‹ Histoire des parens pauvresChapitre 5 sur 111 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

UW CARACTÈRE DE VIEILLE FILLE, OMGIYVL , ET NÉANMOINS PLUS COMMUN QU'ON NE LE PENSE.

Maintenant la nature des réflexions de la baronne et ses pleurs, après le départ de Crevel, doivent se eoncevoir parfaitement. La pauvre femme se savait depuis deux ans au fond d'uu abîme, mais elle s'y croyait seule. Elle ignorait comment le mariage de sou fils s'était fait, elle ignorait la liaison d'Hector avec l'avide Josépha; enfin, elle espérait que personne au monde ne connaissait ses douleurs. Or, si Crevel parlait si lestement des dissipations du baron, Hector allait perdre sa considération. Elle entrevoyait dans les grossiers discours de l'ancien parfumeur irrité, le compérage odieux auquel était dû le mariage du jeune avocat. Deux filles perdues avaient été les prêtresses de cet hymen, proposé dans quelque orgie, au milieu des dégradantes familiarités de deux vieillards ivres !

— 11 oublie donc Hortcnsc ! se dit-elle , il la voit cependant tous les jours; lui chcrchcra-t-il donc ua mari chez ses vauriennes ?...

La mère, plus forte que la femme, parlait en ce moment toute seule, car elle voyait Hortehse riant, avec sa cousine Bette, de ce fou rire de la jeunesse insouciante, et elle savait que ces rires nerveux étaient des indices tout aussi terribles que les rêveries larmoyantes d'une promenade solitaire dans le jardin.

Hortcnsc ressemblait à sa mère, mais elle avait des cheveux d'or, ondes naturellement cl abondans à étonner. Son éclat tenait' de celui d^ la nacre. On voyait bien en elle le fruit d'un honnête mariage, d'un amour noble et pur dans toute sa force. C'était un mouvement passionné dans la physionomie, une gaîlédans les traits, un entrain de jeunesse, une fraîcheur de vie, une richesse de santé qui vibraient en dehors d'elle et produisaient des rayons électriques. Hortense appelait le regard. Quand ses yeux d'un bleu d'outremer, nageant dans ce fluide qu'y verse l'innocence, s'arrêtaient sur un passant, il tressaillait involontairement. D'ailleurs, pas une seule de ces taches de rousseur, qui font payer à ces blondes dorées leur blancheur lactée, n'altérait son teint. Grande, potelée sans être grasse, d'une taille svelte dont la noblesse égalait celle de sa mère, elle méritait ce titre de Déesse, si prodigué dans les anciens auteurs. Aussi, quiconque voyait Hortcnsc dans la rue, ne, pouvait-il retenir cette exclamation: — Mon Dieu ! la belle fille! Llle était si vraiment innocente, qu'elle disait en rentrant: — Mais qu'ont-ils donc tous, maman, a crier : la belle fille! quand tu es avec moi? n'es-tu pas plus belle que moi?... Et, en effet, à quarante-sept ans passés, la baronne pouvait être préférée à sa fille par les amateurs de couchers de soleil ; car clic n'avait encore, comme disent les femmes, rien perdu de ses avantagts, par un de ces phénomènes rares, h Paris surtout, où dans ce genre Ninon a fait scandale, tant elle a

paru voler la part des laides au dix-septième siècle.

En pensant à sa fille, la baronne revint au père, elle le vit, tombant de jour en jour par degrés jusque dans la boue sociale, et renvoyé peut-être un jour du Ministère. L'idée de la chute de son idole, accompagnée d'une vision indistincte des malheurs que Crevel avait prophétisés , fut si cruelle pour la pauvre femme, qu'elle perdit connais'ance à la façoa des extatiques.

La cousine Bette, avec qui causait Hortense, regardait de temps en temps pouf savoir quand elles pourraient rentrer au salon; mais sa jeune cousine la lutinait si bien de ses questions au moment où le baronne rouvrit la porte-fenêtre, qu'elle ne s'en aperçut pas.

Lisbeth Fischer, de cinq ans moins âgée que madame Hulot, et néanojoins fille du plus âgé des Fischer , était loin d'être belle comme sa cousine ; aussi en avait-elle été prodigieusement jalouse. La jalousie formait la base de ce caractère plein d'excentricités, mot trouve par les Anglais pour les folies de grandes maisons.

