CHAPITRE IV
julévemcnl des campagnes. — Une vengeance.
« Tous tumultes, désordres et mutations proviennent quelquefois de légitimes causes, et plus souvent d'avoir du mal que du désir d'en faire. »
Henri IV.
Dans le Languedoc, en Poitou, en Bretagne, en Guyenne, a IJordeau.v, Toulouse, Limoges, Nevers, la misère était générale partout, et partout la faim armait les révoltés. Cette nouvelle jacquerie eut, en Bretagne, la brillante marquise de Sévigné pour témoin et pour historien ; nous laisserons donc ce charmant écrivain nous raconter la révolte de ces « bonnets bleus, qui avaient bon besoin d'être pendus pour leur apprendre a vivre » (III, 40), et les horreurs dont celte province devint le théâtre.
« On a révoqué tous les édits qui nous étranglaient dans notre province, écrit-elle îî madame de Grignan. Mais savez-vous ce que nous donnons au roi pour témoigner notre reconnaissance ? 2,600,000 livres, et autant pour le don gratuit ; c'est justement 5,200,000 livres : que dites- vous de la petite somme? Vous pouvez juger par là de la grâce qu'on nous a faite de nous ôter les édits. » (II, 570.)
.Mais il fallait que cette odieuse comédie des états se jouât jusqu'au dénoiiment, et de Chaulnes envoya
a Colbcrt rexpression de la joie cl de la reconnaissance de la province. « Les dcpulés des états nous ont dit qu'ils avaient résolu de chanter demain un Te Dciim pour remercier Dieu de la protection que le roi venait de donner a celle province, en la retirant du précipice où elle était plongée, et m'ont prié de le l'aire accompagner de Icux de joie. L'extrémité où elle eût été réduite par Texéculion des édits ne peut mieux, ce me semble, vous être représentée que par l'effet que ces grâces ont produit, et qu'en considérant que ces états donnant au roi T» millions de plus qu"a la dernière tenue, ils en chantent un Te Deum !... Les seuls édits ont jeté dans les esprits toute l'aigreur que nous y avons fait remarquer, et j'ose par avance présumer que vous n'en serez pas sm'pris quand vous saurez avec combien de violences et de dureté on les exécutait...
« Comme la joie produit souvent les mêmes effets que la douleur, je viens de prier M. de Coétlogon d'aller a Rennes, de peur que la populace ne s'émeuve contre les partisans. »
On leva encore sur la province ruinée les gratifications d'usage : 100,000 livres à de Chaulnes, plus 20,000 pour ses gardes ; la moitié de ces deux sommes a Lavardin ; puis aux ministres, a Colbert, Louvois, Pomponne, Seignelay, et leurs commis. Le prince de Tarente, pour avoir trahi les intérêts de la province, obtint r)2,000 livres pour lui, 15,000 pour sa femme. Un gentilhomme, Coëtquen, ayant imprudemment dit a d'IIarouis, trésorier des états, que la province était accablée, sa grand'mère, la duchesse de Rohan, le rappela a Paris, et je duc de Chaulnes lui
{léfendil do paraître aux étals, niesiiro a laf]iiellc applaudit fort M'^^ de Sévigné, grande amie de .AIM""' de Cliaulnes, de Lavardin, detarente et autres.
[.e grand roi fit en Bretagne ce qu'il avait l'ait en Anjou au sujet des francs-fiels ; il prit les 5/2011,000 livres, et s'empressa, dès l'année suivante, de rétablir tous les impôts dont on venait d'acheter le retrait à un prix si élevé. La royauté tenait a les garder dans son arsenal, comme un couteau h mettre sur la gorge des états, pour obtenir d'eux tout ce (ju'elle voudrait (1). Cependant ici l'abus panait des proportions telles, que bientôt, ne comprenant pas la raison d'état, la Bretagne, exaspérée frémit de colère.
Je le répète une fois encore, je ne généralise pas des faits particuliers, et tout se passait de même dans les autres provinces. Les états du Languedoc, par exemple, nous présentent un spectacle analogue: vote complaisant des sommes (jue l'on se sait dans l'impossibilité de payer ; misère générale ; protestalions contre les édits royaux ; velléités d'oppositions étouffées par la crainte... Un député va même jusipi'à prononcer le mot malséant de sédition (Depping, 13 décembre 1675). La cour est donc prévenue, elle jirovoque imprudemment l'explosion qui se prépare.
Quoi (|u'il en soit, la rude |)rovince de Bretagne paraissait décidée a faire une suprême tentative en laveur des dernières libertés provinciales ex|)iranles.
