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CHAPITRE V

A côté du sépulcre et de ses angoisses, la couche nuptiale et ses joies! L'infortune et la félicité s'entremêlent dans cette histoire comme dans la vie dont elle est la funèjbre image; mais au milieu de leurs douloureuses réalités, l'espérance, presque toujours chimérique, ne brille un moment que comme nu rayon troublé dans les ombres d'une tempête.

S'il faut en croire les bruits populaires, au milieu des sanglantes péripéties de l'insurrection cévenole, Cavalier formait aussi ses projets de bonheur; il devait épouser, cet automne, la jeune fille qu'il aimait, Elisabeth Chanurel, de Cardet ; leurs noces devaient être solennellement célébrées au désert, dans l'assemblée générale des Enfants de Dieu; les peuples du Gardon inférieur leur préparaient des présents superbes; leur mariage devait être autant au-dessus de celui de Castanet que les rives du Gardon l'emportent en richesses sur Tâpre Aigoal. Roland, qui se disait le roi des Cévennes, concédait à son lieutenant, en fief probablement, et sous la réserve de l'hommage , le bas Languedoc , que celui-ci avait acquis à l'insurrection , et où déjà

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iaM de gens recevaient ses lois ; où ton trowe la douceur du cli/nai , la fertilité du terroir^ la variété des champs , des vignes et des prairies , la diversité des fruits , tes agréments des petites collines et de la plaine , et une multitude extraordinaire de bourgs^ de châteaux, de villages, de villes. Cavalier prenait Je titre de duc, et sa femme recevait celui de duchesse. « On aura peine à croire^ ajoute le chroniqueur, €|u'iui garçoa boulanger, âgé seulement de dtx-kuic aasy se soit acquis, parmi les peuples hérétiques , une autorité si absolue par ses enthousiasmes... et .sa... prophétie; qu'il ait été reconnu pour le second chef des rebelles , et qu'il ait paru avec l'équipage d'un grand seigneur...; cependant il n'est rien de plus vrai. »(i) Ce mariage n'eut pourtant pas lieu. Le vieux laboureur de Mazac , qui ne partageait pas ces ambitieuses espérances, voulut, à ce qu'à parait, attendre la fin de la gueme, «et la consolidation du futur royaume des Cévemies. Il craig;nit peut-être pour sa fille le sort <ie la femme^ie Castanet, saisie par Caniliac. Mais Castanet eutradresse d'-enlever une dame de Valleriugoe do«t, mxm prières de ses parents désolés, MoDtrevei permit l'échange avec l'épouse du chef de l'ikigoal. Kous n'avons répété tous ces bruits mensongers que pour montrer le merveilleux qui s'Attachait aux brigades du désert.

Nei$ 4ttt «n hourg situé sur la rive gauche du grand. Gardon, à l'angle de la presqu'Ue formée par le confluent 4es ses deux principales sources; son château léoclal domine la hauteur dont la pente

(• ) Looviditiifl , faiMrt. mboot. , fone • , page i63.

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abrupte est occupée par le bourg assis au milieti de ses vignobles, et dout la base est baignée par la rivière ; la rive est ombragée d'aulnes et de saules. Cest dans ces massifs de verdure que Cavalier attendit le maréchal venant de Nismes a Alais. Le Gardon, qui, surtout dans les crues du printemps, se déroule vers Boucairan comme une petite mer, laisse, en se retirant sous les chaleurs croissantes de Tété, une plaine de sable et de cailloux où le torrent, naguère si furieux, expire sur sa grève ardente en minces filets d'eau qu'achève de tarir la canicule. Le Gardon, ce symbole de l'insurrection cévenole, excessive aussi dans la gloire comme dans l'infortune, ne souffre point de pont à Ners; il renverse toujours les arches qu'on lui impose incessamment, de sorte qu'au dessous de ses piles éternellement ruinées, une barque est, d'une rive à l'autre, l'ordinaire véhicule des voyageurs. Cavalier vit enfin paraître, sur le soir, l'avant-garde du maréchal; le bateau la reçoit et rame vers Ners. Tout à coup ces massifs de saules se remplissent d'étincelles et de tourbillons de fumée; une horrible détonation se fait entendre, et un orage de cinq ou six cents balles assaillit la frêle embarcation, renversée dans le torrent ensanglanté. Montrevel envoie à son secours un corps de cavalerie. Elle veut tenter ailleurs le passage de la rivière, pour débusquer les camisards et protéger le bac; mais deux brigades cévenoles s'élancent sur ce point ; leur feu meurtrier tue , blesse, épouvante les dragons et les chevaux culbutés dans le gardon ; le fleuve camisard les engloutit, et roula pele-mcle leurs cadavres. Le maréchal rétrograda et revint

