DU PARTICIPE
Pour répondre à cette question nous allons parcourir rapidement les deux siècles que l'on pourrait appeler, dans une Histoire des participes, la période de formation doctrinale.
Et tout d'abord, jusqu'au xvf siècle, l'usage seul fait loi : la grammaire, au sens où nous l'entendons aujourd'hui, n'existe pas ou presque pas. Faidit ne parle même pas du participe. La plus ancienne grammaire de notre langue est l'œuvre de l'Anglais Jehan Palsgrave. Elle est de 1530 et a pour titre r Esclaircissement de la langue françoise. Le texte anglais de Palsgrave, édité par Génin, fait partie de la collection des Documents inédits sur l'histoire de France. L'auteur donne en peu de mots les règles du participe. « Le participe présent, dit-il, fait au masculin et au féminin singuher parlant, avertissant, faysant; au masculin et au féminin ])\\\v\e\ parlans , converti/ssans, faysans. » Il ajoute : <( On trouve en françois des mots déclinables qui finissent en ant au singulier et en antes au pluriel : ces mots sont des adjectifs et non des participes. » Palsgrave oublie de dire que le participe présent, employé dans le sens du gérondif latin et précédé de la préposition en, no prenait pas, ou du moins no prenait pas nécessairement le signe du pluriel. C'était se tromper
encore que de donner la qualification d'adjectifs à tous les participes présents employés, selon l'usagé du temps, au féminin pluriel. Estant est-il donc un adjectif dans l'exemple suivant : « Ledit Landoys pourra. . . joir des matières et merrains d'icelle et pareillement de la ^•itre y estante k présent. » (Chart. de 1483, de la Nicolliêre. Nostre-Dame de Nantes, p. 293.)
Palsgrave a raison de dire que le participe passé construit avec l'auxiliaire estre suit la règle des adjectifs; mais quand ce même participe est construit avec l'auxiliaire avoir, quelle règle suivre l Palsgrave n'en sait rien et son embarras est grand. « L'invariabilité, dit-il, n'est pas une règle générale (it is not ever generall that he schall remayne unchanged) : si le verbe avoir est précédé d'un relatif ou gouverne à l'accusatif un nom ou un pronom, le participe, dans la plupart des cas (in the most parte), s'accorde avec ledit accusatif en genre et en nombre. Exemples : Les lettres que je vous ay envoyées ; mon mary m'a batiœ; il a \2Jiio^i prinse une llèche.
Ce dernier exemple explique l'embarras du sage grammairien. Palsgrave est un érudit. Il trouve partout l'accord dans les écrivains des siècles précédents et dans quelques auteurs contemporains restés fidèles à la tradition. Il n'a pas de système et ne sait pas démêler la règle de position, en usage de son temps, de la règle plus large du xiii^ siècle. D'un autre côté, il a dit dans la conjugaison des verbes que le participe, surtout le participe des verbes neutres, reste invariable quand il est construit avec l'auxiliaire je ay. De là les expressions vagues not ever unchanged; in the most parte que l'on trouve dans son texte. (Edit. Génin, p. 135 et suiv.) 11 ne loue ni ne blâme l'usage; il le constate. C'est moins un grammairien qu'un historien de la langue française au xvi* siècle.
Ce livre, écrit en anglais et pour des Anglais, ne fut pas connu en France : le bon exemple que Palsgrave avait donné fut perdu pour Sylvius, Aleigret, Ramus, qui lui sont postérieurs de quelques années. Plus savants que raisonnables, ces grammairiens voulurent ajuster, au