‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 14 sur 96 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

(1704) Ainsi Vannée 1703 laissait les camisards, qu'elle devait anéantir^ vîcrorieiix et pleins d'espérance. Tous tes moyens de rigueur s'étaient usés contre leur indomptable énergie : amendes , pillages, galères y supplices, massacres, enlèvements, incendies de bourgades; venait enân la grande dév«istation déjà regardée comme inutile^ après quoi il ne restait plus qu'un massacre «niversel. Le maréchal avait demandé de nouTelles troupes. Des vingt bataillons Jirenus avec lui, le tiers avait péri dans les combats; une autre partie avait été rappelée sur les Alpes, k la défection du duc de Savoie; le reste était en Languedoc, déconragé d'une guerre sans résultat et sans gloire. Dès que les armées d'Italie et d'Allemagne rentrèrent dans leurs cantonnements , Louis XIV envoya dans les Cévennesle marécbal-de-camp marquis de Lalande, les brigadiers de Rouville, de Grandval , de Margon , de Courten, deux bataillons de Charolais , un de Froulai , un de Dugua , un de Dauphiné , un de Souches, un de Blaisois, qui fut en arrivant battu par Cavalier à Tornac , et un de Labourd, dont le

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coionei était ce fameux comte de Bonneval qui passa depuis au service du sultan , se convertit à rislamisme j et , sous le nom d'Âchmet , mourut a Constaatinople pacha à trois queues et générai de Tartillerie turque; entin , trois bataillons suisses commandés par le brigadier de Courten , frère du précédent, arrivèrent au mois de mars à Nismes, dont le maréchal leur confia la garde. Ils renouvelèrent leurs drapeaux , qui £ireat solennellement béiôs par Fléchîer.

« C'esl on usage sagement et saintement établi parmi les chrétiens, leur dit l'évéque, d'apporter auK pieds des autels les drapeaux et les étendards, pour reccamaitre que les guerres ne peuvent être beureuses saos le secours du Dieu des armées ; que c'est du ciel que vient la supériorité de force et de puissance sur la terre; que c'est le zèle de la religion et de la justice qui forme de véritables courages, et que les étendards ne peuvent conduire à la 'fjjkiîre, si le Seigneur ne marque les voies à ceux cpEii les portent et qui les suivent. C'est ainsi que , selon les lermes de rÉcriture , nous bénissons les armes , nous sanctifions les guernes que nos rois entreprennent pour la défense de leurs droits ^ pour laaùreté de leurs peuples, \)onr la protection de régUse. C'est ainsi que nous invoquons le nom et la yertu du Très*Uaut, afin qu'il fortifie , par ses griices^des coeurs q^ie leur propre valeur arme, et qu-il imprime la crainte de ses jugements dans CGMx qoi sont destinés à porter contre ses ennemis laicraÎDile et les effets <}e ses vengeances.

» La Providence vous appelle ici à une guerre fatigante^ difficile et en apparence peu glorieuse ,

Ci HBTOIAB BBS PASTBUIS DV OÉSEBT.

mais qui n^est pas moins importante, puisqu'il s'agit d'arrêter le cours des meurtres et des incendies qui coûtent à nos citoyens tant de sang et tant de larmes; de combattre les ennemis de la loi de Dieu et de l'autorité souveraine; d'étouffer l'hérésie et la rébellion tout ensemble, et de rétablir la religion et la paix dans une des plus florissantes provinces du royaume. Recevez ces drapeaux des mains de l'église; faites*les servir à sa défense , et regardez la bénédiction que nous leur donnons comme un signe de bonheur et un présage de la victoire. » (i)

aAvec toutes ces troupes, dit Montrevel aux puissances ecclésiastiques et civiles mécontentes du peu de succès de ses manœuvres, je promets de détruire bientôt entièrement tous les rebelles , et de remettre le pays dans sa première tranquillité. » (a)

La dévastation accomplie, pour en retirer les avantages qu'on en attendait, le maréchal étendit ses bataillons du Rhône à l'Hérault. Cette chaîne de garnisons et de postes formait un croissant, dont l'arc recourbait ses branches à Test et à l'ouest pour embrasser lesCévennes. H crut que les neiges chasseraient, comme des bétes fauves, les troupeaux affamés des camisards dans son enceinte militaire; mais l'hiver, protecteur des Enfants de Dieu , n'opérant pas selon ses désirs , il envoya sur les montagnes Planque, lequel , à la tête de quatre bataillons, et de concert avec le comte de Tournon, inspecteur des bourgs de refuge , Palmerolles et les

(i)Fléchiery œoTres choisiei. (s) Loavreleoil, tome a , page 177.

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