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CHAPITRE XI

Vers la mi-décembre 1704 , les Cévennes étaient pacifiées. Elles se trouvaient dans une espèce de calme orageux encore, mais bien doux après une si longue tempête. Villars parcourut ces cantons désolés, enleva les armes , déparqua les peuples , et les exempta de toutes tailles et subsides pour qu'ils pussent relever leur cabanes et reprendre la culture de leurs terres: oc prévoyant bien, dit un chroniqueur, que des gens exempts de charges et tranquilles dans leurs héritages, ne songeraient plus à rallumer des feux dont ils axaient été dévorés.;» Ses paroles magnanimes domptaient et calmaient les restes vivaces des douleurs, des haines et des discordes qui palpitaient encore au fond des âmes, (i)

Avant de quitter le Languedoc, Villars tint les Etats, et ce fut pour lui une cérémonie triomphale. Tous les ordres rivaHsèrent de louanges et d'hommages ; mais les évéques surtout, victorieux par la victoire du maréchal , et comme pour effacer leurs

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blâmes et leurs murmures injurieux, firent fumer aux pieds de leur libérateur tout Fencens de Saba.. a Monseigneur y lui dit en leur nom Fléchier, nous venons mêler notre joie à celle que votre présence inspire à tous les ordres de cette ville. C'est à Téglise principalement de se réjouir à la vue de celui que le ciel lui donne pour défenseur, et qui, comme un autre Macchabée, après avoir humilié les ennemis de sa patrie, vient consacrer ses mains triomphantes à réparer les ruines du sanctuaire. Nous avons admiré avec toute r£urope les glorieux événements des deux dernières campagnes : Un prince allié de la France puissamment secouru, lies projets de ses ennemis renversés, Texpérience de leurs plus habiles généraux déconcertée, la frayeur et répouvante portées dans la capitale de Tempire. Chaque action, chaque pas, pour ainsi dire , étaient une nouvelle victoire : Friedlingue , le fort de Kell, le passage de montagnes inaccessibles forcées prèsqu'à la vue d'une grande armée, Hoschtet même (nom fatal que nous ne proférons plus maintenant qu'avec peine ) ! Hoschtet même était alors nommé dans les cantiques de notre joie et faisait le sujet de nos actions de grâce.

» Nous ne demandons plus maintenant à quoi devaient aboutir tant de succès et tant de gloire. Dieu préparait alors un défenseur à ses autels ; il suscitait un protecteur de sa cause. En effet. Monseigneur, destiné à de si hauts emplois, à peine étesvous arrivé dans cette province, qu'on y voit tout changer entièrement de face. Le doigt de Dieu paraît partout : on n'a pas besoin d'employer la valeur des troupes accoutumées à vaincre; la seule

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présence tle leur général envoyé par le Dieu des armées 9 suffit dans tous les lieux où il se présente pour en chasser l'esprit de révolte et de fanatisnie. Cet aspic furieux , sourd jusqu'alors, débouche peu à peu ses oreilles; il se laisse charmera la voix du sage enchanteur; son venin se dissipe, et après avoir quitté le dessein de nuire aux autres, il perd enfin le courage de se défendre lui-même.

» Nous nous bornons aujourd'hui, Monseigneur, k ce grand événement, parce qu'il est le plus glorieux de votre vie et le plus digne de nos louanges. Nous laissons à une autre éloquence à s'étendre sur d'autres sujets : pour nous , nous nous arrêtons à celui dont la mémoire se conservera dans cette province autant que la vraie religion , et qu'il y aura des autels dressés à l'honneur du Dieu vivant. Nous aurons soin de transmettre à nos successeurs le précieux souvenir de cette histoire mémorable; et nous leur apprendrons en même temps, Monseigneur, les sentiments de la vraie et parfaite reconnaissance dont nous sommes pénétrés, aussi bien que de la profonde vénération que nous conserverons toujours pour votre personne. » (i)

Les Etats firent au maréchal un présent de ia,ooo livres, et un de 8,000 à la maréchale; don que la reconnaissance ennoblissait, mais vil en luimême, et nul aux yeux du riche et fastueux Villars. C'était à peine de quoi refourbir son épée un moment rouillée dans son fourreau à l'exhalaison des échafauds cévenols, mais qui devait flamboyer encore sur le Rhin et sur l'Escaut. Villars laissa le

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commandemcot provisoire de la province au lieutenant-général Lalande, et partit pour Versailles ( 6 janvier ryoS ). Il fut reçu de Louis XIV comme le méritait le pacificateur du Languedoc. Le roi le nomma doc et lui donna le collier de Tordre du Saint-Esprit; double récompense en harmonie avec le caractère à la fois politique et religieux de sa victoire.

Ainsi rhabîle et généreux Villars désarma les Enfants de Dieu. Fléchiery dans sa harangue , rappelle un enclianteur ; et c'est, je présume, pour flatter le maréchal qui raffolait de romans chevaleresques, qu'il transforme un général de Louis XIV en un magicien du temps de Charlemagne, auquel il soumet Taspic du Psalmite (i). Quoiqu'il en soit, l'insurrection tomba comme par enchantement à la voix de l'heureux Villars. Tout concourut à son triomphe , et la dernière victoire de Montrevel , et l'aveuglement des puissances protestantes qui délaissèrent les camisards, et la lassitude des populations cévenoles, et le fatal projet de d'Aigalliers, et la défection de Cavalier, et l'or qui paya le sang de Roland, et même les tempêtes protectrices du Languedoc. Mais la magique baguette dont le charme assoupit surtout l'insurrection , c'est le gouvernement juste et paternel de Villars, c'est sa parole magnanime et tendre, c'est sa pitié profonde pour un peuple innocent et malheureux : un général d'armée qui dompte la révolte par la douceur; un grand seigneur qui tend la main à un pâtre en qui

(i) Cette imAge adoptée par \n poésie carlovinglenne est d'orîgîne parement biblique et orientale. Psaume ltjii , t. 4 et 5.

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il voit un héros; un courtisan qui a des entrailles pour le peuple; voilà, certes, un enchantement où brille la main même de Dieu, et qui fait de Yillars un des plus grands hommes de son siècle.

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