‹ Histoire des parens pauvresChapitre 82 sur 111 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le mariage dont il était question pour Mlle de Chabourot n'était point un mariage de convenance dans l'acception la pljis ordinaire et la plus étendue de ce mot. Il est bien vrai de dire que les avantages sociaux dont M. de Freneuse se présentait entouré, avaient été une raison déterminante pour qu'il fût accueilli avec empressement ; mais un mérite intrinsèque, et justifiant assez bien les éloges que nous venons d'entendre faire de sa personne, le rendait un parti véritablement fort désirable, et qu'une jeune fille devait accepter avec un sentiment tout autre que celui de la résignation.

Aussi, quelles que fussent les secrètes répugnances déposées dans le cœur de Thérèse par certains faits antérieurs, qui, déjà indiqués, seront plus complètement expliques, elle fut la première à comprendre qu'elle se ferait une position difficile, et, extérieurement au moins, très peu digne d'intérêt , en refusant de donner les mains aux airau^e-

niens déjà pris, quoique sans sa participation. Le lendemain donc , quand il s'agit avre M. de Freneuse de cette sotte et ridicule formalité; néanmoins nécessaire, qu'on appelle h première entrevue, Mme de Chabourot trouva sa lille à peu de chose près, dans la disposition où elle dés la voir, l'air de languissante tristesse epandu sur touie sa personne, pouvant passer pour cette reserve de bon goût qu'apporte toujours une lille bien élevée dans les rencontres pareilles à celle qui se préparait

Suivant -m menace ou sa promesse, comme on voudra rappeler, Mine de Janvry arriva sur les deux heures à l'hôiel Chabourot, accompagnée de M de r'rcncuse Nous ferons grâce à nos lecteurs des propos quasiment stéréotypés qui furent tenus lors de celle sorte d'échanges de ratilicatioos matrimoniales. I ne chose pourtant digne de remarque lui uueparoledeM.de Freneuse qui, après a\or été assuré

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par Thérèse même, d'un timide consentement, la pria néanmoins de prendre tout le temps qu'elle voudrait, pour se conlirmer dans sa détermination ou pour s'en dédire dans \i cas où les soùas qu'il était admis à lui rendre ce lui seraient pas agréables. Peut-être de la partd'rjï soupirant posé pour voir en tous lieux ses empressemens bien accueillis, y avait-il dans celte humble altitude un fond de fatuité assez transparente. Nous n'en croyons rien cependant : celui qui pariait ainsi était un homme joignant à un certain sérieux dans le caractère une arae aimante et délicate, très capable de comprendre la différence pour un cœur qui se donne, entre vouloir et consentir; cl c'est, ce semble, de très bonne foi qu'il faisait à sa iiancée crédit d'elle-même, jusqu'au moment où un autre sentiment que celui de l'obéissance filiale la déciderait à 1 accepter pour mari. C'est, du reste, en ce sens que son intention fut interprétée par Mile de Chabourot , qui lui sut un gré infini de cette discrète patience ; quanta Mme de Janvry, qui était une petite femme fort pétulante, ayant pris démesurément feu sur ce mariage, eile ne faisait nul état de tout ce délai qui lui paraissait le plus ridicule du monde, et elle affecta:!., au contraire, de n'appeler Thérèse que sa nièce, comme si la bénédiction nuptiale eût été déjà donnée aux époux. Au?si ne mettait-elle point de terme à sa visite, quoique déjà elle eût dit à deux ou trois reprises qu'elle était attendue à une assemblée de charité, lorsqu'un accident, très peu notable en apparence, la décida enfin a lever la séance et à se retirer.

Un domestique entra et parla bas à l'oreille de Mme de Chabourot.

— I! fallait dire que je suis en affaires, répondit-elle tout haut.

— C'est ce que j'ai fait, Madame, repartit le domestique ; mais il dit avoir absolument à vous parler.

— Majs quel homme est-ce ? fit la baronne avec impatience, est-ce quelqu'un du monde, ou bien un fournisseur qui apporte sa note, vous me dérangeriez pour un marchand de cirage, s'il en venait un ici pour m'offrir ses services.

— Il n'a pas l'air distingué, reprit le domestique, mais il est assez bien couvert.

— Allez lui demander son nom et ce qu'il me veut, fit Mme de Chabourot pour conclure.

