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III. Le type de notre locution française c'est le grec

IV. Le participe déponent pourrait bien avoir communiqué au participe français son double caractère actif et passif.

V. On a peut-être confondu avec le supin le participe passé neutre ; et alors on lui aurait attribué à tort le sens actif.

La première hypothèse est vraie; mais l'auteur n'affirme

ni ne prouve rien : c'est de la divination, ce n'est pas de la science.

Nous répondons à la seconde que, si le supin avait dû jouer un rôle dans la syntaxe de nos participes passés, il eût joué ce rôle à l'époque où le français se distinguait à peine du latin. Or, à cette première époque, l'accord a lieu avec le complément direct et c'est à mesure qu'on s'en éloigne que les exceptions deviennent moins rares. Le supin n'est pour rien dans la syntaxe de nos participes. D'un autre côté, on explique l'emploi à la forme invariable du participe passé par le passé de l'infinitif, qui n'existe point en français. Nos pères ont dit : habere amatam patriam, avoir aimée la patrie, absolument comme ils disaient habeo amatam patriam, j'ai aimée la patrie. Cette explication d'un participe passé par un autre participe passé n'explique donc rien. On nous dit encore en changeant les termes : le participe passé est quelquefois U7i nom et reste invariable ; il est quelquefois un adjectif et devient variable. C'est toujours la règle de position. On ne l'explique pas, on l'énonce.

L'histoire de notre langue ne permet pas de prendre au sérieux la troisième hypothèse, à moins d'en appeler une autre à son secours et d'admettre que les Croisés rapportèrent d'Orient la forme invariable du participe.

La quatrième hypothèse tombe devant ce fait que le verbe déponent n'existait plus à l'époque de formation de la langue française.

La cinquième rentre dans la seconde. Nous la repoussons pour les mêmes raisons.

C'est dans l'histoire de la langue qu'il faut chercher la solution du problème. La vérité est au bout de ce long chemin.

Le participe passé construit avec le verbe habere, avoir, servait déjà chez les latins de l'époque classique à exprime i", comme en français, une action passée, avec cette dilférence que cette construction ne s'employait pas pour énoncer simplement un acte accompli, mais pour exprimer la durée et la permanence de son etfet. On trouve dans Cicéron

[De amie, 52) : homines deliciis diffluentes nec usu nec ratione amicitiam habent cognitam, les hommes plongés dans la mollesse n'ont connu de l'amitié ni la pratique ni la théorie.

Cette construction, fréquente dans César, se rencontre à chaque page dans le latin des Capitulaires et souvent avec la signification qu'elle a aujourd'hui (Baluze., ann. 862, titre XXXV, 1) : qualiter autem ea, quœ mihipromisit, ille erga me observata habeat, non solum ego, sed et plures alii sciunt. Plusieurs personnes savent aussi bien que moi comment il a tenu la parole qu'il m'avait donnée.

La phrase de Cicéron est susceptible de nombreuses combinaisons de mots. Le français, moins indifférent à la place des mots, ne garde guère que quatre de ces combinaisons. Nous les donnons ici avec la traduction d'après la syntaxe du xii* siècle.

1° habeo amicitiam cognitam = j'ai l'amitié conue.

2° amicitiam habeo cognitam = amitié ai conue.

3" cognitam habeo amicitiam = conue ai l'amitié.

4° habeo cognitam amicitiam = j'ai conue l'amitié.

A ces constructions il faut ajouter celle qui résulte de l'emploi du pronom relatif : amicitia quam habeo cognitam, l'amitié que j'ai comie, etc.

Nous allons étabhr par des exemples l'existence de ces constructions.

1° La première est très usitée dans le vieux et le moyen français. L'accord y est de règle, et cette règle n'est jamais violée.

Cham. de RoL, 441, éd. L. Gaut.:

Li reis Marsilies ad la culur muée.

De son algier ad la hanste crollée.

Job, p. 448 : Quant il aront del sacrifise la peal osteie, si trancherunt les membres.

Rois, 16 : Cume cil out l'arche numée, Hely envers chaï.

Ibid., 49 : Mis pères ad la terre trublée et la victoire disturbée.

DooN DE Maience, 28 :

Qui out de sarrazims la torro délivrée Et la loy Jhesu (Irist créue et alevée.

