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se$ yeax; et le sanglant vieillard siégeait ainsi , j^isqit'à la fin , sur son tribunal entouré de cadavres. Les camisards ont quelquefois employé un moyen semblable. Si, après Tôraison dominicale, le récitant avait le malheur de passer iinmédiatement, Mlon rhabitude, à la salutation angélique, il était poignardé sur-le-champ. Mais le prêtre de Saint- Germain n'en cite qu'un exemple isolé. Cet hiver, le nombre des florentins s'accrut encore , ainsi que leurs fureurs. Des monstres commirent contre la pudeur des attentats d'une brutalité soldatesque inouïe, au moins dans ce siècle, (i) Leurs barbaries furent telles, que, au mois de février, Cavalier crut devoir en demander , avec menace, la répression à M. de Sandricourt, gouverneur de Nismes. 9 Si l'ermite , ïlorimont et Lefèvre , lui disait-il , ne cessent de tuer nos frères innocents, j'emploierai les armes de ]'£ternel à exterminer vos catholiques. 9
Les sieurs d'Albenas et Restauran , au nom des protestants de Nismes, supplièrent le maréchal d^ réprimer les fureurs des croisés , et demandèrent lâchement la faveur de combattre les Enfants de Dieu. Montreyel leur répondit : Je n'approuve pas la conduite des cadets de la croix ; mais je suis surpris de la patience des catholiques , et de ce que se voyant tous les jours réduits à une boucherie continuelle, ils n'ont pas usé depuis plus long-temps de représailles; j'ai pu les retenir par le passé, mais je ne suis plus en état de les retenir maintenant; ils ont tellement pris le dessus que je
(i> Court, tonM % , pag« i85.
TO ■nioui DBS PASTnru du DtesET.
ne puis plus les empêcher d'agir. Dans Texcès où les choses sont parvenues , je puis laisser agir des gens qui n'ont pris les armes que pour repousser la force par la force, et qui ne sont coupables que de Favoir fait sans mes ordres et contre mes défenses. Toutefois, pour y remédier, je leur donnerai des chels qui répondront de leur conduite, afin qu'à l'avenir les innocents ne périssent pas comme les coupables. Quant à votre offre de marcher contre les rebelles, elle ne convient pas au service du roi ; mais vous pouves marquer votre zèle plus utilement : allez trouver les camisards , vos frères, faites-leur poser les armes, et ensuite, tous ensemble , venez, la cordeau cou, crier miséricorde. Je m'emploierai, si vous en êtes dignes par votre tidélité, de l'obtenir de Sa Majesté ; sinon , la chandelle va brûler par les deuK bouts, et vous aurez lieu de tout craindre.» (i) Ces bourgeois furent consternés. Cependant, cinq jours après ( 1 1 mars ) , Montrevel rendit une ordonnance défendant de paraître à la campagne avec des armes et sans des chefs imposés par lui et responsables de leurs troupes; et le a6 mars, une seconde en ces termes : a Qu'il serait fait une revue de tous les catholiques en état de porteries armes ; qu*on les enrégimenterait; qu'on leur donnerait des chefs; que le pillage, Tincendie et le meurtre seraient punis comme crimes énormes. » Effectivement , il donna des chefs à ces nouvelles bandes. Fléchier voulut aussi arrêter ces populations, dont il avait lui-même provoqué les violencee. (a) « Vous
(i) LooTrelenil.
(a) Lettre k MontreTel do i**" octobre i 703 : «• Il e»t étonnant qu'on
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devez, écrivait-il à ses curés , contenir les cathofiqnes armés ; ils doivent Combattre et faire les guerres du Seigneur, non pas piller les amis et les ennemis. » (t) Mais ni Sandricourt, ni Montrevel, ni iFléchier n^étâient plus maîtres de leurs peuples.
