CHAPITRE XSII
AUTISTE, JE! NE ET POLONAIS, Ql E VOTTLIEZ-VOTJS QU'IL HT?
Valérie, instruite le soir même de ce Iriom; he, exigea du cessairc aux intérêts, aux vanités de ces dures matin baron Hulot qu'il allit inviter à dîner Stidmann, Claude Vi- Le lendemain Valérie se mit sous les armes en faisant
gnon et Steinboek, car elle commençait à k tyranniser c m- iine dsces toilettes que \g& Parisiennes inventent quand
me ces sortes de femmes savent tyranniser les vieillards elles veulent jouir de lous leurs avantages. Elle s'étudia
qui trottent par la ville et vont supplie." quiconque est ne- i dans celte ou\ rc, comme un homme qui va se battre r< ;
ses feintes et ses rompus. Pas un pli, pas une ride. Valérie avait sa plus belle blancheur, sa mollesse, sa linesse. Enfin ses mouches attiraient irrésistiblement le regard.
On croit les mouches du dix-huitième siècle perdues ou supprimées, on se trompe. Aujourd'hui les femmes, plus habiles que celles du temps passé, mendient le coup de lorgnette par d'audacieux stratagèmes. Telle découvre, la première, cette cocarde de rubans, au centre de laquelle on met un diamant , et elle accapare les regards pendant toute une soirée. Telle autre ressuscite la résille ou se plante un poignard dans les cheveux pour l'aire penser à sa jarretière. Celle-ci se met des poignets en velours noir. Celle-là reparaît avec des barbes. Ces sublimes efforts, ces Austerlitz de la Coquetterie ou de l'Amour deviennent alors des modes pour les sphères inférieures, au moment où les créatrices en cherchent d'autres. Pour celte soirée, ou Valérie voulait réussir, elle se posa trois mouches. Elle s'était fait peigner avec une eau qui changea, pour quelques jours, ses cheveux blonds en cheveux cendrés. Madame Sieinbock étant d'uu blond ardent, elle voulut ne lui ressembler en rien. Celte couleur nouvelle donna quelque chose de piquant et d'étrange à Valérie qui préoccupa ses fidèles à tel point, que Monlès lui dit : — « Qu'avez-vous donc ce soir'?... » Puis elle se mil un collier de velours noir assez large qui fit ressortir la blancheur de sa poitrine. La troisième mouche pouvait se comparer à l' ex-assassine de nos grand'mères. Valérie se planta le plus joli petit boutoa de rose au milieu de son corsage, en haut du buse, dans le creux le plus mignon. C'était à faire baisser les regards !
— Je suis à croquer ! se dit-elle en repassant ses attitudes dans la glace absolumejt comme une danseuse fait ses plies.
Lisbetb était allée à la Halle , et le dincr devait être un de ces dîners superflus que Malhurine cuisinait pour son évêque quand il traitait le prélat du diocèse voisin.
Stidmann, Claude Vignonetlc comte Sieinbock arrivèrent presqu'àla fois, vers six heures.
Une femme vulgaire, ou naturelle, si vous voulez, serait accourue au nom de l'être si ardemment désiré; mais Valérie, qui, depuis cinq heures, attendait dans sa chambre, laissa ses trois convives ensemble, certaine d être l'objet de leur conversation ou de leurs pensées secrètes.
Elle-même, en dirigeant l'arrangement de son salon, elle avait mis en évidence ces délicieuses babioles que produit Paris et que nulle autre ville ne pourra produire, qui révèlent la femme et l'annoncent pour ainsi dire : des souvenirs reliés en émail et bordés de perles, des coupes pleines de bagues charmantes, des chefs-d'œuvre de Sèvres ou de Saxe montés avec un goût exquis, par le roi du bronze, Victor Paillard, enfin des statuettes et des albums, tous ces colifichets qui valent des sommes folles et que commande aux fabricans la passion dans son premier délire ou pour sou dernier raccommodement.
