‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 6 sur 96 · UT. TU, CHAP. II · texte numérisé non relu

UT. TU, CHAP. II

Ses révélations compromirent lemarquis de Rochaigiide. Ce jeune seigneur était un de ces enfants enlevés à leurs parents lors de la révocation. Bâville Tavait fait élever au collège des frères de la Doctrine chrétienne de Beaucaire ; malgré cette bonne éducation ^ dit le prêtre de St-Gerraain , il avait conservé de l'attachement pour sa première religion , et des relations avec son père et son frère , qui , réfugiés en Hollande, lui avaient peut-être adressé Peytaud. Montrevel le fit arrêter dans son manoir , où on trouva un petit amas d armes et de munitions de guerre, qui parut suspect; mais il en justifia Texis* tence par l'autorisation accordée, à ce sujet, à tous les châtelains. Touteois,le maréchal ne voulut ni le voir, ni l'entendre, ni même le recevoir au fort d'Alais. Le marquis fut conduit à celui de Saint- Hippolyte; et son arrestation fit assez de bruit pour arriver aux oreilles de Saint-Simon et des courti^ sans de Versailles.

Cependant le frère de Peytaud parvint à regagner Genève, et conta sa triste aventure à ses autres compagnons, qui, après ce déplorable résultat, se gardèrent bien d'entrer en France. Bâville, qui avait répandu partout leur signalement , las enfin de les attendre, tacha d obtenir leur extradition ou du moins ieur expulsion de Genève. M. de I^closure, résident de France, se plaignit aux Conseils; le marquis dePuysieulx^ ambassadeur en Suisse, adressa des remontrances aux états de Berne. On fit des perquisitions dans Berne et dans Genève; mais les agents des réfugiés ne furent point découverts, et, vraisemblablement, échappèrent, grâce à la neutralité de ces deux petites républiques, au

rnilicii de la lutte des grandes puissances européennes.

Nonobstant ce malheur, Miremont et Belcastel continuèrent l'enrôlement de Tarmée auxiliaire des Cévennes. Sur ces entrefaites, le duc de Savoie rompit avec la France, et rouvrait à leur invasion les portes des Alpes. Ce prince rappela les vaudois expulsés une seconde fois de leurs vallées par la volonté de I-.ouis XIV ( 5 octobre) ; il leur ordonna de reformer leurs compagnies, comme dans la dernière guerre, de recevoir et d'inviter même dans leurs rangs les exilés Français. Il demanda à la reine Annedes officiers réfugiés à la demi-solde d'Irlande. La reine, qui refusa d'abord, en accorda ensuite quelques uns; ils suivirent, par petits pelotons, lord Hill, qui remplaçait Ruvigny à l'ambassade deTiirin. En outre, Louis XIV avait, dès le mois de juillet, dissous le parlement et fermé les temples d'Orange. Les ornngeois réfugiés en Suisse, apprenant les levées du duc de Savoie , députèrent vers lui le lieutenant Maquerolles, pour s'enrôler dans l'expédition des Cévennes. Ce prince, qui, de son côté, avait, pour les y inviter, envoyé vers eux le capitaine vaudois Friquet, les reçut avec joie, et recommanda au président du parlement d'Orange de ne pas s'éloigner des frontières de France, où le reconduirait bientôt l'armée auxiliaire franco-vaudoise. La défection de Victor- Amédée et ses menaces d'invasion forcèrent le roi de retirer des Cévennes une partie de ses troupes , qui , sous la conduite du comte de Gévaudan , allèrent renforcer le corps d'observation avec lequel le duc de Berwick fermait les portes des Alpes.

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