‹ Histoire des parens pauvresChapitre 61 sur 111 · AVIS AVXV IEUX GARÇONS · texte numérisé non relu

AVIS AVXV IEUX GARÇONS

Trois jours ap:è:, pendant que Sehmueke dormait, car madame Cibot et le vieux musicien s'étaient déjà partagé le fardeau de garder et de veiller le malade, elle avait eu ce qu'elle appelait une prise de bec avec le pauvre Pons.

Il n'est pas inutile de faire remarquer une triste particularité de l'hépatite. Les malades dont le foie est plus nu moins attaqué sbnt disposés à l'impatience, à la colore, et ces colères les soulagent momentanément ; de même que dans l'accès de lièvre, on sent se déployer en soi des forces excessives. L'accès passé, l'affaissement, le collapsus, disent les médecins, arrive, et les pertes qu'a faites l'organisme s'apprécient alors dans toute leur gravité Ainsi , dans les maladies de foie, et surtout dans celles dont la cause vient de grands chagrins éprouvés, le patient arrive api es ses emporterons à des affa:blissemens d'autant plus dangereux qu'il est soumis à une diète sévère. C'est une sorte de lièvre qui agite le mécanisme huicorisliqie de l'homme, car cette fièvrcu'est ni dans le sang, ni dans le cerveau. Cette agacerie de tout l'être produit une mélancolie où le malade se prend lui-même en haine. Dans une situation pareille, tout cause une irritation dangereuse.

La Cibot, malgré les recommandations du docteur, ne croyait pas, elle, femme du peuple sans expérience ni instruction, à ces tiraillemens du système nerveux par le système humoristique. Les explications de monsieur Poulain étaient pour elle des idées de médecin. Elle voulait absolument, comme tous les gens du peuple, nourrir Pons, et poir l>mpecher de lui donner en cachette du jambon, une bonne omelette ou du chocolat a la vanille, il ne fallait rien moins que celle parole absolue du docteur Poulain.

— Donnez une seule bouchée de n'importe quoi à monsieur Pons, et vous le tueriez comme d'un coup de pistolet.

L'entêtement des classes populaires est si grand à cet égard, que la répugnance des malades pour aller a l'hôpital vient de ce que le peuple croit qu'on y tue les gens en ne kur donnant pas a manger. La mortalité qu'ont causée les vivres apportés en secret par les femmes à leurs maris a été si grande, qu'elle a déterminé les médecins à prescrire une visite de corps d'une rxce;sive sévérité les jours où les pari in viennent voir les malades.

La Cibot, pour arriver à une brouille momentanée bi sairc à la réalisation de ses bénéfices immédiats, raconta sa visite au directeur du théâtre, sans oublier sa priie de bec avec mademoiselle Héloïse, la danscu-e

— Muis qu'alliez-vous faire là, lui demania pour la troi-

sième fois le malade qui ne pouvait arrêter la Cibot une fois qu'elle était lancée en paroles.

— Pour lors, quand je lui ai eu dit son fait, mademoiselle Hékïse qu'a vu ce que j'éla;s. a mis les pouces, et nous avons été les meilleures amies iti monde. — Vous me demandez maintenant ce tpfc j allas Li;e-!à, dit-elle en répétant la question de Pons.

Certains bavards, et ceux-là sont des bavards de génie, ramassent ainsi les interpellations, les objections et les ob- :- rva'ions en manière de provision, pour alimenter leurs discours; comme si la source en pouvait jamais tarir.

— Maisj'y suisalléc pour tirer votre monsieur Gaudissard d'embarras, il a besoin d'une musique pour un ballet, et vous n'êtes guères en état, mou chéri, dé gribouiller du papier et de remplir votre deveir.. J'ai donc enleudu, comme çà, qu'on appellerait un monsieur Garangeot pour arranger les Monicans ea musique...

— Garangeot ! s'écria Pons en fureur. Garangeot, un homme sans aucun talent, je n'ai pas voulu de lui pour premier violon! C'est ua homme de beaucoup d'esprit, qui fait très bien des ftuilletons sur la musique ; mais pour composer un air, je l'en délie!... Et où diable avez vous pris l'idée d'aller au théâtre ?

