LIV. XII, CHiP. III
Ils étaient admirablement servis par le dévouement des populations. L ennemi paraissait-il? Les bergers criaient> huaient, appelaient leurs chiens éloignés; les pâtres des cantons voisins répétaient les mêmes clameurs et se répondaient de montagne en montagne. Dans la plaine, les laboureurs, les vignerons brandissaient en Tair leur aiguillon, leur houe, et de Tnn à Tautre ils transmettaient ce signal, comme eût fait un télégraphe. A ces annonces fidèles, les Enfants de Dieu s'éloignaient ou s'embusquaient. La nuit, pour rappeler les traînards, ils brûlaient de la poudre sur leurs mains, allumaient sur les collinesdu goudron qu'ilséteignaientbientôt. Les pelotons égarés se dirigeaient sur ce flambeau nocturne. Qui vive, criaient les sentinelles? Ils répondaient : Enfants de Dieu ( i ). Fallait-il combattre? Ils se rangeaient en bataille sur plusieurs lignes; la première mettait un genou en terre, et recevait le choc des escadrons; ou bien, après leur décharge, ils s'élançaient impétueusement contre l'ennemi; ils se mêlaient, luttaient corps à corps, se prenaient aux cheveux. Vaincus, loin de demander grâce, ils irritaient leurs adversaires et sollicitaient la mort (a). Les milices fuyaient devant leur ombre, les cadets de la croix n'osaient se mesurer avec eux , et ce n'est que par le nombre que les troupes royales les vainquirent quelquefois. Un seul lieutenant de Termite les égalait en courage, c'est Lefèvre. Un seul des généraux du roi avait leur impétueuse valeur, c'est Julien. Leur bravoure a forcé les chroniqueurs ennemis, si partiaux
(i) Labaamc. (a) Villa r^.
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envers eux, à leur rendre complètement justice. Ils se battaient, dit Labaume, avec le courage des meilleurs soldats, et, ajoute Louvreleuil, avec cetle audace que donne le fanatisme. Mats leur louange est tombée de boucbes encore plus illustres, de celle de Berwick qui les vit combattre et mourir à Almanza; et surtout de celle de Villars qui se plut à répandre la gloire de ces héroïques pâtres qu'il n'avait soumis que par la douceur.
Une bonne partie de cette renommée revient aux peuples de la plaine. L'insurrection croît à mesure qu'elle descend vers le sud , comme si la vigueur lui fat venue du soleil. Née dans les hautes Cevenues, elle y reste molle, rustique, obscure même. Elle y livre moins de combats et des combats moins éclatants. Leur gloire s'est éteinte à demi dans les brumes du Gévaudan, et quelques-uns même se sont perdus dans ces montagnes sourdes et sans échos pour répéter à l'histoire le bruit des mousquets et le chant de triomphe. Aucun chroniqueur n'a mentionné un choc meurtrier qui eut lieu au haut de la cote des Rousses. Castanet, embusqué parmi des rochers, y vainquit les troupes royales, qui montaient au pillage de Massavaque. C'est un fleuron à replacer à la couronne militaire du chef de TAigoal (i). Salomon et Joani sont de même à demi dans l'ombre. Roland, dans les basses Cévennes, est dans un horizon plus lumineux. Cavalier seul agit sur un théâtre éclatant.
(.\) Tradition de Vêbron.