CHAPITRE n
(1733) La mort du régent, qui devait nous être à peu près indifTérente, devint pour nous une calamité en laissant le gouvernement du royaume au duc de Bourbon. Depuis le grand Condé, les descendants du héros calviniste tombé dans les plaines de Jamac, étaient affligés de manies bizarres et terribles dans leur fougue de sanglierJJ^uf valeur héréditaire, et qui ne s'exerçait plus qu'à la chasse, semblait avoir pris quelque chose de la férocité des animaux qu'ils poursuivaient dans les forêts (i). Petit-fils de Louis XIV et de madame de Montespan , ce jeune prince , borgne et d'une figure hideuse, unissait à un caractère farouche, une intelligence à peine ébauchée, et une brutale et vaniteuse frivolité. Par opposition k la maison d'Orléans, autant que par violence naturelle, il se fit le représentant de la pglitiqne du vieux monarque à l'égard des protestants, et commença par élever au rang de maréchaux de France , tous les
Ci) Saint-Simon ••rare qae le prince de Condé, •ïenl de ce dac de Bourbon , imitait machinalement, dens des momenU de rérerie, les mou» Tements et les abois d*an chien qni poarrait le cerf.
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généraux de la dragonnade : Médavid, tout fumant encore des récents massacres du Dauphiné, loctogénaire Broglie^ le ridicule Roquelaure et le marquis de Lafare, qui remplaça ce dernier au commandement militaire du Languedoc (i). Le duc de Bourbon était principalement dirigé par deux prêtres , Tressan , ex-aumonier du régent, évêque de Nantes, et Fleury, précepteur du jeune roi, évêque de Fréjus. Ces deux prélats ambitieux» voyant dans le cardinalat un acheminement au ministère qu'ils se disputaient en espérance^ résolurent de renforcer la persécution pour obtenir le chapeau. Les protestants étaient Téternelle victime que les évéques gallicans , dans leurs ambitions, immolaient tour à tour à la cour de Rome. La pourpre sacerdotale dont ils se paraient, ils la teignaient dans notre sang. Tout secondait leur audace 9 la fougueuse incapacité du duc de Bourbon, Véloignement volontaire du chancelier Daguesseau, la lassitude du cardinal de Noailles, Ténergique jnfluence du vieux Bâvilie, retiré depuis six ans à Paris. Le terrible intendant fut chargé de fondre en un seul corps la substance des innombrables arrêts dé la persécution , et il en résulta Tédit barbare de I7a/|. Ce fut l'adieu qu'il laissa à ses victimes. Mais la mort le saisit lui-même, comme il en achevait les pages sanglantes; de sorte que du fond.de son tombeau, le farouche proconsul régna jusqu'à la fin sur les potences cévenoles.
Louis XV disait dans le préambule : « De tous
(i) Le maréchal de Lafare avait f-it la gaerre dea Gévennea; il élail é*iiiie branche cadette , et nevev dn poète , chef de cette maiaon vivaraîaurane.
394l HI8T0IEB DES FàSTEOES 00 DÉSEEt.
les grands desseins de notre très-honoré seigneur et bisaïeul, il n'en est point que nous ayons le plus à cœur d'exécuter que celui qu'il avait conçu, d'éteindre entièrement l'hérésie de son royaume* Parvenus à la majorité^ notre premier soin a été de nous faire représenter les édits dont l'exécution a été ralentie y surtout dans les provinces naguères affligées de la contagion. Nous avons reconnu que les principaux abus qui demandent un prompt remède, regardent les assemblées illicites, l'éducation des enfants, l'obligation des fonctionnaires publics de professer la religion catholique, les peines contre les relaps , et la célébration des mariages; sur quoi voici nos intentions i
a Seront condamnés : — Les prédiçants, à la peine de mort; leurs complices, aux galères perpétuelles, et les femmes à être rasées et enfermées pour tour jours; confiscation de biens. — Les parents qui ne feront pas administrer à leurs enfants le baptême dans les vingt-quatre heures , suivre assidûment le catéchisme et les écoles : à des amendes et à telles sommes qu'elles puissent monter, même à de plus grandes peines. — Les sages-femmes, médecins, chirurgiens, apothicaires, domestiques, parents, qui n'avertiront pas les curés des naissances ou des maladies : à des amendes. — Les personnes qui exhorteront les malades : aux galères ou à la détention perpétuelle, selon le sexe; confiscation de biens. — Les malades qui refuseront les sacrements : s'ils guérissent, au bannissement perpétuel; s'ils meurent, à être traînés sur la claie. — Nuls offices, fonctions, professions publiques sana certificat de catholicité. — Les mariages du déserl'