‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 64 sur 96 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Au commencement de cette nnnée (1710) mourut le P. Lachaise, confesseur du monarque, et l'instrument que la société employa pendant quarante ans auprès du trône pour accomplir la ruine du protestanlisme. A ce doux et cauteleux jésuite succéda le dur, le farouche, l'effroyable Letellier. Il arriva au milieu des désastres oausés par l'hiver, les orages, la guerre, la famine, comme le génie de nos calamités qu'il complétait, car il portait à la France expirante un dernier et mortel fléau , l'inquisition. II poursuivit l'ombre du calvinisme jusque dans les débris de Port-Royal. Il envoya des balaillonsdegardesfrançaises et suisses enlever pendant la nuit ses religieuses, 6t exhumer les morts, raser le monastère et courir la charrue sur la place de ces cellules et de ces tombes où avaient prié et dormi tant d'illustres solitaires. A quoi pen- MÎt>îl donc, ce roi ? Quand la France n'avait plus pour la protéger que les prières des justes, celles de ces pieuses vierges eussent pu obtenir son salut. ^rt-Royal avait tout ce qu'il fallait pour fléchir le courroux du ciel : la piété la plus haute unie au

pliw ardent amour de in patrie.

362 HISTOIEB DSS PASTBUE8 BV DiOEET.

Après la mort tragique de son ami Daniel, Abraham continua seul son cliemin vers les Cévennes (nov. 1709). 11 ne trouva sur la Lozère aucun de ses anciens compagnons , si ce n'est peutêtre le fameux Joani. Ce prince de la Faus-des- Armes avait, en 1704^ échangé son commandement contre une lieutenance dans un régiment alors en Espagne. Mais la mélancolie de Texil saisit bientôt lecœur du camisard.Tl revint furtivement en France, traversa le Rouergue, et fut arrêté, comme il entrevoyait déjà dans le lointain sa montagne natale. Il devait s'attendre à être rompu vif, mais il eut le secret difficile d'intéresser à sa douleur l'inexorable inteo» dant, qui non«seulement lui pardonna son retour , mais encore l'établit, selon ses désirs, en Languedoc y en lui donnant une pension de cent écus et un petit emploi dans les gabelles du côté d'Agde. Cette fortune inespérée ne put captiver long-temps Joani, qui l'abandonna pour vivre errant et proscrit sur la Lozère. Il fut enfin ressaisi non loin du Pont-de-Montvert. Comme il passait le pont de ce bourg , l'agile et nerveux camisard se dégagea tout à coup j par une brusque secousse , des mains des archers, et, d'un bond , s'élança, d'une hauteur de vingt pieds, dans le Tarn. La maréchaussée fit feu sur le fugitif et le tua dans le torrent.

Abraham descendit dans les basses Cévennes vers la caverne où se cachaient Claris et Montbonnoux. Ces deux chefs n'avaient pu émouvoir leurs populations lasses de tant d'agitations tragiques. « Puisque le Vivarais, répondirent-elles, ne voulut point se soulever pour seconder les Cévennes, te Géivenues, k leur tour, ne se soulèveront poîatpour

t:jbt«i 'ii-

«tr. x,cur. T. 363

seconder l'insurrection du Vivarais. » En effet , ce qui manqua à toutes ces petites révolutions, dont nous terminons le récit, c'est Taccord. Si les Cévennes, qui, selon le plan de Roland, étaient le principal corps de bataille de l'insurrection gcn^ raie, eussent été soutenues, avec la même énergie, par le Rouergue et le Vivarais, qui en étaient les ailes, ils eussent été dilHcilement vaincus par Louis XIV ; tandis que , se révoltant l'un après l'autre et sans se concerter, ils furent tour-à-loiir écrasés dans leur sang. Maintenant tout était iini ; ils avaient donné à leurs tyrans une terrible leçon; ïiq-delà c'était la ruine de la France, et elle n'était pas dans les desseins de Dieu.