(1) « On ne croit pas que nous ayons d'états ; et si on les tient, ce sera encore pour racheter les édits que nous achetâmes il y a deux ans, et qu'on nous a tous redonnés ; et on y ajoutera peut-èlre encore de mettre à prix le retour du parlement à Rennes. « (III, '208. j
Déjà, dès le 2() janvier 1075, de Chauhies donnait connaissance à Colbert de quelques agitations souterraines qui tourmentaient révêché de Cornouailles, sinistres avant-coureurs d'une explosion prochaine. Un peu plus tard, à Nantes, ce fut la femme d'un pauvre menuisier des faubourgs, nommée la Veillonne, qui donna le signal de la lutte, et appela ses concitoyens a la révolte contre le roi qui faisait trembler l'Europe. Le gouverneur, M. de Molac, la fit arrêter. La foule hurlante demanda son élargissement ; peutêtre la milice citoyenne eût-elle désarmé l'insurrection ; mais oii doutait de ses sentiments, on l'avait vue ailleurs passer du côté de l'émeute, on ne fit marcher que la garnison, et c'en était assez pour exaspérer la populace, qui n'avait que trop de motifs de haine contre cet immonde ramassis de bandits qui constituait l'armée française. En vain l'évêque de Nantes, M. de la Beaume, s'avança pour désarmer les furieux : la femme d'un confiseur s'écria : « Saisissez-le! » La foule se rua sur le prélat, s'empara de sa personne, et l'enferma dans une chapelle voisine, menaçant de le tuer si on ne met sur l'heure la Veillonne en liberté. Vovant un tel otage entre les mains des insurgés, le gouverneur céda et proclama une amnistie. Une disgrâce paya cet acte de faiblesse : il fut remplacé par M. de Lavardin.
L'insurrection, cependant, eut un écho au loin : on courut sus aux percepteurs des taxes nouvelles ; quelques-uns furent mis en pièces ou étouffés sous les ruines de leurs maisons incendiées. Lavardin crut devoir faire de la terreur : il attaqua la révolte de h'ont, (juelques cadavres jonchèrent les rues et
los cliomins. I>e résultat lrom|)a ses esp«'rances, car bienlùt le soulèvement de Kennes répondit a celui de Nantes, et les deux capitales de la Bretagne entrèrent en lutte déclarée contre l'autorité souveraine.
A la nouvelle de ces graves événements, révêclié do Cornouailles s'insurgea de toutes parts. Une communauté, située a huit lieues de Kimper, Pleyben, entraînée par Balbo, notaire et procureur du lieu, donna l'exemple, et toute la Bretagne ne tarda pas à être en feu. Pour les paysans, le papier timbré n'était que le prétexte, la cause véritable était la tyrannie seigneuriale (1) ; aussi, tandis que dans les villes on pillait les bureaux et les maisons des maitôtiers, dans les campagnes on pillait, on incendiait les repaires des gentilshommes.
Nous laisserons maintenant le gouverneur de la province et celui de Nantes, de Chaulnes et Lavardin, raconter , eux-mêmes les péripéties de la lutte; un autre contemporain, témoin oculaire, nous dira les férocités de la répression.
yers la même époque, il y avait eu au Mans quelques émotions populaires, réprimées avec une telle sévérité par les agents de l'autorité royale, que l'évéque de cette ville assurait 'a Colbert (16 juin 107'») que la ville, qui n'avait pas mérité de pareilles rigueurs, se trouvait « près de sa ruine totale » par l'arrivée de six cents cavaliers et d'un bataillon de seize compagnies d'infanterie, qui devaient être entretenus par les habitants. Lavardin, de sou côté, disait
(1^ Ogée, Dictionn, de Bretagne, art. Paroisse de Sainte- Hermine
au ministre : « Les troupes seraient plus nécessaires dans la basse Bretagne qu'au Mans. C'est ici un pays rutle et farouche, qui produit des habitants qui lui ressemblent. Ils entendent médiocrement le français et guère mieux la raison. A l'égard de ce pays-la, il est a souhaiter que l'autorité y soit soutenue par des forces considérables. >^ Toutefois, il s'obstinait à croire que le temps suffirait à calmer cette effervescence, et il comptait, pour rétablir la tranquillité, sur l'approche du temps de la récolte, qui occuperait forcément les paysans, « en éloignant ces rustres des autres pensées où l'oisiveté et l'ivrognerie les jettent, » et sur la réunion des états, qui trouveraient peut-être un remède aux maux de la province, « dont la misère était plus grande qu'on ne croyait, le commerce n'allant pas. »
La correspondance du duc de Chaulnes prouve qu'il s'abusa lui-même tout d'abord, ou voulut abuser la cour sur la gravité de la sédition. « M. Letcllier m'envoya hier (29 juin) une lettre de cachet, par laquelle Sa Majesté ordonne que les archers de Normandie se rassemblent pour venir en cette province, et M. de Louvois me mande que, si je n'en ai pas besoin, je puis les renvoyer. Si cet ordre s'exécute, nous allons passer de la tranquillité où est cette ville et toute la province (hors l'évêché de Kimper, où il se fait d'assez grands attroupements de paysans sans qu'aucune ville branle) dans de plus grands désordres que les précédents, et les premières nouvelles de Normandie sur l'assemblée desdils archers sont capables, non seulement d'exciter une nouvelle sédition dans celte ville, mais de soulever toute la cam-
pagne. Je crois de mon devoir de le demander a M. Lelellier, a M. de I.onvois, a M. de F'omponne, et de prévenir les suites lâcheuses qui arriveront inl'aillihlement et qui attireront, par un autre endroit, la ruine de la province, parce que les sous-fermiers, qui ne gagnent pas, abandonneront tout au premier soulèvement des campagnes...
