LIV. IX, GHAr. VI
en larmes , à demeurer fermes dans la communion de Jésus- Christ Un de ses amis intimes , surpris par la marche inattendue du cortège, se précipita, sanglottant, dans une maison voisine'pour éviter de déchirants adieux, ce £h quoi, mon ami, me fuyez-vous parce que vous me voyez couvert des livrées de Jésusr*Christ ? Pourquoi pleurez-vous quand il me fait la grâce de m'appeler à lui et à la gloire de sceller de mon sang la défense de sa cause ? » Ils allaient se donner le dernier baiser , mais les archers firent avancer le martyr. Dès qu'il aperçut Téchafaud dressé sur l'Esplanade : « Courage, s'écria-t-il, courage, ô mon âme ! Je vois le lieu de ton triomphe I Bientôt dégagée de tes liens douloureux tu entreras dans le ciel !» Il se plaça lui-même sur l'échafaud comme sur son char de victoire , et , sous le fer qui rendait à son âme sa liberté, il entonna l'hymne de l'éternelle délivrance. Pendant cinq heures, étendu sur la roue, ses quatre membres repliés sous le tronc et la tête en bas, il ne cessa de psalmodier, de prier, de consoler la foule éplorée, qui, malgré les soldats, s'approchait de 1 échafaud pour recueillir les paroles du martyr. L'abbé de Massillan ^ qui l'accompagnait , se rendit auprès de Bâville : ail faut, lui dit-il, achever le patient; son supplice, au lieu d'effrayer les protestants, les affermit dans leur foi. Xes larmes et les louanges qu'ils donnent au mourant montrent assez qu'ils le regardent comme un martyr. » Bâville y consentit. « Puisque cet obstiné huguenot, dit un archer, ne veut ni se convertir ai se repentir, il faut le laisser expirer sur la roue. » — a Vous croyez mon ami que je souffre.
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lui répondit Boéton..., je8onffre,en effet; mais apprenez que celui qui est avec moi , et pour qui je souffre , me donne la force de supporter mes soof* frances avec joie ! » Voyant le bourreau préparer le coup mortel , le vieillard souleva la tête , et élevant encore la voix au-dessus du roulement incessant des tambours : a Mes très-chers frères , dit-il ^ que ma mort vous soit un exemple pour soutenir la pureté de l'évangile , et soyez les fidèles témoins que je meurs dans la religion de Jésus-Christ et de ses saints apôtres. » (i)
Pendant tout le mois de mai les supplices continuèrent. Le 3o y à Montpellier , périrent sur le gibet Pierre Régis , de Tornac, vieillard octogénaire, et Claude Maillé , de Corbès , frère aîné du lieutenant chéri de Roland; ils avaient acquitté des lettres de change des Enfants de Dieu. A Nismes , les hôteliers de la Tour-Magne, des Arènes et de la Coupe-d'Or; ce dernier pour avoir hébergé les chevaux de Ravanel. Les juges n'observèrent aucune proportion entre la peine et la culpabilité ou la célébrité des criminels. Ainsi , pour avoir reçu dans ses étables deux chevaux camisards, ce malheureux aubergiste fut pendu comme l'un des Alison, notable conjuré de Nismes; Oaloffre, obscur receleur d'armes, rompu comme le capitaine Boéton, chef de la conspiration dans le Rouergue; et Franceset, enfant à peine connu , brûlé comme Catinat , la gloire des cavaliers du désert. Les historiens ne comptent
(i) Coart d*«prèfl ReooiiTill«; mab cet historien tncoona ne terait-ce pas CoDsUiilin de RenneTilIe , qui effeotiTement a ^rit ane histoire de la Bastille.