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de fusil dont la balle blesse au bras le capitaine; puis les vainqueurs et les vaincus se tournent précipitamment le dos et s'enfuient à toutes jambes. Rentrés dans leurs bourgades , palpitants de leur course et de leur effroi , ces braves se glorifient d*avoir mis en fuite les Enfants de Dieu. Cependant les deux héros à force de raconter leur prouesse, s'expliquèrent à leur confusion; et le pays connut enfin que cette victoire était une double débandade an sujet d'un fantôme. L'histoire en parvint aux oreilles de Berwick; le duc défendit , sous peine de mort, aux milices d'aller en partisans sans un ordre de leur colonel ou des officiers royaux. Cette aventure dut égayer dans leur infortune les proscrits camisards.
Ils vivaient dans les cavernes des ba^es Cévennes, ne sortant que de nuit pour manger et changer de gîte, car ils ne restaient pas deux jours de suite ■ dans le même. Personne n'osait les recevoir chez soi ; et si quelque main amie leur jetait quelque aliment, c'était à la dérobée, par quelque lucarne cachée ou 'par la chatière; puis ils s'enfuyaient, avec leur pâture, dans leurs grottes, situées d'ordinaire sur des escarpements hérissés de buissons et accessibles aux seuls camisards. Un jour ( i3 octobre i7o5)Montbonnoux, Lafont, de Collognac, et Bessède , de la Sallade, attendaient dans un bois, au pied d'un rother , quelques vivres que leur avait promis un nommé Martin, de Lascombes : le misérable, au heu d'aller chercher le pain des proscrits, fut dénoncer leur retraite à la garnison de Monoblet. Les camisards entendant un bruit, qu'ils prennent pour les pas de leur bienfaiteur, lèvent les yeux
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vers la cime du rocher et aperçoivent des soldats : ils s'élanceiit de leur gîte comme des chevreuils et se dérobent de vitesse aux troupes du roi. Mais un chasseur nommé Vassas, les voit passer, tire sur Montbonnoux, le blesse à là face, et Tabat enfin d'un coup de pierre. Le chasseur tend la main pour le saisir, mais le camisard, dur à la mort, se relève, épouvante son adversaire du regard et de son pistolet, repart et rattrape ses coni«* pagnons. Les laboureurs de Valfonds s'élancent après les fugitifs; douze autres paysans, abandon* nant le travail d'une glacière, se joignent aux la-* boureurs ; ils s'ameutent de concert en hurlant : « Arrête, arrête, les camisards! » Et soldats, laboureurs, vignerons, chasseurs, passants, aiguillonnés par l'or de Bà ville, accourant de toutes parts, s'attroupent en poussant des huées , et se relaient à la poursuite des proscrits, qu une course de trois heures met hors d'haleine. Leur fuite les avait con* duits du coté du Vidourle et de Sauve. Montbon* noux était aux abois , lorsqu'il rencontra un saule dont les rameaux nouvellement coupés gisaient péle-méle autour du tronc; la crête d'un monticule le dérobait un instant aux regards des paysans qui, parvenus sur la cime, n'aperçurent plus le camisard, et passèrent rapidement autour de ce tas de branch« sous lequel il s était blotti. Ils coururent après luifont et Bessède, que deux protestante. Salles, du MasHle-Pournets. et D., de Sauve, arrêtèrent un l>eu plus bas dans un bois. Les deux captif conduits à Mont(>ellier, y furent rumpiis et jetés vivants dans un bùcberallunié devant U citadelle j5 ocl. i7o5\ I-a nuit venue. .Montbonnoiix sortit
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de dessous les branches de l'arbre libérateur, et seul regagna sa grotte oà il devait Tieillir 'comme un lion. Il y avait encore une centaine de camisards cachés dans les cavernes cévenoles.
Cependant le calme, un moment interrompu par la conjuration nouvelle, se rétablissait; les peuples du Gévaudan rebâtissaient leurs hameaux et leurs bergeries incendiées, et revenaient habiter aux foyers relevés de leurs aïeux. Berwick quitta le Languedoc. Louis XIY, qui devait avoir besoin plus que jamais de sob épée, lui réservait un théâtre plus digne de ses talents militaires et des lauriers plus glorieux que ceux que Ton cueille autour des échafauds.
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IiIVES DIXIÈME.