« Il n'y a qu'en l'évêché de Kimper où les paysans s'attroupent tous les jours, toute leur rage est présentement contre les gentilshommes dont ils ont reçu des mauvais traitements. 11 est certain que la noblesse a traité fort rudement les paysans : ils s'en vengent présentement, et ont exercé déj'a, 'a l'égard de cinq ou six, de très grandes barbaries, les ayant blessés, pillé leurs maisons, et même brûlé quelques-unes. Les derjiières nouvelles marquaient qu'ils étaient presque toujours armés (1)-.. »
Il avait eu soin de ne pas convoquer les états a Rennes, et avait choisi la petite ville de Dinan, au préjudice de Nantes, « a cause de la chaleur et rudesse des esprits des habitants, grands raisonneurs, et prêts a prendre feu sur les moindres choses. »
« P. S. — J'apprends, monsieur, depuis ma lettre écrite, que les peuples (jui se sont soulevés vers Kimper continuent leurs attroupements, et exercent beaucoup de violences contre les gentilshommes, des mauvais traitements desquels ils se plaignent. »
(1) « En 167,"), il y eut à Carhaix des révoltes considérables à l'occasion des nouveaux droits du papier timbré, du contrôle, etc. On en a des relations bien circonstanciées qui prouvent quels turent la fureur et les excès des révoltés. » (Ogée, Dictionn. hist. de Bi-L'lagne, I, 15'.).)
il8 HISTOIRE DES PAYSANS.
Rennes avait été, le 12 juin, et pendant plusieurs jours consécutifs, le théâtre d'une seconde insurrection, plus grave que la première. On voulait piller partout les bureaux, et obtenir du parlement le même arrêt que venait de rendre celui de Bordeaux sous la pression de l'émeute victorieuse, c'est-à-dire le retrait des édits. De Chaulnes, de son côté, appelle la noblesse aux armes.
« Comme j'ai eu avis qu'en même temps que je me suis assuré des villes, les paysans de la campagne s'assemblent en basse Bretagne, et se mutinent tant contre l'édit du tabac que sur les bruits qui se sont répandus que l'on y veut établir la gabelle, j'ai prié M. le premier président de faire rendre un arrêt qui puisse détromper les peuples... Ce qui marque (jue le menu peuple n'agit pas de lui-même, c'est que l'édit du tabac, qui devrait le plus animer, n'est pas celui qui lait le plus de bruit, mais le papier timbré... Il est certain qu'il n'y a presque plus d'argent en Bretagne," et l'on no croit pas qu'il y ait un million dans le commerce. La révolte des paysans, près de Cliàteaulin, subsiste, mais elle n'a pas eu. Dieu merci, de suite. Il n'y a pas une ville qui branle ; cinq ou six cents des plus mutins veulent rompre les ponts, de peur que l'on aille 'a eux. Ils avaient menacé d'aller 'a Kimper, mais le peuple y est bien résolu de les repousser, .l'ai envoyé partout les ordres que j'ai crus nécessaires pour arrêter le cours de cette révolte ; ce sont les peuples les plus misérables de la province...
« Ce qui est très vrai, c'est que le parlement conduit toute celte révolte ; le calme est à l'intérieur éta-
bli, mais on conseille au peuple de ne pas quitter les armes tout a fait, qu'il faut qu'il vienne au parlement pour demander la révocation des édits, et particulièrement du pai)ier timbré ; et, depuis les procureurs jusciu'aux présidents à mortier, le plus grand nombre va îi combattre l'autorité du roi ; c'est la pure vérité, et il ne faut pas être ici fort éclairé pour la connaître.
« Un membre de ce corps m'a dit que Tesprit du parlement était de s'assembler et de députer au roi, dans une affaire aussi grave et d'une si grande importance, pour lui demander la révocation des édits ; qu'une pareille députation de la ville se joindrait a celle du parlement, et que l'on pourrait obtenir, par cet expédient, que les peuples missent bas les armes.
Je répondis que je ne croyais pas que les bons serviteurs du roi fussent de cet avis, et qu'il y eût quelqu'un d'assez liardi pour prendre une telle commission. »
D'accord avec Tévêque de Saint-Mâlo, le duc de Cbaulnes cbercbe a décider ce courageux citoyen, dont malheureusement il ne nous a pas transmis le nom, a combattre cette proposition, si elle était émise, et lui répète que personne n'oserait affronter la colère du roi 'a Versailles. « Mais, ajoute-t-il, nous fûmes, monsieur de Saint-Mâlo et moi, fort surpris lors(ju'il nous dit qu'il s'en chargerait et qu'il croyait ne pouvoir rien faire de plus utile pour le service du roi. J'éludai l'effet de cette proposition, dont les mesures qui en avaient été prises m'ont donné bien de la peine 'a rompre. » (Depping, III, 2()1.)