— Mais est-il ostiné, cedémon-ià ... Voyons, mon chat, ne noirs emporte v pas comme une soupe au lait .. Pouvezveus écrire de la musiquedans î'éta' où vous êtes" Mais vous ne vous êtes donc pas regardé au miroir ?.. Voulez-vous un miioir? Vous n'avez plus que la p.au et loi os... toi faible comme un moineau. . et vous tous croyei capable de faire vos notes... mais vous ne feriez pas seulement les miences. . Ça me fait penser que je dois monter chez celle du troisième, qui nous doit dix-sept francs ... et c'est bon à ramasser, dix-sept francs; car, l'apothicaire paye.il ne nous reste pas vingt francs^. Fallait û ne dire à cet homme, qui a 1 air d'être un bonhomme, a monsieur Gaudissard . j aime ce nom-là... c'est uu vrai Roger lï uilciupsqui mirait bien... il n'aura jamais mal au foie celui ia!... Donc, fallait lui dire où vous en étiez .. dam ! vous n'êtes paj bien, tl il vous a momentanément remplace...

— Remplace! s'écria Pons d'une voix formidable en se dressant sur Bon séant.

En général les malades, surtout ceux qui sont dans l'envergure de la faulx de la Mort . s'accrochent à leurs places avec la fureur que déploient les débutais pour les eb'.cnir

DE BALZAC

Aussi sou remplacement parut-il être au pauvre moribond une première mort.

— Mais le docteur me dit, reprit-il, que je vas parfaitement bien! que je reprendrai bientôt ma vie ordinale. Vous m'avez tué, ruiné, assassiné!...

— Ta, ta, ta, tal s'écria la Cibot, vous voilà parti, allez, je suis \'6tre bourreau, vous dites ces douceurs là, toujours, parbleu, à monsieur Schmucke, quand j'ai le dos tourné. J'entends bien ce que vous dites, allez!... vous êtes un monstre d'ingratitude.

— Mais vous ne savez pas que si je tarde seulement quinze jours à ma convalescence, on médira, quand je reviendrai, que je suis une perruque, un vieux, que mon temps est fini, que je suis Empire, rococo ! s'écria ce malade qui voulait vivre. Garangeot se sera fait des amis, dans le théâtre, depuis le contrôle jusqu'au cintre I II aura baissé le diapason pour une actrice qui n'a pas de voix, il aura léché les bottes de monsieur Gaudissard; il aura, par ses amis, publié les louaDges de tout le monde dans les feuilletons; et, alors dans une boutique comme celle-là, madame Cibot, on sait trouver des poux à la tête d'un chauve!... Quel démon vous a poussé là?...

— Mais parbleu, monsieur Schmucke a discuté la chose, avec moi pendant huit jours. Que voulez-vous? Vous ne voytz rien que vous! vous êtes un égoïste à tuer les gens pour vous guérir!... Mais ce pauvre monsieur Schmucke est depuis un mois sur les dents, il marche sur res boulets, tf ne peut plus aller nulle part, ni donner des leçons, ni faire de service au théâtre, car vous ne voyez donc rien ? il vous garde la cuit, et je vous garde le jour. Aujor d'aujordhui, si je passais les nuits comme j'ai tâché de le faire d'abord, en croyant que vous n'auriez rien , il me faudrait dormir pendant la journée ! Et que qui veillerait au ménage et au grain I... Et que voulez-vous, la maladie est la maladie!... et voilà!... «

— Il est impossible que ce soit Schmucke qui ail eu celte pensée-là....