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coucher à Boiicairan. Le lendemain, il passa plus bas la rivière, et remontant sa rive gauche, fit cerner les saules et les vignes de Ners; mais Cavalier s'était éloigné pendant la nuit. Depuis lors le château de Ners eut un post€ destiné à protéger le bac du Gardon, (i)

Les fureurs toujours croissantes de la guerre, augmentant le bouleversement général, multi* pliaient les nuées de paysans vagabonds, qui , dépouillés, se levaient pour dépouiller à leur tour^ aiguillonnés par la rapine et la vengeance; ils s'enrégimentaient, se choisissaient des chefs , et prenaient le nom , le costume , les insignes des bandes de l'ermite. Les frères Michel , de Roquepertuis; les frères Chevalier, Blanc, de Laval; un maréchal du voisinage de BagnoIs,se mirent à la tète de pareilles bandes^ chacune d'un millier d'individus. Ces brigands se jetèrent comme des sauterelles sur le territoire d'Uzès ; ils enlevaient les troupeaux, massacraient les bergers, exterminant tout, femmes, vieillards, enfants. Les gémis- .. sements des protestants firent voler à leur secours les Enfants de Dieu , qui firent , partout et à la fois, une rude chasse aux florentins. En quittant Ners , Cavalier s'élança à la poursuite des hordes qui infestaient les environs d'Uzès. Il vit se réfugier près de lui les habitants de Blausac fuyant de leur village , où quelques-uns d'entre eux, restés dans leurs maisons, venaient d'être massacrés par ces brigands. Cavalier arriva trop tard pour prévenir leur mort, mais il la vengea ; il sabra les meurtriers qui

(t) Mémoiret de CâTalîer.

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u^étaient là qu'une trentaine , et brûla deux villa* ^s, leurs repaires. Ils étaient si âpres au butin, que Câlinât, qui les pourchassait au galop le long du Rhône, ne pouvait leur faire lâcher prise qu'en leur abattant les mains avec son sabre. Cinq cents fiorentins conduits par le consul de Saint-Sauveur mas»^ sacrèrent une partie des habitants de Brenoux et de Saint-Denis; Roland leur fit la chasse et détruisit plusieurs de leurs bourgades, entre autres Sainte- Cécile-d'Andorre. Réuni à Salomon et à Joani, il monta contre Genouillac, devenu, depuis la dévastation, une ville de refuge où les protestants des Gévennes orientales avaient été parqués avec leurs troupeaux , sous la garde d'un bataillon de cinq cents hommes. Après un combat sanglant , le général camîsard s'empara de Genouillac. Julien, qui dévastait les environs, recueillit les débris de sa garnison, et accourut pour le reprendre; mais informé que Moland était là^ îl s'arrêta, et appela a son aide Planque, occupé à la destruction de la paroisse de Saittt-£tienne*de-Valfrancesque. Après avoir passé deux jours en prière dans Genouillac, Roland l'abandonna aux généraux du roi. Quant aux florenCÎAS, Montre vel, sur les plaintes des catholiqiAes , fit emprisonner leurs chefs et leur en donna de nouveaux; mais ces officiers n'ayant pu contenir jfeurs bandes , le maréchal fut obligé d'envoyer contre elles ses propres bataillons, qui ne parvinrent jamais à réprimer entièrement leurs br^andages.