« Les paysans sont encore attroupés en quelques endroits de Kimper, écrit Lavardin vers la même
époque (5 juillet), et même ont menacé celle ville-la. Il paraît que leur colère tourne plus contre les gentilshommes que contre l'autorité Ju roi. Ils ont rendu a quelques-uns les coups de bâton qu'ils en avaient reçus, et comme c'est dans une coutume assez rude pour les paysans, que nous ap|)elons usement de Broerck, qui ôle la propriété des héritages aux paysans, ils se font donner des quittances des arrérages qu'ils doivent de ces domaines congéables. Ces tumultes n'ont eu lieu encore que dans l'évêché de Cornouailles, très peu dans celui de Léon. Les habitants de Guémené ont fait quelques violences assez fortes ; jusques 'a présent les petites villes de M"^^ de Rohan se contiennent dans le devoir. »
« J'apprends par toutes mes lettres, reprend 'a son tour de Chaulnes, (|u'il y a beaucoup plus de calme dans l'évêché de Ivimper ; que seize paroisses ont promis 'a !\L le marquis de Navel de ne plus prendre les armes et de charger ceux qui sonneront le tocsin ; que ce meilleur ordre pourra se répandre ; mais que Ton ne peut pourtant pas dire que les esprits soient dans l'obéissance qu'ils doivent, étant certain qu'ils sont également aigris contre les édils et résolus de secouer le joug de la noblesse et de se délibérer des droits que les gentilshommes levaient sur eux, n'y ayant que la force pour les réduire ; mais i| faut pour cela d'autres troupes que les archers, et ne rien tenter, ce me semble, que l'on ne puisse apparemment répondre du succès. Un effet de leur modération a été de brûler un écrit qu'ils appelaient le Code faisant, où tous leurs intérêts étaient réglés. Il contenait à peu près ce que vous lirez dans ce que je vous en-
voie (i), hors que la Ibrmo n'en est pas si insolcnlo, et vous jiigere/ de leur iji'iilalilé, piiiscjii'ils ne croient pas que le mot de révolte soit un terme criminel en leur langage :
« (]oppie du règlement faict par les nobles habitants de quatorze parouesses unies du pays Armorique, situé depuis Douarnenez jusques a Concarneau, pour être observé inviolablement entre eux, jusques a la Saint-Michel prochain (29 septembre), sous peine de torreben (2).
« Que les dites quatorze parouesses, unies ensemble pour la liberté de la province, desputeront aux états prochains, pour déduire les raisons de leur soulèvement, lesquels seront défrayés aux dépents de leurs communautés, qui leur fourniront à chacun un bonnet et camisole rouge, un haut-de-chausse bleuf avec la veste et l'équipage convenable a leurs qualitez.
« Qu'ils mettront les armes bas et cesseront tout acte d'autorité jus(|ues au dit temps, par une grâce spéciale qu'ils font aux gentilshommes qu'ils feront sommer de retourner dans leurs maisons de campagne au plus tôt, faute de quoi seront décheux de la dite grâce.
(1) Cette pièce intéressante était perdue et n'était plus jointe à la lettre du duc de Chaulnes. A ma sollicitation, de bienveillants correspondants ont bien voulu faire des recherches dans les archives de plusieurs villes de Bretagne. Je dois de vifs remerciments surtout à M . Leroux , conseiller de préfecture à Quimper , et à M . Gauthier du Motliay , conseiller général à Saint-Brieuc. Ce dernier a été assez heureux pour retrouver la pièce suivante, qu'il m'a adressée, certifiée par M. Paul Pougin, archiviste du département. (E. B.)
(2) Torreben est un terme breton qui signifie : Casse-lui lu tète.
« Que (lefîensc soit faiclc de sonner le loxaint et de faire assemblée d'hommes armés sans le consentem-ent universel de la dite union, a paine aux délinquants d'être pendus aux clochers aussi de leur assemblée, et d'être passés par les armes.
« Que le droit de champart et corvées, prétendues par les dits gentilshommes, seront abolis, comme une (1)... de la liberté armorique.
« Que pour affirmer la paix et la concorde entre les gentilshommes et nobles habitants des dites parouesses, il se fera des mariages entre eux, à condition que les (sous-entendu filles) nobles choisiront leurs maris de condition commune qu'elles anobliront, et leur postérité qui partagera également entre eux les biens de leurs successions.
« 11 est défendu 'a paine d'être passé par la fourche, de donner retraite à la gabelle et à ses enfants, ni de leur fournir ny a manger, ny aucune commodité ; mais, au contraire, qu'il est enjoinct sur les mesmes paines de tirrer sur elle comme sur un chien enragé.