— Ne voulez-vous pas à cette heure que ce soit moi qui l'ai prise sous mon bonnet! Et croyez-vous que nous sommes de fer? Mais si monsieur Schmuke avait continué son métier, d'aller donner sept ou huit leçons, et de passer la soirée de six heures et demie à onze heures et demie au théâtre à diriger l'orchestre, il serait mort dans dix jours d'ici... Voulez-vous la mort de ce digne homme, qui donnerait son sang pour vous? Par les auteurs de mes jours, on n'a jamais vu de malade comme vous... Qu'avez-vous fait de votre raison, l'avez- vous mise au Mont-de-Piété ? Tout s'extermine ici pour vous, l'on fait tout pour le mieux, et vous n'êtes pas content... Vous voulez donc nous rendre fous à lier... moi d'abord je suis fourbue, en attendant le reste I

La Cibot pouvait parler à son aise, la colère empêchait Pons de dire un mot, il se roulait dans son lit, articulait péniblement des interjections, il se mourait.

Comme toujours, ai rivée à celte période, la querelle tour-

nait subitement au tendre. La garde se précipita sur le malade, le prit par la tête, le força de se coucher, ramena sur lui la fuaverture.

— Peut-on se mettre dans des états pareils ! Après ça , mon chat, c'est votre maladie I C'est ce que dit le bon monsieur Poulain. Voyons, calmez-vous. Siyrz gentil, mon bon petit fiston. Vous êtes l'idole de tout ce qui vous approche, que le docteur lui-même vient vous voir jusqu'à des deux fois par jour! Que qu'il dirait s'il vous trouvait agité comme cela? Vous me metlez hors des gonds I ce n'est pas bien à vous... Quand on a mam' Cibot pour garde, on lui doit des égards... Vous criez , vous parlez!... ça vous est défendu! vous le savez. Parler, ça vous irrite — Et pourquoi vous emporter? C'est vous qui avez tous les torts... vous m'asticotez toujours 1 Voyons, raisonnons ! Si monsieur Schmucke et moi, qui vous aime comme mes petits bDyaux, nousavons cru bien faire? Eh bien! mon chérubin, c'est bien, allez.

— Schmucke n'a pas pu vous dire d'aller au théâtre sans me consulter...

— Faut-il l'éveiller ce pauvre cher homme qui dort comme un bienheureux et l'appeler en témoignage!

—Non! non! s'écria Pons. Si mon bon et tendre Schmucke a pris cette résolution , je suis peut-être plus mal que je ne le crois, dit Pons en jetant un regard plein d'une horrible mélancolie sur les objets d'art qui décoraient sa chambre. Il faudra dire adieu à mes chers tableaux , à toutes ces choses dont je m'étas fait des amis. Et mon divin Schmucke ! . . . — oh! serait-ce vrai?

La Cibot, cette atroce comédienne, se mit son mouchoir sur les yeux. Cette muette réponse fit tomber le malade dans une sombre rêverie. Abattu par ces deux coups portés dans des endroits si sensibles, la vie sociale et la santé, la perte de son état et la perspective de la mort, il s'affaissa tant, qu'il n'eut plus la force de se mettre en colère. Et il resta morne comme un poitrinaire après son agonie.

— Voyez-vous, dans l'intérêt de monsieur Schmucke, dit la Cibot en voyant sa victime tout à fait matée, vous feriez bien d'envoyer chercher le notaire du quartier, monsieur Trognon, un bien brave homme.

— Vous me parlez toujours de ce Trognon,. .. dit le malade.

— Ah ! ça m'est bien égal , lui ou un autre, pour ce que vous me donnerez !

Et elle hocha la tête en signe de mépris des richesses. Le silence se rétablit.

En ce moment, Schmucke, qui dormait depuis plus de six heures, réveillé par la faim, se leva , vint dans la chambre de Pons, et le contempla pendant quelques inslans sans mot dire, car madame Cibot s'était mis un doigt sur les lèvres, en faisant : — Chut.

Puis elle se leva, s approcha de l'Allemand pour lui parler à l'oreille, et lui dit : — Dieu merci ! le voilà qui va s'endormir, il est méchant comme un âne rouge!... Que voulezvous? il se défend contre la maladie...

— Non, je suis, au contraire, très palient, répondit la victime d un ton dolent qui accusait un effroyable abattement ; mais, mon cher Scb.mm.ke, elle est allée au théâtre me faire renvoyer...

Il lit une pause, il n'eut pas la force d'achever. La Cibot profita de cet intervalle j.our peindre par un signe à Schinucke l'état d'une tète d'où la raison déménage et dit : — Ne le contrariez pas, il mourrait...

