‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 73 sur 96 · IIV. tl, GBAP. V · texte numérisé non relu

IIV. tl, GBAP. V

à Montauban où s'était établie une branche de leur tribu et où voyagaient fréquemment tous les protestants de cette partie du midi, accoutumés encore à regarder cette cité comme leur ancienne mé>tropole. Tout-à-coup ils apprennent que le pasteur Rochette, qui les avait quittés la veille^ a été arrêté dans la nuit^ près de Gaussade; que le tocsin de cette ville sonne, que les populations catholiques des environs accourent en armes, et qu'il s'y exécute peut-être à cette heure un massacre des protestants. A ces nouvelles douloureuses, les trois courageux Verriers s'arment et se dirigent vers Gaussade avec l'intention de délivrer leur ami ou de périr avec leurs frères.

François Rochette était né à Yialas , hautes Cevenues, diocèse d'Uzès, d'une famille pauvre, mais zélée , et qui avait produit plusieurs martyrs. Les pasteurs Figuières, du comté de Foix, Gardes et Sicard , du haut Languedoc, et Gabriac, du Gévaudan , le consacrèrent à son retour de Lausanne (a8 janvier 1760), et accompagnèrent l'onction mystique de ces paroles touchantes : « Nous prions Dieu, le Père des lumières, de bénir ses pieux travaux, d'augmenter en lui ses dons et ses grâces, et de le couvrir toujours de sa puissante protection»! (i) Dieu n'accueillit pas ces vœux fraternels; après vingt mois d'apostolat dans l'Agénais et Te Quercy, l'infortuné ministre était dévolu au martyre. De Montauban, il se rendait, à cause du délabrement de sa santé, aux eaux minérales de Saint-Antonin (i3 sept. 1761). Arrivé près de Gaussade, vers mi-

(i) Archiv. conaitt. de Castres.

UT. XI , CBiP. Y. 13T

Cet évéïieroenti inattendu non moins que donloureuxy affligea profondément les protestants de. Caussade. Sur leurs représentations, les consuls^ Oelpech et Saint-Geniès , touchés de l'infortune, du pasteur, qu'une arrestation fortuite conduisait à une mort certaine, à laquelle il n'avait pas voulu se dérober par le mensonge, essayèrent de le soustraire au fanatisme de leurs collègues, en ordonnant sa translation dans un lieu d'où il eut pu s'évader aisément au retour de la nuit. Mais soit qu'on eût deviné leiïr intention, soit que réellement le projet d'enlever le prisonnier eût été conçu, tout-à-coup un cri jeté, dit-on , par le prêtre, et répété de bouche en bouche, remplit la ville d'une incroyable agitation : « Les protestants, s'écrient-ils, s'arment pour délivrer leur ministre.! » C'était un jour de foire, et le concours des protestants des environs prêtait k cette allégation, probablement mensongère, une apparence de vérité. Cependant le tocsin sonne, les tambours battent ; les catholiques de la ville et de la campagne s'ameutent en armes. Pour se distinguer dans cette cohue immense, ils arborent à leurs chapeaux des lambeaux de papier en guise de croix et de cocarde blanche. Ils courent sus aux protestants isolés, fugitifs; ils en remplissent les prisons; ils resserrent le ministre. Le soir, les enfants, les femmes revenus dans leurs bourgades, y répandent leurs haines et leur eftroi. A cinq ou six lieues à la ronde, les cloches d'alarmes répondent au tocsin de Caussade. Des populations épouvantées pendant la nuit se réfugient en hurlant au fond des bois. D'autres, dès le matin (i5 sept), accourent en armes au secours des catholiques de

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b ville qui avaient passé la nuit à fabriquer des cartouches el à fondre des balles. I.*es milices rustiques demandent le signal du massacre. Selon les chroniqueurs catholiques, démentis à la vérité par les protestants, le projet, conçu la veille, d*enlever le ministre eût été ce jour-là eiécuté par ses partisans qui , à les en croire, attaquèrent la prison ^bs le commandement des trois Verriers de Gabre (i ). Toutefois, les frères Grenier ne furent reconnus et relancés que hors des murs. Ces hardis chasseurs pyrénéens, armés de deux fusils et d un ^re, refusèrent de s'en servir contre la milice et la foule qui les poursuivait dans la plaine à coups de pierres. L'un deux seulement se contenta de donner, en passant, une gourmade à un des assaillants qui brandissait une barre de fer. Enfin, des bouchers finirent par s'en rendre maîtres en les faisant saisir par leurs chiens, qui les ramenèrent comme des taureaux.

Tel est l'effroyable tumulte dont le fantôme de la Saint-Barthélémi remplit, pendant deux jours, les murs de Caussade. Parmi les clameurs des passions du temps, il est presque impossible à l'historien de distinguer la voix sereine de la vérité. Tout ce qu'on peut dire, c'est que si les protestants tentèrent réellement d'exécuter leur désir, leurs adversaires déployèrent un bien atroce acharnement contre des hommes dont Tunique intention était d'arracher à la mort un innocent, d'épargner à ses juges un crime , et à leurs noms un stygmate éjtemeL Enfin , les magistrats, honteux de leur er-

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