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considérable d'argent , d'armes et d'autres objets, dont il chargea vingt-quatre mulets. Cette victoire et ce butin venaient à merveille pour redonner du cœur aux brigades camisardes, et du nerf à la guerre, (i)
Quelques jours après, Joani, posté vers Saint- Germain, surprit quarante soldats de sa garnison revenant d'escorter des fourrages ; il les attaqua vigoureusement au-dessus de Calbertète, dans un défilé qui naturellement devait être leur tombeau; mais les troupes royales et les milices de Saint- Germain, entendant le combat qui se donnait à la vue du bourg, accoururent au secours de ce détachement, et l'arrachèrent aux camisards, mais sanglant et traînant l'aile.
Pendant que Roland combattait ainsi, Cavalier, dans son fatal enchantement, allait de bourgade en bourgade. C'était un triomphe continuel : de Sain t-Jean-de-Ceirargue, après sa conférence avec d'Aigalliers, il vint coucher à Lédignan ( i3 mai ) ; de là, à Lezan ( i4)- Le peuple accourait à sa rencontre, le saluant comme le pacificateur du Languedoc. Par ordre du maréchal , les officiers des garnisons royales fêtaient le chef camisard et son état-major; les fournisseurs nourrissaient ses soldats. Tous les jours, après les festins du corps, venaient les banquets de l'âme, prières, prêches, psalmodies, comme aux temps de la plus grande liberté. L'enthousiasme populaire tenait le prophète dans de continuelles extases. « O mon fils, lui disait l'esprit, tu verras le roi ! » Ces paroles , qui ne pa-
(i) Loavrtleail, tome 3 , page 109.
14( HISTOI&R DES PASTEVES DU DÉSERT.
rurent aux assistants qu'une annonce des honneurs extraordinaires que Dieu lui réservait, étaient vraisemblablement une indisorète révélatkm des conférences du pont d*Avène. Lalande, pour séduire le jeune berger, lui avait fait entrevoir la gloire , qu'il obtint effectivement, d'être présenté i Ix)uis XIV. C'est au milieu de ces triomphes qu'il apprit à Lezan ( i4) 1^ victoire de Roland à Fontmorte : ce fut un coup de ficelle qui fit tomber le cerf-volant des nuages où il s'égarait. Yillars , qui l'apprit le même jour, n'en fut pas moins affligé ; il craignit que ce succès ne rompit toutes les négociations déjà si bien nouées. Mais Cavalier se hâta de le rassurer par une lettre dont il chargea Lacombe , escorté de deux de ses gardes. Il s'excusait, en disant qu'il n'avait pas eu le temps d'instruire Roland des conventions du pont d'Avène : ce qui était vraisemblable. De Lezan il remonta vers Tornac (i4), et c'est là qu'il reçut d'Aigalliers et l'invitation du maréchal, (i)
(0 Mémoires el leltn» de C.T.Uer, d'Aigtlliei», Labâome, Soeur Demères , etc.