LIT. TU, CHAP. II
Cependant lamiral Showel, arrivé dans le golfe , détacha de la flotte alliée deux vaisseaux, anglais et flessîngois, chargés d'argent et de munitions pour les Enfants de Dieu. Du haut des donjons et des tours, les habitants de Montpellier les virent , avec effroi, s'avancer sur le soir jusqu'à deux lieues de Maguelone. Le capitaine Ilarris , qui les commandait, donna toute la nuit des signaux; Cavalier était alors même sur la plage; il aperçut vraisemblablement ces feux nocturnes qui brillaient sur la mer; mais la capture de Peytaud l'ayant empêché d'être averti à temps, il ne répondit pas à ces signaux, qu'il prît peut-être pour les fanaux lointains des pécheurs du golfe. I^es vaisseaux eussent sans obstacles déposé leur cargaison sur cette plage déserte; Cavalier l'eût emportée sur ses trois cents chevaux; et ni les soldats de Neptune , ni les bandes de Termite, ni les milices, qui tremblaient devant son ombre^ n'eussent osé lui disputer son immense convoi, escorté de six cents camisards. Le matin, le chevalier de Roannais sortit de Cette avec ses galères, pour reconnaître les vaisseaux ennemis; il aperçut dans leurs mouvements une incertitude qu'il attribua au vent du sud-ouest qui les contrariait, et rentra dans le port sans les avoi rattaqués « parce que le temps était fort gaij dit le prêtre de Saint-Germain. Sur les dix heures, ne voyant point pars^tre las camisards, ils carguèrent toutes leurs voiles et regagnèrent la haute mer. Les protestants, qui avaient silencieusement salué ces vaisseaux libérateurs , les virent d'un œil mélancolique s'éloigner et disparaître enfin vers le Sud. Us n'étaient plus dans le golfe, quand le maréchal , haletant,
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18 UISTOIIE DES PASTEURS DU DÉSEET.
arriva des Cévennes à Cette. Néanaioins il posta un bataillon dans cette ville, un autre à Frontignan, un aotre k Agde, des dragons à Mèze, et, de distance en distance, sur toute la plage. H fit déporter à Sommières les peuples du mandement de Quillan, et dans les bourgs murés du voisinage , tous les métayers, chasseurs et pécheurs de cette côte, dont ilbrùla les maisons et les cabanes, où les camisards pouvaient s'embusquer et attendre les vaisseaux ennemis.
Vers le même temps, et par une coïncidence qui eut dû être fatale à Montrevel, éclatait l'insurrection duRouergue. Depuis plus de six mois I^bourlie faisait à son château .de Vareilles des amas considérables de poudre, de balles, de mousquets; et un millier de conjurés l'attendaient , frémissant d'impatience de lever l'étendard. Voici son plan d'opération : Pendant quelques nuits, im certain nombre de protestants dévoués se réuniront, par petits pelotons et par divers chemins, à son manoir ou dans la forêt voisine; Labourlie les divisera en deux bataillons : le premier se rendra sur les trois iwuiwsdu matin à Bhodez, où son chef l'attend depuis la veille; lui-même introduira les conjurés dans la ville, par une des portes, dont un valet des consnts lui livrera les clefs , ou par une ouverture du rempart qui sert de clôture au jardin de sa maison ; le second bataillon, venu par d'autres chemins, iavMthra la ville, afin que personne n'en puisse sortir, ni rentrer dans ses murs, tandis que Labourlie s'emparera , à petit bruit, des portes , des rues et des places. Dans cet état , les conjurés attendront le jour, et, au chant du coq, se saisiront de