaltent les ver- Ivis de Nicolas; mais les historiens consciencieux disent seulement que ce fut un pape gros, gras et bête.

i OALIXTE m

.'ilf ÎÎIT'' l'ATE

Éltction d'Alphonse Borgia. — Il veut poursuivre les projets de croisade de Nicolas V. — Le pape orJonre des prières publiques contre les Turcs. — Arrêt remarquable du parlement de Paris qui refuse des subsides pour cette entreprise. — Croisade contre les .Vaures d'Espagne — Dissensions enire le saint-père et le roi d'Aragon. — Calixte feint d'armer des galères pour combattre les Turcs, et lève des décimes dans tous les royaumes chrétiens. — Opposition de l'Allemagne et de la France à cette mesure fiscale. — Abus de l'emploi des décimes. — Calixte veut donner le royaume de Naples à son neveu Pierre Borgia. — Mon du ponti.''e.

Pendant les obsèques de Nicolas V, qui durèrent neuf jours suivant la coutume, le vieux cardinal Alphonse Burj^ia répandait partout une prédiction de saint Vincent Ferrier qui lui protnellait la p.ip:iuté ; et sa confiance dans la prophétie était si giande, qu'U avait déjà choisi le nora qu'il devait prendre après son exaltation, et qu'il avait déjà contracté divers engagements, entre autres celui de persécuter les Turcs avec les armes spirituelles et temporelles.

Comme ce prélat était plus que septuagénuiie, et que les débordements de sa vie avaient altéré ses facultés morales, les cardinaux pensèrent qu'il était tomlié dans l'enfance, et ne l'admirent qu'à grand'peine au milieu d'eux, lorsque le sacré collège s'assembla. Néanmoins les choses se passèrent de telle sorte dans le conclave, que l'élection qui avait semblé impossible se réalisa. Aucun des cardinaux qui ambitionnaient la suprême puissance n'ayant pu réunir la majorité, tous reportèrent leurs voix sur le vieux Borgia, qui ne paraissait pas devoir leur faire attendre longtemps un nouveau conclave. Il fut intronisé sous le nom de Calixte III, qu'il s'était choisi à l'avance, et reçut l'adoration des fidèles après avoir subi les épreuves de la chaise percée.

Alphonse Borgia était né en Espagne ; et si l'on

juge de sa famille par ce qu'en dit Alphonse d'Aragon dans une de ses lettres, on doit supposer qu'elle était des plus infimes. Le jeune Espagnol avait été créé cliauoine par Benoît XIII et pourvu de gras bénéfices; plus tard, Martin V lui avait donné le siège de Valence et le chapeau de cardinal.

Devenu pape, Alphonse Borgia suivit la route tracée par ses ]irèdécesseurs, et chercha à tirer le meilleur parti possible de son autorité, dans l'intérêt de son ambition et dans celui de sa famille. D'abord il nomma cardinaux ses deux neveux , qui passaient pour ses mignons, Pierre et Roderic Borgia, qui avaient à peine l'un vingt ans et l'autre vingt-cinq ; ensuite, comme ces jeunes gens n'étaient pas satisfaits de cette èminente dignité, il donna à Pierre la charge de grand trésorier, et à Roderic la légation de la marche d'Ancône avec le titre de vice-chancelier du saint-siége.

Après avoir élevé ses favoris aux plus hautes dignités de l'Église, il restait à pourvoir à leurs dépenses ; et comme le trésor de Saint-Pierre était vide, il songea à le remplir, et fit prêcher une croisade contre les Turcs. A son commandement, des légions de moines se répandirent dans les différents royaumes de l'Europe; et sous prétexte de chercher

Page 1