Cependant Mme de Janvry s'était levée et avait pris congé; elle sortit avec M. de Freneuse, M. de Chabourot les leconduisant.

Dans l'intervalle , le domestique rentra et vint dire à sa maîtresse que le Monsieur en question ne voulait point dire le but de sa visite, et qu'il s'appelait Cousinot.

— Cousinot, reprit la baronne "vec une accentuation dédaigneuse qui faisait admirablement ressortir l'allure roturière de ce nom, je ne connais pas M. Cousinot. C est quelque mendiant ou quelque aventurier, comme il nous en vient sans cesse, ajouta-t-el le de manière à cire entendue de laide-major, qui s'était approché de la porte de l'appartement laissée entrouverte par le domestique — S il a quelque chose à me dire, qu'il l'écrive. Et en même temps, elle passa dans sa chambre à coucher, où l'on venait de l'avertir que sa couturière l'altendail.

CHâPIT&E M.

Le soir du même jour, Mme de Chabourot fut dans lr> monde, et l'on remarqua qu'elle s'y montrait d'une gaîlé charmanie, la bonne tournure que prenait le mariage de sa fille lui mellaot le contentement au cœur. Comme elle rentrait, on lui remit une lettre exhalant une forte odeur de pipe! et qu'à la manière seule dont elle était pliée, on pouvait reconnaître çoar ne point, venir d'une personne au fait des habitudes ds la vie élégante. L'ayant ouverte avec dégoût et du bout des doigts, elle y lut ce qui suit : « Madame la baronne,

» C'est peut-être possible que je sois un aventurier ou un mendiant, mais vous, vous êtes une voleuse, je le prouverai quand vous le voudrez, pièces en mains, pièce* en mains, eulendez-\ous, à vous et à votre mari.

.1 ai l'honneur d'être, avec respect, Madame la baronne,

. Notre très humble et très obiissaul serviteur,

» J.-F. Cousinot,

» Chiiurgien aidc-majnr d'infanterie, rue Nc'jve-Sainl-Etiennc, holcl du Cantal. »

Les termes de l'étrange épître ci -dessus soulèvent trop rudement un coin du voile jeté jusqu'à présent sur la marche de notre récit, pour que nous n'achevions pas de le déchirer, et que nous marchandions à nos lecteurs le reste du secret qui trop long-temps peut-être a mis à une dure épreuve leur curiosité.

Si l'on a bien voulu prêter quelque attention aux faits précédemment accomplis, on se rappellera que, lors du décès de Leduc, Mme Bouvard avoua à Mme de Chabourot qu'elle avait quitté pendant cinq bonnes inimités le malade. Or, dans de certaines occasions solennelles, c'est un siècle que cinq bonnes minutes; on peut, du reste, juger de la valeur de cette remarque par ce qui se passa entre Cousinot et le moribond, durant la courte absence que fit la maîtresse de pension.

Aussitôt qu'ils furent seuls : — Ce prêtre viendra trop tard, se dit avec angoisse le vieux domestique, voulez-vous me rendre un service, Monsieur le docteur?

— Assurément, reprit Cousinot.

CHARLES RAEOLï. - LE CAPITAINE LAMBERT.

— C'est un dépôt que je veux faire entre vos mains, pour l'adresser à quelqu'un.

— Je m'en chargerai volontiers

— Tirez, je vous prie, la commode qui est !à en face de mon li'.

Cousinot tira la commode.

— Voyez, conliuna Laduc d'une voix brève et entrecoupée, le carreau sur lequel pose ic pied de derrière, à droite, vers le mur ; trouvez-vous ?

— Oui, fit l'aide-raajor, un carreau descellé?

— Levez le carreau.

La chose fut facile à Cousinot, la brique présentant assez de relief pour offrir de la prise.

— Voyez-vous dessous un paquet cacheté?

— Le voilà, dit Cousinot, mettant entre les mains du vieillard une enveloppe qui paraissait renfermer plusieurs papiers.

— Voulez-vous replacer la commode et le carreau, que Mme Bouvard ne voie rien?

Cousinot remit en place le carreau et la commode.

— Vous lisez bien l'adresse ?

— Très bien. Monsieur Charles Villeneuve, soldat au 2e régiment d infnntcrie de marine, à la Martinique.