Roland descendit entre les deux Gardon. Lasallette, chef d'une de ses brigades, rencontra une compagnie d'hommes armés; il les poursuivit, les

prenant peat-étre pour des florentins : c éraieni des chasseurs d*Alais. I/iin d'eux fut tué dans sa fuite, un autre , blessé légèrement , échappa; un troisième, Labadie, prébendier de la cafbédrale, disparut aussi sans éprouver d'autre mal que -la fravefur ; mais leurs chefs restèrent entre les mains du brigadier camisard. C'étaient un jeune seigneur que, pour avoir porté le froc, on appelait encore Fabbéde 1^salle,et Lagarde, hôtelier, que sa grande bravoure avait fait nommer major des milices et choisir par Tabbé pour compagnon de chasse et pour défenseur en cas de rencontre des camisards, comme effectivement il arriva ; mais son courage lui fiit inutile. Lasallette conduisit les prisonniers devant Roland , qui , les jugeant également coupables, Tun pour avoir porté la soutane et l'autre les armes contre les Enfants de Dieu , les condamna à mort. Il leur commanda de se mettre à genoux et de faire leur prière , et cependant à leurs cotés deux camisards vinrent aussitôt se placer pour remplir leurs fonctions qu'indiquaient suffisamment Ténorme coutelas suspendu à leur ceinture et leur titre ^exterminateurs. Mais Lasallette intercéda pour rabbé:irMon frère, dit-il à Roland, ce gentilhomme a rendu de bons offices en quelques occasions; personne d'entre les frères ne s'est jamais plaint de lui; il vit tranquillement en son particulier sans prendre aucune part aux affaires publiques; en un mot, il s'est remis entre mes mains de bonne foi , sur la parole que je lui ai donnée de demander et d'obtenir sa grâce. » — «Je crois assez que ce gentilhomme est sans malice, répondit Roland ; je n'ai rien à dire contre lui ; mais je le-

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trouve bien hardi de venir chasser dans mes terres; il n'ignore pas que ce pays m'appartient depuis que je l'ai conquis par la justice de mes armes. » 11 dit encore bien des choses sur son empire des Cévennes, et finit en demandant quels étaient les autres chasseurs. Il écouta leurs noms en silence; mais à celui du prébendier, sa fureur éclata : «Mon, non! s'écria-t-il d'une voix terrible, non, point de gràce^ puisque vous vous êtes associé avec un idolâtre. » Mais y aux prières de Lasallette, il s'apaisa pourtant, et dit enfin à l'abbé: « Levez-vous! vous pouvez, vous retirer. » L'abbé , qui depuis deux heures attendait la mort à genoux, se leva, remercia grandement le général camisard et le supplia de permettre qu'il fit présent à son intercesseur de son pistolet, de son fusil et de son garniment de chasse. Quant au malheureux major des milices, Roland fit un signe , et l'homme au couperet abattit sa tête, qu'il cloua au tronc d'un arbre, au bord d'un bois. Le plus jeune des fils du marquis de ïornac ( colonel de Petit-Languedoc), cousin de l'abbé de Lasalle, eut, comme lui, le malheur d'être pris à la chasse par les camisards. Il se jeta tout éploré aux pieds de leur général : « Mon enfant, lui dit Roland , ne vous écartez plus de votre château, retournez près de votre mère. » (i)

Après avoir sabré les florentins le long du Rhône, Cavalier, suivi desjeunes gens de ces cantons, qui, ne trouvant de sécurité nulle part, se réfugiaient dans le camp des Enfants de Dieu, repassa le Gardon, et vint vers Aubais; il fit fusiller quatre

' (i) LonTMleail , tome a , page 160.