— Et, reprit Pons eu regardant l'honnête Schmucke, elle prétend que c'est toi qui l'as envoyée...

— Ui, répondit Schmucke héroïquement, il h valluit. Dais-doil,.. laisse-nus de saufer\... C'esde tes bêdisses que te débuitscr àdrafailler quand duasein dréssor . Bédabhsdoi, nus finirons quelque pric-à-prac ed nus vinirons nos churs dranquilement tans tin goin, afec cède ponne monlam Zibod...

— Elle l'a perverlil répondit douloureusement Pons.

Le malade, ne voyant plus madame Cibot qui s'élait mise en arrière du lit pour pouvoir dérober à Pons les signes qu'elle faisait à Schmucke, la crut partie.

— Elle m'assassine, ajoula-t-il.

— Comment, je vous assassine?... dit-elle en se montrant l'œil enflammé, ses poings sur les hanches. Voilà donc la récompense d'un dévoûment du chien caniche... Dieu de Dieu!

Elle fondit en larmes, se laissa tomber sur un fauteuil, et ce mouvement tragique causa la plus funeste révolution à Pons.

— Eh bien! dit-elle en se relevant et montrant aux deux amis ces regards de femme haineuse qui lancent à la fois des coups de pistoiet et du venin, je suis lasse de ne. rien faire de bien ici en m'exlerminant 1« tempérament. Vous prendrez une garde I

Les deux amis se regardèrent effrayes.

— Oh ! quand vous vous regarderez comme des acteurs ? C'est diil Je vas prier le docteur Poulain de vous chercher une garde I Et nous allons faire nos comptes. Vous me rendra l'argent que j'ai mis ici... et que je ne vous aurais jamais redemandé... Moi qui suis allé chez monsieur Piilerault lui emprunter encore cinq cents francs. . .

— C'est ta malatiel dit Schmucke en se précipitant sur madame Cibot et l'embrassant par la taille, ayez te lt baditnee I . . .

— Veus, vous êtes un ange, que je baiserais la marque de vos pas, dit-elle. Mais monsieur Pons ne m'a jamais aimée , il m'a toujours z haïe!... D'ailleurs, il peut croire que je veux être mise sur son testament...

— Chit I fus alez le duer\ s'écria Schmucke.

— Adieu, monsieur ! vint-elledireà Pons, en le foudroyant par un regard. Pour le mal que je vous veux, portez-vous hieu. Quand vous serez aimable pourmoi, quand vous croirez que ce que je fais est bien fait , je re\ieiidrail Jusques-là je reste chez moi... Vous étiez mou enfant , depuis quand a-t-on vu les enfani se révolter contre leurs mères?.. Nou,

non, monsieur Schmucke, je ne veux rien entendre... Je vous apporterai voire dîner , je vous serv irai ; mais prenez une garde , demandez- en une à monsieur Poulain.

Et elle sortit eu fermant les portes avec tant de violence que les objets frêles et précieux tremblèrent. Le malade entendit un cliquetis de porcclaiue qui fut, dans sa torture, ee qu'était le coup de grâce dans le supplice de la rou-j.

Une heure après , la Cibot , au lieu d'entrer chez Pons, vint appeler S.hmuckc à travers la porte de la chambre à coucher , en lui disant que son dtaer l'attendait dans la salle à manger. Le pauvre Allemand y vint le visage blême et couvert de larmes.

— Mon paufre Pons exlrofuque , dit-il , gar il bredend que fus êdes ine scélerade. Cèdre ta malatie, dit-il pour attendrir la Cibot sans accuser Pons.