Villon, épitaphe :

Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavez.

Rabel., I, 31 : Toutefois, aviez toy et tes pères une amitié avecques lui et tous ses ancêtres conclue.

Id., III, 24 : Long temps ha qu'avons ensemble vous et moi foy et amitié jurée par Jupiter.

Corneille, Horace :

Chaque goutte épargnée a ta gloire flétrie.

La Font., Fables :

Un certain loup dans la saison Que les tièdes zéphirs ont l'iierbe rajeunie.

2° La seconde construction amitié ai comie, assez fréquente dans les vieux auteurs, fut pourtant moins usitée que la précédente et tomba de bonne heure en désuétude.

Chans. de Roi., 583 :

Li reis serat as meillurs porz de Sizre, Sa rere-guarde avrat de très sei mise.

Ibid., 2296:

Ço sent RoUanz la veiie ad perdue.

Rois, 38 : Vostre requeste ai faite tut a vos volontez.

Réc. de la F' Croisade, Roman, v, 19 :

Buiamond fud mult salve, sa gent a esgardée, Et vit qu'ele fud mult richement conroe.

3° La troisième construction, comie ai amitié, semble avoir disparu aussi avec le vieux français. L'accord y a

lieu quelquefois, mais la règle était souvent violée, si tant est que ce fût la règle.

Chans. de Roi. , 3087:

Les chiefs fluriz e les barbes unt blanches... Ceintes espées françaises e d'Espaigne.

Rois, 55 : Menée e retenue as la preie e ço que te plout, e fait as icest pecchié encuntre nostre Seigneur.

Li Chevaliers as ii espees, édit. Foerster, 1 :

Tenue a sans quinte de guerre Lonc tans li rois Artus sa terre.

Mais dès le xii" siècle on trouve des exemples comme le suivant :

Rois, 16 : E Héli fud lors de grant eage... perdu out la veue, e gute ne vedeit.

4° La quatrième construction nous est restée, et l'étude en est tout particulièrement intéressante. On peut dire en général que l'accord y était de règle, mais nous verrons que le nombre des exceptions fut de tout temps considérable .

Chans. de Roi, 594 :

Dune avrez faite gente chevalerie N'avrez mais guère en tute vostre vie.

Ibid., 1819 :

Bien me le guarde, si cume tel félon De ma maisnée a faite trahison.

Ibid., 3934 :

Quant Tierris ad vencue sa bataille.

Ibîd., 3988 :

Quant l'Emperères a faite sa venjance.

Job, 448 : Guai à ceaz ki ont perdue la solfrance.

Lé(j. de Gir. de Roussillon, Roman, vu, 215, 30: Un jour que cil foibles ot per faite s'oroison de devocion à la tombe Girart.

DooN DE Maience, 6090 :

Richier ataiiit Doon au ions d'une valée; Plaingnant vient devant li et si li a monsirée Sa teste, qui moult lait estoit ensanglentée.

Il est à peine utile de produire des exemples de la cinquième construction : les relatifs que et /c, la les, toujours placés avant le participe, ont toujours commandé l'accord, et les exceptions sont très rares.

Saint Léger, xxxviii :

De lor péchietz que avrent faits.

Réc. de la /'" croisade, Roman, v, 19, 417:

Mais onques ne lur remist ne arme ne espée Que l'emperere n'avoit ja tolue u achatée.

Nous venons de voir qu'en général le participe s'accorde avec son régime; mais il y a d'assez nombreuses exceptions. Dans l'une des constructions que nous avons examinées, le participe garde toujours l'accord, au lieu que, dans telle autre, il ne le prend presque jamais. La place des mots a donc une influence sur la règle. En ramenant à une seule toutes les constructions où le régime précède le participe, nous aurons à étudier les trois suivantes :

1" Le participe est précédé de son régime ;

2° Le participe est suivi de son régime et précédé de son auxiliaire ; c'est la construction moderne ;

3° Le participe est en tête de la préposition : il précède le régime et le verbe.

Dans l'étude de ces trois constructions, nous suivrons la route tracée par M. Bonnard, qui a traité avec talent cette partie de notre sujet. (Le participe passé en vieiLV français, Lausanne, 1877.) Nous le compléterons dans une certaine mesure et le réfuterons au besoin.

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