Néanmoins Abraham communiqua son illusion •t son ardeur a la jeunesse cévenole par le récit de ses derniers combats et surtout par l'annonce de la prochaine arrivée de Cavalier sur la flotte anglohollandaise. Il demanda des fonds à d'Arzeliers; mais la mort de ce marquis (34 mars 1710) retarda les envois et ralentit la belliqueuse activité du chef camisard. Cependant les prophètes prêchaient la croisade. L'un d'eux, nommé Salomon Sabatticr, fut pris (a5 avrilj dans les murs d'Alais. Plusieurs dames de cette ville , curieuses d'entendre cet éloquent orateur du désert , en exprimèrent le désir à Lalande. Le galant général fit aussitôt venir devant elles le prédicant enchaîné. « Voyons, lui dit-il, prêche , prophète la — 'Le prophète comprit la dérision , mais il ne voulut pas perdre une occasion , la dernière sans doute que Dieu lui offrait d'une manière si inattendue, de faire entendre sa parole; "^béit : « Le bras de l'Étemel n'est point raccourci

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qu'il ne puisse délivier son peuple, et son oreille n'est point fermée qu'il ne puisse ouir ses gémissements. » Et sur ce texte d'Esaïe il déplore d'abord ia désolation de l'église réformée de France; il maudit l'insolent triomphe de ses ennemis; il fait honte aux Enfants de Dieu de leur abattement , leur rappelle les promesses de l'Éternel , sa justice apaisée par leurs infortunes et sa miséricorde infinie accordant enfin le salut. A cette mâle et sainte éloquence , voilà toutes ces dames, anciennes protestantes probablement, émues, attendries et sanglottant sur la ruine de Jérusalem, a Tais-tor, prophète ! » s'écria Lalande irrité; et il fit ramener dans son cachot le courageux orateur, qui fut rompu vif à Montpellier ( ag avril ). Ce fut le dernier triomphe de l'éloquence camisarde.

Un autre prophète, nommé Mathieu Mazel, de Soudorgues, et peut-être parent d'Abraham, tint une assemblée nocturne sur la montagne de l'Irou, près de Saumane. Masméjan , commandant la garnison de cette bourgade , accourt et surprend cette multitude armée seulement de bâtons. Le prophète, qui du haut d'un rocher prêchait avec son fusil en bandoulière, donna Texemple de la résistance, en abattant un soldat d'un coup de feu; mais le belliqueux orateur est tue , son auditoire sabré, dis-r perso ou captif ( la juillet). Les prisonniers furent traduits devant Uâville. Pendant leur procès, la flotte anglaise parut tout à coup à la vue de Montpellier; de sorte que ces malheureux, condamnés au f^ihet et suppliciés sur resplanade, purent au moins do Téchafaud entrevoir dans le lointain ces voiles qui brillaient à leurs regards mourantscoînme IV.sjVMr ol la liborlo.

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La voilà donc enfin cette flotte libératrice tant de fois annoncée fallacieusenient ! Mais elle n'amène point les régiments réfugiés ; elle ne portç point Cavalier. Ce sont des anglais, et leur apparition est encore un leurre perfide. Elle était arrivée devant Barcelonne comme l'archiduc se préparait à livrer une bataille à Philippe Y. Et comme les troupes palatines opposées au duc de Noailles étaient nécessaires au prince allemand, il envoya la flotte jeter Talarme sur les plages du Languedoc pour attirer de ce côté le général français. Elle parut à l'aurore (24 juillet ) si près de terre, que, de Montpellier, on pouvait à l'œil nud distinguer ses voiles. Outre les navires de transport, elle comptait vingt-six vaisseaux de guerre montés par trois mille soldats anglais du régiment de Stanhope. Le comodore Noris commandait l'escadre, et le général Saissan la troupe. Ce dernier était un gentilhomme catholique de Bcziers, que le ressentiment de quelque injustice de la cour avait fait passer au service d'Auguste de Saxe, roi de Pologne, et ensuite sous les drapeaux anglais. Il avait été chargé de cette expédition à cause de la connaissance qu'il avait de la plage languedocienne. Tout le jour la flotte affecta de déployer ses forces menaçantes aux yeux des populations, d'autant plus alarmées qu'elles ignoraient sur quel point l'ennemi tenterait le débarquement. Le lendemain, à Vaube, il s'empara de Cette y et le soir se présenta devant A gde. Le consul, par sa contenance belliqueuse , parvint à traiter avec Saissan. Il fut convenu que la flotte n'attaquerait point la ville ; et que la ville ravitaillerait la flotte aux frais du général. Cependant la frayeur

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3M HtsTotu MB tismms wt otsax.

