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sont illégitimes ; les enfants qui en résultent bâtards et inhabiles à hériter. — Les mineurs dont les parents sont expatriés pourront se marier saqs leur autorisation; mais les parents dont les enfants sont à l'étranger, ne consentiront pas à leur mariage sous peine de galères pour les hommes, et de bannissement pour les femmes. — Enfin, de toutes les amendes et confiscations, la moitié sera employée à la subsistance des nouveaux-réunis.
a Versailles, le i4 mai l'j^^. »
Louis Phélippeaux, comte de la Vrillière, termina sa carrière politique par la signature de ce suprême édit, que devait faire exécuter, avec un frivole acharnement, son fils, le dur et voluptueux comte de Saint -Florentin. Il transmit à son successeur cette plume fatale qui , tenue par l'aieul, le père et le fils, parapha, pendant un siècle, trois cents arrêts de spoliation et de sang, dont se compose le code de la dragonnade. (i)
Telle est la monstrueuse législation qui cominença pour nous le règne de Louis XV , et qui régira désormais les églises sous la croix. Les dragonnades de Louis XIV furent dépassées, non en ^[randeur ni même en énergie, c'était impossible,
(i) Les trois derniers chefs de la branche cadelte des PhélippeaoZf Btlthasar, Loois de la Vrillière et Loais de Saint-Florentin, eurent le Qiiitistère spécial de la persécution. Toatefuis, ils ne signaient pas tons ]«t arrêts relatifs ans protestants, parce qu'en Tabsence de qaelqo'on a'toXy les membres da conseil se remplaçaient matuellement. Voilà poor* qaoi on est affligé de trouver parfois an bas de ces ordonnances fatales, le Ifoip vénéré de Colbert. Ao reste , les ministres n*étaient qae les instronenU de la volonté de Louis XI V » qui loi-même obéissait à one volonté «ipérienre.
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mais en violence tracassière, en ignoble et minutieuse cruauté. Une profonde angoisse saisit encore le cœur des églises; mais il n'y eut point toutefois de nouvelle émigration. Elles ne cédèrent pointa rappel affectueux de leurs soeurs de Texil, |ni à la grande et solennelle voix de Saurin, qui, du fond de la Hollande, leur criait : a Sortez de Babylone, ô mon peuple ! » Quant aux ministres, s'ils avaient à s'affliger pour leurs troupeaux, ils n'avaient qu'à se réjouir pour eux-mêmes. La persécution faisait la suprême beauté du pastorat. Èh! combien leurs tribulations augmentaient leur autorité sainte sur les multitudes insatiables de les voir, d'entendre leur parole consolatrice, d écouter le récit de leurs dangers perpétuels, de baiser leurs mains, de toucher leurs vêtements, de recevoir leurs bénédictions. Leur triomphe était dans leurs douleurs, et leur couronne dans le martyre. La première victime du nouvel édit fut Alexandre Roussel, d'Uzès, dont nous allons raconter la pieuse et tragique fin, d'après la complainte populaire.
Vendu par un traître, il fut saisi à la côte d' JulaSy garrotté brutalement et conduit devant le subdélégué du Vigan, C'était alors Jean Daudé, chevalier de l'ordre du roi, seigneur d'Alzon , Arrigas, Beaufort. Bâville Tavait revêtu de la simarre sanglante de son père, tué par les camisards (1704). Dans quels lieux ai'ez'vous prêché ^\\\\ demanda le juge? Partout où j'ai trouvé quelque assemblée de chrétiens ^ répondit le confesseur. — Quel est votre domicile ? — La voûte du ciel, — Renvoyé devant l'intendant Saint- Maurice, Roussel fut enfermé dans la citadelle de Montpellier, qui , depuis long-
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temps , était la demeure des fidèles. Sa mère était la nourrice de Charles-Emmanuel, duc d'Uzès, prince de Soyon , pair de France. Dès qu'elle apprit l'arrestation de son fils, elle courut se jeter aux pieds de ce seigneur, le suppliant, par le lait dont elle l'avait nourri, de sauver le sang de son enfant, u II faut qu'il serve d'exemple aux autres ministres, répondit durement le duc; je ne puis rien pour lui, à moins qu'il n'abjure ! t> Ses larmes ne purent toucher ses autres amis puissants : « Pour tout autre crime, répondirent-ils, nous nous emploirions volontiers; mais non point pour celui de la religion ?» — La malheureuse mère se rend aussitôt à Montpellier : « O mon fils, nul espoir! nulle grâce! prier Dieu est un crime irrémissible en trance !» — « O ma mère, c'est assez, il m'est plus doux d'aller à la mort qu'à un festrn! Je soupire après la demeure des cieux !» — Il répondait aux importuriités des jésuites : « Je veux garder la loi de Jésus-Christ; en mourant pour lui, j'irai le célébrer avec les afiges ! » II sortit dé prison la corde au cou, la tête et les pieds nus, et chanta l'hymne des miséricordes (Psaume li), jusqu'à l'échafaud dressé sur la place du Peyrou. Sur l'échelle, il s'écria : « Seigneur, pardonne-leur, ils ne savent ce qu'ils font! » Puis il dit au bourreau : a Je te pardonne ! » Il mourut en voyant, comme saint Etienne, les cieux ouverts pour le recevoir ( 3o nov. 1728 ).
