‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 8 sur 96 · UT. TU, CHIP. II · texte numérisé non relu

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révéqtie, des magistrats, des gentilshommes et des riches bourgeois, qu ils conduiront immédiatement au tribunal de leur chef, à Thôtel-de-vilie ; il les haranguera et, les retenant comme otages, les enverra, sous bonne escorte, dans son donjon de Vareilles; ensuite, pour les informer de son premier succès, il dépéchera des courriers aux comités insurrectionnels de Millaud , Saint-Âffriqne , Saint- Rome^ Pont-de-Camarès, Villefranche, Bédarieux, Lacaune, Castres et Montaiiban; et ne retenant près de lui qu'une garde de quinze hommes, il enverra tous les autres conjurés proclamer l'insurrection dans leurs communautés respectives et porter cet ordre aux consuls: « Nous, marquis de Guiscard, chef des mécontents de cette province, et protecteur de leur liberté, ordonnons aux consuls de se soulever contre le roi; d'envoyer à llhodez quatre hommes bien armés, chacun avec une livre de poudre, une quantité équivalente de balles et quatre jours de vivres; d'obéir au protecteur; de refuser la capitation , et d'implorer au pied des autels les bénédictions divines sur les conjurés. »

Toute l'arraée insurrectionnelle réunie à Rhodez, son chef la partagera en deux corps ; un de ses lieutenants, gentilhomme de ses amis, à la tête d'une des deux divisions, descendra rapidement vers Montauban ; et lidbourlie, avec l'autre, marchera sur Millaud, puis sur Meyrueis, où il saisira quelques compagnies de Cordes , qu'il livrera à Roland; de là, sur Saint-Affrique, Camarès, Lacaune, et avec toutes ces populations protestantes, sur Castres, Alby, et rejoindra son premier corps d'armée à Montauban. Après avoir établi dans

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toutes ces villes son gouvernement insurrectionnel, il reviendra à Rhodez, sa capitale; et là, appuyé sur les camisards, il attendra les armées royales. Tel est le plan deLabourlie, dont les combinaisons sont favorisées par Tappel inattendu des milices rouerganes aux Cévennes. Quinze jours encore, et il pousse enfin le cri de guerre.

Malheureusement sa fortune, qui, bien que considérable, ne répondait pas à la grandeur de ses desseins, faisait depuis un an languir dans Tombre la conjuration. Les protestants^ excités par les coups de fusil qui retentissaient dans les Cévennes, el enivrés de la vapeur de la poudre camisarde, s'impatientèrent des lenteurs de Labourlie; sa qua- ' lité de gentilhomme et d'ex-abbé suffisait pour inspirer à ces paysans des défiances bien naturelles, quoique injurieuses; leur ardeur vit dans ce retard sans fin de la négligence, de la lâcheté, peut-être de la trahison. N'avaient-ils pas d'ailleurs im chef plus expérimenté que lui, et d'un courage et d'une piété antiques? Ce chef, se nommait Boéton , natif de Saint-Laurent-d'Aigouses, bourg voisin d'Aiguëmortes; mais depuis son mariage, domicilié à Millaud , en Rouergue, patrie de sa femme. C'était un officier de fortune, monté, par des prodiges de bravoure, au grade de capitaine, lorsque la révocation lui ferma, jeune encore, la carrière des armes. La persécution qui le frappait, comme protestant et comme soldat, avait produit en lui une irritation d'autant plus vive qu'elle était à la fois religieuse et militaire. Son mécontentement, mal contenu , l'avait fait jeter, avec son fils encore enfant, dans les cachots de Puyiaurens. Il en sortit avecî

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des projets de vengeance que devina Labourlie. Ce vieillard patriarcal, unissant à des formes guerrières une âme austèrejp^ tendre, mal récompensé de la patrie terrestre, voulut consacrer ses derniers jours à la patrie céleste, qui lui réservait d'autres couronnes. Son âge, sa capacité, sa vertu , lui assuraient une grande influence dans sa province adoptive comme dans son pays natal; de sorte qu'il servait d'intermédiaire entre le Rouergue et les Cévennes, entre Labourlie et Roland. Fatigué des lenteurs de son allié catholique, Boéton résolut d'agir sans lui; voyant les troupes et les milices du pays monter dans le Gévaudan, il crut le moment venu; il s'adressa à Roland, qui, pour empêcher la dévastation, le pressa de lever Tétendard, et, sur sa demande, lui envoya, pour conduire ses bandes inexpérimentées, le fameux Catinat, son compatriote, avec les brigadiers Uaires, Pierrot, l'Allemand, et quelques autres capitaines camisards. Catinat arrivé à Millaud, ils concertèrent leur expédition sans prévenir Labourlie, alors absent; puis ils descendirent ensemble vers Lacaune, principal foyer de l'insurrection ; là, tandis que les conjurés du Pont-de-Camarès , deVianes, d'Espérauses, de Yabres, se réuniront autour de Catinat, Boéton rassemblera ceux de Millaud, Saint- A ffrique, Saint- Rome, et du haut Rouergue; et les deux chefs, à la tête de leurs deux colonnes, se rejoindront, le jour convenu, au rendez-vous général, pour pousser, du haut de ces montagnes, le cri de l'insurrection, qui retentira des cimes des Cévennes jusqu'aux bassins de Castres et de Montauban. Fidèles au signal qu'elles attendaient, les villes