était au comble dans le Languedoc., sans vaisseaux, sans galères , sans armée. BÂville dépêcha ud courrier vers le duc de Noailles alors au camp du Bonlou en Roussillon; et n'osant rappeler les troupes des Cévennes et du Vivarais, il rassembla des milices, à la tète desquelles il marcba vers la <^te avec Roquelaure. Cette, Agde, Aiguemortes, assises sur la plage, sont couvertes par une ceinture d'étangs et de canaux qui se relient au cours de l'Hérault et du Rhône. Cette est adossée à l'étang de Tau à travers lequel une chaussée, nommée la Peyrade,aboutissantàFrontign3n, conduit les vmtiires du port à la terre ferme et ouvrait k Tennemi un passage sur Montpellier. BÂville et Roquelaure ocaipèrent d'abord ces aquatiques thermopyles ; puis les laissant à la garde du lieutenant-colonel suisse de Geisen, ils altèrent se poster à Mèze avec quelques milices et quelques volontaires à pied et à cheval. De ce village, à peu près situé à une égale distance des extrémités de l'étang , ils survciltaieut toute cette plage, courant sur les points menacés, et repoussant toutes les feintes de débarquement tentées sur Mèze, Marsillan, Bousigues et Balaruc. Des barques armées et montées par les mariniers et les pêcheurs de l'étang pourchassaient bravement les chaloupes ennemies jusque dans le canal de Cette. Geisen repoussa de même une attaque simulée sur la Peyrade. Pendant ce temps là, Snissan écrivait des lettres demi-effrayantes, demigalantes. En annonçant des projets ( qu'il s'avait pas) de s'avancer dans riiuérieur, l'aveuturier rassurait les dames langiieiluciennes qiL'% tant la discipline de ses soldats, },

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ofHciersetsoDdévoùment particulier, que D'avaient

point affaibli ses voyages et ses guerres daus toute l'Europe. Il les invitait au spectacle d'une joute navale. Au reste, pour séduire les populations, il forçait les soldats à se montrer respectueux, payaitlargement les vivres nécessaires et ne parlait que de l'exemption des impôts et de la félicité dont on jouirait sous l'empire de la reine Anne. Mais l'idée de la domination anglaise n'éveilln, dit Brueys, même parmi les plus mécontents, qu'un tentiment unanime d'horreur, tant l'amour de la patrie est vif en France !

Cependant le dnc de Noailles avait reçu le courrier de Bâvitle au moment d'entrer dans le Lampourdan ; il abandonna ce projet pour accourir au secours du Languedoc. Parti du camp du Boulou, le 35, à dix heures du soir, il arriva à Mèze,lea6, k midi , trois heures après que le courrier de retour eut annoncé sa venue. Ce duc de Noailles n'était point celui qui, vingt-cinq ans auparavant-, avait exécuté la dragonnade des Cévennes. Le maréchal Iules était mort en 1708, de gras fonda , dit un chroniqueur , précisément comme un cheval. Ije lieutenant- général Adrien -Maurice, son fils, d'une corpulence d'éléphant , comme lui, joignait à une égale souplesse de courtisan un esprit bien plus délié , et que Saint-Simon compare au serpent qui teaiaEve. Il avait épousé la nièce de madame de Maiatenon , mademoiselle d'Aubigné , héritière d'une foriuiie immense, formée en partie des terres que son père avait achetées à vil prix lors de leur confiscation sur les protestants fugitifs de la Sain* tonge. Le duc avait devancé sa petite armée corar posée de mille grenadiers, de neuf cents dragons