— Eh bien! dit le moribond en faisant les derniers efforts pour contrnuer, vous vous chargez de remettre?... Une put achever, une convulsion le prit et il expira.

Fidèle exécuteur du mandat qu'il avait accepté, Cousinot ne parla de rien à Mme Bouvard, et s'occupa immédiatement de faire parvenir au destinataire le paquet qu'il avait reçu. Mais, ne voulant adresser que par une voie sûre des papiers qu'il devait supposer d'une grande importance, vu l'étrangeté des circonstances dans lesquelles il lui avait été remis, il se rendit au ministère de la marine pour aviser au moyen d'envoi le plus convenable.

Là on lui apprit qu'il pouvait s'ôtei le souci de sa mission. Le nommé Villeneuve était mort plusieurs mois avant de la lièvre jaune; un extrait mortuaire arrivé de. la colonie seulement depuis quelques jours, constatait ce décès, dont Leduc n'avait point été avisé.

Cousinot avait alors demandé si l'on connaissait au défunt des parens. Aucuns, lui avait-on répondu; son extrait mortuaire, comme son engagement militaire, portait : né de père et mère inconnus. Cousinot se trouvant de fait héritier du dépôt qu'il avait reçu, n'avait vu aucun inconvénient à ouvrir le paquet; loin de là, sa curiosité avait arrangé qu'il y trouverait peut-être l'indication de gens que son contenu pourrait intéresser et auxquels il les remettrait.

Sous l'enveloppe étaient recelés :

{' Un testament écrit en entier de la main d'un sieur Du Crouy, propriétaire à Bourbon-rArchamb;.ult; ledit testament daté du mois de juin 1817.

2° Une lettre d'une écriture de femme.

3° Un volumineux factum de Leduc.

De ce fac'um de Leduc est des autres pièces soigneusement étudiées résultait l'ensemble de faits suivant :

En juin 1817, le sieur Du Crouy 'était décédé, laissant une fortune assez considérable; il avait fait sou testament au profit du jeune Charles Villeneuve, son fils naturel, mais qu'il avait eu so'*\ Ce ne pas reconnaître, parce qu'un enfant naturel dont on connaît le père ne peut recevoir de celui-ci, même par testament, qu'une part proportionnelle de sa fortune; au contraire, l'enfant nature! non reconnu est légalement un étranger en faveur duquel l'anonyme auteur de ses jour* peut disposer en toute liberté.

Le sieur Du Crouy avait une sœur qui avait épousé M. de Chabourot. Sachant depuis long-temps qu'elle devait être déshéritée au proGt de Charles Villeneuve, elle avait circonvenu Leduc, domestique de son frère, qui, à son instigation, aussitôt après la mort de sou frère, avait dérobé le testament.

Toutefois, ce n'était pas sans stipuler qoelques conditions en faveur de celui que l'on dépouillait, que Leduc avait consenti à stipuler cette spoliation.

Il avait été convenu que Mme de Chabourot se chargerait de l'éducation du jeune Charles, et que. plus tard, elle lu j ferait épouser sa fille, ce qui serait une manière indirecte de restitution.

Les premiers eDgagemcns avaient été tenus. Mme de Chabourot avait placé Charles Villeneuve dans un collège, disant à qui voulait l'entendre qu'elle n'ignorait pas que ce pauvre petit était né de son frère, et qu'elle devait à la mémoire de celui-ci de ne pas abandonner sou liis. On comprend le succès qu'avaient obtenus dans le monde ces louables sentimens et cette officieuse charité.

Mais le temps du collège ne dura pas toujours; à dix- huit ans, le jeune Charles, qu'on y avait tenu aussi tard que possible, avait dû en sortir, et Leduc, qui exerçait dans la maison Chabourot, où il était devenu une manière d'intendant, l'influence que l'on peut bien supposer, avait exigé, en vue de son projet favori de mariage, que le jeune Antony fût installé en qualité de secrétaire auprès du baron.

On ne sache pas qu'entre deux jeunes gens le cousinage naturel soit moins que le cousinage légitime, une disposition à s'éprendre d'amour. Aussi Thérèse de Chabourot et Charles Villeneuve, le bon Leduc d'ailleurs les encourageant sous main, n'avaient pas tardé à se sentir entraînes l'un ur.l'autre, la plus irréprochable pureté présidant d'ailleurs à cet entraînement.