— Oh ! j'en ai assez de sa maladie ! Ecoutez, ce n'est ni mon père, ni mon mari, ni mon frère, ni mon enfant 11 ma pris en grippe, eh bien! en vola assez! Vous, voyez vous, je vous suivrais au bout du monde, mais quand on donne sa vie, son cœur, toutes ses économies, qu'on néglige son mari, que vil Cibot malade, et qu'on s'entend traiterde scélérate . c'est un peu trop fort de café, comme ça

— Gavé T

— Oui, cafél Laissons les paroles oiseuses. Venons au positive? Pour lors, vous me deves trois mois à cent quatrevingt-dix fraucs. ça fait cinq cent soixante-dix : plus le loyer que j'ai payé deux fois, que voilà les quittances, six cents francs avec le sou pour livre et vos impositions; donc. <!■ ze cents moins quelque chose, et enfin les deux mille francs, sans intérêt bien entendu ; au total , trois mille cent quatrevingt-douze franc*... Et pensez qu il va vous falloir au mo ns deux mille francs devant vous pour la garde, le médecin, les médicamens et la nourriture de la garde Voila pouiquoi j'empruntais mille francs à monsieur Piilerault, dit-elle en montrant le billet de mille francs donné par Gaudissard.

Schmucke écoutait ce compte dans une stupéfaction très concevable, car il était financier, comme les chats sont musiciens.

— Montam» Zibod, Bons n'a bas sa déde ! Bar tonne x- lui, gondinutz à le carter, resdex nodre Brofittnct ... che fus le tentante à chenux.

Et l'Allemand se prosterna devant la Cibot en baisant les mains de ce bourreau.

— Ecoutez, mon bon chat, dit-elle en relevant Schmucke et l'embrassant sur le front, voilà Cibot malade, il est au lit, je viens d'envoyer chercher le docteur Poulain Dans i constances-là, je dois mettre mes affaires en ordre. D ailleurs, Cibot qui m'a vu revenir en larmes, est tombe dan» une fureur telle, qu'il ne veut plus qae je remette les pieds ici... C'est lui qui exige son argent, et G est le sien, voyezvous. Nous autres femmes nous ne pouvons rien à cela Mais en lui rendant son argent, à cet homme, ces tro s mille deux cents francs, ça le calmera peut-être C est toute sa fortune à ce pauvre homme, ses économie» de viugl-six

DE BALZAC

ans de ménage, le fruit de ses sueurs. Il lui faut son argent demain, il n'y a pas k loitilier... Vous ne connai.-srz pas Cibot : quand il est en colèie, il tuerait un homme. Eh bien! je pourrais peut-être obtenir de lui de continuer à vous soigner tous deux. Soyez tranquille, je me laisserai dire tout ce qui lui passera par la tête. Jesouffrirai ce martyre-là pour l'amour de vous, qui êtes un ange...

— Non, che suis ein paufre home, qui èmt son ami, qui tonnera- 1 sa fie pour hsaufer...

— Mais de l'argent?... Mon bon monsieir Schmueke, une supposition, vous ne me donneiiez rien, qu'il faut trouver trois mille francs pour vos besoins ! Ma foi, savez-vous ce que je ferais à votre place. Je n en ferais ni un ni deux, je vendrais sept ou huit médians tableaux et je les remplacerais par qiK-lqucs-uns de ceux qui sont dans votre chanabre , reiourtéi contre le mur, faute de place! car un tableau ou un aufle, qu'est-ce que ça fait!

— Et bout quoi ?

— Il est si malicieux ! c'est sa maladie , car en santé c'est ua mouton ! 11 est capable de se lever, de fureter ; et, si par hasard il venait dans le salon , quoiqu'il soit si faible qu'il ne pourra plus passer le seuil de sa poite, il trouverait toujours son nombre!...

— C est chiste 1

— Mais nous lui dirons la vente quand il sera tout à fait bien. Si vous voulez lui avouer cette vente, vous rejetterez tout sur moi, sur la nécessité de me payer. Allez, j'ai bon dos...

— Glu ne buis bas diiboser de choses qui ne rnalbardiennent bas... répondit simplement le bon Allemand.

— Eh bien ! je vais vous assigner en justice, vous et monsieur Pons.

— Ce serais le duer...

— Choisissez!... Mon Dieu! vendez les tableaux, et ditesle lui après... vous lui montrerez l'assignation...

— Eh pien azienez-nus ..çà sera mon egacusie... che lui mondrerai li chvehemend...