168 IlSTOIU KS FlSTEClS BV KtSBlT.

de Fînnicon et de douze pièces de canon dont que!-" ques-uAes de vingt-quatre; elle accourait de jour et de nuit, alternant de quatre heures en quatre heures ses marches et ses haltes. En l'attendant (a7), Woailles et Roquelaure partirent, à deux heures avant l'aube, escortés de tout ce qu'ils avaient d'hommes à cheval pour explorer les lieus et disposer l'attaque. Bàville était resté seul à Mèze. Il travaillaittranquillement dans sa chambre quand tout i coup il entendit un grand tumulte de peuple effrayé, qui hiyait en criant : a I.e.s ennemis, les ennemis sur l'étang! » C'étaient eHectivement la chaloupes anglaises qui, dès le matin, tentaient un coup de main sur Mèze et qui faillirent enlever Bàville. L'intendant se lève, court au port, rassemble quelques cavaliers et quelques milices, les range en bataille le long de Télang, leur ordonne de foire retentir toutes leurs trompettes et leurs tambours, et, par tous ces briiils belliqueux, effraie enfin les chaloupes erniemics, qui rentrèrent dans Cette. Cependant la petitearniée de Noailles arrivée àBéziers (27 juillet 1710 ) s'embarqua sur| le canal el se dirigea vers Agde (a8) que Saissan venait d'abandonner. Noailles, Boquelaure , Bàville l'y attendaient; elle lendemain (119), dès l'aurore, ils marchèrent sur Cette, où l'ennemi repliait ses troupes et ses vaisseaux. Plusieurs de ces officiers qni venaient de Catalogne avaient fait la guerre «lesCévennes. Decenombreleniaréchal-de-campde Piotarcon et le brigadier de Planque. Le marquis et le comte de Noailles , qui servaient sous le duc, leur frère, les accompagnaient. Mêlés k !> noblesse du pays, ils suivirent les deux [

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rintendant sur celte plage sablonneuse qui mène à Celte.

C'est une grève d'un demi-quart de lieue de large environ, qui s'étenddu Rhône à l'Hérault, et, comme une gigantesque digue, protège les eaux dormantes des étangs contre les vagues furieuses du golfe. L'armée côtoya d'abord la raer jusqu'à ce que le canon de la flotte la forçât, pour se mettre à couvert, de prendre le chemin qui longe les marais. Koailles apprit que Saissan se rembarquait , mais il -ATut que ce n'était qu'une ruse de guerre et que l'ednemi n'abandonnerait pas, sans résistance, un port depuis long-temps envié et d'ailleurs si nécessaire à ses projets sur les Cévennes. Cependant les dragons d'avant-garde^ commandés par M. de Pierrelevée, arrivèrent, après quatre heures de marche, au pied de la montagne de Cette, et découvrirent deux détachements anglais d'environ cent cinquante hommes chacun, l'un à leur droite vers la mer, l'autre à leur gauche vers l'étang. Pierrelevée courut d*abord sur celui-ci, mais il se jeta derrière les murs de clôture des vignes. Le capitaine y laissa pour l'observer quarante de ses soldats, et, à la tête des quarante autres , il fondit sur l'autre troupe, la mit en fuite, et, sous le feu incessant des frégates, la culbuta impétueusement parmi des rochers dans la mer. Soixante-dix ennemis, qui échappèrent au âabre et aux flots, restèrent prisonniers avec leur capitaine et son lieutenant, nommés King et Mead. Herrelevéeprit de sa propre main le capitaine King, qui lui tira un coup de pistolet et le manqua; l'anglais ne voulait ni se rendre ni accepter la grâce que lui imposa de force la générosité du français.

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Pendant ce combat, les quarante autres dragons poursuivaient aussi vers Cette l'autre troupe anglaise.

Cependant Noailles , Roquelaure et Bàviile arrivèrent sur la cime de la montagne d'où l'on découvre à ses pieds la ville, le môle et la mer. Ils virent les dragons pousser, l'cpée dans les reins, les anglais au milieu des vagues, et les chaloupes qui les recueillaient et les transportaient incessamment de la grève à la flotte. L'embarquement était protégé par le canon des vaisseaux et du fort. Les deux généraux et l'intendant descendirent , sous ce fen , pour soutenir les dragons qu'il écrasait, jusqu'à réglise bâtie sur un mamelon au milieu de Cette. L'artillerie étant arrivée enfin, Roquelaure en forma trois batteries ; leurs boulets éloignèrent les vaisseaux; mais l'embarquement était terminé. Une seule frégate, placée à l'extrémité du môle, tira encore quelque temps pour délivrer quatre-vingts de ses soldats bloqués dans le fort; puis, elle cessa son feu , coupa ses cables , abandonna ses ancres et suivit la flotte, qui déjà disparaissait vers le sud. La garnison du fort se rendit au brigadier Planque, qui porta la nouvelle de ce succès à Versailles. Cependant l'archiduc, renforcé des troupes palatines, avait, dans cet intervalle, gagné sur Philippe V, la bataille de Saragosse. Ce monarque était renversé si Vendôme, accourant des bocages d'Anety ne l'eût , quelque temps après, rétabli, par la victoire décisive de Villaviciosa , sur le trône des Espagnes.