Valérie se trouvait d'ailleurs sou? le coup de l'ivresse que cause le siuxès, elle avait promis à Cievcld être sa femme, si
Marneffe mourait. Or, l'amoureux Crevel avait fait opérer au nom de Valérie Forlin le transfert de dix mille francs de rentes, somme de ses gains dans les affaires de chemins de fer depuis trois ans, tout ce que lui avait rapporté ce capital de cent mille écus offert à la baronne Mulot. Ainsi Valérie possédait Irente-deux mille francs de renies. Crevel venait de lâcher une promesse bien autrement importante que le don de ses profits. Dans le paroxi^mede passion où sa duchesse levait plongé de deux heures à quatre (il donnait ce surnom à madame de Marneffe pour compléter ses illusions), car Valérie s'était surpassée rue du Dauphin , il crut devoir encourager la fidélité promise en offrant la perspective d'un joli petit hôtel qu'un imprudent entrepreneur s'était bâti rue Barbette et qu'on allait vend: ïérie se voyait dans celte charmante maison entre cour et jardin, avec voiture! — Quelle est la vie honnête qui peut donner tout cela en si peu de temps et si facilement? avaitelle dit à Lisbcth en achevant sa toilette.Lisbeth dînait ce jour-là chez Valérie , afin d'en pouvoir dire à Steinbock ce que personne ne peut dire soi-même de soi.
Madame Marneffe, la figure radiewsc de bonheur, fit son entrée dans le salon avec une grâce modeste, suivie de Belle qui, mise tout rti noir et jaune, lui servait de repoussoir, en terme d'atelier.
— Bonjour, Claude , dit-elle en tendant la maiu a l'ancien critique si célèbre.
Claude Yignpn était devenu, comme tant d'autres, un homme politique, nouveau mot pris pour désigner un ambitieux à la première étape de son chemin. Lho.umi politique de 1840 est l'abbé du dix-huitième siècle.
— Ma chère, voilà mon petit cousin le comte Steinbock, dit Lisbeth en présentant YVcnceslas que Valérie car
ne pas apercevoir.
— J'ai bien reconnu monsieur le comte, répondit Valérie en faisant un gracieux salut de tète à l'artiste. Je vous voyais souvent rue du Doyenné, j'ai eu le plaisir d'assis! er à votre mariage. Ma chère, dit-elle à Lisbeth. il est d illicite d'oublier ton ex-enfant, ne l'cùt-on vu qu'une fois — Monsieur Stidmann est bien bon. repriKlIe en saluant le sculpteur, d'avoir accepte mon invitation a -i court délai, "U»« nécessité n'a pas de tu! Je vous savais l'ami de ces deux messieurs. Bien n'est plus froid, plus maussade, qu'un diner où les convives sont inconnus les uns aux autres, et je vous ai raccolé pour leur compte; mais \ous viendrez une autre fois pour le mien, n'est-ce pas:'... dites : oui!...
Et elle se promena pendant quelques instans avec Stidmann, en paraissant occupée de lui.
On annonça successivement Crevel, le baron Hulot. et un député nommé Beauvisage.
Ce personnage, espèce de Crevel de province* un de ces gens mis au monde pour faire foule, vota:! sons I;'. bai de Girand, ConseilJer-d'Elat, et de Victoria Hulol I hommes politiques voulaient fai:e un noyau de pn dans la grande phala Conservateurs. Glraud
DE BALZAC
quelquefois le soir chez madame Marneffe, qui se flattait d'avoir aussi VictorinHulot; mais l'avocat puritain avait jusqu'alors trouvé des prétextes pourrésister àson pèreet à son beaupère. Se montrer chez la femme qui faisait couler les larmes de sa mère, lui paraissait un crime. VictorinHulot était aux puritains delà politique ce qu'une femme pieuse est aux dévotes.
Beauvisage, ancien bonnetier d'Arcis , voulait prendre le genre de Par's. Cet homme, une des bonnes de la Chambre, se formait chez la délicieuse, la ravissante madame Marneffe, où, séduit par Crevcl, il l'avait accepté de Valérie pour modèle et pour maître; il le consultait en tout, il lui demandait l'adresse de son tailleur, il l'imitait, il essayait de se mettre en position comme lui; enfin Crevel était son grand homme.
