‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 51 sur 96 · LIT. IX, CITAP. II · texte numérisé non relu

LIT. IX, CITAP. II

manques. Mais le vendredi (17) , ses agents rassurèrent qu'ils étaient revenus et qu'ils devaient coucher dans Montpellier. Il était six heures du soir ; Bâville résolut de faire fouiller, pendant la nuit, les maisons capables de receler des camisards. Il fit mettre sous les armes la garnison, la maréchaussée, la bourgeoisie : le lieutenant civil Dumaine en forma^ la détachements, assigna à chacun d'eux ses quartiers respectife, et, vers minuit, il partit à leur tète et dans le plus grand silence de rhôtelde-ville. Ils fouillèrent deux heures durant sans découvrir aucun camisard. Enfin Jausserand, prévôt diocésain, et Villa, capitaine des milices, vinrent, avec leurs archers, frapper à la porte d'une vieille femme qii'ils savaient être fort huguenotte^ veuve d'un emballeur nommé Guitard, dit Larose : « N'avezvous pas, lui demandèrent-ils, des étrangers cher, vous ?» — « J'ai seulement, répondit-elle, trois amis de mon fils, p — « Voyons-les !» dit le prév6t qui , précédé d'un archer portant un falot et suivi d'un autre armé d'un fusil, accompagna la vieille dans une soupente où les étrangers étaient couchés à terre sur des matelas. « Qui êtes-vous, leur demanda-t-il? D'où venez-vous? Que faites- vous à Montpellier? » — « Nous sommes, répondit l'un des trois d'un ton fort assuré, de Cavaillon et nous négocions en soie. » — « Levez-vous^ et venez parler à monsieur l'intendant. » Comme ils faisaient quelque difficulté : « Au nom du roi , dit le prévôt prenant ses pistolets, je vous faits prisonniers. » Les étrangers se levèrent, et l'un d'eux ayant mis ses culottes et son justaucorps fit semblant de cherdher ses bas dans un coffre. Il prit ses pisto-

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OÙ se rassemblaient les buveurs. Ils restèrent trois jours blottis dans une cachette, qu'ils fabriquèrent eux-mêmes, avec quelques bûches, sous les marches de l'escalier. Enfin les portes se rouvrirent, et ils sortirent de la ville en compagnie du laquais d'un grand seigneur que l'hôtelier avait invité à faire, ai^ec deux de ses parents^ une partie de mail , hors des murailles : de là ils regagnèrent les Cevenues. Leur libérateur fut plus heureux que la veuve Larose, qui fut incarcérée ainsi que tous ceux qui avaient eu des relations avec le genevois et l'Allemand, (i)

Ainsi fut découverte cette conspiration si vaste, si profonde, si puissante, que Bâville et Berwick la regardèrent comme l'entreprise la plus formidable des cévenols. Ils frissonnèrent en pensant comme la veille encore ils dormaient sur un volcan; et comment ce secret, inviolablement gardé tout un hiver par dix mille personnes , n'avait été éventé qu'à demi et par hasard , cinq jours seulement avant l'explosion qui devait bouleverser le midi de la France. Dans leur épouvante , ils la comparèrent à la célèbre conjuration de Venise, (a)

(i) Mémoiret de Monrbonnoaz, cités par Coart. (a) Braeyi. .

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ŒAPITRE IV.

Cependant le genevois et son escorte chevauchaient vers Nismes, où ils arrivèrent au coucher du soleil. (Samedi i8 avril i7o5).<cM. Barnier, demandaient les passants, quel est donc ce prisonnier ? » — a Un déserteur 9 répondait le lieutenant. » Après l'avoir déposé au fort , il porta au gouverneur les dépêches de Bà ville et de Berwick. La nuit tombait; M. de Sandricourt fit fermer les portes de la ville et promener mystérieusement le genevois dans les rues déjà obscures. L'étranger indiqua plusieurs maisons dans le quartier Sainte-Eugénie. Pendant cette recherche clandestine j la garnison et la milice prirent les armes. Vers dix heures , cent suisses investirent subitement le quartier suspect dont toutes les avenues furent au loin rigoureusement fermées par des postes militaires. Alors Lestrade, major du fort, Barnier et quelques autres officiers, soldats et archers d'élite, se dirigèrent vers le logis d'Alison, le chef des conjurés de Nismes. La porte de la rue était ouverte; ils crurent d'abord que le genevois les avait trompés, et qu'iAie maison , d'un si facile accès, ne pouvait être un réceptacle de

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conspirateurs. Ils entrent néanmoins, s'avancent dans »iie<«Mir intérieure, fwiis de là dans un vestibule, et collent l'oreille à la porte d'une salle du rez-déchaussée. Apres quelques instants de silence , ils entendent une voix enrouée qui disait : « Serve- Dieu , c'est une chose sure ! Avant trois semaines le roi ne sera plus maître du Dauphiné ni du Languedoc. On me cherche^ partout, je suis ici, et je ne crains rien. »

A ces paroles, qui , lorsqu'ils allaient se retirer , leur découvraient tout à coup l'asile des conjurés, ils poussent la porte entr'ouverte et envahissent impétueusement la salle; ils y surprennent trois hommes assis, l'un contre une table, l'autre près de la cheminée, et le troisième sur un lit, un livre sur ses genoux , lisant à la clarté d'une lampe. Lestrade, entré le premier, va droit au liseur et brutalement lui assène un soufflet. L'étranger, qui n'était pas de mine à se laisser frapper impunément, saisit aussitôt son sabre ; mais on s'élança sur lui , et lui-même contenant sa fureur répondit , avec le i^uque son de voix entendu naguère: « Vous vous trt>m|H*y.^ monsieur, nous ne sommes pas ceux que >»us cherchoE, » — « Non , non , nous ne nous trompons i^oint^ dit Barnier, voici nos gens. » Et s^apprwhant do plus près pour mieux regarder ctm<* ttgure. es|Hve de museau noir indécis entre le« muHK^ du IxMileilogue et du singe. « Ah, repritil» c est Kavanel î ^ — <v Je ne suis pas celui que vous Oilt^« rf|M>ndit rinoi^nnu. » — Tu as beau le nier, iv|Vîinil vivement Ramier, je te connais, tu es vé- HuMimient Kav;!ineK * — « Eh Wen oui, je suis R^xa^H^^ rèpliqusi t-iK laut-il fairv tant de bruit

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