« Qu'il ne se lèvera pour tout droit que 100 sols par barrique de vin horet et un écu pour celle du creu de la province, 'a condition que les hostes et cabareliers ne pourront vendre l'un que 5 sols, l'autre 5 sols la pinte.
« Que l'argent des fouages anciens sera employé à achepter du tabac (jui sera distribué avecq le pain bénit aux messes parochiales pour la satisfaction des paroissiens.
« Que les recteurs, curés et prestres seront gagés
(l) Ici, un mot manque sur la pièce originale.
pour le service de leurs paroissiens, sans qu'ils puissent prétendre aucun droit de dixme novalle ni autre salaire pour toutes leurs Ibnclions curiales.
« Que la justice sera exercée par gens capables, choisis par leurs nobles habitants qui seront gagés avec(jue leurs greffiers, sans (ju'ils puissent prétendre rien pour leurs vacations des parties, sur paine de punition, et que le papier timbré sera en exécration a eux et a leur postérité ; pour celles que tous les actes qui ont été passez seront escrits en autre papier et seront par après brûlez, pour en effacer entièrement la mémoire.
« Que la chose sera défendue a qui que ce soit, depuis le premier jour de mars jusques à la roi-septembre, et que fuyes et colombiers soient razés, et permis de tirer sur les pigeons en campagne.
« Qu'il sera loisible d'aller aux moulins que l'on voudra, et que les meuniers seront contraincts de rendre la farine au poids du bled.
« Que la ville de Quemper et autres adjacentes seront contrainctes par la force des armes d'approuver et ratifier le présent règlement a paine d'être déclarez ennemys de la liberté armorique et les habitants punis où ils seront rencontrez, défense de leur porter aucune denrée ni marchandise jusques a ce (ju'ils aient satisfait sous peine de torreben.
ce Que le présent règlement sera lu et publié au prosne des grandes messes, par tous les carrefours et aux parouesses et aflixé aux croix qui seront posées.
« Signé Torreben et les habitants (1). »
(1) Sur le dos de la pièce que nous reproduisons, et qui s'arrête
De Chaulnes se trompait, ou il cherchait a tromper la cour, lorqu'il disait que les villes restaient indifférentes aux mouvements des campagnes ; et il était au Fort-Louis lorsqu'il apprit « la dernière insolence qui s'était faite a Rennes. » (10 juillet.)
C'est M. de Guémadeuc, évêque de Saint-Mâlo, qui annonce a Colbert cette troisième insurrection, commencée en plein midi par le pillage du papier timbré. Environ deux mille paysans marchent sur Pontivy et pillent les maisons de quelques maitôtiers. « Je crois, monsieur, que cette gabelle est a présent leur grande bête, aussi bien que le papier timbré, dont les fermiers, dans toutes ces petites villes-ci, n'osent plus faire de débit, et ont même, pour la plupart, abandonné leurs maisons, ou ont été expulsés d'icelles par les propriétaires, de crainte qu'elles ne soient brûlées, et quasi toute la noblesse de la basse Bretagne et de ces pays-ci qui en approchent, quitte ses maisons de la campagne pour se retirer dans les villes principales, et y font porter ce qu'ils ont de meubles plus précieux et tous leurs papiers, pour éviter qu'on ne les pille ou brûle, comme on a fait au château de Kergoët, l'un des plus forts de la basse Bretagne...; mais ce qui est encore de plus fâcheux en tout ceci, c'est qu'il s'y mêle a présent des haines et des vengeances particulières, et qu'il suffit 'a présent de s'écrier devant le peuple : Voila un maltôtier ! pour faire assommer son ennemi.
là, on Ht : « Coppye des nobles habitants des quatorze parrouesses unyes ensemble pour la liberté armoryque. « Fait en l'an 1675. »
SOULKVEMF.NT DES CAMPAfINKP. 155
« Il serait li craindre que rlmpiinilé de lanl d'insolences et d'entreprises n'allumât ce feu dans toute la |)rovince, on heureusement la plupart des villes sont encore dans leur devoir ; mais il n'y en a quasi plus aucune que ces paysans ne fassent trembler par leurs attroupements et par les cruautés qu'ils exercent sur les particuliers, tant de gros bourgs que de la campagne. »
Voyons maintenant comment le grand roi punit la Bretagne de n'avoir pas accepté avec soumission des actes qui suffiraient pour déshonorer un simple particulier.
« M. de Chaulnes, écrit madame de Sévigné, n'a pas oublié les injures qu'on lui a dites, dont la plus douce et plus familière était gros cochon (1), sans compter les pierres dans sa maison et dans son jardin. C'est cela qu'on va punir... Il a transféré le parlement 'a Vannes ; c'est une désolation terrible. La ruine de Rennes emporte celle de la province. On ne croit pas que nous ayons d'états ; si on les lient, ce sera encore pour racheter les édits que nous rachetâmes il y a deux ans, et qu'on nous a tous redonnés ; et on y ajoutera peut-être encore de mettre h prix le retour du parlement 'a Rennes... M. de Montauron s'est sauvé pour ne point entendre les cris de Rennes, en voyant sortir son cher parlement. Les mutins se sont sauvés de même. Ainsi les innocents pâtiront pour les coupables. Mais je trouve tout fort bon.