Valérie, entourée de ces personnages et des trois artistes, bien accompagnée par Lisbelh, apparut d'autant plus à Wenceslas comme une femme supérieure, que Claude Vignon lui fit l'éloge de madame Marneffe en homme épris.
— C'est madame de Maintenon dans la jupe de Ninon! dit l'ancien critique. Lui plaire, c'est l'affaired'unc soirée où l'on a de l'esprit; mais, être aimé d'elle, c'est un triomphe qui peut suffire à l'orgueil d'un homme, et en remplir la vie.
Valérie, en apparence froide et insouciante pour son ancien voisin, en attaqua la vanité, sans le savoir d'ailleurs, car elle ignorait le caractère polonais.
Il y a chez le Slave un côté enfant, comme chez tous les peuples primitivement sauvages, et qui ont plutôt fait irruption chez les nations civilisées, qu'ils ne se sont réellement civilisés. Cette race s'est répandue comme une inondation, et a couvert une immense surface du globe. Elle y habite des déserts où les espaces sont si vastes, qu'elle s'y trouve à l'aise; on ne s'y coudoie pas, comme en Europe. La Pologne , la Lithuanie , l'Ukraine , la Volhynie , le peuple slave enfin , est un trait d'union entre l'Europe et l'Asie, entre la civilisation et la barbarie. Aussi !e Polonais a-t-il dans le caractère les enfantillages et l'inconstance des nations imberbes. Il possède le courage, l'esprit et la force; mais, frappé d'inconsistance, il offre une mobilité semblable a celle du vent qui règne sur cette immense plaine coupée de marécages. L'homme prend toujours quelque chose des milieux où il vit. Sans cesse en lutte avec les Turcs, tes Polonais en ont reçu le goût des magnificences orientales, ils sacrifient souveut leur nécessaire pour briller; ils se parent comme des femmes, et cependant le climat leur adonné la résistance nerveuse des Arabes. Aussi, le Polonais, sublime dans la douleur, a-l-il fatigué les bras de ses oppresseurs a force de se faire assommer, en recommençant ainsi, au dix-neuvième siècle, le spectacle qu'ont offert les premiers chrétiens. Introduisez dix pour cent de sournoiserie anglaise dans le caractère polonais, si franc, si ouvert,... le généreux aigle blanc régnerait aujourd'hui partout où se glisse l'aigle à deux tètes. Au baptême de la Pologne, une fée Garabosse oubliée par les génies qui dotaient cette séduisante nation des plus brillantes qualités, est sans doute venue dire : « Garde tous les dons que. mes sœurs t'ont dispensés; mais
tu ne sauras jamais ce que tu voudras ! » Le jour où celte nation héroïque aura le bon sens de chercher un Louis XI dans ses entrailles et d'en accepter la tyrannie, elle sera sauvée.
Ce que la Pologne fut eu politique, la plupart des Polonais le sont dans leur vie privée, surtout lorsque viennent les désastres. Ainsi , Wenceslas Stcinbock qui, depuis trois ans , adorait sa femme , et qui se savait un dieu pour elle, fut tellement piqué de se voir à peine remarqué par madame Marncfle, qu'il sa lit un point d'honneur en lui-même d'en obtenir quelqu' attention.
En comparant Valérie à sa femme, il donna l'avantage à la première. Hortense était une belle chair, comme le disait Valérie à Lisbeth; mais il y avait en madame Marneffe l'esprit dans la forme et le piquant du Vice. Le dévoûraent d Hortense est un sentiment qui, pour un mari , lui semble dû ; la conscience de l'immense valeur d'un amour absolu se perd, comme le débiteur se figure, au bout de quelque temps, que le prêt est à lui. Cette loyauté sublime devient en quelque sorte le pain quotidien de l'ame, et l'infidélité séduit comme une friandise. La femme dédaigneuse, une femme dangereuse surtout , irrite la curiosité , comme les épices relèvent la bonne chère. Le mépris , si bien joué par Valérie, était d'ailleurs une nouveauté pour Wenceslas, après trois ans de plaisirs faciles. Hortense fut la femme et Valérie fut la maîtresse. Beaucoup d'hommes veulent avoir ces deux éditions du même ouvrage, quoique ce soit une immense preuve d'infériorité chez un homme que de ne pas lavoir faire de sa femme sa maîtresse. La variété, dans ce genre, est un signe d'impuissance. La constance sera toujours le génie de l'amour , l'indice d'une force immense, celle du poète! On doit avoir toutes les femmes dans la sienne, comme les poètes crottés du dix-septième siècle faisaient de leurs Manons des Iris et des Chloés !
