‹ Histoire des papesChapitre 5 sur 37 · CALIXTE II · texte numérisé non relu

CALIXTE II

une paix durable, et de même à ceux qui ont embrassé son parti pendant les temps mallicureux Je nos discordes. »

Le prince, à son tour, répondit par un écrit où il s'exprimait en ces termes : « Pour l'amour de Dieu, de kl sainte Église romaine, du pape Galixte, et pour le salut de notre âme, nous renonçons au privilège des investitures par l'anneau et par la crosse, et nous accordons à toutes les Églises de notre empire les élections canoniques et les consécrations libres. Nous restituons au saint-siége les terres et les régales dont nous nous sommes emparé pendant nos divisions ; et nous promettons notre appui au pape pour lui faire recouvrer celles dont nos sujets pourraient avoir pris possession. Nous rendrons également aux Églises, aux seigneurs et aux citoyens les domaines qui sont en notre possession. Enfin, nous donnons une paix entière et durable au pape Galixte, à la sainte Église romaine et à tous ceux qui l'ont défendue pendant nos discordes. »

Ces deux actes furent lus et échangés dans une plaine, sur la rive gauche du Rhin, où l'on avait dressé des tentes et un autel. Ensuite on rendit des actions de grâces à Dieu, et l'évètfue d'Ostie célébra une messe solennelle, où il admit l'empereur à la communion et lui donna le baiser de paix. Il donna également l'absolution aux troupes qui les entouraient et à tous ceux qui avaient pris part au schismes.

C'est ainsi que le pape et le roi cimentèrent leur union, après avoir dévasté l'Allemagne et l'Italie, et avoir l'ait égorger les peuples de la Saxe, de la Bavière, de la Lorraine et Je la Lombardie, pendant la moitié d'un siècle, pour une méprisahle querelle d'investiture.

Heïs dit à ce sujet : « Nous voyons clairement que les affaires qui bouleversent les Etats et qui coûtent tant Je larmes et de sang aux peuples, ne sont que des puérilités ou des prétextes employés par l'ambition des prêtres et des rois. Depuis Charlemagne jusqu'à Henri IV, les investitures se donnaient par la crosse et par l'anneau, comme étant chose complètement indifférente à l'État et à l'Église ; mais sous ce dernier empereur, les papes imaginèrent de faire de la crosse et de l'anneau un palladium sacré dont ne pouvaient approcher les mains impures des laïques ; et à l'aide de cette prétention futile, ils bouleversèrent la société, augmentèrent leurs riches-

ses, ruinèrent les nations, et firent égorger plus dj trois millions d'hommes! »

Dans l'année suivante, le pape tint un nouveau concile au palais de Latran, pour confirmer les traités conclus avec Henri, et pour défendre l'usurpation des biens de l'Eglise romaine, particulièrement de ceux de Bénévent. On accorda aux croisés qui se rendaient à Jérusalem la rémission entière de leurs péchés ; on déclara leurs maisons, leurs familles et leurs biens sous la protection de saint Pierre; on défendit aux laïques, sous peine d'anathème, d'enlever les offrandes qui étaient placées sur les autels des églises ; et l'on interdit aux seigneurs le droit de fortifier les basiliques pour en faire des places fortes ; enfin on condamna généralement toutes les aliénations faites sans lu consentement du clergé. Il fut ordonné aux abbés et aux moines de ne point visiter les malades, de ne point célébrer l'office divin hors de leurs monastères, et de ne point appeler d'autres prélats que leurs évêques diocésains pour administrer les saintes huiles, pour consacrer les clercs et pour faire la dédicace de leurs nouveaux oratoires.

Les évèques qui composaient cette assemblée se plaignaient fortement des moines, et voici comment ils s'exprimaient : « La gloire des chanoines et des autres ecclésiastiques est entièrement obscurcie depuis qiie les religieux, s'écartant des règles de leurs ordres, recherchent avec une ambition insatiable les privilèges des évèques, et refusent de vivre du travail de leurs mains, comme le prescrivent les règlements de saint Benoît. Ils possèdent des églises, des terres, des châteaux ; ils prélèvent les dîmes et les oblations des fidèles; enfin il ne leur reste qu'à nous arracher la crosse et l'anneau pour nous avoir complètement dépouillés »

Après la tenue de ce concile, le pape, toujours attentif à consolider l'autorité du saint- siège, envoya en France, en qualité de légats, Grégoire, cardinal du titre de Saint- Ange, et Pierre de Léon, qui convoquèrent plusieurs synodes à Chartres, à Clermont, à Beauvais et à Vienne, pour confirmer les actes du concile de Latran.

