‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 39 sur 96 · UT. TIII, €HAP. IX · texte numérisé non relu

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tjde dernier mâle de cette maisctn avait en mourant laissé une orpheline, qui, unissant l'imagination de son ancienne ||atrie à l'enthousiasme de sa foi nouvelle, conçut pour Roland une passion romanesque et mystique, exaltée par le triple intérêt attaché au proscrit , au guerrier et au prophète ; elle l'accueillait dans son manoir, et le suivait au désert y sans que celte vie aventureuse, si éloignée des paisibles habitudes de son sexe, éveillât le moindre soupçon injurieux à sa vertu etparût avoir la moindre étrangeté pour ce peuple en qui tout était extraordinaire, (i) Dans une de ses courses, elle tomba entre les mains de Montrevel, qui l'enferma dans un couvent. Villars la relâcha, lui fit offrir quatre cents pistoles, et la mission de fléchir et de désarmer Boland. La noble jeune fille refusa le salaire , et, son message accompli, répondit: «Roland ne veut pas se rendre : l'esprit le lui défend. » Et comme on insistait : « Mais en conscience, ajouta-t-elle, puis -je m'opposer à l'Esprit de Dieu ? » (aj Ainsi Roland restait inaccessible aux séductions de d'Âigalliers, de Cavalier, de Jourdan, de mademoiselle de Cornelli. Il répondait toujours : « Je ne me jetterai point à la gueule du lion ! i) (3)

(i) Brotfys représente mademoiselle de Cornelli comme l'erraste Angéliqoe do Roland camisard. Looyrelenil prétend qnVlle ayait une soear cadette éprise ansside Maillé , le lieutenant chéri de Roland. Un capitaine de cavalerie a composé, sar ce snjet, nn roman licencieux intitulé : Les Amotirs des Prophètes, Il est écrit , comme il devait l'être , dans un corpsde-garde, par on imitateur de Crébillon , sous le règne de madame Dnbarri. Le manuscrit se troove à la bibliothèque de Nisroes.

(i) Loovreleoil.

(3y Cavalier.

3ta^ rWnrr ëuil Tenue oâ rînfortuoê Roland, :■■ 1^*%^ offert en sacrifia à Dùu, devait être aerv^ iiwiM liiîimr «Dgt—lc Un jeDne camisanl éXtrs. *am agent de r—fimrw. Tint , dans cette tSt. pro|M»er au marédbal et à FintendaDt de Lcvr iirrer, pour cent looisd'or, le général cérenol. IjC i3 aroôt. BfilaBd, afxonpa^né de huit brigadiencanardi. et. selon fouers, de mailenioiselle de Comelb. vînt coucher au château de Castelnau, âtné j deos lieues et demie au coudiant d'Uzès , et non loin de "Scn. Soit qu'il fût attiré dans le piège par le traître , soit qu'il dût receroJr les impôts de ce canton , et qu'ils se rendit , comme on l'assure , aux eaox miDérales (TEuzet, le brigadier de Parât, prérenn le soir même, Eiit aussitôt pArtir dllzès Lacoslebadié, dief de bataillon de Charolais , tous ses officiers et cinquante dragons de Saint-Semio. Ils chevauchent au galop vers Castelnau. Roland dormait, ses lieutenants aussi, hors tin seul, nommé Grimaud, qui reitlait au sommet d'une tour. £n< tendant dans le silence de la nuit ce galop bruyant des chevaux , Grimaud descend et jette le cri d'alarme de salle en salle. Tous s'éveillent en sursaut. Marchand, Bourdnlté et Bason, les premiers levés, s'enfuient, sur les trois chevaux les plus rapides , par la grande porte du château , que l'ennemi n'occupe pas encore ; mais il arrive aussitôt , et Roland et les cinq autres brigadiers éclia])pent à peine par une poterne dérobée. Les dragons s'élancent sur leurs traces. Les chefs camisnrds, à demi-nus, sur des chevaux à poil , ne ii(;u\ciit gniivenier IcursL indociles, qui, inseiisililcs on péril de lei se ralentissent au buu

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UnçDtfCaracolentetsereDdent. Forcés de les abandonner, ils se dérobent dans un cbemin creux et obscur. Mais tes dragons les atteignent , les cernent , leur crient : » Rendez-vous! Bas les armes ! » Rolaod, adossé au tronc énorme d'un vieil olivier, fit une défense de lion. Il tira d'abord trois coups d'espingole, et chacun fut mortel; il prît ensuite ses pistolets, dont il portait une ceinture. Les ofQciers royaux avaient ordre de le saisir vivant ; mais un dragon, nommé Soubeyran, irrité de voir tomber ses compagnons, abattit , d'un coup de fusil, legénéral camisard. Alors Maillé, Grimaud, Guéri», Saspal et Coutarel , qui se défendaient à ses côtés, se jetèrent en pleurant sur le corps inanimé de leur chef et se laissèrent saisir comme des agneaux, (i) Lacostebndié revint en hâte au château, pour y diercher mademoiselle de Cornelli. On ne la découvrit pas. Si elle y était venue, elle s'était enfuie à cheval dans les ténèbres. L'escadron triomphant rentra le matin dans Uzès. Le dragon vainqueuitenait le cadavre sur l'arçon de sa selle. Parât le fit montrer de rue en rue au peuple , en criant : « Voilà le corps de Roland le fameux chef camisard ! » Le maréchal ayant reçu cette grande nouvelle à trois heures après midi, fit partir, le même soir, un détachement pour Uzès. Il rentra le matin dans Nismes conduisant le cadavre enfermé dans une bière couverte, et les cinq camisards enchaînés. Bàville les reçut au palais, et fit aussitôt le procès uimortet aux vivants. Tout le lendemain (i6aoùt), ^BttKlavre, attaché par le cou à uue charrette attelée