— Eh bien ! dit Lisbeth à son petit cousin, au moment où elle le vit fasciné, comment trouvez-vous Valérie?
— Trop charmante ! répondit Wenceslas.
— Vous n'avez pas voulu m'écouter, repartit la cousine Bette. Ah! mon petit Wenceslas, si nous étions restés ensemble vous auriez été l'amant de cette :<yrène-là, vous l'auriez épousée dès qu'elle serait devenue veuve, et vous auriez eu les quarante mille livres de rentes qu'elle a !
— Vraiment J...
—Mais oui, répondit Lisbeth. Allons, prenez garde à v»us, je vous ai bien prévenu du danger , ne vous brûlez pas à la bougie! donnez-moi le bras, l'on a servi.
Aucun discours n'était plus démoralisant que celui-là, car, montrez un précipice a un Polonais, il s'y jette aussitôt. Ce peuple a surtout le génie de la cavalerie , il croit pouvoir enfoncer tous les obstacles. Ce coup d'éperon par lequel Lisbeth labourait la vanité de son cousin fut appuyé par le coup d'œil de la salle à manger, où brillait une magnifique argente-ie, où Steinbock aperçut toutes les délicatesses cl les recherches du luxe parisien.
— J'aurais mieux l'ail, se dit-il, d'épouser Célimène
Pendant ce dîner, Hulot, content de voir là son gendre, et plus satisfait encore de la certitude d'un raccommodement avec Valérie, qu'il se nattait de rendre lidèle par la promesse de la succession Coquet, fut charmant. Slidmanu répondit, à l'amabilité du baron par les gerbes de la plaisanterie parisienne, et par sa verve d'artiste. Sleinbock ne voulut pas se laisser éclipser par son camarade, il déploya son esprit, il eut des saillies, il fit de l'effet, il fut content de lui ; madame Marneffe lui sourit à plusieurs reprises en lui montrant qu'elle le comprenait bien.
La bonne chère, les vins capiteux achevèrent de plonger Wtnceslas dans ce qu'il faut appeler le bourbier du plaisir. Animé par une pointe de vin, il s'étendit, après le dîner, sur un divan, en proie à un bonheur à la fois physique et spirituel, que madame Marneffe mit au comble en venant se poser près de lui, légère, parfumée, belle à damner des anges. Elle s'inclina vers Wcnceslas, elle effleura presque son oralle pour lui parler tout bas.
— Ce n'est pas ce soir que nous pouvons causer d'affaires, à moins que vous ne vouliez rester le dernier. Entre vous, Lisbelh et moi, nous arrangerions les choses à votre convenance... ,
— Ah ! vous êtes un ange, madame ! dit Wencclas en lui répondant de la même manière. J'ai fait une fameuse sottise de ne pas écouter Lisbcth...
— Que vous disait-elle'?...
— Elle prétendait, rue du Doyenné , que vous m'aimiez ! . . .
Madame Marneffe regarda Wenceslas, eut l'air d'être confuse et se leva brusquement.
Une femme, jeune et jolie, n'a jamais impunément éveillé chez un homme l'idée d'un succès immédiat. Ce mouvement de femme vertueuse, réprimant une passion gardée au fond du cœur, était plus éloquent mille fois que la déclaration la plus passionnée. Aussi le désir fut-il si vivement irrité chez Wenceslas, qu'il redoubla d'attention pour Valérie. Femme en vus, femme souhaitée! De là vient la terrible puissance des actrices. Madame Marneffe, se sachant étudiée, se comporta comme une actrice applaudie. Elle fut charmante et obtint un triomphe complet.
