‹ Histoire des paysans (volume 2)Chapitre 16 sur 85 · LA COMÉDIE DES ÉTAT · texte numérisé non relu

LA COMÉDIE DES ÉTAT

aiHiécs plus lard, le chiffre monte a '2,100,000 livres, aii\"(|uclles il laiit ajouter 150,000 livres pour travailler au canal des deux mers, et autant })Our les Torts que le roi t'ait construire dans la province. Total : 2,700,000 livres. L'année suivante, il monte encore et atteint le chiffre rond de trois millions. En 1(397, le prince de Condé préside encore les étals de Bourgogne, qui accordent au roi, à leur ordinaire, tout ce ([ue Sa Majesté demandait. Dans la même année, ceux du Languedoc ajoutent aux trois millions de don gratuit 75,000 livres pour rentretien du canal (1).

Comment, pour leur part, les gentilshommes eussent-ils chicané au roi l'argent des pauvres hommes du plat pays, quand ils songeaient a l'emploi de ces trésors qui relomhaienl en pluie de laveurs et de gratilications sur les courtisans (2), (juand ils le voyaient, au milieu de la misère allreuse qui élreignail le royaume, emhellir leurs logements dans ses châteaux royaux (1000), afin qu'ils y fussent encore plus à leur aise? (Dangeau, IV, 5.)

« Et votre don de l'assemblée? demande madame de Sévigné 'a sa fdle. — Madame, il est accordé. — A combien? — A huit cent mille francs. — Voila (jui est fort bien, notre pressoir est bon, il n'y arien 'a craindre, il n'v a qu'a serrer, la corde est bonne ! » (IV, t>71.)

(1) Dangeau, I, 159, '298 ; II, 9G, 23'J ; IV, 135, 302.

(2) (I Le roi fait des libéralités immenses ; en vérité, il ne faut point se désespérer ; quoiqu'on ne soit point son valet de chambre, il peut arriver qu'en faisant sa cour on se trouvera sous ce qu'il jette. Ce qui est certain, c'est que. loin de lui, tous les services sont perdus... » (M""^ de Sévigné, V, 177.)

Voici ce qu'écrivait à Golbert, à la date du 20 mai 1675, le duc de Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné :

« Monsieur, je ne puis différer de vous faire savoir la misère où je vois réduite celte province : le commerce y cesse absolument, et de toutes parts on me vient supplier de faire connaître au roy Timpossibilité où Ton est de payer les charges. Il est assuré, monsieur, et je vous parle pour en être bien informé, que la plus grande partie des habitants de la dite province n'ont vécu pendant l'hiver que de pain de glands et de racines, et que présentement on les voit manger l'herbe des prés et l'écorce des arbres. Je me sens obligé de vous dire les choses comme elles sont, pour y donner après cela l'ordre qu'il plaira 'a Sa Majesté »

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