Paysanne des Vosges, dans toute l'extension du mot. maigre, brune, les cheveux d'un noir luisant, jgj sourcils épais et réunis par ua bouquet, les bras longs et forts, les pieds épais, quelques verrues dans sa face longue et simiaque, tel est le portrait concis de cette vierge.

La famille, qui vivait en commun, avait immolé la fille vulgaire à la jolie fille, le fruit âpre à la (leur. Lisbeth travaillai! à la terre, quand sa cousine était dorelokv: aussi lui arrivat-i! un jour, trouvant Adcline seule, de vouloir lui arracher le nez, un vrai nez grec que les vieilles femmes admiraient. Quoique battue pour ce méfait, elle n'enenntinua pis moinsii déchirer les robes et à gâteries collerettes de la privi!

Lors du mariage fantastique de sa cousine. Lisbeth avait plié devant ctte destinée comme les frères cl les sœurs de Napoléon plièrent devant 1 éclat du tronc et la puissance du commandement. Adeline. excessivement bonne et douce. se souvint à Paris de Lisbeth, cl l'y fit venir, vers 1809, dans 1 intention de l'arracher à la misère en l'établissant.

Dans l'impossibilité de marier, aussitôt qu'Adeliac le voulait, celte fille aux yeux noirs, aux sourcils charbonnes. cl qui ne savait ni lire ni écrire, le baron commença par lui donner un état; il mit Lisbeth en apprentissage chez Ira bn de la cour impériale, les Fameux Pons Frères I nommée Bette par abréviation, devenue ouvrière en ; menteried'or cl d'argent, énergique a la niani n- d a montagnards . eut le courage d'apprendre à l«re, a compter et à écrire: car son cousiu, le baron, lui avait démontré h o site de posséder ces connaissances pour tenir un étal ment de broderie. Elle voulait faire Fortune : en elle se métamorphosa. En fsil. la paysanne fiât une

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gentille, une assez adroite et intelligente Première Demoiselle. Cette partie, appelée passementerie d'or et d'argent, comprenait les épauleltes, les dragonnes, les aiguillettes, enfin cette immense quantité de choses brillantes qui scintillaient sur les riches uniformes de l'armée française el sur les habits civils. L'Empereur, en Italien très ami du costume , avait brodé de l'or et de l'argent sur toutes les coutures de ses serviteurs, et son Empire comprenait cent trente-trois départemens. Ces fournitures assez habituellement faites aux tailleurs , gens riches et solides, ou directement aux grands dignitaires, constituaient un commerce sûr.

Au moment on la cousine Bette , la plus habile ouTrièrc de la maison Pons où elle dirigeait la fabrication, aurait pu s'établir, la déroute de l'Empire éclata. L'olivier de la paix que tenaient à la main les Bourbons effraya Lisbeth , elle eut peur d'une baisse dans ce commerce, qui n'allait plus avoir que quatre-vingt-six au lieu de cent trente-trois départemens à exploiter, sans compter l'énorme réduction de l'armée. Epouvantée enfin par les diverses chances de l'industrie, elle refusa les offres du baron qui la crut folle. Elle justifia cette opinion en se brouillant avec monsieur Rivet, acquéreur de la maison Pons, à qui le baron voulait l'associer, et redevint simple ouvrière.

Alors la famille Fischer était retombée dans la situation précaire d'où le baron Hulot l'avait tirée. Ruinés parla catastrophe de Fontainebleau, les trois frères Fischer servirent en désespérés dans les corps francs de 1815. L'aîné, père deLisbeth, fut tué. Le. père d'Adeline , condamné à mort par un conseil de guerre , s'enfuit en Allemagne, et mourut a Trêves, en 1820. Le cadet Johann vint à Paris implorer la reine de la famille, qui, disait-on, mangeait dans l'or et l'argent, qui ne paraissait jamais aux réunions qu'avec des diamans sur la tète et au cou , gros comme des noisettes et donnés par l'Empereur. Johann Fischer, alors âgé de quarante-trois ans, reçut du baron Hulot une somme de dix mille francs pour commencer une petite entreprise de fourrages à Versailles, obtenue au Ministère de la Guerre par l'influence secrète des amis que l'ancien intendant-général y conservait.