— Les folies de mon beau-père ne m'étonnenl plus, dit Wenceslas à Lisbeth.
— Si vous parlez ainsi, Wenceslas, répondit la cousine, je me repentirai toute ma vie de vous avoir fait prêter ces dix mille francs. Seriez-vous donc comme eux -tous, diielle en montrant les convives, amoureux fou de cette créature? Songez donc que vous seriez le rival de votre beaupère. Enfin pensez à tout le chagrin que vous causeriez à Hortense.
— C'est vrai, dit Wenceslas, Hortense c.-i un ange . je serais un monstre '
—H y en a bien assez d'un dans la famille, répliqua Lisbelh.
— Les artistes ne devraient jamais se marier, s'é :ria Steinbock.
— Ah r c'est ce que je vous disais rue du Doyenné. Vos enfans, à vous, ce sont vos groupes, vos statues, "vos chefsd 'œuvres.
— Que diles-vous donc là? vint demander Valérie en se joignant à Lisbeth. Sers le thé, cousine.
Steinbeck, par une forfanterie polonaise, voulut paraître familier avec cette fée de salon. Après avoir insulté Stidmann, Claude Vignon, Crevel par un regard , il prit Valérie par la main et la força de s'asseoir à côté de lui sur le divan.
— Vous êtes par trop grand seigneur, comteSteinbock? dit-elle en résistant peu.
Et elle se mit à rire en tombant près de lui, non sans lui montrer le petit bouton de rose qui paraît son corsage.
— Hélas l si j'étais grand seigneur, je ne viendrais pas ici, dit-il, en emprunteur.
— Pauvre enfant! je me souviens de vos nuits de travail à la rue du Doyenné. Vous avez été un peu bêla. Vous vous èles marié, comme un affamé se jette sur du pain • ne connaissiez point Paris ! Voyez où vous en êtes. Mais vous avez fait la sourde oreille au devoùment de la Belle comme à l'amour de la Parisienne, qui savait son Paris par cœur.
— Ne me dites plus rien, s'écria Steinbock, je suis bâté.
— Vous aurez vos dix mille francs, mon cher AVcnceslas : mais à une condition, dit-elle en jouant avec ses admirables rouleaux de cheveux.
— Laquelle?...
— Eh bien! je ne veux pas d'intérêts ..
— Madame '
— Oh! ne vous fâchez pas; vous me les remplacerez par un groupe en bronze. Vous avez commencé l'histoire de Samson, achevez-la.... Faites D'alila coupant les cheveux à l'Hercule juif l... Mais vous qui serez, si vous voulez rn'écouter, un grand artiste, j'espère que vous comprendrez le sujet. Il s'agit d'exprimer la puissance de la femme. Sa:nso:; rien, là. C'e?t le cadavre de la force. Dalila. c'est ia passion qui ruine tout. Comme celle réplique... Est-ce comim
que vous dites »... ajouta-t-cllc finement en voyant Claude Vignon et Slidmanu qui s'approchèrent d'enx en voyant qu'il lit de sculpture : comme celte réplique d'Hercule aux pieds d'Omphalc est bien plus belle que le mythe - Est-ce la Grèce qui a copié la Judée, est-ce la Judée quia pris à la Grèce ce symbole?
— Ah! vous soulève? là, madame, une grave question! celle des épo mes auxquelles auraient été composes les différer.* livres de la Bible. Le grand el immortel Spinosa, si niaisement rangé parmi les athées et qui a mathématiquement prouve Dieu, prétendait que la Genèse, et la partie politique, pour ainsi dire, de la Bible, es! du temps i et il démontrait les interposions par des preuves philol - ! -m a-t-il reçu trois coups de couteau à l'entrée de la synagogue.
— Je ne me savais pas si savante, dit Valérie ennuyée de voir-son télc-à-lèle interrompu.
— Les femmes savent tout par instinct, répliqua Claude Vignon.