Le jour, à sept heures, madame Ciiot q:;i était allée consulter un huissier, appela Schmueke. L'Allemand se vit en présence de monsieur Tabareau.qui le somma de payer; et, sur la îéjionsc que fil Schmueke eu tremblant de la têie aux pieds, il fut assigné lui et Pons devant le. tribunal pour s'y voir condamner au paiement. L'aspect de cet homme, le papier timbré griffonne produisirent un tel effet sur EMnAcke, qui! ne résista plus.

— l'entez les dableaux, dit-il, les larmes aux yeux.

Le lendemain matin, à «n heures du malin, Elie Magus (t Rémonencq dé crochèxeat chacun leurs tableaux.

Deux quittances de deux mille cinq cents francs furent ainsi laites parfaitement en reg'e. .

« Je soussigné, me portant Tort pour monsieur Pons, reconnais avoir reçti do monsieur Elie Magus la somme de deox inilie cinq cents francs pour quatre tableaux que je lui ai vendus, ladite somme devant être employée aux besoins de

monsieur Pons. L'un de ces tableaux, attribué à Durer, es4 un portrait de femme; le second, de l'école italienne, est également un portrait; le troisième est un paysage hollandais deBreughle; le quatrième, un tableau florentin représentant une Sainte Famille, et dont le maîire est inconnu. » La quittance donnée par Rémonencq était dans les mêmes termes, et comprenait un Grenze, nn Claude Lorrain, un Rubens et un Van Dyck, déguisés sous les noms de tableaux de l'Ecole française et de l'Ecole flamande.

— Ced archant me verait groire que ces p-: inporions fahnt quelque chose. . . dit Schmueke eu recevant les cinq mille francs.

— Ça vaut quelque chose , dit Rémonencr. Je donnerais bien cent mille francs de tout cela.

L'Auvergnat prié ds rendre ce petit service, remplaça les huit tableaux par des tableaux de même dimension, dans les mêmes caJres, en choisissant parmi des tableaux inférieurs que Pons avait mis dans la chambre de Schmueke.

Elie Magus, une fois en possession des quatre chefs-d'œuvre, emmena la Cibot chez lui , sous prétexte de faire leurs comptes. Mais il chanta misère , il trouva des défauts aux toiles, il fallait rentoiler, et il offrit à la Cibot trente mille francs peur sa commission, il les lui lit accepter en lui montrant bs papiers élincelens où la Banque a gravé le mot mille francs I Magus condamna Rémonencq à donner pareille somme à la Cibot, en la lui prêtant sur les quatre tableaux qu'il se fit déposer. Les quatre tableaux de Remore.-.cq parurent si magnifiques à Magus, qu'il m put se décider à les rendre, cl le lendemain il apporta six mille francs de bénéfice au brocanteur, qui lui céda les quatre toiles par faclme.

Madame Cibot, riche de soixante-huit mille francs, réclama de nouveau le secret le plus profond de ses deux complices, elle pria le Juif de lui dire comment p'acer cette scmnic de mauièrs à ce que personne ne put la savoir en sa possession.

— Achetez des actions du chemin de fer d'Orléans , elles sont à trente francs au-des ojs du pair , votts doublerez vos fonds en trois ans, et vous aurez des chiffons de papier qui tiendront dans un portefeuille.

— Restez ici, monsieur Magus. je vais chez l'homme d'affaires de la famille de monsieur Pons , il veut savoir à quel prix vous prendriez tout le bataclan delà haut... je vais vous l'aller chercher...

— Si elle était veuve 1 dit Rémonencq à Magus, ça serait bien mon affaire, car la voilà riche...

— Surtout sic'.lj place son argentsur le chemin d'Orléans; dans deux ans, cescradojblé. J'y ai placé mes pauvres petites érononves, dit le Juif, c'est la dot de ma fille... Allons fa're un petit tour sur le boulevard en attendant l'avocat ..

— Si Dieu voulait appeler à lui ce C.iLot, qui est bien malade déjà, reprit Ré. conencq, j'aurais une tiere femme pour leûir un magasin, et je pourrais entreprendre le commerce eu grand...

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