‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 37 sur 96 · LIT. YIII, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIT. YIII, CHAP. IX

qu'il ne reste plus qu'un seul moyen. » — « Et lequel ?» — « Rétablir le protestantisme. » — « Gardez-vous bien <le parler de cela ! Le roi verrait plutôt son royaun)€ bouleversé. Mais vous , monsieur, n'étes-vous point catholique?» — «Non, monseigneur. f — « Mais comment êles-vous rentré dans le royaume ?» — « J*étais revenu pour emmener ma mère; elle ne put s'y résoudre: ses prières me retinrent. Un prêtre de nos amis certifia que j'avais abjuré; je le laissai dire , et en cela j'eus tort et je m'en repens. »

Louis XIV accorda au baron une audience de congé, le remercia encore devant ses ministres, et ajouta : a II n'y a qu'une chose que j'aurais vouUi corriger en vous, monsieur. » — « Je supplie votre majesté de me dire ce qui peut lui déplaire en moi, répondit d'Aigalliers : je tâcherai de m'en défaire ail péril de ma vie. » — « C'est votre religion, répliqua le monarque. Je souhaiterais que vous fussiez bon catholique> pour avoir lieu de vous accorder des grâces et vous mettre en état de continuer à me servir. Il faut vous faire instruire; vous reconnaîtrez un jour que je vous aurai procuré un très-grand bien. » C'était lui indiquer le moyen d'obtenir surle-champ un brevet de colonel. D'Aigalliers répondit noblement : « Je remercie votre majesté du soin que sa bonté royale prend démon salut; mais je me croirais indigne de la moindre de ses faveurs, si je l'obtenais par une hypocrisie. » Le roi plia les épaules. <c Cela suffit, ajouta-t-il, n'en parlez plus. » D'Aigalliers lui demanda sa bénédiction, comme à son roi. Louis XIV se mit à rire, et congédia le baroiii afQigé de voirie monarque se moquer de ses

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sentiments féodaux et de la vieille religion du trône- On le gratifia d'une pension de huit cents livres. D'Aigalliers fit sentir qu'il n'avait point agi pour de Targenty et demanda qu'on lui remboui*sât les trois cents pistoles qu'il avait empruntées à ses amis et dépensées au service de 1 état. Oq refusa ; mais on lui fit entendre que s'il ramenait Roland y on pourrait bien lui accorder un brevet de colonel. Quelques justes que fussent les prétentions de d'Aigalliers, il eut tort de s'abaisser jusqu'à cette misère, qui ternit d'une ombre d'intérêt la pureté de ses motifs religieux et patriotiques.

Louis XIV, qui n'accordait aux hérétiques ni salaire ni gratitude, acceptait néanmoins leurs services et même les sollicitait parfois. Chamillard et d'Aigalliers signèrent , au nom du monarque et des prolestants, une convention dans laquelle il était stipulé que tous les français qui refuseraient d'être de la religion du roi, sortiraient du royaume ; qu'ils se rtîtireraient chez un prince allié de la France; qu'ils pourraient, à leur volonté, vendre leurs biens ou en recevoir les revenus à l'étranger , et enfin emmener avec eux leurs parents prisonniers ou forçats. Ce dernier article avait surtout séduit d'Aigalliers, qui, trompé par ses sentiments généreux, se regardait comme un libérateur suivi d'une multitude joyeuse de captifs, tels que le jeune Rochaîgude et le vieux Saïgas, sans trop réfléchir qu'il les conduisait dans Texil et qu il signait luinuMuesan expulsion de la patrie. Or , c'est ce traité qu'il s'agissait de soumettre à l'acceptation des Enfants de Dieti. S;i more voulut l'accompagner, afin de persw.ulor les fe.umes, dont Tinfluence

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