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espions, dont l'un Tavait dernièrement fait surprendre à Vergèze par Fimarcon. Ce châtiment ne retint pourtant pas un nommé Valescure, de Gailargue , qui\ le lendemain même de leur supplice, alla réféler encore sa retraite au commandant de Lunel. M. de Labordc part aussitôt avec quatre compagnies de Fimarcon, et remonte le Yidourle, dont la rive gauche le conduisait précisément aux roches d'Àubais, où campaient les Enfants de Dieu (17 décembre 1703). Lçs prefoiers qu*il rencontra furent ces recrues du pays d'Uzès, qui n'étaient encore armées que de bâtons et de frondes. Ces patres ne s'épouviintèrent pas de l'attaque inattendue des dragons; ils chargèrent leurs frondes, qui , tournoyant aussitôt, firent siffler dans l'air un orage de cailloux. Cavalier accourut à leur secours, et Vennemi^déjà à demi-battu, tourna précipitamment le dos. Lucrèce, la jeune héroïne du combat de Nages, se trouvait encore à celui-ci. A mesure que les dragons blessés tombaient de cheval, la belliqueuse prophétesse se jetait sur eux et les sichevait avec son sabre. Les frondeurs, s'élançant sur les chevaux abandonnés, poursuivirent les fuyards, qui se retirèrent^ une partie au château d^Aubais, et l'autre à Sommières; trente dragons périrent avec un jeune lieutenant de l'illustre maison de Rambouillet, réfugiée en Danemarck. C'était un de ces orphelins enlevés à leurs parents fugitifs, et malgré leur éducation catholique, attachés encore à la religion maternelle. Un nommé Grasse^de Vauvert, l'abattit d'un coup de fronde, et, pour l'achever, bondit aussi tôt sur lui comme une hyène, a Je suis de la foi, disait le malheureux officier

mourant , je suis de la foi !» — « De la foi ou non , répondit rimjntoyable camisard, tu n'y passeras pas moins! » Et il Tassomma avec son bâton coiffé d*une grenade de fer. Cavalier se rendit ensuite k CongénièSy dont il força les catholiques à venir avec les protestants rendre grâces à Dieu de sa vic^ toire. De là, ren>ontantle Yidourle, il vint camper au château de Rouvière, près de Sauve. Là les révélations simultanées des prophètes découvrirent dans la troupe uit traître rhargé d'empoiscmner Cavalier. Il obtint sa grâce, parce qu'il avait été Tami du jeune chef et le compagnon cTapostolat de l'infortuné Brousson. Les Enfants de Dieu furent ce jour-là témoins de grandes mei'veilles. (r)

DeRouvière^ Cavalier se dirigea vers Andtize. Le Gardon occidental descendant de cette ville arrose^ entre Tornac et Ners, la charmante vallée de Beaurivage , célèbre dans les pastorales de Florian. Semblable à une corbeille ovale tressée par la main de ses pâtres, son bassin allongé renferme plusieurs villages populeux, suspendus sur les flancs fertiles des collines, ou penchés, comme des troupeaux altérés , sur les deux rives du torrent : Ribaute( ripa-alta ), Lezan , Cardet, Massanes, le château de Lascours, et le Monestier^ vieille église isolée , débris encore debout d'un monastère disparu. En arrivant dans sa vallée natale, Cavalier fit halte dans la prairie qui entoure cette gothique chapelle ( 20 décembre ); quelques femmes de Tornac apportèrent des vivres au camp, et, les déposant sur l'herbe^ s'en retournèrent en hâte, craignant d'être

(i) Voyez lirre ain» chap. 4.

découvertes par les troupes royales. Elles le furent effectivement par Lahaie, gouverneur de Saint- Hippolyte, qui, escorté de six cents hommes de Hamaiftt, de Biaisais et de milices, se rendait à Atiddse. Ce Lahaie était, dit Cavalier ^ un rodomont dans sa forteresse; il raillait les officiers bsktCus par les camisards, et se faisait fort, lui avec <{Uàtfe cents soldats, de balayer toute cette canaille. Roland et Cavalier, instruits de cette outrecuidance, lui avaient mainte fois envoyé des cartels insultants ^ qtïen sa qualité de gentilhomme il avait cru MujùnrAj à Mn grand regret, devoir refuser; ils n'avaient pu l'attirer hors de ses murailles ; mais Theure était venue où il devait enfin dégainer l'épée: ce qu'il fit de mauvaise grâce , mais vaillamment. Cavalier apprend l'infortune de ces généreuses sœurs, fait cesser le repas et vole à l'ennemi. Les deux troupes étaient égales» Un premier élan de cette impétuosité camisarde si connue, enfonce les bataillons catholiques ; ils fuient en désordre et abandonnent leur proie; mais peu à peu ils se rasstn'ent , se rallient , se reforment à la voix de leurs officiers, et reviennent au combat. Ils repoussent tes Enfants de Dieu, épuisés par la fureur de ce pt*emier effort ; les vainqueurs plient à leur tour, reculent et succombent. Ils étaient perdus, lorsque une brigade de Roland , par hasard dans ces can^ fôns f accourut au bruit de la fusillade et vint prendre sa part du éombât Son secours inattendu rend l'avantage à Cavalier, qui culbute enfin les troupes fùfàles et poursuit l'épée dans les reins, jusqu'au ch&teau deTomac, le triste gouverneur, dont les débris se réfugièrent dans les murs d'Andaee.

