‹ Histoire des parens pauvresChapitre 90 sur 111 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Nous ne ferons pas l'injure à nos lecteurs de leur expliquer la génération mystérieuse de la scène que nous venons de raconter. Ils ont compris de reste que le coup partait de la main de Cousinot.

Instruit à point de la réunion qui avait lieu à l'hôtel Chabourot et de son but, il avait trouvé le cas assez grave pour encourir, en vue d'y aviser, les conséquences d'une sortie de contrebande. Ayant eu soin de faire boire largement le planton de garde à la porte de sa chambre, vêtu des habits du capitaine Lambert, qui s'était couché dans son lit, à sa place, et avait fait ainsi le rôle d'une espèce d'épouse de Grolius ou de dame Lavalette, il s'était rendu rue de Varennes, avait demandé à parlera M. de Chabourot, dont il avait pensé avoir meilleur marché que de sa femme, et alors , mettant sous ses yeux les papiers émanés de Leduc, et que, pour cette grande occasion, il avait tirés de leur secret asile, il avait menacé, si l'on passait outre à la signature du contrat, de pénétrer jusqu'au salon , et là, devant la brillante assemblée qui s'y trouvait réunie, de tout révéler. A moins de se jeter sur les titres que ce terrible adversaire lui produisait et de le poignarder, M. de Chabourot n'avait qu'à obéir et à exécuter ses volontés. Or, les moyens violens n'étaient ni selon son caractère ni se'on la prudence, il avait dû faire ce que nous venons de voir ; et Mme de Chabourot elle-même, quand les choses lui furent racontées, fut obligée de convenir, malgré l'exaltation de sa colère, qu'on n'avait guère pu procéder autrement.

Cependant un mal immense était fait : non-seulement le mariage de M. de Frêneuse était rompu, mais par suite du scandale au milieu duquel avait eu lieu cette rupture, il était impossible aux victimes de la violeute démarche de Cousinot de calculer la déconsidération et les suspicions varices c

bizarres auxquelles elle allait les livrer. Aussi un découragement profond parut il prêt à s emparer de Mme de Chabourot. Il ne tint à rien dans le premier moment que. se rangeant à l'avis de son mari qui, incessamment frappé de l'idée d'un dénouement funeste, avait toujours incline à tous les sacrifices pour arranger cette odieuse affaire, elle ne se remît à la discrétion de leur dangereux adversaire et qu'elle ne consentît à expérimenter cette problématique modération, dont il avait pris l'engagement, pour le cas où l'on voudrait traiter à l'amiable de tes prétentions. Mais à supposer même qu'on se décidât dans ce sens, restait toujours une question difficile, à savoir celle de l'altitude que l'on gardei ait sous les regards et sous les commentaires d'un monde curieux et médisant qui allait prendre en pâture le cruel événement de la soirée.

A moins de déclarer à 1 instant même le choix du mari si compromettant auquel était exposée Thérèse, ce que Cousinot lui-même ne demandait pas puisqu'il continuait à n'exiger que condilionncllement le consentement paternel qu il subordonnait aux scutmiens que la jeune tille prendrait pour lui, il fallait trouver une explication moins expresse et provisoire en quelque sorte à la brusque depossessien de M de Frêneuse. Apres avoir long-temps cherché, on s'arrêta à un avis mitoyen qui avait ouverture à la fois sur l'avenir et sur le présent.

Les rôles furent partagés : il fut convenu que Mme de Chabourot ne modifierait pas sa position ; qu'elle pers 'à paraître vouloir le gendre qu'elle avait d'abord choisi, et que son mari seul passerait pour avoir change d'u motif de ce changement, il n'était pas nécessaire de le déterminer, séance tenante : ce serait jusqu'à nouvel ordre une du ces values raisons dont on se reserve à un moment donne

BIBLIOTHÈQUE CHOISIE DO CONSTITUTIONNEL

de révéler la poitée précise, et qu'en allenciant on fait considérable par !e secret même dont en l'enleuie. Si plus tard on parvenait à conjurer les exigences de 1 officier de sanlé, alois Mme de Chabourot, qui n- aurait jamais abandonne le parti de M de Freneuse, passerait pour avoir triomphé de la résistance de son mari, et tout pourrait se renouer; si au contraire on devait arriver à subir la dure extrémité de l'alliance Cousinot, à ce moment, M. de Chabourot révélerait la cause restée inconnue qui aurait milité en faveur de ce choix et qui ne serait pes absolument difficile à inventer. Dans cette combinaison se rencontrait seulement une nuance bien invraisemblable eu égard aux habitudes connues de l'existence des deux époux ; c'est que M. de Chabourot serait censé, par la force de sa volonté, avoir paraisse la volonté de sa femme, c'est qu'une fois il aurait fait selon sa prudence cl son plaisir, et que Mme de Chabourot se serait soumise. Après tout eapendant, le succès d'une insurrection maritale n'est >;oint un fait absolument auormal et dont quelque exemple soit impossible à trouver.

Toutefois, durant la nuit qui suivit. Mme de Chabourot, d'abord abattue sous le coup qui l'avait frappée, reprit un

peu de. c^tte énergie et de cette résolution opiniâtre don nous l'avons vue déjà donner plus d'une preuve; réflexion faite, la détermination prudente de sen mari lui parut empreinte d'une hâ e excessive à courir couardement au àivant de la pire chance qui leur fût réservée. Après avoir tenu conseil avec le pauvre homme, elle tint conseil seule à seule avec son amour-propre, avec l'orgueil de sa naissance, et elle trouva dans les excitations de ces éternels mobiles de toutes ses actions, le courage de continuer la lutte, ne lùt-cc que pour quelque temps encore, et sauf à se rendre à discrétion lorsqu'elle aurait un peu plus longuement combattu. Elle fut d'ailleurs d'autant plus facilement entraînée à cette nouvelle prise d'armes, qu'elle s'aperçut pouvoir la pratiquer sans que presque rien fût changé au plan de campagne qui veiiaii d'être réglé : ce fut, à ce qu'il lui sembla, un simple chapitre qu'elle ajoutait au budget p.éeédemment arrêté de leurs voies et moyens. Aussi ne jugea- t-elle pas même convenable d entretenir son mari de cette détermination nouvelle à laquelle ii n'eût pas manqué, à son ordinaire, de faire mille objections et de trouver raille périls L'exécution pouvait être immédiate, elle y suffisait seule; elle résolut donc d'y procéder sans aucun ajournement.

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