‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 57 sur 96 · UT. IX I CHAP. TI. A · texte numérisé non relu

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yin; il se crut un conspirateur, et se cacha, comme tel, dans Thôtellerie des Arènes. On voulut le reprendre , mais on le chercha vainement. Un soir ( ^9 avril ) il sortît de son auberge en se dirigeant vers la porte de la Couronne. La première sentinelle suisse voyant cet homme vacillant le laissa passer; mais la seconde, placée hors de la porte vers l'Esplanade , lui cria : <c Camarade d'où êtes vous et où allez vous ?» Le passant s'arrêta et regarda d'un œil stupide le suisse, qui, prenant son trouble pour l'effet de la peur, le conduisit au Dorps-de-garde. Les commissaires trouvant ses réponses non moins enchevêtrées que ses pas, l'envoyèrent devant le gouverneur. Sandricourt le fit fouiller; on trouva dans les manches de son justaucorps deux petits pistolets , un troisième sous sa veste, et, dans ses poches, une livre de poudre et quarante balles. Il avoua d'abord son nom; et n'ayant plus d'espoir en entrant au fort, il dit, avec la tendre contrition de l'ivresse : « Si mon corps est perdu y je veux au moins sauver mon âme! » C'était la veHle du supplice de Brun et de Franceset. Après le jugement des principaux conjurés, vint enfin le tour de Chevalier. Le normand, sur la sellette, se prit d'abord à pleurer et à dire à ses juges qu'il était un monstre; il leur demanda en grâce trois choses : qu'ils le condamnassent au plus cruel supplice, qu'on lui donnât le père Albelte, jésuite, pour le préparer à la mort, enfin qu'on l'inhumât en terre sainte. Le présidial le condamna, comme rebelle et conspirateur incorrigible , à être rompu d'abord et suspendu ensuite au gibet ; mais, touché de son repentir^ il ordonna que la strangu-

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lalion précédât la rupture des ses os. Du reste on le satisfit ; le père Albette l'accompagna â l'échafaud et lui donna la sépulture ( aa juin 1706 ).

Le genevois, détenu toujours au fort de Nismes, reçut enfin sa grâce, huit jours après le supplice de Chevalier ( ■"'juillet 1705). Il commençait àjouir follement de sa liberté, quand tout à coup il est res&aisi comme déserteur, traduit devant un conseil de guerre et condamné à mort. Il est exhorté par le père Albette et conduit au lieu du supplice; tout le régiment des Suisses est là sous les armes. Le peloton chargé de le fusiller n'attend plus que le commandement de faire feu, quand le colonel de Courten , imposant silence aux soldats et à la multitude, dit à haute voix : a Le roi a le pouvoir de fairegrâceàuDcriminel;maissamajesténem'apas ôté le droit de punir un déserteur. Néanmoins, puisque Jean-Louis a servi l'état par ses dépositions sincères, je révoque la sentence qui vient d'être rendue contre lui ,.el lui accorde la vie, la liberté et son congé. » On relâche aussitôt ce misérable, qui, ballotté tant de fois entre la vie et la mort , appartenait à demi au tombeau. On lui ouvre la veine, on lui tire quelques gouttes de son sang perfide dont la lâcheté venait d'en faire répandre des . fleuves d'héroïque. (1)

Tel fut le sort de ces deux traîtres; l'un était étranger, l'autre apostatj l'un avait quitté sa patrie, l'autre sa religion; tous les deux leurs drapeaux. Tous les deux trahirent les Enfants de DîeUt qui les

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avaient tinprudemment adoptés. Le premier révéla le secret de la conjuration; le second découvrit l'asiledesconjurés. Leur perversité fut égale comme leur crime ; mais si leur salaire fut divers ici-bas, il a été pareil devant Dieu.

316 HIStOIBB DES PÀ8TEUIIS 0U DÉ8EET.

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