CHAPITRE VI
Après le supplice de Brun et de Franceset, Bâville, laissant le présidial de Mismcs achever le procès de leurs complices pins obscurs, revint frappera Montpellier les plus grandes tètès de la conjuration. Le premier qu'il condamna fut Annibal Gaillard, dit l'Allemand; il fut rompu vif sur la place du Peyrou (a mai), et mourut avec une constance héroïque. L'Allemand, de la légion de Castanet, avait un nom parmi les brigadiers cauiisards, et avait été du nombre de ces braves que Catinat emmena dans l'aventureuse expédition du Rouergue. Le même jour sa vieille hôtesse, Jeanne Guitard, dite Larose, expira sur le gibet.
Mais la plus illustre de toutes ces victimes, fut Laurens Boéton. Bâville avait envoyé de Nismes le baron de Saint-Chaptes se saisir, à Milhaud, du vieux capitaine dont il avait épousé la cousînegermaine. Comme Boéton attendait en silence le a5 avril, jour décisif et suprême, il vit arriver son parent, qui ne répondit à son accueil amical qu'en I4 déclarant son prisonnier, au nom du roi. Il fut ssitôt transféré à Nismes, et de là, comme l'in-
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tendant n'y était plus, à Montpellier. Il rencontra près de Lunel safenime, son fils et une de leurs parentes, qui venaient inutilement d'implorer sa grâce auprès de Bâville. Le vieillard, tendre mais serein , fit à sa famille , sanglottante à ses pieds et dans ses bras, les plus déchirants adieux, et lui donna sa dernière bénédiction. Il fut enfermé dans la citadelle qui devait être sa prison d'un jour et son éternel tombeau ; car c'est là que dorment les restes douloureux de tant de confesseurs cévenols, légion sainte du désert auprès de laquelle, vieux guerrier, il reviendra sommeiller après le combat. Transféré au Palais, il entendit avec calme la sen* tence qui le condamnait au supplice de la roue. Bà-^ ville, espérant arracher au patriarche de la conju* ration ses plusimportants secrets, le fit torturer longtemps sous ses yeux ; mais les plus atroces tourments n'obtinrent de lui que des prières , d'ardents soupirs , de longs regards tournés vers le ciel. Bâville, irrité de son invincible constance, s'oublia , dit-on, jusqu'à l'insulter. « Jusques à quand, s'écria le mar* ^y*» jusques à quand, Seigneur, souffriras-tu le triomphe de l'impie? Jusques à quand souffirîras-tu qu*il répande le sang de l'innocent ? Ce sang crie vengeance devant toi ! Tarderas-tu encore longtemps à en faire justice? Réveille ton ancienne jalousie et rappelle tes compassions ! »
Du palais et delà torture, Boéton marcha au supplice au bruit assourdissant des tambours battants devant lui. Mais la voix du vieux guerrier s'élevait au-dessus de leurs roulements, qui lavaient jadis conduit au combat et qui rappelaient alors an martyre. Il exhortait les pi\>testants , qui fondaient