Mais au moment où le saint-père, parvenu à l'apogée de sa puissance, s'applaudissait du succès de sa politique, il fut tout à coup attaqué d'une fièvre violente (jui l'emporta en quelques lieures. Il mourut le 12 décembre 1124, après un pontificat de cinq ans et dix mois.

msTOIUE DES TAPES

Préliminaires de l'éleclion d'Honorius. — Célestin, élu pape, est forcé d'abdiquer. — Schisme da monastère de Cluny. — L'abbé Pierre et l'abbé Pons se rendent à Rome pour être jugés. — Pons est enfermé dans une tour par ordre du pape. — Honorius tourne en dérision la piété sincère du prieur Matthieu. — Schisme dans le couvent du Mont-Cassin. — L'abbé Orderise est excommunié. — Il méprise les foudres du Vatican. — Les moines se livrent un furieu.x combat au Mont-Cassin. — Le doyen Nicolas est choisi pour abbé. — Il vole le trésor du couvent. — Honorius fait élire un autre abbé. — Guerre entre le pape et le comte Roger. — Affaire d'Ëlienne, évêque de Paris. — Mort d'Honorius.

Calixte II étant mort, deux factions se formèrent aussitôt pour l'élection d'un nouveau pape ; Léon de Frangipane voulait élever au pontificat Lambert, évêque d'Ostie, et l'autre parti demandait pour souverain pontife Saxon d'Anagnia, cardinal de Saint- Etienne au mont Celius. L'adroit Léon, afin de trom per plu-i» facilement les cardinaux, employa une ruse assez singulière; il feignit d'abandonner son protégé, et la veille de l'élection il se rendit en grand mystère à la demeure de chaque cardinal pour engager les chapelains à se rendre au conclave le lendemain avec une chape rouge cachée sous leurs chapes noires, afin de pouvoir en revêtir leurs maîtres, et laissant ainsi supposer à chacun d'eux qu'il pouvait être élu pape. Le jour suivant, tous les prélats se réunirent dans la chapelle de Saint-Pancrace au palais de Latran : Léon de Frangi])ane manquait seul à l'assemblée. On procéda néanmoins à l'élection ; et sur la proposition de Damien et de Jonatlian, on revêtit de la chape rouge Thibaud, prêtre de Sain'e-Anastasie, qui fut proclamé pontife sous le nom de Célestin, aux acclamations des nobles, et malgré la vive opposition des cardinaux, qui tous comptaient sur la papauté.

Enfin If^calmc se rétablit, et l'on commençait même à chanter le Te Deum en signe de réjouis-

sance, lorsque tout à coup les Frangipanes envahirent l'église avec leurs partisans, criant : « Lambert, évêque d'Ostie, est pape par la volonté de saint Pierre. » Aussitôt ils le revêtirent des ornements pontificaux et se rangèrent autour do lui, les épées nues à la main. Alors le vénérable Célestin, redoutant les conséquences déploraljles d'un combat dans l'église, se dévoua pour le salut de tous ; il s'avança au milieu des deux partis, se dépouilla de la chape de pourpre et céda la tiare à son concurrent, qui prit le nom d'Honorius II.

Malgré la renonciation volontaire de Célestin au trône de l'Apôtre, les ecclésiastiques, le peuple et la plupart des seigneurs continuèrent à le regarder comme le seul pape, et déclarèrent Télection d'Honorius irrégulière et sacrilège. Celui-ci voyant la disposition des esprits, emiiloya toutes ses ressources pour se créer des parti.^ans; il fit de riches présents aux cardinaux, distribua de l'argent au peuple, se montra prévenant pour les principaux citoyens de Rome, et poussa l'iiypocrisie jusqu'à faire publier qu'il voulait renoncer à la papauté. En conséquence, il convoqua tous les électeurs dans la basili([ue de Saint-Jean de Latran, et déposa la tiare en lein- présence, sept jours après avoir été proclamé pontife. Les assistants, trompés par cette ruse, et craignant

IIOXORIUS II

d'ailleurs d'introduire un fâcheux précèdent dans les élections en nommant un nouveau pape, le déclarèrent légitime chef de l'Eglise. En conséiiutnce, les cardinaux, les nobles et le peuple se prosternèrent à ses pieds et lui jurèrent obéissance.

