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armes àSaint-André-de-Valborgne. L'aide-raajor de Fimarcon se rendit avec trois cents dragons dans ce bourg, pour recevoir leur soumission et les ramener à Nismes. Les habitants de cette ville attendaient impatiemment, sur les avenues, Tarrivée des brigades du Gévandan; mais ils furent extré* mementdésappointés de ne voir paraître que le seul Castanet, dont la stature courte et trapue satisfit peu Timagination populaire, qui s'était autrement figuré le prince de l'Aigoal. Tl demanda sa femme captive à Montpellier, et la liberté de se retirera Genève (6 septembre 1704).
Mais Ravanel publiait hautement qu'il ne poserait jamais les armes. De la troupe de Cavalier, qui s'était partagée entre lui et Catinat , il avait conservé trois cents fantassins et cinquante chevaux. Fidèle observateur des solennités religieuses , il ordonna la célébration de la Cène et un jeune général pour fléchir la colère divine, et se rendit la veille au bois de Saint-Bénézet. Villars, alors à Anduze, en fut prévenu le soir même, et dans la nuit toutes ses troupes se mirent en mouvement. Le brigadier de Courten, commandant d'Alaîs, vint avec ses suisses border le Gardon au-dessus de Ners; Laroche , chef du second bataillon de Hainault, vint d'Anduzeà Domessargues pour pousser Ravanel dans les pièges de Courten ; de la cavalerie fut répandue dans les environs pour couper sa fuite et le sabrer. Dès Taurore du dimanche ( i4 septembre), I^roche s'avance vers les bois de Saint-Bénézet. Ravanel en est averti ; mais soit que le sentiment de sa faiblesse matérielle ou morale, ou que la sainteté de ce jour, ou que Favertissement de Fesprit , lui défendissent
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de hasarder le combat, il résolut de passer le Gardon au-dessus de Ners, pour se retirer dans les bois de Vaquières. Il allait ainsi tomber directement dans Tembuscade de Courten , lorsque heureusement, avant d'y arriver, il aperçut un corps de troupes immobiles entre Maruéjols et le moulin du Pont. Il se détourna, gagna la rive du Gardon et la redescendit] usqu'au-dessous de Maruéjols, où il traversa le torrent. Il crut avoir mis le Gardon entre lui et Tennemi, lorsque, arrivé près du moulin de la Ressègue, il vint heurter contre un autre bataillon nonchalamment étendu surTherbe. Cette troupese leva vivement et s'élança après Ravanel, qui, remontantcette rive jusqu'à Ners, tomba dans l'embuscade des suisses. Il se jette dans le Gardon ; mats les dragons l'assaillent sur l'autre bord. Pris entre deux feux, il perdit cent quarante camisards entre Ners et Cassagnolles. Il s'esquive enfm tout sanglant par la vallée de Beaurivage, passe le Gardon d'Anduze et vient donner encore contre la garnison de Hagards, qui lui tue une vingtaine d'hommes. Il gagna enfin la montagne. On crut Kavanel tué; luimême répandit le bruit de sa'mort , auquel il dut peut-être son salut; semblable en ceci, dit un chroniqueur, à Mithridate. Chassé des montagnes, il repassa le Gardon , fut investi dans un bois d yeuses nommé T^uzieres del mas des horts y et, traqué comme une béte fauve, alla se perdre dans les bois de Lenx. Enfin les soixante camisards qui lui restaient, l'abandonnèrent pour se rendre au maréchal. Dans cette défection universelle, Ravanel et Montbonnoux, s'embrassèrent en pleurant, et jurèrent de combattre ensemble jusqu'à la mort.