■ Ces malheurs de famille, la disgrâce du baron Hulot, une certitude il êlre peu de chose dans cet immense mouvement d'hommes, d'intérêts et d'affaires, qui fait de Paris un enfer et on paradis, domptèrent Bette. Celte fille perdit alors toute idée de lutte et de comparaison avec sa cousine, après en avoir ventiles diverses supériorités; mais l'envie resta cachée dans le fond du cœur, comme un germe de peste qui peut éclore et ravager une ville, si l'on ouvre le fatal ballot de laine où il est comprimé. De temps en temps elle se disait bien : — « Adeline et moi , nous sommes du même sang. nos pères était frères, elle est dans un hôtel, et je suis dans une mansarde. «Mais, tous les ans, a sa fête et au jour de l'an, Lisbeth recevait des cadeaux delà baronne et du baron; le baron, excellent pour elle, lui payait Bon bois poux l'hiver ; le vieux général Hulot la recevait un jour à c'iner, son couvetl

était toujours mis chez sa cossine. On se moquait bien d'elle, maison n'en rougissait jamais. On lui avait enfin procuré son indépendance à Paris, où elle vivait à sa guise.

Cette fille avait en effet peur de toute espèce de joug : sa cousine lui offrait-elle de la loger chez elle? Bette apercevait le licou de la domesticité; maintes fois, le baron avait résolu le difficile problème de la marier; mais séduite au premier abord, elle refusait bientôt en tremblant de se voir reprocher son manque d'éducation, son ignorance et son défaut de fortune ; enfin , si la baronne lui parlait de vivre avec leur oncle et d'en tenir la maison à la place d'une servante-maltresse qui devait coûter cher , elle répondait qu'elle se marierait encore bien moins de celte façon-la.

La cousine Bette présentait dans les idées celte singularité qu'on remarque chez les natures qui se sont développées fort tard, chez les Sauvages qui pensent beaucoup et parlent peu. Son intelligence paysanne avait d'ailleurs acquis, dans les causeries de l'atelier, par la fréquentation des ouvriers et des ouvrières , une dose du mordant parisien. Cette fille, dont le caractère ressemblait prodigieusement à celui des Corses, travaillée inutilement par les instincts des natures fortes, eût aimé à proléger un homme faible ; mais a force de vivre dans la capitale, la capitale l'avait changée à la surface. Le poli parisien faisait rouille sur cette ame vigoureusement trempée. Douée d'une finesse devenue profonde, comme chez tous les gens voués à un célibat réel, avec le tour piquant qu'elle imprimait à ses idées, elle eût paru redoutable dans toute autre situation. Méchante , elle eût brouillé la famille la plus unie.

Pendant les premiers temps, quand elle eut quelques espérances dans le secret desquelles elle ne mit personne, elle s'était décidée à porter des corsets, a suivre les modes, et obtint alors un moment de splendeur pendant lequel le baron la trouva mariable. Lisbeth fut alors labrune piquante de l'ancien roman français. Son regard perçant, son teint olivâtre, sa taille de roseau pouvaient tenter un major en demi-solde; mais elle se contenta, disait-elle en riant, de sa propre admiration. Elle finit d'ailleurs par trouver sa vie heureuse , après en avoir élagué les soucis matériels, car elle allait dîner tous les jours en ville , après avoir travaillé depuis le lever du' soleil. Elle n'avait donc qu'à pourvoir à son déjeuner et à son loyer ; puis on l'habillait et on lui donnait beaucoup de ces provisions acceptables, comme le sucre, le café, le vin, etc.

Eo 1837 i après vingt-sept ans de \u\ à moitié payée pai la famille Hulot et par son oncle Fischer, la cousine Belle, résignée a ne rien être, se laissait traiter sans façon ; elle se refusait elle-même à venir aux grands dîners en préférant 1 intimité qui lui permettait d'avoir sa valeur, et d'éviter des souffrances d'amour-propre. Partout , chez le général Hulot, chez Crevcl, chez Le jeune Hulot. chez Rivet, successeur des Pons avec qui elle s'était raccommodée et qui la fêlait .

chez la baronne: elle semblait être de la maison; enfin partout elle savait amadouer les domestiques en leur payant de

petits pour-boire de temps en temps, en causant toujours avec eux pendant quelques instans avant d'entrer au salon. Cette familiarité par laquelle elle se mettait franchement au niveau des gens, lui conciliait leur bienveillance subalterne, très essentielle aux parasites.