Cette ballade, dont les vers sont détestables, mais dont le sentiment est, comme on le voit, touchant et poétique , se termine d'une manière énergique et sombre, a Traître qui as vendu le martyr, réponds-moi, es-tu d'Aulas ou du Vigan ? Non, non,
tu es le compatriote de Judas. Mais au jour du jugement le sort d'Iscarioth sera ton salaire; et tous les deux vous serez logés chez le même hôte. Cette imprécation où le poète du désert, avec une âpre ironie j donne aux deux traîtres Tenfer pour patrie et Satan pour hôtelier étemel , a quelque chose de cette naïveté formidable qui caractérise la sublimité du Dante, (i)
Les chantres cévenols consacrèrent une secondé complainte à la mère du martyr. Tant de regrets poétiques témoignent de la douleur des peuples et du mérite du jeune évangéh'ste, qui fut sans doute un des plus distingués d'entre les disciples de Court. Cependant cet apprentissage apostolique que les proposants faisaient à la suite de pasteurs plus zélés qu'instruits, ces études, faites dans des courses continuelles, parmi des périls incessants, et pour ainsi dire' en face de la mort , ne suffisaient plus. Les prédicateurs n'étaient plus assez nombreux pour les besoins des églises qui, de proche en proche, allaient s'organîsant dans le midi. Court fit un appel aux ministres réfugiés , aux élèves de l'académie wallonne de Rotterdam; mais aucun ne voulut renoncer aux paisibles abris des églises de Hollande. ïl conçut alors le projet de fonder luimême un séminaire à Lausanne : il en fit part à l'illustre William Wake, archevêque de Cantorbéry^
(x) Les complaintes dn d^rt ont été réunies par M. Finiels , pasteor de Samèoe (i8o3). Elles sont an nombre de six , et célèbrent le martyre des ministres Roussel (i 728), Darsnd (1 73a) , Désnbas (1 746), Bénéset (1 75a) , Lafage (1 7^4) t et les donlenrs de Is mère de Ronssel. Lenr caractère comman p c*est d*étre composées en français , dans an style barbare , mais arec on sentiment profond , parfois tooehant , plos souvent énergiqae, et généralement d*nne coalenr biblique.
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et au savant Alphonse Turretin, pasteur de Genève. Et ce séminaire du désert s*éleva sur la terre étrangère, sous rinspection d'un comité genevois et sous le patronage des princes protestants du Nord. Court lui-même, après quinze ans du plus périlleux apostolat, se retira dans ce paisible établissement dont il devint le directeur , avec lé titre de député général des églises françaises (1730).
Cette école reçut, à sa naissance, les bénédictions de Saurin mourant. Persécuté par les gomaristes, le grand orateur arminien descendit, jeune encore., et de mélancolie, au tombeau (1732). Toujours partagée entre la patrie et le refuge, enrre les opprimés et les proscrits, cette éloquente voix, dont les accents tombaient sur les âmes froissées comme des Cocons de feu sur des gerbes mûres (1), s'écriait encore : cr O ruines de nos sanctuaires, pierres , cendres , poussières si chères à notre souvenir,, nous faisons continuellement des vœux au ciel pour vous ranimer! Mais, ô sanctuaires qui subsistez encore malgré les funestes secousses que vous ont données les ennemis du nom réformé, maisons saintes dans lesquelles nos maîtres, nos pasteurs, nos chefs de famille , nos enfants viennent 86 prosterner devant la Majesté divine , votre conservation sera toujours l'objet de nos vœux! »
(1) Ezpictuon de Saorin.
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