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achèverait de convaincre leurs maris. Arrivé à Saiut-Hippolyte, le baron écrivit à Roland pour lui demander une conférence générale et publique, a6n que ce chef ne pût encore se* rejeter sur le refus des brigades. Roland accepta j et lui envoya une escorte de cavalerie, commandée par Marchand , (de Fons-sur-Gardon), le successeur de Saint-Paul. Lé lieu de la conférence fut 6xé à Durfort(a9 juillet). D'Aigalliers s'y rendit avec sa vieille mère et plusieurs St.-Hippoly tains. Roland vint à sa rencontre, suivi de Ravanel et d'une vingtaine de gardes. Le général camisard l'accueillit gracieusement; mais Ravanelj inquiet, mécontent, grommelait comme un sanglier. Les compagnons du baron l'offusquèrent; il leur ordonna brutalement de se retirer. D'AigaU liers répondit qu'il ne le souffrirait pas, et qu'il s'en retournerait plutôt lui-même. Mais Roland intervint, fît taire son lieutenant, et, tombant à genoux sur le chemin, adressa au Seigneur une fervente oraison pour qu'il disposât les esprits à la concorde. Il reçut le baron dans le manoir gothique de Durfort, demeure féodale des seigneurs de Sauve et des évéques de Maguelone, et, depuis l'insurrection, celle de Roland, possesseur de tous les vieux castels cévenols. Il invita le baron et la baronne à dîner avec plusieurs de ses lieutenants. Ravanel refusa de se mettre à table. Après le repas, d'Aigalliers dit à Roland que, s'agissant d'une affaire qui intéressait tout le peuple, il fallait d'abord l'assembler, et qu'ensuite il lui coamiuniquerait les intentions du roi. «Frère! parlez-ici, répondit Roland;- les autres tiendront pour fait ce que nous ferons. » — Vous savez, répliqua le baron , que vous ayez blâmé
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Cavalier d'avoir traité en cachette; ainsi, parlons devant tout le monde. » Le nom de Cavalier fit bondir Ravanel. «J'adore Dieu,sécria-t-il en fureur, Cavalier est un traître 1 Mais , pour moi y je veux servir l'Éternel, quand il y aurait trente mille diables qui voulussent Tempécher ! » Cependant au dehors la multitude demandait tumultueusement à confét^r avec le baron. Roland lui ordonna de s'assembler dans le pré derrière le château. Le balcon du manoir dominait cette esplanade, et Roland, d'Aigalliers, sa mère et quelques autres personnes s'y placèi-ent pour haranguer la troupe, mêlée en bas aux peuples de Durfort et des bourgades voisines.
D'Aigalliers demande la parole. Au même instant, un prophète, debout sur une éminence à Teitrémité du pré, en face du balcon, la réclame aussi; la multitude se tourne aussitôt, la moitié vers le baron et l'autre vers le prophète. Celui-ci, sans doute scandaHsé que la conférence fût ouverte sans une prière ou un cantique, entonna aussitôt un psaume, que tout le peuple continua en chœur. D'Aigalliers, fiiché, dit à Roland: or Ilya temps pour tout , pour chanter les louanges de Dieu et pour ^'onger à ses alT;ures. Je vois qu'on abuse de la Parole de Dieu pour m'interrompre , et je m'en vais. » Vu habitant de Durfort, nommé OUivier, voulut fj ire observer au prophète qu'il devait laisser parler lebaran« obligé de sVn retourner le soir, et qu'il était déjà tar\i. Ravanel, à cheval au milieu de la foule« entendjiut cette observation, sVcria furieux: A Comsnenl ' j^jhlorv Dieu, on veut m'empécher ironteuilni U Pjirv^le de l'Eternel ' » Et tirant son
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sabre il en assena un grand coup sur le bras du malencontreux Ollivier. La vieille baronne s'épouvante; un tumulte horrible se fait dans l'assemblée; plusieurs brigadiers camisards s'élancent sur Ravanel , qui les renverse sous son cheval. Ils se relèvent, le poursuivent et le ramènen t désarmé. Enfin , comme la nuit approchait, d'Aigalliers put commencer son discours. Il parla d'abord de la nécessité de terminer une guerre désastreuse et d'accepter la paix offerte parle monarque. Avec la guerre, ils ne pouvaient être qu'exterminés; avec la paix, ils pouvaient rester paisiblement en France, mais sans culte public; et mieux encore se retirer avec leurs biens et les captifs délivrés dans une terre de liberté. Après d'Aigalliers, Roland, debout sur le même balcon, répondit : qu'ils ne voulaient point de religion sans culte public; et que le moins qu'ils pussent exiger , c'était quatre temples, dans les quatre diocèses d'Alais, d'Uzès, de Montpellier et de Nismes ; mais que, soit en paix, soit en guerre, ils voulaient rester dans le pays; qu'ils devaient combattre jusqu'à la mort pour se maintenir dans les Cévennes, forteresse des Enfants de Dieu. «Quant à moi, ajouta-t-il tristement, il y a long-temps que j'ai offert à Dieu mon corps en sacrifice. » (i)
D'Aigalliers répliqua qu'il n'était plus question de religion , s'ils voulaient combattre pour des bois et pour des rochers ; il parla encore des malheurs d'une résistance inutile, des avantages de les prévenir en sortant volontairement de France, de son désir de partager leur sort et de se mettre à leur
(i> D*Aigallier8 ; LoovrelcQil, tome 3, page 167.