a N'ayant pas de canon^ je ne pus le forcer dans son château, dit Cavalier j mais, en me retirant, je l'aperçus au haut d'une tour d'où il nous regardait avec une lunette. J'ai su depuis qu'un capitaine de Hainault lui demanda : « Ëh bien ! que pensez-vous de ce Cavalier?» — « C'est un écolier bien près de devenirmaître», répondit le gouverneur rougissant. Parmi les caniisards tués dans ce combat, se trouva un vieillard septuagénaire, nommé Faucher, de Canaules. Il s'était réfugié au camp des Enfants de Dieu pour prier en liberté, écouter la parole des prophètes et chanter les louanges du Seigneur. Sa piété lui faisait braver les fatigues'et les périls de la guerre; il ne pouvait pas porter le mousquet, mais dès que paraissait Tennemi, le vieillard, à la tête des coinbattants, entonnait le cantique des batailles.

Cependant Julien avait terminé la dévastation. Ce grand et lamentable ouvrage finit le i4 décembre par la paroisse de Saint-Etienne-de-Valfrancesque : quatre cents villages n'étaient plus que des monceaux de cendres, et vingt lieues de territoire, qu'un désert où, de distance en distance^ s'élevaient, comme des oasis, quelques rares bourgs de refuge encombrés de peuples et de troupeaux. Julien , qui en eut la lugubre gloire, l'annonça luimême à Chamillard : « Enfin, grâces au Seigneur, je puis À ce moment avoir l'honneur et le plaisir de vous mander que j'ai entièrement fini la longue

et laborieuse besogne qui m'avait été confiée

mais je ne prévois pas encore que tous ces désordres et ces troubles soient près de l'être. Je crains véritablement, Monseigneur^ que ce grand chàti-

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ment que je viens d'appliquer à une vaste étendue de pays, ne fasse plus de bruit et d'éclat dans le monde qu'il n'apportera d'utilité au service du roi. Je souhaite pourtant de tout mon cœur de me tromper. Ma santé se trouve très-dérangée et a besoin de quelque repos ; on ne peut pas souffrir davantage que nous n'avons tous souffert. »

Pour fortifier sa poitrine, affaiblie par l'air glacé du Gévaudan, Julien obtint le commandement du diocèse d'Uzès, dont le climat est si doux le long du Rhône. Il y reçut les félicitations de Montrevel, deBâville, du duc de Maine, des ministres et des seigneurs de la cour. Ainsi s'accomplit cette dévastation f inutile de l'avis même de son auteur, a Mais le roi voulait que ie pays des hautes Cévennes fut inhabité et inhabitable pour une marque éternelle de la révolte des peuples de ce canton (i); m et son refus d'en déporter ou d'en exterminer 'les populations, fut célébré comme une magnanimité digne du Sauveur du monde (2).

Fermons ce chapitre avecl'anné 1703. La France était encore triomphante : Boufflers avait' vaincu à Ekéren (17 mai), Villarsà Hoschtet (a 8 septembre), Tallard àSpire (i5 novembre); mais la guerre allait se transporter en Espagne avec l'archiduc^ reconnu roi par tout le nord de l'Europe.

(1) LoPTrelenfl , ii, 1 47. (3) Ibid, 1 16.

M BISTOIEE BU BkMtVnS Vf DÉSERT.

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