CHAPITRE H
Laissant Julien et Caiiillac exécuter la dévasta^ tioii, le marécLal et la plupart de ses bataillons redescendirent des Cévennes accourant aux cris de détresse de Fléchier, des généraux et des populations catholiques désolées par les cannsards. Au lieu de disputer pied à pied leurs montagnes, et de livrer un combat pour chaque bourgade, lutte trop disproportionnée et trop périlleuse, les Enfants de Dieu avaient résolu de transporter à leur tour la dévastation sur la plaine, et de contraindre ainsi Montrevel à abandonner Tattaque de leurs foyers pour la défense des siens. Cavalier, chargé de cette fatale expédition , Taccomplit avec son ordinaire impétuosité et avec toute la violence capable de détourner ou de vjenger la ruine du Gévaudan. Il fondit sur le territoire ennemi comme un orage; ses soldats se ruaient dans les bourgs épouvantés, en hurlant: «Tue, tue! au feu! au sang! au carnage! O Eternel, s'écriaient-ils, aidenous à exterminer ces idolâtres! » Saint-Cériés, Potelières, Saturargues, furent détruits par le fer et par le feu ; k peine échappa-t-il de leurs popu-
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lations quelques débris sanglants, qui, recueillis par Joachim Colbert, évoque de Montpellier, vécurent dans cette ville des aumônes et des quêtes pieuses de mesdames de Bâville et de Castries. Une estafette envoyée au commandant de Calvisson fut saisie par les camisards et jetée avec son cheval dans les flammes qui dévoraient Aiguevîves. Leur fureur croyait disposer des éléments; leur anathème consumait comme la foudre. « Nous n'avions, dit l'un d'eux, qu*à crier au feu, au feu, Babylone! et soudain Téglise et la bourgade s'embrasant d'elles-mêmes, montaient en fumée dans le ciel. » (i) — (c Où est donc le Dieu de celte église, s'écriaientils? S'il existe, qu'il paraisse! qu'il arrache son temple aux flammes et son peuple à la mort! ))(!i) A ce danger s'en joignit un second bien plus redoutable, quoique moins tragique; la flotte ennemie parut dans le golfe; elle venait accomplir en partie les promesses de Miremont. Ce prince, augmentant renvoi d'armes et d'argent que l'amiral Almnnde avait ramené en Angleterre, chargea cette fois l'amiral Showel de le déposer sur la plage d'Aiguemortes. Pendant que ce secours s'avançait par mer, quelques officiers cévenols accouraient par le continent, pour en prévenir les Enfants de Dieu , et leur annoncer la prochaine arrivée du corps de réfugiés auxiliaires qui se formait en Angleterre et en Hollande. Cette avant-garde, partie de ce dernier pays, et composée de sept officiers, était conduite par le capitaine Peytaud , de Boucairan, et 'par le lieutenant Jonquet, de Valence,
(i) Théâtre sacré, LonTreleail. (2) Sœur Demeres.
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près d'Uzès. Mais l'homme intelligent de la troupe et Tagent de confiance de Miremont, était Ulson de Villette , frère de ce Jacques de Villette déca* pité pour cause de religion à Grenoble , sa patrie. Ulson devait s'arrêter à Genève, et fixer sa rési* dence dans cette ville, pour servir de correspondant entre Miremont et les Enfants de Dieu. Pour plus de prudence et de sûreté, il retint près de lui trois de ses émissaires, Seillan, Yignaud et Fontanès, jusqu'au jour où Ton apprendrait l'heureuse ou la fatale issue du voyage de leurs devanciers. Deux autres, Teyssèdre et le jeune Peytaud, suivirent aussitôt le capitaine et le lieutenant en France. A Lyon , les quatre aventuriers se séparé* rent: Jonquet descendit seul le long du Rhône; Pèytaud, son frère et leur camarade, prirent par le Forez. Mais Chamillard, instruit de leur mission, avait prévenu Bàville, qui mit aux aguets tous les consuls des villages et les gardes des rivières. Les paysans arrêtèrent Peytaud près de Monlhrison; son frère s'échappa, et Teyssèdre se fit tuer; Jonquet, voyageant de compagnie avec un jeune marchand de Nismes et un moine défroqué qui revenait de Rome, fut arrêté au Saint-Esprit ; de sorte que les infortunés Peytaud et Jonquet, qui s'étaient quittés dans une autre espérance, ne se revirent que sur la sellette de Bàville, à Alais. L'énergique Peytaud mourut avec courage sur la roue; mais Jonquet, qui d'abord avait imité sa fermeté, racheta sa vie en révélant le projet de Miremont. Il fut emprisonné au Saint-Esprit, pour vérifier, au besoin , l'identité de ses compagnons, s'ils venaient de Genève (septembre (703 ).