(1) Le duc (le Saint-Simon, qui d'ailleurs le juge avec une indulgence qui ne lui est pas habituelle, lui trouvait « la corpulence, l'épaisseur, la pesanteur, la physionomie d'un bœuf. » (,I, 111.)
pourvu que les quatre mille hommes de guerre ne m'empêchent point de me promener dans mes bois...
ce On a fait une taxe de 100,000 écus sur les bourgeois, et si l'on ne trouve pas cette somme dans les vingt-quatre heures, elle sera doublée et exigible par les soldats. On a chassé et banni toute une grande rue de Rennes, et défendu de les recevoir sous peine de la vie; de sorte qu'on voyait tous ces misérables, femmes accouchées, vieillards, enfants, errer en pleurs au sortir de cette ville, sans savoir où aller, sans avoir de nourriture ni de quoi se coucher. Avant-hier on roua un violon qui avait commencé la danse et la pillerie du papier timbré ; il a été écartelé après sa mort, et les quatre quartiers exposés aux quatre coins de la ville, comme ceux de Josseran, 'a Aix. Il dit, en mourant, que c'étaient les fermiers du papier timbré qui lui avaient donné 25 écus pour commencer la sédition, et jamais on n'a pu en tirer autre chose. Ou a pris soixante bourgeois ; on commencera demain îi pendre. Cette province est un bel exemple pour les autres, et surtout de respecter les gouverneurs et gouvernantes, de ne point leur dire d'injures et de ne point jeter de pierres dans leur jardin. »
Au milieu de toutes ces horreurs rassemblées en si grand nombre dans si peu de lignes, il en est une cependant qui se détache en relief et fait saillie : ce sont les fermiers mêmes du papier timbré qui soudoient le peuple pour le pousser a venir les piller. Rien de naturel, rien de facile à comprendre comme cette apparente anomalie, qui cachait un coup des plus habiles. An fond, tous les maitôtiers, fermiers et
receveurs étaient mus par un intérêt unique. Ces derniers avaient déclaré d'avance des sommes plus fortes que celles qu'ils possédaient en caisse : celui de Nantes n'avait que 0^,000 livres, il en avait déclaré '250,000, et ainsi des autres. Appelant le pillage sur leurs caisses, il devenait impossible de vérifier leurs comptes. Que le receveur eût, par exemple, 500,000 livres a recevoir, on ne pouvait en exiger de lui que 50,000, puisque, d'après son dire, on lui en avait pillé 250,000. Mais comme en réalité il ne lui en avait été enlevé que 04,000 livres, il lui en restait 250,000 : il demeurait donc entre ses mains, son versement fait, un bénéfice net de 186,000 livres.
« Nos pauvres Bretons, continue la spirituelle marquise, s'attroupent quarante, cinquante, par les cliamps, et dès qu'ils voient les soldats, ils se jettent a terre et disent : Meâ culpâ ! C'est le seul mot de français qu'ils sachent... On ne laisse pas de les pendre ; ils demandent 'a boire et qu'on les dépêche... 11 y a 15,000 hommes a Rennes, dont plus de la moitié y passeront l'hiver ; ce sera assez pour y faire des petits, comme dit le maréchal de Grammont. On croit qu'il y aura bien de la penderie... On a pris 'a l'aventure vingt-cinq ou trente hommes que l'on va pendre... Tous les villages contribuent pour nourrir les troupes, et l'on sauve son pain en sauvant ses denrées ; autrefois on les vendait et l'on avait de l'argent, mais ce n'est plus la mode, tout cela est changé... Les rigueurs s'adoucissent; à force d'avoir pendu, on ne pendra plus... .
« 11 faut regarder la volonté de Dieu bien fixement, pour envisager sans déses|)oir tout ce que je vois.
dont assurément je ne vous entretiendrai pas... Il y aurait des histoires tragiques a vous compter d'ici a demain... Vous pouvez compter qu'il n'y a plus de Bretagne, et c'est dommage...
« Je fais une allée nouvelle qui m'occupe ; je paye mes ouvriers en blé, et ne trouve rien de solide que de s'amuser et de se détourner de la triste méditation de nos misères... Si vous m'envoyez le roman de votre premier président, je vous enverrai en récompense l'histoire lamentable avec la chanson du violon (|ui lut roué a Rennes. M. (joucherat buta votre santé...