DE BALZAC
— Eh bien! me promeltcz-vous? dit-elle it Steinbocken lui prenant la main avec une précaution de jeune fille amoureuse.
— Vous êtes assez heureux, mon cher, s'écria Stidmann, pour que madame vous demande quelque chose?...
— Qu'est-ce? dit Claude Vignon.
— Un petit groupe en bronze, répendit Steinbock, Dalila coupant les cheveux àSamson.
— C'est difficile, fit observer Claude Vignon, à cause du lit...
-•C'est au contraire excessivement facile, répliqua Valérie en souriant.
— Ah ! faites-nous de la sculpture !.. dit Stidmann.
— Madame est la chose à sculpter! répliqua Claude Vignon en jetant un regard (in à Yalérîe.
— Eh bien! reprit-elle, voilà comment je comprends la chose... Samson s'est réveillé sans cheveux, comme beaucoup de dandies à faux toupets. Le héros est là sur le bord du lit, vous n'avez donc qu'à en figurer !a base, cachée par des linges, par des draperies. Il est là comme Marras sur les ruines de Carlhage, les bras croisés, la tête rasée. Napoléon à Sainte-Hélène, quoi ! Dalila est à genoux, à peu près comme la Madeleine de Canova. Quand une fille a ruiné son homme, elle l'adore. Selon moi, la juive a eu peur de Samson, terrible, puissant, mais ellca du aimer Samson devenu petit garçon. Donc, Dalila déplore sa faute elle voudrai! rendre à son amant ses cheveux, elle n'ose pas le regarder, et elle !c regarde en so •riant, car elle aperçoit sen pardoh dans la faiblesse de Samson. Ce groupe, cl celui delà farouche Judith, serait la femme expliquée. La Vertu vous coupe la lêle, le Vice ne vous coupe que les cheveux...
Et elle laissa les deux arl'stes confondus, qui firent, avec le critique, uu concert de louanges eu son honneur.
— On n'est pas plus délicieuse! s'écria Stidmann.
— Oh ! c'est; dit Claude Vignon, la femme la plus inlellifrc.itc et la plus désirable que j'aie vue. Réunir l'esprit et la beauté, c'est si rare !
— Si vous, qui avez eu l'honneur de connaître intimement Camille Maupin, vous lancez de pareils arrêts , répondit Stidmann, que devons-nous penser ?
— Si vous voulez faire de Dalila , mon cher comte . un portrait de Valérie , dit Crevel qui venait de quitter le jeu pour un moment et qui avait tout entendu", je vous pa; exemplaire de ce groupe mille écus. Oh ! oui, sapristi , mille
je me fends !
— Je me fends, qu'est-ce que cela veut dire? demanda ReauusagC à Claude Vignon.
— Il faudrait que i c daignai poser,--, dit Stcinn montrant Valérj ! à Cri \ I Demandez-lui.
Lu ce moment , Vi
issede llifc C'était plus qu'une distinction, c'était une
dans la manière dont une femme s'acquitte
de celle fonction, tout ira langage; mais les femmes le savent
bien: t-ce une étude curieuse à faire que celle de
leurs mouvemens, de leurs gestes , de leurs regards , de leur ton , de leur accent, quand elles accomplissent cet acte de politesse en apparence si simple.
Depuis la demande : « Prenez-vous du thé ? — Voulez-vous du thé? — Une tasse de thé? — froidement formulée, et l'ordre d'en apporler donné à la nymphe qui tient l'urne, jusqu'à l'énorme poème de l'Odalisque venant de la table à thé, la tasse à la main, jusqu'au pacha du cœur et la lui présentant d'un air soumis, l'offrant d'une voix caressante, avec un regard plein de promesses voluptueuses, un physiologiste peut observer tous les sentimens féminins, depuis l'aversion , depuis l'indifférence, jusqu'à la déclaration de Phèdre à flippolylc. Les femmes peuvent là se faire, à volonté, méprisantes jusqu'à l'insulte , humbles jusqu'à l'esclavage de l'Orient
Valérie fut plus qu'une femme, elle fut le serpent fait femme, elle acheva son œuvre diabolique en marchant jusqu'à Steinbock, une tasse de thé à la main.