Le pontife était originaire du comté de Bologne ; ses parents étaient de pauvres cultivateurs ([ui l'avaient placé fort jeune à la cathédrale de Bologne, où il se ilistingua entre les jeunes clercs par son amour pour l'étude et par une grande régularité de mœurs. Le métropolitain l'ayant pris en atTection, l'avait ordonné archidiacre de son église; et plus tard le pape Pascal l'appela à Rome, où il le consacra évè<[ue de Vellétri ou d'Oslie.

Dès (|ue Lambfrl futjiarvcnu au pontilicat, il envoya Othon, évèque de Bamberg, pour accélérer la conversion des peuples de la Poméranie, qui étaient gouvernés par Vratislas. Cette mission eut un plein succès, grâces au duc de Pologne, Boleslas III, à la bouche de travers, qui força les Poméraniens à embrasser la foi du Christ en les faisant massacrer par milliers.

L'année suivante l'Église l'ut vivement agitée à l'occasion d'un schisme qui éclata dans l'abbaye de Cluny : l'ancien supérieur du monastère, Pons, avait déposé précédemment le bâton abbatial pour entreprendre un pèlerinage à la terre sainte, non par dévotion, mais dans lespérauce de devenir archevêque ou gouverneur d'une province de Palestine. Ses prévisions ne s'éiant point réalisées, Pons prit la résolution de rentrer en Italie, et s'arrêta dans le diocèse de Trévise, où d bâtit un oratoire à quelques milles delà ville. Il vécut dans cette retraite avec une rigidité extrême, priant, jeûnant et s'imposant les macérations les plus rigoureuses. Cette fois encore son hypocrisie ne lui ayant pas attiré les honneurs qu'il croyait dus à son grand mérite, il se décida à retourner à son ancien monastère. Alors il écrivit en France pour obtenir l'expulsion de Pierre, son successeur, et s'engagea envers ses partisans à leur distribuer les richesses du couvent s'ils le rétablissaient dans la dignité d'abbé. Ses intrigues lui ayant créé de puissants protecteurs, il se rendit secrètement à Cluny, et un jour, profitant de l'absence de l'abbé Pierre, il envahit le couvent et chassa le prieur Bernard, viedlard vénérable, et les moines qui refusèrent de se soumettre à son autorité ; ensuite il livra le monastère au pillage, il prit les croix, les calices, les candélabres, les reliquaires, les fit fondre en lingots, et en retira des sommes énormes qu'il distribua aux seigneurs du voisinage et aux hommes d'armes qui s'étaient joints à sa cause.

Pons une fois maître de l'abbaye, s'occupa de réduire les fermes et les châteaux qui en dépendaient ; ses efforts se tournèrent principalement contre le prieur Bernard, qui s'était réfugié dans les oratoires crénelés avec les religieux qui tenaient pour l'abbé Pierre. Cette guerre de moines dura une année entière; enfin Honorius, instruit de tous ces désordres, envoya en France son légat, le cardinal Pierre Desfontaines, qui prononça un anathème terrible contre ,Pons et ses partisans, en leur enjoignant de se rendre en Italie avec l'abbé Pierre, pour être jugés par un concile.

L'intrépide Pons se rendit à Rome, accompagné

de quelques nobles de sa faction; Pierre, son compétiteur, y vint de son côté avec Matthieu, prieur do Saint-Martin des Champs. Mais comme Pons était excommunié, et par conséquent incapable, d'après les canons, de comparaître en jugement devant le pape, un légat lui dit en l'introduisant dans la chambre du concile qu'il devait se préparer à recevoir l'absolution. L'orgueilleux ablié répondit en élevant la voix : « Je n'ai (jue faire de votre absolution, attendu qu'aucun homme vivant, quel que soit son rang sur la terre, ne possède le pouvoir de m'excommunier, puisque j'ai reçu les indulgences plénières, pour mes péchés passés, présents et à venir, en entreprenant le voyage de la terre sainte : l'Apôtre seul pourra me juger lorsque je me présenterai devant lui afin d'être admis dans le royaume des cieux. »