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La défaite de Ravanel fit succomber Catinat, poursuivi sans relâche aussi. La nuit du jour où les cendres de Roland furent jetées aux vents , la garnison de Calvisson l'avait surpris , avec une douzaine de ses compagnons , endormis dans les vignobles de Maruéjols de la Yaunage. Blessé^ et presque saisi , le vigoureux Catinat renversa son adversaire 9 se jeta dans un fossé et s'échappa ; dix de ses camarades furent tués; un seul fut fait prisonnier; il se nommait Béchard, d'Aubàis, et c'était uu brave. Quelques jours auparavant, il avait, lui ^isième , attaqué près de Psalmodi un convoi de quatre-vingts chariots de foin; il dissipa l'escorte, et mit le feuiau foin , dont la fumée obscurcit le ciel. Les deux compagnies de dragons du Caila ^coururent au secours ; Béchard et ses deux camarades se voyant perdus, s'écrient bravement : « A moi, à moi , camisards! tue, tue ! » Les draf ons s'effarent, tournent le dos; Béchard, à cheval comme eux, s'élance à leur poursuite , les harcelle et les sabre jusque dans le Caila. Le tocsin sonne pour ameuter les milices; Béchard aperçoit le carillonneur, le tue au commet de sa tour, et se retire triofnphant. Prisa Maruéjols, il fut condamné aux galères; et, libéré sous le régent, il mourut à Lausanne. Cependant Catinat, traqué sans relâche, trahi par les paysans, ébranlé par le malheur de Ravanel, vint, avec son lieutenant favori Franceset et quatre autres capitaines camisards, faire sa soumission à Nîsmes (19 septembre). Use rendit avec fierté, et proférant contre le roi des paroles audacieuses. Castanet et sa femme, qu'on lui avait rendue, étaient encore à Nismes. Villars les réunit et les fit partir
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televa trois cents brebis et ciiyquante bœufs aux peuples de Coucoules. Mais la défection générale Ten traîna : suivi de quarante-six de ses compagnons, il rendit ses armes à Lalande (4 octobre). Ce prince de la Lozère échangea ses grandeurs de la montagne contre une modeste lieutenance, et alla servir en Espagne. Larose ne différait sa soumission que pour clore sa révolte par un acte éclatant de justice, dirai-je, ou de vengeance caraisarde : il voulut châtier Fesquet, seigneur de Sain t-André-de- Valborgne , qui l'avait blessé d'un coup de feu, et qui d'ailleurs, apostat barbare, avait fait naguère, pour leur fidélité religieuse, tuer à coups de hache trois de ses vassaux. Il s'adresse à loi pour traiter de sa reddition €t de celle de la troupe de l'Âigoal. Fesquet indique le lieu de l'entrevue , et s'y rend escorté de quelques milices (19 septembre). Larose le saisit, lui reproche ses cruautés, l'exhorte à la mort et le fait passer par les armes. Sa vengeance satisfaite, Valmalle se réunit à Salomon, Abraham, Laforêt, Lavalette, Moulières, Salles, et, pour négocier leur capitulation, ils députent Elie Marion vers Lalande , à Alais. Ce prophète traita pour ces chefs , pour leurs troupes et pour les peuples d'une trentaine de paroisses, qui les avaient nourris pendantla guerre. « En vertu de ce traité, dit Elie, tous les prisonniers de nos cantons devaient être rais en liberté, et rentrer.. .dans la possession de leurs biens. Les habitants des paroisses que les ennemis avaient brûlées, devaient être exempts de taille pendant trois ans ; et ni les uns ni les autres ne devaient plus être inquiétés pour le passé, ni molestés... sur la religion; mais il leur devait être permis de servir
leurs maisons y selon les mouvements de ij^n:^ cwscîeoce. 9 Le jour même du traité, Larose, ^o: M^onne, ouvrit les portes aux prisonniers dé* ft«M»«jui fort et dans Yune des tours de Saint-Hîpj^fiikte* Ces chefs du Gévaudan partirent pour Nismes; roais Âbraliam ne put se résoudre à quitter ses armes ni ses montagnes : il dit adieu à ses compagnons, et remonta dans les Cévenues. (t)
Restaient encore quelques petits chefs camisards: Fidel, de Mandagout; Beoulaïgue, de Rochaigude; Joseph, ancien cliasseur du sieur de Fesc. Âbric Fidel, de la troupe de Castanet, fréquentait le cours supérieur de Tnérault. Au mois de septembre, quelques jeunes filles de Ganges psalmodiaient : un cordelier nommé Grillon leur imposa silence avec menace, a Chanter les louanges de Dieu n'est pas un crime! répondirent les jeunes filles; le crime seul mérite châtiment. » Le fougueux cordelier s'irrite; et les jeunes filles de répéter toujours qu'il n'y a point de crime à louer Dieu. Le moine les dénonce au juge; on informe. Mais qui portera la procédure à Bàville? Personne ne veut s'y risquer, de peur des camisards. Le cordelier dénonciateur s'en charge, et part accompagné d'un de ses confrères nommé Paul. Montés sur deux chevaux loués à im protestant de Ganges, ils cheminent vers Montpellier; ils rencontrent un capucin laïque de leur connaissance, qui faisait dans les vignes la quête delà vendange. Comme ils s'entretenaient ensemble, Fidel, sans doute averti de leur départ, mit la main sur les trois moines près du logis du Bosc; il les
(i) llicàtre taeié , Elte Marioo , Abraham Mazel , Louvreleail.
