CHAPITRE IV
Disons un mot de la justice camisarde , elle était très-rigoureuse. Le vol était sévèrement puni. « Un de mes soldats, dit Cavalier , rencontra un marchand qui allait d'Alais à Uzès , et, voyant les habits de l'étranger .meilleurs que les siens, il le força d'en changer avec lui. Dès que j'en fus infoinfné, je le condamnai à mort, bien que le marchand ne se plaignit pas, et qu'il prétendit même avoir fait cet échange avec plaisrr. Cependant, sur la requête du marchand , je fis grâce au coupable , après l'avoir fait passer par les verges» (i). Le vol était réprimé non-seulement par la loi militaire, mais encore par la loi divine dont la sanction était ordinairement miraculeuse. Souvent les prophètes défendaient d'enlever le moindre objet des bourgs condamnés, a Comme nous étions en marche , dit Claude Arnassan, après avoir brûlé le village de Belvèse, le frère Serre, qui avait le don, fut saisi de l'esprit, et dit qu'un certain (homme) de la troupe, et qui était d'un tel lieu, avait pris de
(i) Mcmoirei de GaT»lier.
506 EISTOIIK DES PAST£IIB8 INJ BÉSEAT.
Tinterdit à Belvèse, et que Dieu permettait qu^l fût tué, à deux jours de là, dans un coml>at En effet y nous rencontrâmes l'ennemi deux jours après ; nous nous battîmes et nous perdîmes un seul de nos gens qui était du même lieu, nommé par le frère Serre » (i).
Le meurtre était réprimé plus rigoureusement encore que le vol, et Ton en a vu un grand exemple dans le supplice des meurtriers de madame de Miramand. Mais l'exposition de leurs cadavres, avec un écriteau, n'était que- pour la justification des camisards; ils n'avaient pas l'horrible habitude d'exposer les suppliciés; ils pensaient que la figure humaine , faite à l'image de Dieu , ne devait pas être profanée par les chiens et les vautours, et qu'après l'expiation , le coupable devait au moins obtenir le repos et le mystère de la tombe. Il est vrai que dans cette guerre exterminatrice, la déli* mitation entre la mort légitime et le meurtre , était nécessairement glissante et vague. Un soir de l'été 1703, le brigadier Saint-Brès, de Lussan, ayant investi , sur Faire , les moissonneurs de l'abbaye de Yalsauve, les massacra. Il s'exaltait lui-même dans sa fureur : Eternel, s'écriait-il, donne-nous des forces pour exterminer ces idolâtres ! (2). £n général, leurs cruautés étaient des représailles militaires; de là, tous ces meurtres énumérés par le prêtre de Saint-Germain; de là, les massacres de Fraissinet et de Saturargues. S'ils étaient parfois féroces par fanatisme, ils n'étaient jamais vicieux. Leur rigidité même était telle, qu'ils
(1) Théâtre sacré, (t) Loavreleail.