PERSÉCUTIONS RELIGIEUSES
licureusc, que loiit le monde y lut content, et que, sans emplois, sans dignités, éloigne de la cour et des afl'aires, Therbe crût dans ma cour (1). »
Pendant les dernières années de sa vie, Colbert ne cessa point de supplier le roi de réduire ses dépenses. « Ce qu'il y a de plus important, lui dit-il, c'est la misère très grande des peui)les ; toutes les lettres (|ui viennent des provinces en parlent, soit des intendants, des receveurs généraux, ou même des évoques. » — « Si Sa Majesté, écrit-il encore en 1085, se résolvait de diminuer ses dépenses, et qu'elle demandât sur quoi elle pourrait accorder du soulagement a ses peuples, mon sentiment serait : 1 " de diminuer les tailles, et de les mettre en trois ou quatre années à vingt-cinq millions; T de diminuer d'un écu le minot de sel ; 5" de rétablir, s'il est possible, le tarif de 1067 ; 4° de diminuer les droits d'aides et de les rendre partout égaux et uniformes, en supprimant tous les privilèges des localités et des particuliers ; 5° de réduire peu a peu les officiers au nombre où ils étaient en 1600. »
Hélas ! Colbert mourut, et ses projets avec lui, et peu s'en fallut que la France ne le suivît au tombeau ; Louis va désormais l'y entraîner 'a grands pas.
Il avait conçu, dans son égoïsmc, le projet de faire raclieter par son peuple les pécliés de sa jeunesse débaucbée. Délivré du contrôle de (Colbert, il résolut de se rendre agréable a Dieu en extirpant l'bérésie de son royaume et en poursuivant a outrance,
(1) D'Auvrigny, Vie des liommest illustres de la France.
sur terre et sur mer (1), ses sujets hérélirjues. S'irritant il la pensée que, dans retendue de son empire, quelque chose, fût-ce la conscience humaine, pût se soustraire a son omnipotence et à sa domination, le tyran, sous rinsj)iration de cette femme dont le génie fatal plane encore aujourd'hui sur les derniers descendants du grand roi, lança, le 19 octobre 108;'), l'ordonnance de révocation de redit de Nantes.
11 en est des grands événements de Thistoire comme de ces édifices élevés qu'on ne doit pas regarder de près, et dont il faut s'éloigner pour rencontrer leur véritable point de vue. La révocation de l'édit de Nantes fut, pour les contemporains, le plus grand acte elle plus mémorable que jamais roi ait accompli et puisse jamais accomplir (Sévigné, Vlll, r)78) ; la postérité n'y voit qu'un grand crime religieux et une grande faute politique, et le sentiment humain s'indigne et se révolte au souvenir des circonstances odieuses qui environnèrent ce grand crime et cette grande faute.
Quelques actes isolés d'intolérance et de persécution avaient déj'a précédé la révocation de l'édit de Nantes. Au commencement de l'année 1685, Louis ayant envoyé une armée dans le Béarn pour menacer l'Espagne, l'incompressible habitude qu'avaient les
(1) Saumur avait perdu, avec son Académie protestante, fermée le 8 janvier 1685, les deux tiers de ses habitants. M™« de Montespan, lors de sa disgrâce, y fit terminer, en 11395, le dùme de réglise de Notre-Dame des Ardillers. Dans la frise de l'entablement qui est au-dessous des vitraux, on lit cette inscription en grandes lettres de bronze doré :
Lndoviciis XIV, Dei ijratlà Franc, et Navar. rex, loto rerjno hceresim destruxit, ejuscjue fautores terra marujue profUfjavit.
PERSÉCUTIONS REIJOIF.USES. 141
soldais (lo vivre en bandils sur les lieiiv où ils séjoiirnaicnl lit Dailredaiis Tespril de rinteiulant Fonçant celte idée de détourner l'orage sur les calvinistes scids, en utilisant celle soif de pillage, de viol et de massacre au profit de la religion du Christ. Bientôt les concessions de l'Espagne rendirent la présence de l'armée d'observation inutile, mais Louvois, entrant tout 'a fait dans les vues de l'intendant Fonçant, ordonna, par une lettre du 51 juillet, au marquis de Boufllers d'employer ses troupes 'a extirper l'hérésie dans les généralités de Bordeaux et de Montauban (1). Le duc de Noaillcs, qui commandait dans le Languedoc, partagea avec lui la gloire de celte mission, — le mot est juste, bien qu'étrange, — et M'"'' de Sévigné était dans le vrai lorsqu'elle écrivait 'a sa fille : (( Les dragons ont été de très bons missionnaires jusqu'ici ; les prédicateurs qu'on envoie présentement rendront Fouvrage parfait. » (VIII, 578.)
Nationalité, religion, propriété, famille, tout ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes fut foulé aux pieds. La Saint-Barlhélemy n'avait frappé que les villes, parce que, sons Charles IX, le protestantisme n'avait pas encore racine dans les campagnes. A la lin du XVIP siècle, — et nous en montrerons tout à l'heure la preuve a chacune des pages de VFAat de la France, de Boulainvilliers, — les campagnes furent
( 1 ) ;< La Trousse fut nommé pour aller commander les troupes en Dauphiné, et tâcher de faire aussi bien dans ce pays-lù que Boufflers a fait en Béarn , en Guyenne et en Sainlonge . « (Dangcau, I, 181.)
'( M. de Chauînes est reparti pour la Bretagne. Il espère pouvoir convertir les huguenots, qui y sont en fort petit nombre, sans qu'il soit l)osoin d'y envoyer de troupes. » (Jd , l'J.'î.)
décimées, et souffrirent autant et plus que les cités.
Or, voici comment se jouait cette comédie infâme.
Les soldats, logés a discrétion et avec toute licence chez les calvinistes, se livraient sur leurs victimes a toutes les excentricités d'une férocité en délire. Quelquefois ils bernaient ces malheureux jusqu'à ce qu'ils fussent sans connaissance, ou ils les entraînaient dans les tourbillons d'une ronde infernale qui ne s'arrêtait que lorsqu'ils tombaient épuisés. Ils se relayaient d'heure en heure pour écarter le sommeil de leurs paupières, ils les faisaient fumer de force, leur faisaient avaler du tabac en feuilles, les gorgeaient, un entonnoir entre les dents, de vin ou d'eau-de-vie, et c'est dans cet état que ceux-ci prononçaient leur acte de foi, et juraient leur adhésion aux croyances de Home. Ils inlligeaient à d'autres la torture par l'eau, dont ils leur ingurgitaient vingt ou trente verres : il se trouva quelquefois que cette eau était bouillante.
Les dragons se distinguèrent dans ces expéditions néfastes, auxquelles ils attachèrent leur nom. Ils employaient contre leurs victimes le feu, l'estrapade, la suspension par les parties les plus molles et les plus sensibles du corps, et dans toute la France, Paris excepté, ils battaient, brûlaient et martyrisaient avec cette haute science dont cinq siècles de pratique continue avaient accumulé le dépôt entre les mains de l'armée.
On pense bien que ces missionnaires bottés n'épargnèrent pas les femmes. L'occasion était trop belle, et l'on pouvait s'en fier a eux pour savoir en profiler.