Vers le même temps un aventurier dauphinois donnait un autre fausse alarme à Bàviile ; il se

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nommait Riffier, fils d'un procureur de Die et ancien capitaine dans ces régiments réfugiés de Shomberg détruits à Marsaille. Âla paix de Riswick, il reçut de la Hollande une pension que son inconstance lui fit quitter pour revenir en France. H y prit du service, déserta en 1701, passa en Suisse avec quelques vagabonds, et se fit pirate sur le lac Léman. Expulsé à la requête de l'ambassadeur français, il se retira en Angleterre et proposa à lord Godolphin le soulèvement de sa province natale. Le ministre anglais le recommanda au duc de Savoie. Victor-Amédée lui offrit la coopération de son armée dès qu'il aurait préparé l'insurrection dauphinoise. Riffier se mit à l'œuvre^ initia ses parents à ses fourberies, eut des agents, des correspondants, en imposa par leurs lettres aux alliés; puis, quand il eut reçu l'argent de Heinsius et de Godolphin , il voulut encore obtenir l'or de Bâville. Il dénonça sa prétendue conjuration à l'évêque de Die ; le prélat en révéla le mystère à Berwick , et ce maréchal le transmit à Bâville. Riffier proposait au duc de Savoie de faire avancer ses troupes vers Embrun pour soutenir le complot à son explosion ^ dont en même temps il indiquait le jour à l'évêque: c'était le 10 août, à la faveur de la foire de Die, et la maison où se trouveraient les armes était belle d'un paysan du hameau de Passius; le traître les y avait fait déposer à l'insu de ce malheureux. De sorte que lorsque Victor-Amédée s'avançait vers Embrun, Berwick saisissait ce fantôme de conjuration ^ et Riffier et ses complices partageaient entre eiix l'argent escroqué aux alliés et à la France ; argent rougi du sang innocent de ce granger catho-

37S HISTOIEB DES PASTEVES DU DÉSBET.

liquCy victime de cette trame infernale ! Bâ ville rattacha les mouvements de l'armée savoisienne i l'apparition de la flotte anglaise, et se donna le facile honneur d'être pour la centième fois le sauveur du Midi.

Pendant ces bruyantes alertes sur les Alpes et dans le golfe, Abraham, qui les ignorait, conti* nuait son œuvre en silence. Claris et Montbonnoux le secondaient dans le Languedoc , et un riche bourgeois, nommé Chambon, dans le Yivarais. Ils n'attendaient plus pour lever encore l'étendard que les fondsde Genève. Ils arrivèrent enfin ; un nommé Coste, marchand d'Uzès, qui s'en était chargé, vint les leur remettre à un quart de lieue de cette ville, au Mas-de-Couteau. Tout à coup ils sont cernés dans cette maison par les miquelets (17 oc^ tobre 17 10). Abraham et Coste sont tués en combattants sur les toits. Claris,' s'élançant par une fenêtre un pistolet à la main , est blessé , mais saisi vivant. On trouva dans leurs bourses quatre cents écus. Le présidial vint faire sur les lieux mêmes le procès aux morts. La tête de Coste , exposée sur un poteau, fut brûlée à Uzès; celle d'Abraham à Vernoux, en Vivarais. Claris fut rompu vif (a5 octobre ), et Chambon mis au gibet ( i3 nov. ), à Montpellier. Abraham était le dernier des fondateurs de l'insurrection cévenole; il avait survécu à presque tous ses compagnons, dont il vengea la fin tragique avant d'aller les rejoindre dans la tombe, (i).

(1) Bnitjt» Saini-SiinoB, madame deBiaintcnoB.

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