— C'est une bonne et brave fille! était le mot de tout le monde sur elle.

Sa complaisance, sans bornes quand on ne l'exigeait pas, était d'ailleurs, ainsi que sa fausse bonhomie, une nécessité de sa position. Elle avait lini par comprendre la vie en se voyant à la merci de tout le monde; et, voulantplaire àtoutle monde, elle riait avec les jeunes genskqui elle était sympathique par une espècede patelinage qui les séduit toujours, elledevinait et épousait leurs désirs, elles'en rendait l'interprète, elle leur paraissait être une bonne confidente, car elle n'avait pas le droit dclcsgronder. Sa discrétion absolue lui méritait laconfiancedesgens d'un âge mùr, car elle possédait, comme Ninon, desqualitésd'homme. En général, les confidences vont plutôt en bas qu'en haut. On emploie beaucoup plus ses inférieurs que ses supérieurs dans les affaires secrètes ; ils deviennent donc les complices de nos pensées réservées, ils assistent aux délibérations; or Richelieu se regarda comme arrivé quand il eut le droit d'assistance au conseil. On croyait cette pauvre fille dansunetelledépendancedc tout lemonde qu'elle semblait condamnée à un mutisme absolu. La cousine se surnommait elle-même le confessionnal de la famille. La baronne seule, à qui les mauvais trai&mens qu'elle avait reçus pendant son enfance, de sa cousine plus forte qu'elle quoique moins âgée, gardait une espèce de défiance. Puis, par pudeur elle n'eût confié qu'à Dieu ses chagrins domestiques.

Ici peut-être est-il nécessaire de faire observer que la maison de la baronne conservait toute sa splendeur aux yeux de la cousine Bette, qui n'était pas frappée , comme le marchand parfumeur parvenu, de la détresse écrite sur les fauteuils rongés, sur les draperies noircies et sur la soie balafrée. Il en est du mobilier avec lequel on vit comme de nous-mêmes. En s'cxaminanl tous les jours, on finit, a l'exemple du baron, par se croire peu changé, jeune , alors que les antres voient sur nos tètes une chevelure tournant au chinchilla, des accens circonflexes à notre front, et de grosses citrouilles dans notre abdomen. Cet appartement toujours éclairé pour la cousine Bette par les feux du Bengale des victoires impériales , resplendissait toujours.

Avec le temps , la cousine Bette avait contracté des manies de vieille fille , assez singulières. Ainsi , par exemple . elle voulait , au lieu d'obéir k la mode , que la mode s'appliquât a ses habitudes , et se pliât à ses fantaisies toujours arriérées. Si la baronne lui donnait un joli chapeau nouveau , quelque robe taillée au goût du jour, aussitôt la cousine Bette retravaillait chez elle , a sa façon , chaque chose , et la gâtait en s'en faisant un vêtement qui tenait des modes impériales et de ses anciens costumes lorrains, l.e chapeau de trente francs devenait une loque, et la robe un haillon. Elle était , ii cet égard , d'un • ulèlcineut de mule.

ijttt.

Elle voulait se plaire à elle seule et se croyait charmante ainsi; tandis que cette assimilation, harmonieuse en ce qu'elle la faisait vieille fille de la tète aux pieds, la rendait si ridicule qu'avec le meilleur vouloir, personne ne pouvait l'admettre chez soi les jours de gala.