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conjurées du haut Languedoc et du bas Rouergue envoyèrent aussitôt leurs contingents respectifs à Catinat : le Pont-de-Camarès, quarante hommes; YabreSy quarante hommes, etc. Mais au lieu de se rendre an lieu convenu isolément et en silence, ils accoururent par pelotons tumultueux , brûlant les églises, mais du reste, sans pillage ni meurtre. Le maire de Vianes, qui, par ordre de Vintendant Legendre, allait exhorter ^n devoir les protestants d'Espérauses, rencontra près de ce lieu sept à huit hommes armés, avant-garde d'un bataillon de quatre-vingts conjurés. Le belliqueux maire , à la tête de dix cavaliers qui Tescortaient, les chargea et en tua un; mais deux des siens étant tombés dans le combat, force lui fut d'avoir recours k son adresse et à la rapidité de son cheval. Ce bataillon, vraisemblablement composé des contingents de Brassac et de Yabres, prit, en passant, ceux d*£spérauses , et après une halte au château appartenant au marquis de Miremont, il se rendit sur le soir dans les bois de I^caune, où les conjurés des environs se trouvèrent réunis au nombre de deux à trois cents. ( Louvreleuil dit six cents. )

Mais, soit qu'après ces imprudentes démonstrations qui donnaient l'éveil aux autorités, Catinat crût devoir frapper le premier coup, et jeter d abord la terreur parmi les milices; soit qu'il cédât à sa fougue naturelle, et voulût ravira Boéton la gloire de commencer l'insurrection rouergane, l'impétueux camisard sortit le lendemain de ses forêls et se rua sur les bourgs des environs en criant : « Mort aux prêtres! mort aux prêtres!» Abattant les croix, incendiant les églises, il parcounit les

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cantons de tj^csaej de Vianes, de Vabres, de Brassac. Il 0*éiait qu'à trois limies de Castres, doot Tagitation fiit telle que , redoutant le soulerement des proteslanls , en majorité dans ses murs, Téréque se réfugia dans une chartreuse , ao milieu des populations catholiques de son diocèse. Castres, dont Catinat put espérer tm moment llnsurreclion , eut, par son mouTonent, entraîné Mazamet, Revel, Puyianrens , Boquecourbe, Réalroont et les bourgs enTironnants , qui dans les guerres religieuses ont toujours partagé le sort de leur métropole. Mais son frémissement fut passager; les autorités revin* rent de leur étonnement, la noblesse monta k cheval, et, à la tétedes milices, marcha contre les insurgés. De sorte <|u'aa lieu des bandes amies qu'il attendait, Catinat vit arriver une petite armée ennemie, au moins triple de la sienne, et commandée par des gentilshommes formés aux habitudes de la guerre. Il pouvait rétrograder et.rqoindre JBoéton , qui, éloigné seulement d'une marche, accourait avec six cents hommes du haut Rouergue; mais l'impétueux Catinat , malgré son infériorité , ne pût résistera la tentation de sabrer cette noblesse et de renouveler sur elle la défaite du comte de Broglie. Il s'adosse à un bois et présente la bataille. Malheureusement ses soldats novices étaient loin de valoir ses vieilles bandes cévenoles : ils furent écrasés , Pierrot tué, Daires pris, et Catinat précipité dans une telle déroute, qu'il ne put ni rallier ses débris, ni rejoindre avec eux Boéton.

Le vieux capitaine arriva le lendemain au bois de Lacaune. Me trouvant pas le chef camisard , il vînt le chercher vers Brassac , où il apprit sa

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défaite et trouva ses vainqueurs. Poursuivi à son tour, il remonta vers le bourg proHestant de Ferrières , et se fortifia dans son château. Legendre , intendant de Montauban , à la tête de la noblesse et des milices, le brigadier de Parât , détaché des Cévennes avec les bataillons de Cordes et les dragons de Saint-Sernin, ne tardèrent pas à l'y investir. Boéton s y défendit avec tant de valeur, que Parât, au nom de Pintcndant, lui offrit une amnistie pleine et entièi^; le capitaine, qui ne s'attendait qu'à s'ensevelir sous les ruines de ce fort, accepta cette capitulation inespérée, congédia ses compagnons, et tous rentrèrent paisiblement dans leurs foyers. Cependant Catinat, fugitif et traqué comme un loup, parvint, a travers mille périls, à regagner les Ce ven nés avec le seul r Allemand : tous les autres capitaines caniisards avaient péri. Daires, prisonnier, fut, comme cévenol, réclamé par Bâ ville, et rompu vif i^ Montpellier; le courage qui Tanimait dttUH les combats » ne l'abandonna pas dans son martyiH*, Oix auliws combattants pris avec lui, fumit jug^s par Legendrt^ et suppliciés à Montaubail*

l.«luMulit> était alors à Toulouse. Comme il i>0tom n«^t a^UA It) Uouergue |K>ur donner ses deruWv^ OHliHv. iiux iHMvimvs. il apprit, vers Castres, aimp.ipuUUouHeii nnnesjinuptivvn descamisards xUxy^U Mxsnsus^u,s u KXMirt i^ l^cumc, et envoie

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