Au fond Mme de Chabourot n'avait jamais pense sérieusement à unir ces enfaus : non-seulement elle n'aurait pu tolérer de donner sa fille à an bâtard, mais elle rêvait pour cette chère enfant . coaime elle disait, les étaflissemens les plus grandioses : l'indemnité des émigrés qui était venue doubler sa fortune lui pcrmcltînt. en effet, déporter haut ses prétention».

La présence de Charles Villeneuve dans tanju vaut compromettre ses projets, la baronne avait profilé du-

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ce absence de Leduc,* son p.-atecteiir, pour en finir violemment' avec ce jeune homme : faisant semblant de s'apercevoir tout à coup 'de l'attachement, qîi'il portait à safiile, un beau jour elle avait parlé de projets insensés, d'hospitalité violée,-de bienfaits indignement méconnus, et avait exigé que son mari bannît l'audacieux jeune homme de sa présence.

A. son retour,' Leduc s'était montré horriblement bhissé de cette exécution; il tenait plus qu'on ne peut dire à son projet de mariage, l'espérance de cette réparation lui ayant servi jusque-là à imposer sile.iee aux reproches de sa conscience. Comme, il avait jugé prudent de ne pas détruire le testament supprimé, et de ne;p;is s'en dessaisir, non plus qued'unelettredeMmedeChabourot, qui établissait la complicité de celle-ci dans le crime, il restait, malgré l'humi lité de sa condition, un personnage fort à ménager, et il au rail ramené en triomphe dans la maison le jeune Charles, si le bouillant jeune homme, dans son désespoir, n'avait pris avant son retour le parti de^ s'engager dans un régiment prêt à partir pour les colonies'où cous avonsTvu plus tard sa triste lin. .

C'est à. la suite du. coup d'état osé par Mme de Chalourot que Leduc s'était retire chez Mme Bouvard. Il avait d'abord parlé de se remettre "lui et ses preuves, entre les mains de la justice ; mais naturellement il avait hésité; et à cause d<i lui-même, et à cause de Mlle de Chabourb't, qu'il regardait toujours comme la fiancée de Charles et dont il ne voulait pas compromettre le nom. Toutefois, pour bien marquera violence de son ressentiment, il avait quitté la maison d'js'ès nobles complices ; et , bourrelé de plus en plus par se,s remords, s'était jeté dans la haute dévotion.

Cette retraite avait prodigieusement inquiété la baronne ; elle craignait toujours que quelque influence étrangère ne vînt s'établir à son préjudice auprès du rancuneux vieillard; elle craignait aussi qu'une mort subite, dont il semblait qu'elle avait le pressentiment, ne mil brusquement en lumière les preuves du crirac commis à son profit , 'Leduc, comme elle le savait, portant toujours ces preuves^avec lui, de peur qu'on ne les lui dérobât. De là ces visites et ces soins, si réguliers qu'elle lui rendait, et auxquels elle exigeait'quc son mari s'asscciàt de loin en loin; de là cette sollicitude à être informée des moindres indispositions du vieux pensionnaire ; toutes choses dent, à juste raison, Mme Bouvard avait été si prolondement intriguée.

Après des jwrkmeMagcs infinis (c'était en ces sortes d'occasions que Leduc s'exaspérait contre la baronne au,' point que nous avons dit. il s'était bien aperçu.que la résolution de la chère dame était inébranlable, et. que jamais elle ne céderait sur le mariage de Charles avec sa fille; lui aussi alors avait pris son parti ; il s'était décidé à tout révéler an soldai de marine; et. ne ménageant plus rien, il se disposait à lai faire passer à la Martinique le paquet dont fut chargé Ccusinot. quand la mort le surprit dans ce projet.

On a vu l'ardeur de la baronne à venir s'emparer du sachet dans lequel, à sa connaissance, Leduc serrait les pré-

cieux papiers par lesquels il la dominait; le vieux renard avait même soin, parfois, tant ils jouaient serré entre eux, de lui laisser entrevoir ce sachet, afin qu'elle ne pût prendre aucun soupçondé l'autre cachette.

, Mais ce qu'on n'a pas vu? c'est le désespoir de la pauvre femme, lorsqu'après avoir si subtilement dérobé l'objet de son ardente convoitise, elle n avait trouvé pour tout contenu, qu'une feuille de papier blanc.

