LIT. XII, CHÂP. IT
fît mourir pour en aller recevoir la récompense, et qu'il se moquait de tous les supplices auxquels on pouvait le condamner. Quand on le conduisit k Téchafaud pour être rompu, il parlait et répondait sans émotion. » — « 11 répondit au prêtre qui Tinvitait à se confesser et à se repentir : Monsieur le curé y je veux vous donner un meilleur conseil, faites-vous ministre, et prenez une femme; c'est le moyen d'être heureux dans ce monde et dans l'autre. » — « Sur l'échafaud, il dit : Mes frères , je vais mourir; mais je ressusciterai dans trois jours et viendrai avec nos frères vous délivrer de la tyrannie des prêtres. » — oc Nous ajouterons la mort de Pierre Causi de Boissières. On le condamna à Nismes à faire amende honorable, à avoir le poing coupé, et à être ensuite rompu vif. Il mourut en criant qu'il souffrait avec plaisir pour avoir défendu la gloire de l'Eternel et le culte de la véritable religion. En allant à l'échafaud, il cracha au visage du prêtre qui l'exhortait, et lui fourra dans le nez le flambeau allumé pour son amende (i). Le bourreau de Nismes demandait, selon Thabitude, à un patient : « Pardonnes*tu ta mort au roi, à la justice et à moi? — Non ! répondit brusquement le camisard. — Eh bien! repartit le bourreau, en lui serrant la corde et en lui donnant la secousse, va-t'en au diable! Et jamais pendu n'a passé si vite » ajoute Sœur Demerez, avec une jovialité qui blesse étrangement la pitié si naturelle à son sexe et si convenable à sa profession (2).
Voici, enfin, un martyre dont le caractère mi-
(1) LabAiiroe. (a) Lettre da so jaillet 1 7o3.
61i DISTOIEB DES PASTEOIS DO DÉSBAT.
raculeux rappelle ceux que célèbrent les antiques traditions chrétiennes et juives. « En octobre 170$» deux jeunes camisards furent condamnés à être roués et brûlés vifs à Montpellier. Après qu'on leur eût rompu les quatf^ membres, on les jeta dans nn feu allumé... près de l'échafaud. Quand ils y eurent été quelques moments, ils se levèrent, comme si le fei) leur eût été un remède pour rejoindre leurs os brisés et pour guérir leurs plaies; ils sortirent du milieu des flammes et s*en éloignèrent à quelque distance. Mais ces bourreaux de soldats les repoussèrent, à coups de baïonnette, dans le biicher ardent} et les martyrs y rendirent Tesprit en bénissant Dieu (i).
Ainsi, l'imagination populaire complétait merveilleusement rhéroisme des confesseurs cévenols.
(1) TkééUre sacré des Cépeimts,
UT. XII, GHAP. Y. 513