« Vous parlez bien plaisamment de nos misères ; nous ne sommes plus si roués ; un en huit jours seulement, pour entretenir la justice. 11 est vrai que la penderie me paraît maintenant un rafraîchissement : j'ai une tout autre idée de la justice, depuis que je suis en ce i)ays : vos galériens me semblent une société d'honnêtes gens, qui se sont retirés du monde pour mener une vie douce. Nous vous en avons bien envoyé par centaines ; ceux qui sont demeurés sont plus malheureux que ceux-là. Je vous parlais des états dans la crainte (ju'on ne les supprimât pour nous punir ; mais nous les avons encore, et vous voyez même que nous donnons 5 millions comme si nous ne donnions rien du tout ; nous nous mettons audessus de la petite circonstance de ne les pouvoir payer ; nous la traitons de bagatelle. Vous me demandez si, tout de bon, nous sommes ruinés ; oui et non. Si nous voulons ne point sortir d'ici, nous y vivons pour rien, parce que rien ne se vend ; mais il est vrai que pour de l'argent, il n'y en a plus dans la province...
INK VKNCKANCi:. 12'.)
« A peine ma Icllre a-t-clle été pailie, qu'il csl arrivé a Vitré huit cents cavaliers, dont la princesse est fort mécontente. Il est vrai qu'ils ne font que passer; mais ils vivent, ma foi! comme en pays de conquête , nonobstant notre bon mariage avec Charles \11I et Louis XII.
« Il est arrivé dix mille hommes dans la province, dont M. de Cliaulnes a été aussi peu averti et sur les- (juels il a aussi peu de pouvoir que vous... Elle est toute pleine de gens de guerre... Il en passe beaucoup par La Guerche, qui est au marquis de Villeroi, et il s'en écarte ipii vont chez les paysans, les volent et les dépouillent. C'est une étrange douleur en Bretagne, que d'éprouver cette sorte d'aflliction, a quoi ils ne sont pas accoutumés. Notre gouverneur a une amnistie générale : il la donne d'une main, et de l'autre huit mille hommes, qu'il commande comme vous: ils ont leurs ordres... On gagnerait beaucoup si c'étaient des cordeliers ; ils s'amusent 'a voler ; ils mirent l'autre jour un petit enfant 'a la broche ; mais d'autres désordres, point de nouvelles.
« Nous avons trouvé deux grands vilains pendus 'a des arbres sur le grand chemin ; nous n'avons pas compris pourquoi des pendus, car le bel air des chemins, il me semble (juc ce sont des roués : nous avons été occu[)és 'a deviner cette nouveauté... Ils faisaient une fort mauvaise mine, et j'ai juré (pie je vous le manderais...
« Si vous voyiez l'horreur, la déleslalion, la haine qu'on a ici pour le gouverneur, vous sentiriez bien plus que vous ne le faites la douceur d'être aimés et lionorés partout. Quels aflronls ! (|uelles injures !
quelles menaces ! quels reproches ! avec ilc bonnes pierres qui volaient autour d'eux !... »
« Nos états sont Unis ; il nous manque 900,000 livres de fonds... On a retranché toutes les pensions et gratifications a la moitié. M. de Rohan n'osait, dans la tristesse où est cette province, donner le moindre plaisir ; mais M. Tévèque de Saint-Màlo, linotte mitrée, âgé de soixante ans, a commencé ; vous croyez que ce sont les prières de quarante heures : c'est le bal a toutes les dames et un grand souper ; ça été un scandale public. M. de Rohan, honteux, a continué, et c'est ainsi que nous chantons en mourant, semblables au cygne... »
Certes M""" de Sévigné n'est point un témoin suspect, et l'on n'accusera pas de démagogisme celte précieuse marquise, (jui accordait 'a peine aux femmes du peuple le droit d'être amantes, le droit d'être mères (l), et qui était tout émerveillée de Irouver des âmes de paysans plus droites que des lignes, aimant la vertu comme naturellement les chevaux trottent. (V, 422.) Force nous est donc de reconnaître 'a ces faits, dignes des plus mauvais jours de la féodalité, que nous marchons bien lentement dans la route épineuse et escarpée du progrès, et que le paysan est encore, 'a peu de chose près, au même degré qu'au moyen âge, dépouillé contre toute justice par ses
(1) « L'amour est quelquefois bien inutile de s'amuser à de si sottes gens ; je voudrais qu'il ne fût que pour les gens choisis, aussi bien que tous ses effets qui me paraissent trop communs et trop répandus. » (I, 225.)
« La femme de Beaulieu n'est point encore accouchée ; ces créatures-là ne comptent point juste. » (111,215.)
UNE VENGEANCE. lljl
iiiaitrcs, iusuilé, pillé, volé, violé cl égorgé par l'armée, aveugle et docile inslrumenl aux ordres du [)Ouvoir, et qui tourne contre ia patrie celte arme (|ue la mère commune met entre ses mains pour la dé- Tendre. Parfois cependant, en dépit de cette abjection tant de ibis séculaire a la(pjelle était condamné Jacques Bonhomme, l'injure venait se heurter a quelqu'une de ces natures d'élite que la main libérale de Dieu i)rodigue a loules les épocpies et dans toutes les classes ; et alors l'individu se redressait seul, au milieu de l'avilissement général, et son désespoir prenait des proportions sublimes.
