‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 14 sur 85 · LA COMÉDIE DES ÉTATS · texte numérisé non relu

LA COMÉDIE DES ÉTATS

s'était affranchie presque partout. Une cliarlc de 1<)74 en oxemplail les Angevins ; Louis XIV' n'en tint pas compte, et, par un arrêt du conseil d'Etal du 'iS janvier 1()74, les contraignit a payer le revenu de deux années de leurs iicfs et biens nobles, au moyen duquel payement ils seraient exempts, à toujours de toutes taxes de Irancs-fiels, et de ban et arrière-ban. Ils payèrent, et dès l'année suivante Louis, oubliant son serment avec un sans-façon tout princier, convo(|ua le ban cl l'arrière-ban d'Anjou, qu'il envoya, sous le marquis de Sablé, guerroyer en Lorraine, où, 'a peine arrivés, ils furent tous faits prisonniers d'un coup de tilet (1). Dès que la cour avait fixé la somme a payer, on confiait aux gouverneurs des provinces la mission de mettre le peuple sous le pressoir, suivant l'expression énergique et vraie de M'"« de Sévigné (IV, '200). Ils présentaient l'affaire aux états provinciaux ; puis, une fois le cIliflVe accordé, on déchaînait sur le plat pays l'armée impitoyable des mallôtiers. L'opération n'était pas toujours sans périls pour les gouvçrneurs. M. de Chaulnes était tourmenté en Bretagne par une colique pierreuse {Id., III, 12), et la duchesse son épouse se faisait captive chez elle, poursuivie par la double crainte d'être mise en pièces par les Bretons révoltés, ou volée par les troupes qui venaient pour les châtier, {Id., 56, 501.) Le gouverneur du Poitou écrivait à Colbert « qu'il avait trouvé les esprits du menu peuple pleins de chaleur, et une grande pauvreté dans le pays (2), » et M'"' de Grignan n'osait s'éloigner de

( 1) Bodin, Recherches sur VAyijoii, If, 3Si.

(2) Lettres adressées i Colbert, mss., 2'J mai 1675.

son époux dans ces conjonclures difficiles. (Sévigné, IV, 260.)

Il faut dire que le gendre de l'immortelle marquise de Sévigné éprouvait de bien grands soucis dans son gouvernement de Provence. Une première fois, en 1071, on avait demandé un don gratuit de 500,000 fr., que les états s'étaient prétendus dans l'impossibilité de payer, n'ayant jamais payé que 100,000 écus jusqu'alors (VIII, 115). Colbert écrivit au comte de Grignan une lettre très verte, dans laquelle il lui demanda de lui envoyer les noms de tous les députés des états. Il y avait ce passage dans la réponse du comte (22 décembre 1671) :

« Les menaces que je suis obligé de faire ne suffisent pas pour ramener les opiniâtres dans leur devoir, si elles ne sont suivies d'aucun effet. Je suis encore obligé de vous dire, monsieur, par l'engagement que j'ai 'a ne vous rien déguiser, qu'il y a beaucoup de députés qui n'ont résisté d'abord que dans la seule veûe des misères de cette province: elles sont effectivement très grandes, mais quand les affaires du royaume ne permettent pas d'y avoir égard, il est juste que Sa Majesté soit obéie. »

On transigea : on donna 450,000 livres, et l'on interna dix des députés les plus malintentionnés dans la Bretagne et la Normandie, a Grandville, Cbcrbourg, Saint-Malo, Moiiaix et Concarneau (1). La mesure réussit pleinement, puisqu'en dépit de sa misère excessive, nous voyons la Provence s'expédier désor-

(l) Correspondance administralive, I, 399. (Arch. de la marine, registres des dépêches, etc., ann. 1671.)

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