CHAPITRE VI
Luther y en rompant les sceaux de la Bible , produisit en Occident une impétueuse irruption d'idées mosaïques et orientales. Les nations protestantes devinrent à demi juives. Les camisards semblent surtout une colonie d'Israël. Leur Dieu , c'est Jehova. Leur temple , Sion; leur camp, le camp de l'Eternel; leurs peuples, les Enfants de Dieu; l'église catholique, Babylone; ses prêtres, les prêtres de Baal; leur tyran , Pharaon; leurs cantiques ^ les psaumes de David ; leurs chefs se nomment Abraham, Salomon, Elie, Daniel, Moïse, Abdias. L'un deux écrivait aux habitants de Ba* gnols : a Je vous avertis de tenir vos portes fermées le 216, le 27, jusqu'au 218, avec du blanc dessus. Celui qui vous rendra cette lettre est prophète. Du camp de l'Eternel sur la fin de la nouvelle lune » ( i ). Enfin, leurs chefs étaient prophètes; leur société une théocratie.
Les Enfants de Dieu formaient donc une théocratie militaire, c'est-à-dire une société de soldats,
(1) Conrt, loin, ii, p, 197.
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gouvernée par des prophètes se disant inspirés de Tesprit céleste. « Tout ce que nous faisions soit pour le général , soit pour notre conduite particulière , c'était toujours par ordre de l'esprit. On obéissait aux inspirations des plus simples et des plus petits enfants » (i).
La hiérarchie des prophètes s'échelonnait selon la mesure des dons de l'esprit : « Dans la troupe où j'étais y particulièrement, monsieur Cavalier était douée de grâces extraordinaires. Aussi les avait-on choisis à cause de cela » (2). — « Ce sont elles (les inspirations) qui ont élu nos chefs et qui les ont conduits (3). « C'était les inspirations qui faisaient les chefs , et c'était la confiance inébranlable en ces mêmes révélations qui donnaient à une cinquantaine de bergers, armés de frondes, de bâtons ferrés et de psaumes, le courage et la force d'attaquer et de battre de bons régiments » (4)-
L'esprit inspirait les manœuvres militaires, et animait le courage des chefs dans le combat : a Ils n'avaient aucune connnaissance de la guerre ni d'autre chose. Tout ce qu'ils en avaient, il leur était donné miraculeusement sur lechamp... C'était merveille dans les batailles , dit un soldat de Cavalier , de le voir , le sabre à la main , à cheval , et dans de certaines émotions de l'esprit qui ranimait, courir partout , encourager, fortifier, faire des commandements qui surprenaient souvent , mais qui étaient exécutés à merveille et réussissaient de mcme » (5).
( I ) Théâtre sacré , Fage. (a) Ibid, (3) Ilnd. , Mtrion. (4) /*«</. , Caladon. (5) Ibid,, Fag«.