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de bœufs y fut traîné dans Nismes , au milieu d*uiie immense multitude de toutes les classes se presstnt autour du char patibulaire de Roland, comme elles se précipitaient naguère sur les pas du coursier triomphal de Cavalier. Fléchier et quatre autres prélats se mêlèrent à la foule pour voir la face du chef redoutable du désert. Le soir, ils assistèrent, avec une joie indécente , au supplice de ses cinq lieutenants, dont la constance étonna même ceux qui avaient déjà vu mourir dans les tourments les Enfants de Dieu. Ils furent rompus vifs autour du bûcher de leur général, dont les cendres furent jetées aux vents.

Ainsi périt, à l'âge de trente ans environ, Roland Laporte, général des Enfants de Dieu, pâtre cévenol, qui unissait à l'indomptable ténacité de Coligny l'habile et sombre enthousiasme de Cromwel. S'emparant de cet orageux élément de l'extase, il en fit le fondement et la règlcf d'une insurrection, qu'il organisa, nourrit, vêtit, abrita, entretint deux ans au désert, malgré la fureur des hommes et des saisons; lutta, avec trois mille combattants, contre des populations hostiles, soixante mille ennemis armés, les maréchaux de Louis XIV, et ne fut enfin abattu que par la défection, la trahison et la mort. Quel homme plus obscur sut, par de plus faibles moyens, tenter, avec plus d'énergie, un effort plus gigantesque ? Car, l'insurree tion, créée par lui, morte avec lui, c'était lui-même; il en était l'intelligence, lame. Mais s'il en fut la tête, Cavalier, il faut le dire, en fut le bras et la plus vaillante épée. Roland n'avait point cet élan , cette fougue aventureuse, inspirée, cette bravoure témé-

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raire et chevaleresque qui, jointe aux charmes de l'adolescence , fofit de Cavalier la plus gracieuse et la plus héroïque figure du désert. Roland , d'un âge plus mûr, d'un caractère plus viril, eut aussi des qualités plus solides et plus complètes. Nature à double face, le calme s'unissait en lui à l'emportement, l'astuce à l'intrépidité, le calcul à l'enthousiasme. Homme d'intelligence plutôt que d'action , il acceptait, sans les chercher, les combats utiles, laissant à Cavalier la gloire de provoquer des chocs stériles et sanglants. Ces victoires inspirèrent , à ce qu'il semble, à son jeune lieutenant la coupable ambition d'usurper le commandement suprême. Roland s'y maintint, et non-seulement il ne s'en vengea pas, mais il le choisit, l'agréa du moins, pour son mandataireauprèsde Villars, et voulut même, après sa défection , le réconcilier avec les brigades , dont il ne put vaincre le ressentiment. Cavalier lui paraissait indispensable à son triomphe. Déplorable récompense des actions .humaines ici-bas : l'infidélité conduisit Cavalier à la fortune et à la célébrité; Roland , incorruptible, scellant sa cause de son sang, n'obtint qu'un obscur martyre ! Mais trois jours de plus, et sa constance, au lieu d'une fin tragique, obtenait peut-être un éclatant triomphe. Roland périt la veille de la fatale bataille dllochstet et l'année qui précéda les grands désastres de Louis XIV. Qu'eût-il fait alors ? En demander le mystère à la tombe, est aussi téméraire que chimérique. Ce chef formidable, grandissant de la ruine du monarque, lui eût sans doute imposé le rétablissement de l'édit de Nantes; il eût rouvert les portes de la France à cinq cent mille exilés ; et, les

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réunissant sur la frontière, il leur eût dit : a Maintenant défendons la patrie, notre mère repentante et vénérée, et repoussons ses ennemis, qui n'ont eu pour vous qu'une hospitalité cupide, et pour moi qu'un dédain barbare. » (i)

(i) L*hofpitalilé det particnliers fat admirable; celle àta états» renae aassi , fot néanmoins intéressée. lia n'exigèrent pas Éb Loois XrV le rappel des exilés , et , tout en protégeant les négociants , ils laissèrent I^a yienx soldata dans nn dénàment tel qne sonyent ces malheorenx ne savMemi pas où aller tomper, comme s>xprime nn agent de Chamillard.

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