Honorius fut indigné d'une semblable réponse, ainsi que tous les ecclésiastiques romains qui étaient présents, et il s'emporta contre l'abbé, l'appelant schismatique, hérétique et antechrist ; il le fit mettre à la porte de la salle. Ensuite on demanda à ceux qui avaient accompagné ce moine s'ils voulaient imiter sa conduite ou se mettre en devoir de faire amende honorable devant le saint-siége, afin d'être relevés des censures qui avaient été prononcées contre eux. Tous déclarèrent qu'ils étaient prêts à donner une entière satisfaction au saint-père, et ils se présentèrent au palais de Latran, nu-pieds, couverts de cendres, se frappant la poitrine et criant miséricorde. On prononça sur eux l'absolution, et ils furent admis à plaider leur cause : le prieur Matthieu parla le dernier en faveur de l'abbé Pierre, et il se fit remarquer par sa profonde érudition et par son éloquence. Après les plaidoiries le pape se retira avec ses cardinaux en conseil privé pour délibérer sur l'affaire. Au bout de quehjues heures ils rentrèrent tous dans la grande salle, et l'évêque de Porto prononça la sentence suivante : « La sainte Eglise romaine dépose à perpétuité de toute dignité et de toute fonction ecclésiastique, Pons, l'usurpateur, le sacrilège, le schismatique et l'excommunié ; elle restitue l'église de Cluny, les moines et tout ce qui est dépendant du couvent à l'abbé Pierre, ici présent, qui en avait été injustement dépouillé. »

Ce jugement fut vivement applaudi des assistants; et aussitôt ceux qui s'étaient séparés de Pierre vinrent lui faire leur soumission : ainsi fut éteint le schisme qui avait scandalisé la sainte abbaye de Cluny. Pons seul voulut protester contre la décision des Pères; alors on l'enferma dans une tour, où il mourut quelques mois après d'une maladie contagieuse et dans l'impénitence finale. Néanmoins le pontife le fit enterrer honorablement, par considération pour le froc des moines.

Honorius retint auprès de lui le prieur Matthieu, dont il avait admiré le talent, et il le créa évèque d'Albane ; cette nouvelle dignité ne changea pas les habitudes du religieux ; il continua sa vie sobre et chaste du couvent au milieu du faste de la cour de Rome, malgré les sarcasmes du pape, qui tournait en dérision la sainteté du prélat, l'appelant son anachorète et le gourmandant de ce iju'il n'avait pas, comme les autres évêques romains, des maîtresses, des palais et des chevaux.

A peine la dispute dos moines de Cluny ùtait-elle terminéi', qu'un nouveau schisme éolalait dans une autre abbaye célèbre, le monastère du Mont-Gassin ; celte fois, le pape était l'auteur de cette collision déplorable. Pendant qu'Honorius n'était encore que simple évoque d'Oslie, fuyant la persécution de l'anlipape Grégoire VIII, il était venu se réfugier dans ce couvent, et avait prié labbé Orderise II de lui accoinler pour asile un piieuré dépendant du monastère, ainsi cpie l'avait obtenu Léon de Marquise, son prédécesseur. Orderise refusa cette demande, dans la crainte que par la suite les prélats d'Ostie ne se prévalussent d'un tel précédent pour s'emparer de ce cloître. Lambert s'était retiré furieux, et depuis il avait voué à l'abbé une haine implacable.

Aussi dès le lendemain de son avènement au pontificat, n'eut-il rien de plus pressé que de faire demander à Orderise une somme considérable pour les besoins de l'É-îlise romaine : celui-ci, qui était cardinal, répondit aux envoyés du pontife que n'ayant pas participé à l'élection de leur maître, il ne devait point contribuer à son entretien. Honorius, exaspéré par cette nouvelle insulte, fit sommer l'abbé d'avoir à comparaître immédiatement devant lui au château de Fumone, où il se trouvait avec une cour nombreuse; et là, en présence de ses cardinaux, en audience publique, il lui adressa une verte réprimande; il l'accusa de dissiper les biens du monastère dans de honteuses débauches, lui reprocha de porter plus souvent le casque et le glaive que la mitre et la crosse, et enfin le traita de rebelle, de schismatique, de païen, et le chassa de l'assemblée.

Non content d'avoir fait subir une semblable humiliation à l'abbé, Honorius, de retour à Rome, soudoya de faux témoins qui se présentèrent avec Adenulfe, comte d'Aquin, ennemi mortel d'Orderise, et affirmèrent devant le conseil du saint-père que labbé, au mépris des canons, exerçait la papauté dans son monastère. Aussitôt on envoya l'évèque de Terracine au Mont-Cassin pour ordonner à l'abbé de venir à Rome, afin de répondre aux accusations portées contre lui : Orderise refusa d'obéir. Alors le saint-père assembla un concile, et après avoir appelé trois fois à haute voix le rebelle, personne n'ayant répondu, il prononça contre lui une sentence de déposition. L"abbé/»sans s'inquiéter du décret pontifical, continua de siéger dans son église la crosse à la main ; ce qui entraîna son excommunication et celle de tous ceux qui le soutenaient dans sa rébellion.

