‹ Histoire des papesChapitre 8 sur 37 · LUCIUS III · texte numérisé non relu

LUCIUS III

que ni l'un ni l'autre n'avait droit au siège, attendu que tous deux avaient été irréj);uliùrement élus et consacrés, ot ils leur ordonnèrent de résigner le titre d'évèque enti-e les mains de Lucius.

Alors commença une nouvelle lutte entre les deux titulaires aliu d'obtenir la protection du saint-j>ère. Jean otïrit à Lucius quinze cents deniers d'or pour qu'il favorisât ses intérêts ; Huirues lui en donna deux mille alin qu'il se déclarât contic son rival. Le pape prit l'argent des deux compétiteurs, et pour les mettre d'accord, il rendit à Hugues l'évèché ds Saint- André, et donna à Jean le siège de Dunquelde avec les bénéfices que le roi Guillaume lui avait enlevés. Quand les deux prélats furent de retour en Ecosse, ils voulurent rentrer en possession de leurs Eglises respectives; mais le roi ayant refusé de restituer à Jean les bénéfices qui lui avaient été donnés par Luciu*, la guerre recommença entre les deux rivaux pour le siège de Saint-André, et le royaume fut encore troublé par cette lidicule querelle.

En Orient, les affaires des chrétiens se trouvaient dans un état déplorable; plus d'un million d'hommes étaient venus s'engloutir dans les sables de la Palestine.

D'un côté, la dissolution des mœurs, l'incapacité des chefs et le manque de soldais, laissaient la terre sainte sans défense ; de l'autre, une lèpre horrible et des maladies continuelles rendaient Baudoin IV incapable de défendre ses nouveaux sujets contre les entreprises des infidèles. Dans cette extrémité, ce prince se détermina à envoyer en Italie une députation au pape et aux rois chrétiens pour leur exposer les malheurs de l'Orient ; il choisit pour chef de cette ambassade l'infâme Hératlius, métropolitain de Jérusalem, le même qui avait été élevé sur ce siège important, malgré la vive opposition de Guillaume, archevêque de Tyr. Celui-ci voulut profiter de la circonstance pour se rendre lui-même à Rome et pour renouveler ses accusations devant le pape, en demandant la déposition d'Héraclius; mais le sacré collège et le pape, dèjàgagnéspar l'or, refusèrentmême d'entendre l'illustre métropolitain. Celui-ci, indigné d'ime telle lâcheté, menaça Lucius de publier dans toutes les cours de l'Europe lelionteux trafic qu'il faisait des dignités ecclésiastiques; tout fut inutile : les riches présents d'Héraclius avaient fait pencher la balance en sa faveur, et il fut solennellement reconnu par le saint-père.

Voici cependant en quels termes Besoldus parle des mœurs d'Héraclius : « Ce patriarche était devenu amoureux d'une tavernière nommée Pascha de Riveri, de la ville de Napoli en Palestine, à douze lieues de Jérusalem. Souvent il montait à cheval et venait chercher sa maîtresse, qu'il accompagnait au palais patriarcal : après quelques jours de débauches, il la renvoyait comblée de présents, afin que ces voyages ne déplussent pas trop au mari. Néanmoins celui-ci, fatigué des plaisanteries de ses voisins, s'emporta contre sa femme et la menaça de la tuer si elle ne cessait ses relations avec le patriarche. La belle tavernière en instruisit Héraclius, et le lendemain le mari fut trouvé mort dans son lit ; alors la Pascha vint résider à Jérusalem, dans un riche palais qu'elle habita publiquement avec le métropolitain. Quand son amant prêchait à la cathédrale, elle s'y rendait dans

l'équipage d'une reine, suivie d'une finde de serviteurs plus richeraont équipés que ceux de la princesse Sibylle, sœur du roi ; ot si des étrangers demandaient à ses gens quel était lu nom de cette dame, ils répondaient eflVontément : C'est la patriarchcs.se.

<t Héraclius en eut plusieurs enfants qu'il menait publiquement avec lui soit au temple, soit à la cour. On raconte même f(u'un jour, on plein conseil, en présence du roi, des barons et des généraux, un des serviteurs de la Pascha vint lui annoncer qu'elle était accouchée d'un garçon.

« Aussi la conduite du prélat avait-elle influé sur son clergé, à ce point i[ue ses moines et ses prêtres n'avaient pas laissé une seule fille vierge dans Jérusalem! »

Ce fut cependant au nom de ce prêtre indigne, au nom d'Arnaud, grand maître des templiers, et de Roger, grand maître des hospitaliers, que le mètiopolitain de Ravcnne exposa au concile de Vérone le triste état de l'Eglise d'Orient, ot supplia Lucius de permettre que les chrétiens d'Occident vinssent au secours de la terre sainte. Le pape se montra très-f;ivorublement disposé pour les amliassadeurs ; malheureusement il n'en fut pas de même des rois : ceux-ci montrèrent fort peu d'enthousiasme, et firent répondre à la cour de Rome, que le bien de leurs royaumes les empêchait de s'engager dans une entreprise aussi périlleuse et aussi longue qu'une croisade en Palestine. En effet, presque tous avaient des guerres à soutenir: Frédéric Barberousse s'occupait de rétablir son autorité en Italie; Guillaume, roi de Sicile, repoussait les tentatives d'invasion d'Andronic Comnène, empereur de Gonstantinople; Philippe II, roi de France, guerroyait avec les grands vassaux de la couronne ; Henri II, roi d'Angleterre, était également retenu dans ses États par les révoltes incessantes des provinces françaises, qui voulaient se détacher de son autorité.

Héraclius vovant le mauvais succès de ses négociations, voulut tenter un dernier effort, et se rendit luimême à Paris, où il fut accueilli avec une grande distinction par le roi et ])ar les jeunes seigneurs delà cour de France ; tous témoignèrent au patriarche le désir de se rendre à Jérusalem ; mais la partie sage des prélats et des nobles se rassembla en conseil et décida que le souverain, qui n'avait pas encore vingt ans, ne jiouvait diriger la croisade, et devait rester dans ses États. Philippe promit alors aux ambassadeurs d'Orient de faire prêcher la guerre sainte dans son royaume, et de fournir de son épargne les sommes nécessaires à ré(|uipement et à l'entretien de ceux qui prendraient les armes.

Après ce premier échec, le métropolitain partit pour l'Angleterre, persuadé que le roi Henri ne pourrait se refuser à prendre la défense de son parent, le roi de Jérusalem.

A l'arrivée.du patriarche, Henri convoqua les seisjneurs et les'prèlats de son royaume dans la ville de Londres, pour dèliliérer sur la question de la croisade ; le conseil décida unanimement que le prince ne sortirait pas de son royaume, et se contenterait de permettre à ses sujets de se croiser. Henri se leva alors, et dit au pulriardie : <- Puisque nos conseillers ont jugé que notre présence était indispensable au salut de nos peuples, nous suivrons leur décision, parce qu'avant tout un prince se doit à la nation ;

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