Cependant Cavalier, infatigable, haletait continuellement après ces hordes. Il en traquait une d'environ quatre cents hommes, qu'il joignit enfin dans Garrigues près d'Uzès. Dès qu'il parut, les maraudeurs s'enfuirent abandonnant le pillage dé la bourgade ; mais il lança à leurs trousses l'impétueux Catinat , qui en sabra plus de la moitié sur les chemins. Il les surprit encore à Arpaillargties et en fit fusiller une trentaine. Leurs cadavres furent exposés sur la route avec cet écriteau : Tous les cadets delà croix et florentins qui tomberont entre les mains de CàuaUerj seront traités ainsi. Une inconcevable fùrétir s'était emparée des deux partis. Lés troupes royales semblent s'effacer pour laisser te champ aux deux peuples ; ce n'est plus une guerre, ce sont des massacres , des protestants par l'ermite, des catholiques par Cavalier; camisards blancs conti'e Càmisards noirs : tout s'égorge , tout s'exterminej le Ltoguedoc n'est plus qu'une immense plaie. On vit alors combien c'est une épouvaiitable chose que de démuseler le fanatisme populaire. Montrevel; Bâ ville, les évêques ressemblaient à des pilotes éperdus dont la main ne maîtrisé plus le gouvernail battu par des courants
ail Mmifcrt iasqo'ici que ce parti rérolté m aoit attacha à affaiblir et A détruire le corps de nos catholiques , sans oser de représailles. (t) ttttredii loatril 1704.
7S HISTOIU DES PASTEURS BU DteERT.
contraires parmi des écueils. Dans cette tempête, Fléchier se lamentait : « Nous sommes dans une ville où nous n'avons pas de repos, ni de plaisir, non, pas même de consolation. Quand les catholiques sont les plus forts, les autres craignent d'être égorgés; quand les fanatiques sont en grand nombre près d^ici» les catholiques craignent à leur tour. Il faut que je rassure tantôt les uns, tantôt les autres. Nous sommes ici comme bloqués, et Ton ne peut sortir de la ville à cent cinquante pas sans crainte et sans péril d'être tué. Il n'est pas perm.is de se promener et de prendre l'air.'J'ai vu de mes fenêtres brûler nos maisons de campagne impimément. Il ne se passe presque pas de jour que je n'apprenne à mon réveil quelque malheur arrivé la nuit. Ma chambre est souvent pleine de gens qu'on a ruinés, de pauvres femmes dont on vient de tuer les maris, de curés fugitifs qui viennent représenter les misères de leurs paroisses. Tout fait horreur I tout fait pitié ! Je suis père ! je suis pasteur ! Je dois soulager les uns , adoucir les autres , les aider et les secourir tous. L'exercice de notre religion est presque aboli dans trois ou quatre diocèses. Plus de quatre mille catholiques ont été égorgés à la campagne, quatre-vingts prêtres massacrés, près de deux cents églises brûlées ! » Pourquoi vous lamenter ainsi , ô Fléchier ! Voilà votre oeuvre déplorable ! les semences que vous jetiez à pleines mains lèvent aujourd'hui ? Prêtre d'un Dieu d'amour, vous avez semé la violence, et vous recueillez le trouble, le sang et la mort ! ■^ Cependant l'hiver finissait, et l'insurrection, qu*il devait anéantir^ sortait de ses cavernes, joyeuse et triomphante; elle avait dû son salut à Roland ,
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qui lui avait préparé des abris, des greniers, des magasins , des arsenaux , et comme une cité sauvage contre la fureur des hommes et des éléments. Le printemps ranimait aussi dans leurs cantonnements les grandes armées des frontières ; les hostilités allaient partout recommencer, plus actives, plus vastes encore; car elles devaient embrasser FEspagne. L'archiduc d'Autriche, reconnu roi sous le nom de Charles III , s'embarqua pour la Péninsule, dont la défection du Portugal lui ouvrait les portes; et, malgré les tempêtes qui l'en écartèrent deux fois, comme pour le dissuader de descendre sur une terre où il ne devait pas régner, il aborda enfin y et se mit à la tête de son armée angloportugaise. Ainsi, la guerre continentale et maritime enveloppait de toutes parts la France. Les défections simultanées de la Savoie et du Portugal livraient aux ennemis les deux portes du rayaume les plus voisines de l'insurrection; pour les rompre, il suffisait de deux victoires. Il est vrai que deux héros les gardaient: Vendôme, les Alpes ; Bervsrick, les Pyrénées.
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