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téCe avec sa vieille mère, pour se rendre dans un pays de repos et de liberté, a Pour vous, dit-il à Roland, vous devez bien prendre garde de vous laisser séduire au désir de vivre dans Tindépendancejsi vous différez un moment, vous ne pourrez plus prendre le bon parti. » — « Si Dieu veut, répondit Roland , il peut me faire vaincre toute la terre ! Il m'a fait conquérir ce pays-ci, il m'en fera conquérir bien d'autres. » — «Comment conquérir! s'écria dWigalliers. Vous croyez donc avoir conquis un pays, parce que vous allez d'une montagne à l'autre. Mais, dites-moi, lorsque les troupes viennent et que vous vous en allez , et qu'on brûlera peut-être le lieu où nous sommes, pensez-vous qifalors votre protection soit fort utile aux habitants d'un |>ays que vous regardez comme vôtre ? » Mais les clameurs des Enfants de Dieu interrompirent le baron , qui se réclama de ses bonnes intentions. « Vous devez m'en savoir gré, dit-il, je n*ai pu mieux faire, et je donnerais ma vie pour vous procurer la liberté de conscience dans la patrie; mais je ne puis là-dessus que prier Dieu de toucher le cvvur du roi ! » La nuillitude s^apaisa, et un prophoto, au nom de tous, remercia le baron : « Continuez, lui dit-il. Dieu vous récompensera! a Los habitants do Durfort fondaient on larmes de rinflexibilîto des Knlants do Dieu.
La nuit tombait : dWi^^alliers, vovant 1 i.-riî,itioii des camisards, n'osa se romottie on chemin ilans robsiHirilô; il ivsta ,i Durfort. Ce castol dosert n'avait jkis oto, on lo jvnso Mon, meublé par Roland; il «'\ .uait que quelques olu:>o>, sur lescpu'lles le Ku\>n, s.i uumv et sept à huit autres
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personnes passèrent leur veille à causer, non sans inquiétude, en attendant le jour. Vers minuit, un camisard gigantesque, armé d'un fusil et de deux pistolets, entra. Tombant avec armes et bagages sur le pavé retentissant, il remplit la moitié de la salle. Ce prophète resta plusieurs heures dans cette attitude, agité de convulsions et annonçant à la terre les calamités dont la menaçait le ciel. La vieille baronne mourait de frayeur. Enfin le jour parut: d'Aigalliers partit; Roland l'accompagna poliment, mais froidement. Le baron rentra dans ptint-Hippolyte, mécontent d'une course inutile et d'une conférence où il n'avait pas brillé. Il est étonnant combien le camisard inculte s'était montré supérieur au gentilhomme lettré, par le sens, la fermeté, la grandeur des vues, et par un fier et mélancolique héroïsme, (i)
D'Aigalliers, de retour à Saint-Hîppolyte, écrivit ^ Villars et à Chamillard le stérile résultat de sa mission ; il offrit même au maréchal d'y rester pour fomenter la désertion au camp camisard et débiliter insensiblement l'insurrection et son chef; mais Villars, qui déjà se méfiait du mécontentement du baron, lui ordonna de revenir à Nismes. 11 fut désolé et furieux de l'indomptable obstination de Roland. Sa colère s'exhala en menaces plus bruyantes, il est vrai, que redoutables : a Je brûlerai, s'écriat-il , trente paroisses ! Tout ce qui se trouvera à la campagne périra ! » Mais Roland répondit ou fit répondre par Ravanel et Catinat o que pour un village protestant détruit, ils en détruiraient quatre
(.) D'Aigalliers.
HISTOIEE DES PASTEUIS OU DÉSEAT.
catholiques, et, pour chaque personne, dix, sans égard de sexe ni d'âge. » Villars mit en mouvement tous ses généraux. Saint-Bénézet et Soulorgues furent pillés par Grandval; Corbès, pillé et brûlé par Planque ; Gros , Saint-Roman , Collognac , Valestalièresy saccagés paf Lalande; Saint - Privaf, Saint-Frézal et Saint-Hilaire , dévastés par PalmeroUes.Une vingtaine de personnes furent fusillées; une centaine enlevées dans les environs d'Uzès. Yillars donna cette satisfaction aux prêtres et aux catholiques, qui , las d'interminables négociations, recommençaient, le clergé, ses plaintes et s^ murmures, (i) et le peuple, ses attroupements, ses pillages et ses meurtres. Roland n'usa pas de représaillesf^mais il écrivit une lettre terrible au brigadier de Parât, à Uzès, le menaçant, si dans trois jours il n'avait réprimé les brigandages des cadets de la croix, de tout détruire , par le fer et le feu : villes, bourgs, villages et toute la campagne catholique. Yillars satisfit à cette réclamation , contint les bandes de l'ermite , cassa un de ses lieutenants , Florimont, et l'enferma au fort deNismes. (a) Tourmenté par les prêtres et les prophètes, par les camisards blancs et les camisards noirs, prêts à s 'eut regorger de nouveau , Villars, persévérant dans la clémence, eut recours à un dernier et singulier négociateur. Dans les montagnes de Lasalle, on voit encore un vieux château, du nom de CornelU, demeure féodale d'une de ces familles napolitaines proscrites pour leur attachement à la dynastie d'Anjou, et, depuis le quinzième siècle, établies en Languedoc.
(i)FIéchier, lettre da 9 oaàt 1704. (a) Labaamc.