Elle avait aussitôt dépêché son mari pour qu'il se fit ouvrir d'autorité les meubles et les armoires par Mme Bouvard et y cherchât les pièces égarées qu'ils avaient tant à cœur de recouvrer. — Quelle laute, s'était-elle écriée , d'avoir moi-même ôté les clés; mais pouvâis-je faire autrement, devais-je prévoir que ce vieux misérable.. .. N'importe, Monsieur de Chabourot, allez y, vous imposerez plus que moi à cette hôtesse ; le moment est décisif, brusquez tout, faites enfoncer lès portes au besoin, il faut de toute nécessité retrouver ces papiers. »

Assez accoutumé à obéir à sa femme dont on a vu le caractère entier et la souveraine résolution, M. de Chabourot était parti, mais les instructionsde la baronne n'allaientpas jusqu'à commettre un bris de scellé. S'étant heurté à cet obstacle, le baron s'était immédiatement rendu chez le juge de paix pour lui dire qu'en un coin de l'appartement de Leduc, devaient se trouver des pièces à lui appartenant , dont il demandait, aussitôt la levée des scellés , qu'on lui fit la restitution. Le magistrat l'avait d'abord calmé sur ce po nt; mais autre raison de se tranquilliser: il lui affirma avoir fait, selon la prescription delà loi, la recherche du testament dans la chambre mortuaire, et n'avoir trouvé aucune espèce de papiers pouvant avoir quelque importance.

Cette affirmation n'était cependant rassurante que relativement, Leduc ayant fort bien pu faire sou dépôt chez un notaire, pour ce dépôt être ouvert après son décès.

Bien de pareil ne s'etant produit, ai bout de quelques jo trs, les époux Chabourot avaient cessé d'avoir souci de ce côté . mais ils se figurèrent alors qu'envoi avait pu être fait à Charles Villeneuve, de ce qu'ils avaient tant à cœur qu'il ignorât. Totefois, cette crainte avait été bien diminuée par la nouvelle de la mort de ce j^unc homme, parvenue , comme nous l'avons vu, à Paris très peu de temps après le décès de Leduc. Pour leur compte , les Chabourot avaient été instruits de la fin de Charles au moyen d'une lettre adressée par celui ci à Thérèse, de son lit de mort. Celle lettre , soit dit eu passant, avaient été interceptée par Mme de Chabourot, qui avait décidément la manie des suppreisions , et sa fille n'avait su que le l'ait brut sans le tendre ctdouloureuxcommentaire dont il arrivait accompagné pour elle.

Par tout ce que dessus, or. voit que le baron et la baronne de Chabourot était loin d'avoir conquis une parfaite sécurité, ct'cette torture du dou'e leur constituait déjà un assez cruel châtiment du crime, qu'ils avaient commis de complicité avec Leduc, la femme le conseillant, et le mari, qui était un

CHARLES RABOU. — LE CAPITAINE LAMBERT

homme sans volonté, laissant faire et ne s'opposant pas.

La vie, au reste, étant pleine de ces positions sans issue dans lesquelles on s'acclimate insensiblement, de même que l'on se résigne à vivre avec une maladie chronique , ces pauvres gens s'étaient blasés au bout de quelques semaines sur le plus aigu de leurs sollicitudes, et ils avaient remis à trois mois, délai légal pour la levée du scellé de Leduc, le souci des découvertes que celte formalité pourrait amener.

Mais, sur ces entrefaites , M. de Freneuse s'étant offert à eux pour gendre, admirable en toutes choses de délicatesse, Mme de Chabourot n'en avait eu que plus d'ardeur et d'em-

pressement a conclure rapidement avec lui, de mani ic à ce que sa fille fût bien et irrévocablement établie, avant que la possibilité de quelque fâcheuse révélation ne vînt rendre son alliance moins désirable.

Toutes ces choses dites et connues, le passé cous paraît être apuré d'une manière satisfaisante, et nous ne laissais rien derrière nous que nous sachions qui ait besoin d'être plus complètement éclairci. Nous allons donc reprendre tranquillement le cours de notre narration, et en revenir à la lettre ferme, mais respectueuse, de notre intéressant ami Cousinot.

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