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observaient jusqu'aux plus minutieuses règles religieuses. Par exemple, ils abhorraient, comme un blasphème, le juron vulgaire qu'ils remplaçaient naïvement par celui de Sen^e-Dieu. Ils ne détestaient pas moins le serment. Avant de massacrer les moisonneurs de ValsauyQ , Saint-Brès s'étant fait livrer les armes de Fabbaye, en demandait d'autres au régisseur qui y pour Tassurer qu'il n'en avait plus, employa quelques imprécations. « Idolâtre, s'écria l'austère prophète, n'use jamais de jurement ni de mensonge. » Dans l'automne de cette même année. Cavalier, arrivé à Vauvert, envoya chercher un nommé Barbier, pour lui demander ses armes. Cet homme se fit appeler deux fois : « Pourquoi n'as-tu pas obéi au premier de mes ordres, lui-dit le chef camisard? Barbier répondit qu'il ne l'avait pas reçu, et prit Dieu à témoin de sa véracité, a Malheureux , s'écria le prophète irrité , tu jures le nom de l'Eternel ! Si tu n'étais pas de nos frères, je te ferais fusiller! Et s'il arrive jamais que je sache que tu aies juré, j'en ferai un châtiment si sévère, que tu serviras d'exemple à ceux qui profanent le nom du Seigneur ! » (i)
Nous avons vu , par le supplice du meunier Grand-Jean et de Lasalle , comment ils punissaient les traîtres. Bien souvent aussi, ils leur faisaient grâce : plus indulgents pour l'étranger qui vendait leur sang, que pour le camisard qui volait une poule. Ils n'infligeaient ordinairement d'autre supplice que la mort militaire, le fusillement, parfois le décollement , jamais la strangulation ;
(i) Lab»ame.
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soit que ces pâtres, qui nivelaient tout , voulussent mourir comme des gentilhommes; soit encore, et plus vraisemblablement, que, selon leurs idées bibliques, ils vissent, dans Taspersion du sang, une vertu expiatoire. Le décollement était, à ce qu'il semble, réservé aux étrangers. C'est pourquoi , dans cbaque troupe, dit Labaume, il y avait des exterminateurs ou bourreaux qui exécutaient les sentences des prophètes. Ils combattaient comme les autres camisards, portaient le mousquet, le sabre, et de plus la haché, instrument et sym* bole de leur horrible office. Pendant l'exécution , toute la troupe à genoux priait pour l'âme du patient.
Cette justice du désert, prononcée au nom de l'Eternel, est, dans sa grandeur sauvage, d'une plus haute moralité que la justice de Bâville, presque toujours violente, vengeresse, et qui même n'était pas exempte de superstitions populaires. Dans l'automne 1703, il fit venir de Lyon un Rabdomancien qui, par la vertu du signe du verseau, sous lequel il était né, et par le moyen d'un rameau de noisetier, prétendait dévoiler les camisards inconnus. Ce fourbe parcourut les bourgades, escorté d'un bataillon qui saisissait à mesure les malheureux désignés par la baguette fatale. Cette verge de coudrier, vulgairement appelée bâton de Jacob, en souvenir sans doute des branches de cet arbrisseau que le patriarche jetait dans les sources , pour faire engendrer des agneaux noirs aux brebis blanches de Laban, noircit aussi un troupeau d'innocents, et peupla les prisons de Ba ville, bien ^uieux encore que les bcrcails d'Israël, llemar"
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quons aussi combien cette justice camisarde était plus humaine que la justice royale. Quelle atroce législation que celle que Lamoignon avait adoucie pour l'approprier aux mœurs de son siècle! Quels juges affreux que les accolytes de Bàville! Pourtant il y avait, dans le nombre, des hommes droits, polis, même tolérants. Tel était Labaume, conseiller au présidial de Nismes, et le plus judicieux des chroniqueurs catholiques de la guerre cévenole. Mais soit terreur, soit flatterie, ils exagéraient le caractère de Bàville, excessif de sa nature. C'est par faiblesse qu'ils proposaient d'écarteler Catinat, d'arracher la langue à Ravanel. Bàville avait du moins parfois la clémence de la force , et commuait ces peines horribles , comme à l'égard de Brousson et d'Abraham. Cependant, ce n'est pas sans un secret effroi qu'on lit ses froides et dures lettres qu'il remplit négligemment d'expressions patibulaires, locutions sacramentelles de ce grand pontife des potences cévenoles. Quel temps que celui où les carrefours étaient peuplés de gibets, aux chaînes desquels les corbeaux déchiraient des cadavres! Quels peuples que ceux qui passaient sans émotion devant ces charniers, qui même accouraient avec volupté autour des échafaudsl Que dis-je? Les prêtres, réfugiés dans Nismes, assistaient comme à un spectacle à ces hécatombe^ humaines. Et Fléchier qui leur en fit honte, n'en eut pas d'aller, avec plusieurs autres prélats, contempler le supplice des compagnons de Roland , rompus vifs autour du bûcher qui dévorait les restes du général camisard; spectacle monstrueux et digne des fêtes de Moloch. Et pourtant c'était le siècle des arts, de
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Texquise politesse, de la suprême urbanité! Ah, ne dédaignons point tant le nôtre I II a' ses gloires aussi, et n'a pas ces horreurs I Noublions pas que toutes ces géhennes ont disparu, qu'il ne reste qu'un échafaud honteux qui frappe furtivement comme un coupable, et que la mort, chassée des codes des nations, n'obéira bientôt plus qu'à la voix de Dieu. Mais quelques horribles qu'ils fussent , ces supplices ne firent point fléchir la constance cévenole. Au contraire, elle s'en exalta, elle les brava, les vainquit, et son plus beau triomphe n'est pas dans les batailles, mais dans le martyre. Rappelons*nous les supplices de Séguier, de Castanet^ de Ravanel, de Sauvai re, de Boeton, de Salomon, etc. Aux exemples des chefs , joignons celui de deux de leurs soldats, où, sous des formes vulgaires, apparaît la même énergie. « Afin que le lecteur connaisse quel était leur esprit et leur caractère, je vais raconter , dit Labauroe , de quelle manière un d'entre eux mourut à Nismes , de la main du bourreau. Il s'appelait Jean Vedel, du lieu de Crespian. On le 'prit dans les bois de YaqueiroIIes. Non-seulement il chantait des psaumes quand on le conduisit en prison, mais encore en passant dans les rues de Nismes, il criait : « Mes frères, le temps de la délivrance est arrivé! Que rien ne vous épouvante! L'Eternel combat pour vous! » Au lieu de s'asseoir sur la sellette , il jeta sa perruque à terre, se mit à genoux et commença à faire sa prière. Il avoua qu'il était de la troupe de Roland, et qu'il l'avait toujours suivi dans ses excursions. Après cette déclaration, il dit que, n'ayant travaillé que pour les intérêts du ciel> il était bien aise qu'on le