UT. XI, CHAT. !▼. UI
Lapierre. Nous allons maintenant suivre cette élégie, en la dépouillant de son rithme défectueux pour l'abréger y la fondre dans notre récit et en faire ressortir la forte et dramatique poésie. « Cher Lafaçe, s'écrie le poète du désert , illustre confesseur dont les accents ont su me ravir tant de foiS| hélas, pourquoi faut-il que je trace avec mes larmes, le tableau de tes misères! A cette pensée, ma. plume tombe de ma main, mes yeux sont deux sources vives, mon sang se glace, je sens défaillir mes esprits! J'ai besoin de ta grâce, ô Jésus! O mon cœur, reprends courage, allons revoir notre martyr bien-aimé ! »
M. de Beauteville(i) le reçoit aux portes d'Alais, et le fait jeter dans un cachot obscur. Mais la foi lumineuse éclaire son cœur. Tout à coup se mon-. trent à ses yeux deux vieillards tremblants. Hélas! c'était son père et sa mère désolée! O mon fils, s'écria son vieux père ! ô mon fils , que je ressens pour toi de tourments! Comme Jacob, je ne tarderai pas à descendre de douleur au tombeau ! Je n'avais que deux fils, et l'un d'eux bientôt ne sera plus ! Que je meure maintenant, oui que je meure enfin, puisque j'ai pu te voir! que je t'embrasse, ô mon cher fils, reçois ma bénédiction et mes derniers adieux I — Mais, semblable à la mère de Roussel , sa mère éperdue remplit la prison de ses cris perçants : O mon fils, s'écrie- t-elle, ô mon cher fils, comment t'exprimerai -je ma douleur 1 Quoi, faut-il que celui qui faisait mon contente^ ment se montre à mes yeux dans ce noir cachot ,
(i ) Gonmuindant d*AUIfl.
Liv. XI, cflip. ir. 425
Voilà, cher pasteur, nos vœux les plus ardents !j) — «Je vous remercie de vos sentiments, répond le confesseur; puisse le Seigneur suspendre le cours des fléaux qui vous accablent ! Souvenez-vous de moi dails vos prières ! »
Cependant le commandant ( M. de Pérusse, colonel du régiment de INormandie) disait à ses soldats : <• Serrez vos rangs, croisez vos baïonnettes, repoussez vivement quiconque voudrait attaquer le détachement; car je crains qu'on ne tente d'enlever les captifs. Les peuples de ces cantons sont redoutables : je tremblé an seul nom de Lédignan !» Ils arrivent à Montpellier; le martyr est déposé dans la crtadelle qui doit être son tombeau. Il repousse les exhortations insidieuses des jésuites, répond aux juges avec fermeté, et entend avec joie l'arrêt de mort. Il lève les yeux, et son regard , perçant les voiles du firmament, découvre les lambris célestes plus brillants que les étoiles. Pendant quatre heures, prosterné, il prie et fait retentir sa prison de ses^trànsports et de ses soupirs. Le bourreau l'appelle enfin : il sort en chantant une hymne. Trois Ignacéens se présentent pour l'accompagner: « Retirez- vous, messieurs, leur dit-il, je ne veux d'autre consolateur que Jésus-Christ! » — Dès qu'il aperçoit l'échelle fatale: «Omon âme^ voici le chemin des cieux ; c'est l'échelle mystique où Jacob voyait monter et descendre les anges; hâtons-nous d'en gravir les degrés; Jésus me tend les bras! » Mais le roulement de trente-deux tambours étouffe sa voix. Il prie encore au pied de Téchafaud, accorde au bourreau son pardon , et haussant la voix^ les yeux au ciel, il dit: a Père reçois mon
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pendant plusieurs années, partagea la vie errante et périlleuse de son mari. Tout à coup.un incident singulier non moins qu'inattendu, fit concevoir aux églises l'espoir d'un protecteur du sang royal. Leur infortune inspira quelque sympathie au prince de Conti, chef de la branche cadette des Condé. Après une longue correspondance mystérieuse, le prince voulut connaître celui que sa renommée plaçait à la tête des troupeaux du désert. Rabaut hésita d'abord; il se décide enfin , se rend à Paris, et de là au château de l'Ile-Âdam. C'est dans cette solitude qu'il fit entendre au prince les gémissements des protestants de France. Voilà tout ce que l'on connaît d'un entretien qui n'eut aucun résultat, car le prince était à demi disgracié , d'un caractère insouciant et versatile, et d'ailleurs profondément plongé dans le cynisme et l'impiété du siècle.
Bientôt après , les églises eurent la douleur de perdre leur fondateur, leur père, le vénérable Antoine Court ( 1660 ). De Lausanne, où il vivait depuis trente ans, il veillait avec inquiétude sur ses filles affligées, leur envoyait des pasteurs, des conseils, des consolations, et servait d'intermédiaire entre elles et leurs sœurs de l'Europe. Dans son scientifique et paisible asile, il écrivit une histoire des camisards, exacte et judicieuse, des mémoires historiques sur les persécutions du règne de Louis XV, et enfin une défense des protestants, intitulée : Le Patriote français et impartial. La réorganisation pastorale et synodale des églises, la fondation d'un séminaire qui, sans interruption , les pourvoyait de ministres , et la création d'une agence générale, qui les reliait au
kM usioub bes pasteuis ma désbet.
protestantisme européen , forment , avec ses chroniques du désert y une œuvre émînente qui fit donner à Court y dès son vivant, le titre mérité de JteMtaunUeiir du calvinisme en France.
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