— Je prendrai, dit l'artiste à l'oreille de Valérie en se levant et effleurant de ses doigls les doigts de Valérie , autant de tasses de thé que vous voudrez m'en offrir , pour me les voir présenter ainsi ! . . .
— Que parlez-vous de poser ? demanda-l-elle sans paraître avoir'reçu en plein cœur cette explosion si rageusement attendue.
— Le père Crevel m'achète un exemplaire de votre groupe mille écus.
— Mille écus, lui, un groupe ?
— Oui, si vous voulez poser en Dalila, dit Steinbock.
— 11 n'y sera pas, j'espère, reprit-elle, le groupe vaudrait alors plus que sa fortune , car Dalila doit être un peu décolletée...
De même que Crevel se mettait en position, toutes les femmes 'nt une attitude victorieuse , une pose étudiée, où elles se fout irrésistiblement admirer. On en voit oui, dans les salons, passent leur \ie à regarder la dentelle de leurs chemisettes et à remettre en place les épaulettes de leurs robes ou brn à foire jouer les brillans de leur prunelle en contemplant les corniches. Madame Uarneiïe, elle, ue triomphait pas en face courre toutes le.- autres. El e se retourna brusquement pour aller à '.a table à thé retrouver Lfebcih. Ce mouvement de. danseuse agitant sa robe, par leqncl eile avait cdnqùis Mulot, fascina Steinbock.
— Tavengeatcei le, dit Valérie \ l'oreille. de Lisbc'.h, Hortense pleurera toutes ses larmes et maudira le jour où elle t'a i^ris Weuceslas.
— Tant que je ne serai pas madame la maréchale . je n'aurai rien f;;it. répondit la Lorraine ; mais il* commencent à le vouloir trus... Ce ma'in. je suis allée chez Victorin. J'ai oublie de. te raconter cela. Les Hulot jeune ont i
lettrés dei kari ;c du baron à Vauvioci, ils sou ' 'main
uucobligati uze mille fi
d'ii.i' en trois ans, avec hypothèque fur
leur maison. Voila monsieur lîulol jeune tans la , ènc pour
(rois ans, il leur serait impossible de trouver maintenant de l'argent sur cette propriété. Victoria est d'une tristesse affreuse , il a compris son père. Er.fin Crevel est capable de ne plus \oir ses enfan's, tant il sera courroucé dccedcvoûmcnl.
— Lebarcn doit maintenant être sar.s ressources? dit Valérie à l'oreille de Lisbelh en souriant à lîulot.
— Je ne lui vois plus rien; mais il rentre dans son traitement au mois de septembre.
— Et il a sa police d'assurance, il l'a renouvelée! Allons, il est temps qu'il fasse Marncffe chef de bureau, je' vais l'assassiner ce soir.
— Mon petit cousin , alla dire Lisbelh à Weneeslas, retirez-vous, je vous en prie. Vous êtes ridicule, vous regardez Valérie de façon à la compromettre, et son mari est d'une jalousie effrénée. N'imitez pas votre beau-père, et retournez chez vous, je suis sûre qu'Horlense vous attend...
— Madame Marncffe m'a dit de rester le dernier , pour arranger notre petite affaire entre nous trois , répondit Wenceslas.
— Non, dit Lisbeth, je vais vous remettre les dix mille francs, car son mari a les veux sur vous, il serait imprudent a vous de reslcr. Demain, a neuf heures, apporte, la lettre de change ; à cette heure là . ce Chinois de Mamelle est à son bureau, Valérie est tranquille... Vous lui avez donc demandé de poser pour un groupe?.. Entrez d'abord chez moi. Ah: je savais Lien , dit Lisheth en surprenant le regard par lequel Steinbeck salua Valérie , que vous étiez ni» libertin ! Valérie est bien belle, mais lâchez de ne pas faire de chagrin à liortense !
Rien n'irrite les gens mariés autant que de rencontrer, à tout propos, leur femme entre eux et un désir, fut-il pas-