Cette dernière censure divisa en deux partis les religieux et le peuple de la ville de Saint-Germain, dépendante de l'abbaye ; les esprits s'exaltèrent, on courut aux armes, et après plusieurs combats sanglants, le peuple s'étant rendu maître du Mont-Cassin, contraignit les moines à chasser Orderise et à nommer un autre abbé; ceux-ci élurent Nicolas, qui était le doyen du couvent. Mais le pape, qui n'avait d'autre intention que celle de s'emparer des richesses du monastère, désapprouva l'élection qui avait été faite, sous prétexte que Nicolas avait été promu à la dignité d'abbé à la suite d'une sédition, et il ordonna aux Pères de procéder à la nomination d'un nouveau supérieur qu'il leur désignait.

Nicolas, prévoyant que son règne serait de courte

durée, voulut mettre le temps à profit; il remplit plusieurs caisses d'argent, et s'embarqua pour la Grèce avec le trésor du couvent. Sa fuite fut si habilement exécutée, que les moines n'en eurent connaissance que lorsqu'il devenait impossible de rejoindre le voleur.

Honorius fit élever à la place de Nicolas le prévôt du couvent de Capoue, qui se nommait Seignoret, et il voulut l'obliger à lui prêter un serment d'obédience ; mais les moines s'opposèrent avec force à cette nouvelle prétention, qui mettait les chefs du Mont-Cassin sous la dépendance des évêques de Rome, et violait ouvertement leurs privilèges. Le saint-père, désespérant de vaincre leur résistance, consacra enfin le nouvel abbé, et n'exigea de lui qu'une grosse somme d'argent.

Peu de temps après, Guillaume, duc de la Pouille, étant mort sans enfants, Roger, comte de Sicile, son grand-oncle et son héritier, vint à Salerne pour se faire reconnaître comme prince souverain par les habitants, et pour se faire sacrer par Alfane, évêqne de Capoue; ensuite il se rendit à Reggio, où il fut proclamé duc de la Pouille ; après quoi il retourna en Sicile. Sa vanité n'étant pas encore satisfaite du titre de duc, il envoya des ambassadeurs chargés de riches présents pour le pape Honorius, afin d'obtenir le titre de roi et l'investiture par l'étendard des provinces que Guillaume avait possédées, promettant, pour cette faveur, d'abandonner au saint-siége les villes de Troie et de INIontefosco.

Le pontife, qui depuis longtemps aspirait à la possession des provinces de la Pouille et de Capoue, profila de cette démarche du prince pour établir en principe que Roger n'était pas légitime héritier des Etats de son neveu, puisqu'il en avait pris possession avant d'avoir reçu l'investiture par le saintsiége, et il repoussa ses deux demandes.

Roger, indigné de cette réponse, qui dévoilait toutes les vues ambitieuses de la cour de Rome, résolut de punir le poniife; aussitôt il leva des troupes, envahit le territoire de Rénévent, et s'avança jusqu'à la campagne de Rome, en dévastant tous les domaines de l'ÉgUse.

De son côté, Honorius, jugeant que le moment était favorable pour s'emparer de la Pouille, se rendit à Capoue, où il sacra le prince Robert, qui avait pris des engagements secrets avec le saint-siége.

Après la cérémonie, le pape fit une harangue au peuple ; il représenta Roger comme l'ennemi de la religion; il s'étendit sur les maux qu'il avait fait " souffrir aux fidèles, et jura, avec d'horribles imprécations, que jamais il ne le recevrait en grâce ; il termina son discours en versant un torrent de larmes, et implorant d'une voix lamentable le secours des assistants pour sa défense et pour celle de l'Eglise. Honorius promit à ceux qui mourraient dans cette expédition une indulgence plénière, et une indulgence simple à ceux que la mort aurait épargnés.

En dépit des foudres ecclésiastiques, Roger continuait toujours sa marche à travers la Pouille, mais en se retirant dans les montagnes, et en évitant l'armée du pontife, qui était supérieure en nombre à la sienne : le duc espérait par cette tactique fatiguer les troupes du pape, qui étant entièrement compo-

Page 1