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conduisit au fond du bois, qui donne son nom à cette auberge isolée. « Mes pères , dit-il aux cordeliers, vous avez toujours cru la confession bonne, eh bien, confessez- vous l'un à l'autre incontinent, car vous allez mourir. » Les moines, se mettant à genoux, récitent les prières des mourants. Fidel et ses camisards se prosternent aussi et supplient à haute voix l'Eternel d'agréer le sacrifice de ces deux idolâtres. Il les fit fusiller : puis se tournant vers le capucin , qui s'attendait au même sort : a Mon père, lui dit-il, vous n'êtes ni prêtre ni prédicateur, je vous fais grâce. Retournez à Ganges, ramenez à leur maître ces deux chevaux, et dites de ma part au gardien des cordeliers que s'il empêche encore nos frères de louer l'Eternel, j'irai le poignarder dans son couvent. » (i)
Le 20 octobre, Fidel se soumit au commandant de Ganges; Beoulaïgue le a5 ; ils se joignirent à l'émigration de Salomon, de Larose, d'Amet, etc. Elle Marion et ses frères emmenèrent leur père dans l'exil , vieillard patriarcal qu'à cause de ses enfants , Julien avait confronté souvent à l'échafaud. Ils arrivèrent en novembre à Genève. Joseph, qui se rendit vers la fin de ce mois , partit avec huit prophétesses et arriva dans cette ville en décembre. Il ne restait plus dans les Ce venues que quatre chefs camisards inébranlables : Ravanel, Abraham , Montbonnoux et Claris. Préférant à la paix et à l'exil leur périlleuse et sauvage liberté, ils vécurent dans les cavernes, dans les forêts, et, la nuit, allèrent parfois s'asseoir furtivement au
(1) Loarreleail , Labaame.
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foyer de leurs anciens soldats y heureux de partage leur pain avec les prophètes proscrits. Déjà, dès le 8 octobre , Villars avait mis à prix la tête de Ravanel : il promettait cent cinquante louis à qui le livrerait vivant, et cent à qui le tuerait ou le trouverait mort. Il condamnait d'avance aux flammes les villages qui leur donneraient asile et leurs peuples au fil de Tépée.
Tous ces chefs camisards qui se soumirent, depuis Cavalier^ le premier et le plus fameux, jusqu'à Joseph, le dernier et le plus obscur, tous ces vaincus eurent leur triomphe populaire; tous imposèrent les conditions de la paix à Villars qui même, à leur départ, leur donnait de For; tous traitèrent, non-seulement poui eux, mais pour leurs partisans, pour les prisonniers qu'ils délivrèrent et emmenèrent dans l'exiL Ils descendirent de leurs montagnes et parurent devant Villars, Bàville, les évêques, la populace furieuse de Nismes, avec un air hautain, audacieux et indifférent. Aux yeux de ces camisards qui ne vivaient plus qu'avec Dieu, tous les hommes étaient de même niveau. Villars fut surpris de trouver cette hauteur de caractère dans ces montagnards incultes; il descendait sans peine avec eux à une magnanime égalité, et les traitait avec une fastueuse complaisance. Mais Fléchier, évêque bel-esprit, ne voyait dans ces guerriers cévenols que des gueux , gens grossiers, malfaits et/éroces. C'est peut-être parce qu'ils ne savaient être devant lui ni radoucis ni repentants. (i)
(i) Lettre 194, da 8 janvier 1705.
LIT. Yin , CHÀP. XI. 243