CHAPITRE PREMIER
( Janvier i yoS ). La guerre cévenole fut suivie de conjurations et de soulèvements passagers, où tous ses héros reparaissent un instant pour mourir. Nous allons, en racontant ces événements malheureux, accompagner ces chefs au tombeau , et pousser enfin pêle-mêle tyrans et esclaves, bourreaux et victimes , devant leur juge éternel.
Mais suivons d'abord les Enfants de Dieu hors de France. Dès que la nouvelle de leur ruine parvint en Hollande, Saurin , qui, deux ans auparavant , avait, en leur faveur, sollicité les dons des fidèles étrangers, implora de nouveau leur commisération pour préparer d'avance à ces proscrits l'hospitalité de lexil. « Heureux habitants de ces provinces, participez au sacrifice des martyrs et des confesseurs , en ouvrant votre sein à ceux qui ont le courage d'abandonner leur patrie
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pour donner gloire à la vérité. Ne souffrez pas que , ayant échappé aux bourreaux du christianisme dans les pays de persécution , ils succombent sous les horreurs de la disette et de la famine dans les pays de liberté. Faites de nouvelles collectes, formez de nouveaux établissements pour les malheureux , que de nouvelles tempêtes vont jeter sur vos bords. Ne souffrez pas que le défaut de secours qu'on trouverait au mih'eu de vous fournisse des prétextes à des chrétiens lâches qui refusent de suivre Jésus-Christ. Nous vous importunons depuis long-temps avec nos sollicitations, avec le triste tableau des malheurs de notre patrie, avec nos soupirs , avec nos larmes ; mais ce n'est pas nous seulement, c'est l'église de Jésus-Christ, à laquelle vous faites gloire d'appartenir, c'est Jésus- Christ lui-même qui vous sollicite dans la personne p de ses membres; c'est cette providence divine, qui, en continuant de vous protéger et de vous défendre, vous prescrit, par cela même , d'être la défense et la protection des opprimés. »
« Participez aux misères de l'église par les effets de votre charité pour ceux qu'elles enveloppent depuis tant d'années. Je ne parle pas seulement de cette charité qui consiste à donner du pain à celui qui a faim : vous avez prévenu nos vœux à cet égard et surpassé nos espérances; je parle de cette charité qui consiste à avoir pitié d'une nation qui est un composé de plusieurs nations, dont chacun a porté au milieu de vous ses préjugés et ses passions. Un corps pareil a sans doute besoin de votre clémence. Nous l'implorons , si plusieurs de nous n'ont pas soutenu dignement le caractère de con-
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fesseurs qu'ils ont apporté dans ces proTinces; mais, en nous faisant grâce, rendez-nous justice; respectez des têtes que la foudre a frappées !... »
a Participez aux misères de l'église en travaillant à les terminer. Ce n'est pas à nous à vous indiquer les moyens de parvenir à ce grand ouvrage, votre piété vous en inspirera assez, si vous voulez l'écouter; c'est à nous à prier, à conjurer, à- répandre des larmes. Généreux protecteurs de l'église opprimée, qui déjà, dans plus d'une occasion, ave» signalé votre zèle pour elle, pourriez-vous nous condamner, si, dans ces tristes temps, nous faisons des efforts pour le ranimer et pour émouvoir vos compassions envers nos frères ! Nous sacrifions v<k lontiers nos fortunes à nos ennemis , mais nous ne saurions leur abandonner l'âme de nos frères! Nous renonçons volontiers à la prospérité de nos mai^ sons , mais nous ne saurions abandonner l'âme de nos frères ! Voyez au milieu de vous une troupe de fugitifs ! Ecoutez les gémissements d'un grand nombre d'exilés que vous avez recueillis, mais qui ont toujours dans leur pensée l'âme de leurs frères ! »
« Participez aux misères de l'église en vous préparant vous-mêmes à les supporter. Vous subsistez murs de ce temple , et puissiez-vous subsister jusqu'à la fin des siècles ! Vous fleurissez nation bienheureuse; vous êtes maîtres de vos lois , de votre gouvernement ; vous vous choisissez vos magistrats, vos souverains; vous ne vous imposez d'autre tribut que celui que vous jugez vous-mêmes nécessaire pour votre maintien ; et puissent de si nobles privilèges ne vous être jamais enlevés ! Mais qui