‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 16 sur 96 · UT. TU , CHIP. TI · texte numérisé non relu

UT. TU , CHIP. TI

pendant leur excursion , revinrent le soir même à Saint- André; ils furent arrachés de leurs lits, enfermés dans l'église , comme un troupeau réservé ^u boucher y et^ de ces murs qui eussent dû inspirer la miséricorde^ traînés impitoyablement à la mort. La première victime, une jeune femme, fut fusîHée, pour ainsi dire, entre les bras de ses deux petites filles y qui , n'ayant pu sauver leur mère, se lamen» •aient sur son sein expirant , et, dit un chroniqueur, s'élançaient sur les soldats comme des lionnes. Un enfant de dix ans , fils du brigadier camisard Duplan> d'Aussillargues , frappé de trois coups de feu, appelait son père à son secours contre ses bourreaux : a O mon père , s'écriait-il d'une voix mourante , ô mon père , pourquoi ne viens-tu pas me délivrer ! » Trente et une personnes, presque toutes femmes et enfants, furent ainsi massacrées à coups de mousquet , de sabre et de hache. Puis , on balaya dans le Gardon, qui traverse le bourg , ces cadavres à demi-vivants. Plusieurs levaient encore la tête et poussaient des gémissements; mais personne n'osa les retirer du torrent, où ils furent gelés, et dévorés par les chiens. Le féroce Planque fit une espèce dcf grande chasse sur les montagnes; ses soldats tirant et tuant comme des chevreuils les malheureux fuyant sur la neige, en abattirent six cents (i) ( ao février).

Tel fut le fruit sanglant et stérile de la dévastation; mais ni l'hiver, ni la famine, ni Planque, plus hideux encore , ne firent descendre les camisards des hautes Cévennes dans les rets de Mon-

(i) Court, d'aprèilef mémoires de do VilUrd.

(( BISTOIEB PBS TÀBtmmS OU DÉSBET.

trevel; et^ même dans la plaine ^ Roland et Cavalier passaient, de force ou de ruse » à travers leurs mailles, trop larges pour retenir leur proie, qui en emportait les lambeaux.

Les malheurs du Languedoc émurent cependant les £tats, et , du sein de leurs éternelles congratu* lations, s'élevèrent enfin des voix généreuses qui flétrirent, avec une mâle indépendance, les férocités de l'ermite. Mais les évéques , et Fléchier s| leur tête , défendirent leur héros. « Frère Gabriel et ses lieutenants, dirent-ils, combattent pour l'église; leurs meurtres ne sont que des représailles : les catholiques ne peuvent pas se laisser égorger comme des agneaux. » — a Sans doute , répondirent les barons ; mais les cruautés des rebelles n'autorisent pas celles des champions de l'église; ces croisés n'ont pas même l'excuse du fanatisme : ils pillent et tuent indistinctement amis et ennemis; leur guerre dégénère en brigandage. » Les prélats furent les derniers à se taire. « On tache à décrier frère Gabriel , mais nous l'avons bien soutenu , » écrivait Fléchier. (i)

L'ermite augmenta ses bandes. Le fameux chevalier de Sain t-Chap tes, après ses trahisons de Bellot, s'était esquivé du camp de Cavalier , pour échapper sans doute à la justice des prophètes. Montrevel accueillit l'espion et le donna pour quatrième lieutenant à l'ermite. Comme , étant avec Cavalier, il avait appris à connaître ses plus dévoués partisans, lorsqu'il fut avec l'ermite, il revint frapper à la porte de ses anciens hôtes, et ,

(i) Lettre da 9 février.

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pour U pain qu'il avait reçu d'eux , leur riqpporta la mort, (i) Les camisards avaient jeté le curé de Saint-Mamert dans un abime voisin de ce lieu. L'ermite saisit cinq habitants, les conduisit au bord du gouffre , et, lui-même , les y précipita , «n expiation de la mort du prêtre, (a) BâvHle le char« gea de ravitailler , aux dépens des protestants du voisinage , les catholiques de Montle^an , qui ne pouvaient sortir de leur boui^, oii ils s'étaient retramdiés et bravement défendus contre les camisards. L'eriQite , alors malade , donna cette corn* mission à son lieutenant Lefèvre. C'était, je l'ai déjà dit, un des plus vaillants hommes du Languedoc. En voici une nouvelle preuve. Le maréchal lui dit un jour que les camisards venaient de lui en* lever des dépêches très-précieuses; Lefèvre part aussitôt avec un de ses officiers et six soldats, leur baïonnette à la main ; il se dirige vers le village oà est couché le peloton camisard qu'il soupçonne être le ravisseur. « Qui vive ? — Enfants de Dieu! » et il entre dans la bourgade. Il va vers la plus belle maison , où il suppose le chef camisard , égorge en silence la sentinelle, monte à la chambre du capitaine endormi, le tue et prend les dépêches dans ses vêtements. L'alarme est donnée; mais Lefèvre échappe et rapporte le paquet précieux au maréchal, qui , en récompense d'une action aussi hardie, où ce vaillant homme avait joué son sang, lai en sui bon gré. (3)

(i) Ba t^a^ » U elMTaUer de Sa^t-Cbaptos fat condanuM aux galifts pour avoir tué aa femme.

(2) Sœor Demerex , lettre do 4 février.

(3) Lopfrefaoaytame 3 , page 46.

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Pour ravitailler Montlezan, Lefèvre s'en fui donc, avec cent vingt soldats , dans les villages imposés. Comme il rançonnait Vie, un brigadier camisard, alors dans le voisinage, accourut pour protéger les habitants ; il arriva lorsque Lefèvre en partait; il l'attaqua si impétueusement que le bri* gadier catholique jeta son butin pour se réfugier plus promptement dans Vie. « Lefèvre! lui criait le camisard triomphant y tu ne connaissais pas encore cette danse; tu vas d'un pas plus précipité qu'au son de ton violon ! » Mais le vainqueur voulut le forcer dans ses murs : il perdit quelques hommes à cette attaque infructueuse. Pour les venger, le cévenol, furieux, coupa avec sa hache les bras et les jambes à cinq cadets de la croix , et les pendit ensuite tout mutilés aux branches d'un arbre. Il menaçait du même traitement leur chef, qui n'osa sortir pour sauver ses malheureux compagnons. Mais, après leur départ, Lefèvre massacra quelques habitants de Vie , soupçonnés d'avoir appelé les camisards. (i)

Dans les bourgades catholico-protestantes, pour faire, avant le massacre, le triage de la mort, l'ermite et ses quatre lieutenants formaient un tribunal. Ses soldats amenaient , un à un ; les habitants devant le farouche solitaire, qui leur demandait, en preuve de catholicité, lepater^ Vat^e ou le confiteor : c'était là son shibolet. S'ils ne récitaient pas ces prières latines , ou si leur langue bronchait seulement, le sombre juge les renvoyait comme protestants à ses sicaires, qui les massacraient sous

(i) Lourreleoil , tome 3 , page 187; Court, tome a , page 168.

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