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EXTORSIONS FISCALES

comble à la souffrance des campagnes. Dans la Lorraine, le duc Charles, le dernier seigneur féodal qui ait oniciellement pesé sur la France, pressurait ses sujets par des impositions excessives et réitérées afin de résister a Louis XIV (1608), « ce qui jeta les peuples dans une si grande consternation, que plusieurs allèrent chercher du soulagement dans des pays étrangers. Ajoutez à cela les exactions et pilleries des troupes, qui, bien loin d'être sévèrement réprimées par la justice, étaient regardées comme un jeu, et les plaignants traités avec raillerie. » (Dom Calmet, Lorraine, VI, 578.)

Flattant l'ambition orgueilleuse de son maître, Louvois substitua pour un temps son influence désastreuse 'a celle de Colbert, et lança Louis XIV dans cette période de guerres qui donna à la France tant de gloire éphémère et tant de misères d'une longue durée. En 1075, impôts, tailles, aides, gabelles, tout fut augmenté. On ajouta trente sols sur le minot de sel, et la taille, de trente-cinq millions, s'éleva rapidement jusqu'à quarante et un millions.

Les revenus de la France ne s'arrêtaient pas toujours aux mains des traitants, ils tombaient quelquefois jusqu'à celles des maîtresses du roi. L'impôt sur le tabac, qui n'était d'abord que de 500,000 livres, s'éleva bientôt a 1,000,000: M""" de Montespan s'en était fait donner le revenu, lorsque Colbert eut le courage de le lui retirer.

La France, toujours si riche pour payer la vaine et stérile gloire des armes, vit encore augmenter toutes ses charges en 1074. On mit un droit de marque sur la vaisselle du pauvre, on ajouta au sel, on inventa

l'impôt du timbre, qui rendit toutes les transactions plus onéreuses, les procédures plus chères, et fit la justice de plus en plus inaccessible au peuple.

« On a fait, dit le maréchal de Noailles dans ses Mémoires, ce qu'on appelle un traité extraordinaire sur ridée d'un homme d'affaires, sur une idée qu'il propose, et dans laquelle, en supposant un prétexte frivole, on comprend deux ou trois mille familles a qui on enlèvera par force et par autorité une partie, non des revenus, mais du capital de leurs biens. On repasse ainsi et a différentes reprises les trois quarts des sujets du roi, en leur demandant tout a la fois des sommes considérables qui les ruinent sans ressource. »

Quand les droits les plus sacrés de la propriété étaient ainsi foulés aux pieds par la monarchie à l'égard des riches et des forts, quels excès ne devaiton pas se permettre a l'égard des petits et des faibles !

Louis, d'ailleurs, ne se fit jamais scrupule de pousser l'exaction jusqu'à la spoliation la plus absolue, nous l'avons dit déj'a au sujet du commerce dos anoblissements, nous pourrions le répéter à chaque page (l). Nous avons parlé du droit de francs-fiefs, qui avait pour but d'empêcher la propriété de tomber des mains nobles dans les mains roturières, droit désastreux pour le peuple, et dont la bourgeoisie

(1) « Louis XIV écrasa les libertés publiques, viola les privilèges des provinces et des cités, posa sa volonté en règle, enrichit ses courtisans de confiscations odieuses. Il ne lui vint même pas en pensée que la liberté, la propriété, la vie d'un de ses sujets ne fussent pas à lui. » (Chateaubriand, Analyse raisonnée, 400.)

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