LES TAILLES EN PARTI
verneur d'Auvergne, lui donna une compagnie de ses gens, sachant bien quel usage il saurait en faire. Il lit cinquante lieues avec elle. « La roule, dit-il, me valut mille louis d'or. » Il ramena sa cavalerie dans FAgënois et y continua son systrme de violences. « J'eus de ma route, ajoule-t-il, douze cents pistoles, sans compter six beaux chevaux que j'achetai (1). »
Au mois de novembre 1645, les États de Normandie protestent contre les pilleries de soudaris, représentent la taille levée « par des compagnies de soldats traînant après eux la désolation en tous lieux; faisant au peuple plus de mal qu'il n'en eût reçu de troupes ennemies, ces soldats rançonnant a discrétion les habitants, contraints la plupart d'abandonner leurs demeures ; rompant, brûlant les portes des maisons, démaçonnant les granges, battant les blés, les vendant 'a vil prix, ainsi que les pailles 'a demi-battues, chargées encore d'une partie de leur grain ; brûlant les charrues et les charrettes, saisissant les chevaux, enlevant tous les bestiaux diin village, qui, réunis en un seul troupeau, et parqués tous ensemble, étaient ensuite vendus en détail... »
Souvent les paysans exaspérés s'unissaient pour la défense commune. Une des plus terribles, parmi ces révoltes suscitées par les brigandages de l'armée, fut celle de J643. Dans le Rouergue, sept ou huit mille de ces malheureux se soulevèrent, vinrent, sous le commandement d'un chirurgien de Villefranche, nommé Petit, s'emparer de celte ville, pillèrent Espa-
(1) Chavagnac, Mémoires, I, 188-193.
b HISTOIRE DES PAYSANS.
lion et assiégèrent dans iin cliâteaii le comte de Noailles, gouverneur de la province, qui avait pour mission de lever la taille dans les paroisses. Le comte de Langeron accourut a son secours a la tète de quelques troupes et des gentilshommes de la province, revenus d'un premier moment de terreur, délirra Noailles, tailla en pièces les révoltés, (it pendre les chefs (1), répression sanglante qui permit d'ajouter un surcroît 'a la taille sous le nom de subsistance des gens de guerre. « Cet impôt, déj'a si a charge aux campagnes par son inégalité, fut livré aux partisans, afin d'obtenir d'eux quelque avantage (2). »
Il y avait des gens qui faisaient profession de venir proposer au gouvernement quelques nouvelles inventions fiscales, qui, lorsqu'elles étaient favorablement accueillies, donnaient droit à leurs inventeurs a une part plus ou moins considérable dans leur perception. Dans un gouvernement d'expédients, le métier était bon ; ceux qui exerçaient cette lucrative industrie portaient le nom bien connu de donneurs d'avis, et l'on comprend que le nombre en augmentait tous les jours, 'a mesure que le besoin de nouvelles taxations se faisaient sentir, parallèlement à la misère générale (5). Les écrits du temps nous renvoient l'écho des cris de malédiction qui poursuivent les intendants, les gouverneurs, les donneurs d'avis, les partisans et les agents qu'ils emploient (i).
(1) Montglat, Mémoires, p. 147.
(2j Bailly, Hist. (inancirre de la France, I, 381.
(3) D'Haussonville, Eisl. de la réunion de la Lorraine à la France, 11, 283.
(4) Voir note, France sous Louis XIV, t. I, pp. 11, 12, eïiiassim.