Vers la lin de ce X\'1F siècle, un sergent logeait chez un paysan provençal nommé Lèbre. Ce paysan était jeune, il était époux, et sa femme avait reçu de la nature un don souvent fatal dans son humble condition : elle était jolie. Le soldat, [)apillon nomade, se donne trop souvent pour mission de promener la séduction et la débauche par les pays qui le nourrissent. Fidèle à son rôle, le sergent n'est point insensible aux charmes de son hôtesse ; mais le mari survient, qui prend mal la chose, et le repousse violemment. Un rude soufllet est le prix de son audace. Lèbre veut se venger et demande des armes ; mais un manant n'a pas d'honneur 'a venger, on le chasse de sa chaumière, et l'on rit de son impuissante colère.
Lèbre reconduit sa femme chez celui qui la lui avait donnée. « Père, lui dit-il, je vous ramène votre lilie : un homme ne mérite pas d'avoir une femme lorsqu'il ne peut pas la défendre. On l'a insultée, et je n'ai rien pu, rien (pie me faire jeter hors de chez
moi. Je n'ai donc plus de maison, je n'ai donc plus de femme. Reprenez-la jusqu'à ce que je vienne vous la redemander, et alors vous pourrez me la rendre, car je jure qu'alors elle sera vengée et que je saurai la défendre. »
Ni les larmes de sa femme, ni les prières du vieillard, necliangent son inflexible résolution ; il s'éloigne, il disparaît du pays, et ils n'entendent plus parier, lui de son gendre, elle de son époux.
Surmontant la répugnance native du paysan pour le métier de soldat, Lèbre s'engage, parce que la servitude militaire peut seule l'aflranchir de la servitude du sol, et l'élever au rang de celui qu'il veut frai)per. Aucun obstacle ne l'arrête, il faut qu'il arrive, et il arrivera. Il ne sait rien, il apprendra tout. Bientôt, en effet, il obtient son premier grade, et, au bout de huit années, il est fait sergent. Mais ce n'est pas tout d'être sergent ; il y en a beaucoup dans l'armée, il faut trouver celui auquel il a affaire, il faut que celui- Ta n'ait pas changé de grade, pour qu'il puisse croiser le fer avec lui. .V cela, il est vrai, il y avait de grandes chances, car le grade de sergent était alors le bâton de maréchal des hommes du peuple, et le nombre était bien restreint de ceux qui échangeaient répaulelle de laine contre l'épaulette d'oflicier.
Un jour enlhi Lèbre rencontre 'a Strasbourg celui (pi'il cherche. Il rassemble dans un re|)as de corps tous les sergents en garnison dans la ville, puis a la fin du dhier : « Camarades, dit-il, si l'un de vous avait reçu un souUlct, 'a votre avis, que devrait-il faire?... A vous, sergent, de dire votre opinion, ajoule-l-il en s'adressant 'a son ennemi. — D'abord, répond celui-
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ci, un soiirilct ne se reçoit ni surloiil ne se garde: on commence par le rendre, puis, le lendemain, on se bat. — Très bien, reprit Lèbre... Vous souvientil d'un paysan que vous avez frappé, il y a buit ans, parce qu'il voulait défendre sa femme contre vous ? — Du paysan, non, répond le sergent ; mais de la femme et du soufllet, parfaitement. — Si bien, continue Lèbre, (ju'aujourd'bui il vous en redoit bien deux : un pour le capital, l'autre pour les intérêts. Eb bien ! ajoute-t-il en marchant droit 'a lui, le paysan, c'est moi ; les doux soufflets, les voila ! — Et il le frappe sur les deux joues. . — Seulement, comme il y a longtemps que j'attends, et que vous m'avez déjà refusé une fois, nous ne nous battrons pas demain, mais aujourd'hui, mais sur l'heure, et dans ce lieu même. Nous avons des témoins, braves et nombreux, n'est-ce pas? Et maintenant, faites-nous place, camarades, et ne nous dérangez pas ; car vous comprenez bien que de cet homme ou de moi, il faut qu'avant un quart d'heure l'un des deux soit mort ! »
Le combat ne fut pas long, et le sergent, frappé en pleine poitrine, tomba pour ne plus se relever. Peu de semaines après, Lèbre, nommé sous-lieutenant, obtient un congé et se rend chez le père de celle qui avait été sa femme, et qu'il avait abandonnée. Il était bien changé ; il fallut qu'il se fit reconnaître, et ce fut alors une de ces joies et de ces ivresses qui s'augmentent de toute la grandeur des souffrances qui les ont précédées. Promu bientôt au grade de capitaine, et protégé par le maréchal de IJelle-lsle, Lè!)re obtint le commandement du fort de Monlélimart, puis de Bayonne.
Voilà quels hommes pouvaient faire ces paysans lorsque l'opjnession n'avait pas su réussir a lu'iser tous les ressorts (.le leur âme.