Cet esprit rétif, capricieux et indépendant, 1 inexplicable sauvagerie de celte fille, à qui le baron avait par quatre fois trouvé des partis ( un employé de son administration , un major, un entrepreneur des vivres, un capitaine en retraite}, et qui s'était refusée à un passementier, devenu riche depuis , lui méritait le surnom de Chèvre (pie le baron lui donnait en riant. Mais ce surnom ne répondait qu'aux bizarreries de la surface, k ces variations que nous nous offrons tous les uns aux antres en état de société Celte lille qui, bien observée, eût présenté le côté féroce de la classe paysanne , était toujr/urs l'enfant qui voulait arracher le nez de sa cousine, et qui peut-être, si elle n'était devenue raisonnable , 1 aurait tuée en un paroxisme de jalousie. Elle ne domptait que par la connaissance des lois et du monde cette rapidité naturelle avec laquelle les gens de la campagne , de même que les Sauvages . passent du sentiment à l'action. En ceci peut-être consiste toute la différence qui sépare l'homme naturel de l'homme civilisé. Le Sauvage n'a que des sentimens , l'homme civilise a des sentimens et des idées. Aussi, chez les Sauvages, le cerveau reçoit-il pour ainsi dire peu d'empreintes, il appartient alors tout entier au sentiment qui l'envahit, tandis que chez l'homme civilisé) les idéesdescendent sur le cœur qu'elles transforment. Celir.-ci est à mille intérêts, k plusieurs sentimens, tandis que le Sauvage n'admet qu'une idée k la fois. C'est la cause de la supériorité momentanée de l'enfant sur les parens et qui cesse avec le désir satisfait : tandis que, chez l'homme voisin de la Nature, cette cause est continue. La cousine Bette, la sauvage Lorraine, quelque peu traîtresse, appartenait k cette catégorie de caractères plus communs chez le peuple qu'on ne pense, et qui peut en expliquer la conduite pendant les révolutions

Au moment où-cettescène commence . si la cousine Bette avait voulu se laisser habiller à la mode ; si clic s'était . comme les Parisiennes, habituée k porter chaque nouvelle mode, elle eût ete présentable et acceptable ; mais elle gardait la raideur d'un bâton. Or. sans grâces, la femme n'existe pointa Paris. Ainsi, la chevelure noire, les beaux yeux durs, la rigidité des lignes du visage . la sécheresse calabraise du teint qui faisaient de la cousine Betle une figure du Ciotlo. et desquels une vraie Parisienne eût tiré parti, sa mise étrange surtout, lui donnaient une si bizarre apparence, que parfois elle ressemblait aux singo babilles en femmes, promené&par les petits Savoyards. Comme elle était bien connue dans les maisons unies par les liens de famille où «-Ile vivait . qu'elle restreignait ses évolutions sociales k ce cercle, qu'elle aimait son chez soi . ses singularités n'étonnaient pins sonne, etdisparaissaichl audehorsdansl immensemMvemen! parisien de la rue. ou l'on ne regarde que les jolies icinm es

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Les rires d'îîortense étaient en ce moment causés par un triomphe remporté sur l'obstination de la cousine Bette, elle venait de lui surprendre un aveu demandé depuis trois ans. Quelque dissimulée que soit une vieille fille, il est un sentiment qui lui fera toujours rompre le jeûne de la parole , c'est la vanité! Depuis trois ans , Hortense , devenue excessivement curieuse en certaine matière, assaillait sa cousine de questions où respirait d'ailleurs une innocence parfaite: elle voulait savoir pourquoi sa cousine ne s'était pas mariée. Hortense, qui connaissait l'histoire des cinq prétendus refusés, avait bâti son petit roman , elle croyait à la cousine Bette une passion au cœur, et il en résultait une guerre de plaisanteries.

llortense disait : « Nous autres jeunes filles 1 » en parlant d'elle et de sa cousine. La cousine Bette avait, à plusieurs reprises , répondu d'un ton plaisant : — « Qui vous dit que je n'ai pas un amoureux? » L'amoureux de la cousine Bette , faux ou vrai, fut alors un sujet de douces railleries.

Enfin, après deux ans de cette petite guerre, la dernière fois que la cousine Bette était vernie, le premier mot d'IIortense avait été : — Comment va ton amoureux?

— Mais bien, avait-elle répondu, il souffre un peu, ce pauvre jeune homme.

— Ah ! il est délicat, avait demandé la baronne en riant.

— Je crois bien, il est blond... Une fille charbonnéc comme je le suis ne peut aimer qu'un blondin, couleur de la lune.

— Mais qu'est-il? que fait-il?... dit Hortense. Est-ce un prince?

