‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 44 sur 96 · UT. K, CHAP · texte numérisé non relu

UT. K, CHAP

sait jusques à quand vous posséderez un si grand bonheur! Qui sait si Dieu vous supportera encore pendant long-temps ! Qui sait si le mépris que quelques-uns de vous ont témoigné pour ce Chandelier, à la lumière duquel nous nous réjouissons dans ces assemblées , ne nous attirera pas le malheur d'en être privés ! Encore une fois , Dieu veuille nous exempter à jamais de ces malheurs ! IJieu veuille que la religion brille toujours au milieu de vous dans tout son éclat ! Mais pourtant soyez prêts à tout sacrifier pour elle ! Élevez vos enfants dans la disposition au martyre ! Accoutumez-vous à regarder vos biens, votre liberté, vos richesses, vos dignités, comme des émanations des bontés de Dieu, qui ne sauraient jamais être plus dignement employées qu'à être offertes à celui de qui on les a reçues, lorsqu'il nous en demandera le sacrifice ! » (i)

C'est ainsi que ce grand orateur de l'exil tâchait d'émouvoir parla perspectiveimminente des mêmes malheurs , la commisération de la Hollande envers les bannis camisards. Mais ils s'arrêtèrent d'abord en Suisse. Cavalier, qui ouvrit cette émigration , vit bientôt après paraître d'Aigalliers et sa troupe; mais lorsque les autres arrivèrent successivement, il avait quitté Lausanne. Le marquis de Pussieux, ambassadeur de France , avec cet esprit de police ombrageux et inexorable qui veut qu'un proscrit n'ait plus hors de son pays d'asile sur la terre , se plaignit aux états de Berne qu'ils eussent accueillis le traître et les malheureux qui le suivaient ( 8 sep-

(x) Sermon snr les nooTeanx malhenn de IVglise.

25S msTOIRB DES PASTEUBS IfU DÉSEET.

tembre 1704). Mais celte république fit cette fois une réponsenoble et ferme, qui montre avec quelle dignité un petit état peut résister aux tyranniques exigences des grandes puissances. Néanmoins, sur l'invitation et les offres de service de Victor Amédée , Cavalier passa en Piémont avec ses compagnons et ceux de d'Aigalliers. Colonel du régiment réfugié orangeo-vaudois , il fit la guerre jusqu'à la fin de cette campagne dans les Alpes ; il défendit notamment un retranchement élevé en deçà du château de Bar contre le maréchal de Lafeuillade, qui le força. Ce général, qui peut-être avait reçu de Chamillard l'ordre de saisir le chef cévenol, lança après lui douze dragons. Ils le serrèrent de si près qu'il n'échappa qu'en abandonnant son cheval pour se jeter dans des précipices. Du reste , Cavalier continua de prêcher et de controverser dans les Alpes, et les camisards et les vaudois se consolaient en racontant leurs souffrances et leurs combats pour la cause de Dieu, (i)

Lorsque Castanet, Catinat,Salomon, Larose,Elie arrivèrent à Genève , le marquis d'Arzeliers, les docteurs, sénateurs et citoyens de cette métropole calviniste accoururent pourvoir ces héros cévenols, dont le nom retentissait dans toute l'Europe. Hélas, ils ne virent que de pauvres montagnards, de corps rustique, d'esprit inculte, de physionomie insignifiante, farouche, ou mystique. Leur stature était, en général, chétive. Castanet avait les rotules de travers; Salomon les omoplates. Catinat et Larose étaient seuls de mine et de taille héroïques. D'Arzé-

(1) Loatrelenil, lomn 3 , page si 8.

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