— Prince de l'outil, comme je suis reine de la bobine. Une pauvre fille comme moi peut-elle être aimée d'un propriétaire ayant pignon sur rue et des rentes sur l'Etat, ou d'un duc et pair, ou de quelque Prince Charmant de tes contes de fées?

— Oh! je voudrais bien le Toir... s'était écrié Hortense en souriant.

— Sans savoir comment est tourné celui qui peut aimer une vieille chèvre? avait répondu la cousine Bette.

— Ce doit être un monstre de vieil employé à Barbe de bouc? dit Hortense en regardant sa mère.

— Eh! bien, c'est ce qutvc-us trompe, mademoiselle.

— Mais tu as donc un amoureux? avait demandé llortense d'un air de triomphe.

— Aussi vrai que tu n'en as pas! avait répondu la cousine d'un air piqué.

—-Eh! bien, si tuas un amoureux, Bette, pourquoi ne l'épouses-tu pas?... avait dit la baronne en faisant un signe à sa fille. Voilà trois ans qu'il eu est question, lu as eu le temps de l'étudier, et s'il t'est reste fidèle, tu ne devrais pas prolonger une situation fatiguante pour M. C'est d'ailleurs uneafl'airedccoascicncc; et puis, s'il est jeune, il est temps de prendre un bâton de vieillesse.

La cousine Bette avait regardé fixement la baronne, et voyant qu'elle riait , elle avait répondu : — Ce serait marier

la faim et la soif , il est ouvrier, je suis ouvrière , si nous avions des enfans, cescraient des ouvriers... Non, non, nous nous aimons dame... C'est moins cher!

— Pourquoi le caches-tu ? avait demandé Hortense.

— Il est en veste ! avait répliqué la vieille fille en riant.

— L'aimes-tu?... avait demandé la baronne.

— Ah! je crois bien ! je l'aime pour lui-même, ce chérubin. Voilà quatre ans que je le porte dans mon cœur.

— Eh! bien, si tu l'aimes pour lui-même, avait dit gravement la baronne, et s'il existe, tu serais bien criminelle envers lui. Tune sais pas ce que c'est que d'aimer.

— Nous savons toutes ce métier-là en naissant !... dit la cousine Bette.

— Non , il y a des femmes qui aiment et qui restent égoïstes , et c'est ton cas !.. .

La cousine avait baissé la tète, et son regard eût fait frémir celui qui l'aurait reçu, mais elle avait regardé sa bobine.

— En nous présentant ton amoureux prétendu, Hector pourrait le placer, et le mettre dans une situation à faire fortune.

— Ça ne se peut pas, avait dit la cousine Bet'.e.

— Et pourquoi?

— C'est une- manière de Polonais, un réfugié...

— Un conspirateur!... s'était écriée Hortense. Es-tu heureuse!... A-t-il eu des aventures?...

— Mais il s'est battu pour la Pologne. H était professeur dans le gymnase dont les élèves ont commencé la révolte, et comme il était là placé par le grand-duc Constantin, il n'a pas de grâce à espérer. . .

— Professeur de quoi ?. . .

— De beaux-arts!...

— Et il est arrivé à Paris après la déroute?...

— En 1833, il avait fait l'Allemagne à pied...

— Pauvre jeune homme ! Et ,il a ?. . .

-~ Il avait à peine vingt-quatre ans lors de l'insurrection ; il a vingt-neuf ans aujourd'hui...

— Quinze ans de moins que toi, avait dit alors la baronne.

— De quoi vit-il?... avait demandé Hortense.

— De son talent...

— Ah! il donne des leçons?...

— Non, avait dit la cousine Bette, il en reçoit, et de dures! ..

— Et son petit nom, cst-il joli?...

— Wenceslas !

— Quelle imagination ont les vieilles filles ! s'était écriée la baronne. A la manière dont tu parles r on te croirait Lisbeth.

— Ne vois-tu pas, maman , que c'est un Polonsai tellement fait au knout, que Bette lui rappelle cette petite douceur de patrie.

Toutes trois elles s'étaient mises à rire, et Hortense avait chanté : Wenceslas] idole de mon amel au lieu de : 0 Matin! de...

El il y avait eu comme un armistice pendant quelques instans.

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